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LA CHINE |
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DOCUMENT larousse.fr LIEN
PLAN
CHINE : HISTOIRE
1. Des origines à la dernière dynastie légendaire
2. Les Xia
3. Les Shang (vers 1770-vers 1025 avant J.-C.)
4. Les Zhou (vers 1025-221 avant J.-C.)
4.1. Les Zhou occidentaux
4.2. Les Zhou orientaux
4.3. Les Royaumes combattants (Zhanguo, 481-221 avant J.-C.)
5. Les Qin (221-206 avant J.-C.)
6. Les Qian Han ou Han antérieurs ou Han occidentaux (206 avant J.-C.-9 après J.-C.)
7. Les Hou Han ou Han postérieurs ou Han orientaux (23 après J.-C.-220)
8. Des Trois Royaumes (Sanguo) aux premières invasions barbares (220-316)
9. Les dynasties du Nord et du Sud (Nanbeichao, 317-589)
10. Les Sui (581-618)
11. Les Tang (618-907)
12. Les Cinq Dynasties ou Wu Dai (907-960)
13. Les Song (960-1279)
14. Les Yuan (1280-1368)
15. Les Ming (1368-1644)
16. Les Qing (jusqu'en 1840)
17. La pénétration européenne (1840-1894)
18. De la guerre sino-japonaise jusqu'à la révolution (1894-1911)
19. De la révolution au socialisme (1911-1949)
Voir plus
Chine : histoire
Kao Tsong
Dès le iiie s. avant notre ère (-221), la Chine connaît la formation d’un État centralisé, œuvre de la dynastie des Qin issue de la lutte entre Royaumes combattants, et dont héritent les Han. Toutefois, les invasions « barbares » en provenance du nord et du nord-est et/ou les rébellions intérieures affaiblissent à plusieurs reprises le pouvoir central, entraînant une division du pays entre le Nord et le Sud, du ive s. au vie s. (Six Dynasties), au xe s. (Cinq Dynasties) après le rayonnement de l’empire Tang (618-907), puis aux xiie et xiiie s.. La réunification et le perfectionnement de l’État mandarinal par les Song au xie s. marquent une époque charnière. En effet, la Chine connaît dès lors huit siècles d’essor quasi continu, qui, après l’effondrement de la dynastie mongole des Yuan fondée par Kubilay (1279-1368) puis la reconstruction et une nouvelle expansion au xve s. sous le règne des Ming (1368-1644), connaît son apogée au milieu du xviiie s. sous le régime sino-mandchou des Qing. À partir du début du xixe s., désormais convoité par les puissances européennes, le pays commence à décliner durablement. En proie à de graves troubles sociaux (mouvement des Taiping, 1851-1864), il commence aussi à résister aux ambitions occidentales, un nationalisme qui se développe jusqu’à la première révolution de 1911 et l’instauration de la République. À ce mouvement nationaliste, restructuré en 1912 autour du Guomindang, se joint le parti communiste chinois (PCC) en 1923-1927, puis en 1937-1946 contre l’occupant japonais, les communistes l’emportant finalement en 1949 sous la direction de Mao Zedong. Quelque 50 ans après l’échec désastreux du Grand bond en avant (1959) et dans le sillage des réformes de Deng Xiaoping (1978-1997), la Chine s’est hissée au rang des toutes premières puissances économiques mondiales.
1. Des origines à la dernière dynastie légendaire
Les restes du plus vieil hominidé découvert en Chine sont datés de 1,9 million d'années. Ils attestent ainsi l'ancienneté de la migration des espèces du genre Homo vers l'Asie.
Les anciens historiens chinois plaçaient au début de leur histoire une série de souverains qui auraient régné à des époques très reculées. Ils les présentaient comme des sages et des inventeurs de techniques et d'institutions. Fuxi avait inventé la divination ; Shennong, l'agriculture ; Huangdi, la technique ; Yao et Shun, l'art de gouverner. En réalité, ces personnages sont purement légendaires, bien que les traits mythiques soient très effacés par la tendance rationaliste et moralisante. Pour les confucianistes, les premiers princes qui méritent d'être mentionnés furent Yao, Shun et Yu. Tous trois furent des modèles de sagesse. Le dernier est présenté comme un ingénieur hydraulicien qui est venu à bout d'une grande inondation ; il a fondé la première dynastie chinoise, celle des Xia.
Pour en savoir plus, voir l'article Qin Shi Huangdi.
2. Les Xia
On ne connaît rien de précis sur les Xia, qui auraient fondé vers la fin du IIIe millénaire avant J.-C., un premier royaume chinois, dont la capitale aurait été Anyi dans le Shanxi, lequel royaume allait durer plus de 500 ans. Les légendes révèlent une civilisation agricole et patriarcale dont les principaux traits se reconnaissent dans la vie chinoise ultérieure ; très tôt, soutenu par la forte cohésion familiale, le paysan chinois a fait preuve de son dynamisme colonisateur. Peuple de chasseurs, de pêcheurs, mais aussi de cultivateurs de céréales, les Chinois bâtissent déjà en terre battue ; ils pratiquent la divination sur écailles de tortue, et marquent leurs fêtes par des danses et chants rituels.
Pour en savoir plus, voir l'article Xia.
3. Les Shang (vers 1770-vers 1025 avant J.-C.)
Kao Tsong
Kao Tsong
Kao TsongZhou
La dynastie Shang (ou Yin, ou encore Shang-Yin), qui succède aux Xia, appartient à l'histoire : en effet, des fouilles ont mis au jour le site de leur capitale dans la région de l'actuel Anyang (Henan). De nombreuses inscriptions datées, sur os et écailles de tortue, ont fourni d'abondants renseignements sur cette époque. Avant de venir s'établir à Anyang, les Shang eurent plusieurs autres capitales. La civilisation du bronze qu'ils représentent semble avoir fleuri d'abord sur le pourtour du golfe du Petchili (aujourd'hui golfe du Bohai) et dans la presqu'île du Shandong. Elle remonta le fleuve Jaune (→ Huang He) et s'installa dans le Henan.
Pour en savoir plus, voir les articles Anyang, Shang.
4. Les Zhou (vers 1025-221 avant J.-C.)
4.1. Les Zhou occidentaux
WenWen
Le fondateur de la nouvelle dynastie royale, le roi Wu Wang, est le chef de la principauté de Zhou, dans la vallée de la Wei, sur la frontière occidentale de la Chine, qui s'étend alors au sud jusqu'au Yangzi. Pendant trois siècles, les seigneurs Zhou maintiendront leur résidence dans la haute vallée de la Wei. Cette période est celle des Xi Zhou ou Zhou de l'Ouest. La société chinoise trouve son organisation : le Fils du Ciel est, en théorie, le maître suprême du pays, du Tian Xia « (le monde) sous le Ciel ». Seul, il porte le titre de roi (wang). Sous son autorité sont les nobles, les agriculteurs, les artisans et les éleveurs.
À partir de la fin du xe s., les cités établies dans la plaine centrale autour du fleuve Jaune tendent à se différencier pour former, au viiie s., une « confédération » de « royaumes du centre » ou du « milieu » (Zhongguo, qui deviendra le nom le plus commun de la Chine). Les autres royaumes sont considérés comme barbares, non pour des raisons raciales, mais parce qu'étrangers à la culture chinoise.
Vers 770 avant J.-C., l'invasion des nomades du Nord oblige les Zhou à transférer leur résidence à Luoyang, dans la province du Henan, non loin du fleuve Jaune. Cette première période ne nous est connue que par de très brefs récits des Mémoires historiques (Shiji) de Sima Qian et par des récits légendaires qui relatent les aventures romanesques des deux grands rois conquérants, Zao et Mu.
Pour en savoir plus, voir les articles Luoyang, Zhou.
4.2. Les Zhou orientaux
De 722 à 481 avant J.-C., s'étend la période des Dong Zhou ou Zhou de l'Est. Dite aussi « Chunqiu » (« Printemps et Automnes », du nom d'une chronique, cette période voit naître le confucianisme. L'histoire chronologique chinoise commence.
Certaines seigneuries – celles qui se trouvent à la périphérie du monde chinois – réussissent à s'allier à des groupes barbares des steppes ou des montagnes. C'est ainsi que des grands États se constituent, dont la puissance éclipse de plus en plus le royaume de Zhou et les autres petits pays du Centre. Quelques principautés de cette époque préfigurent déjà des provinces chinoises. Quatre pays mènent le jeu politique ; ce sont les quatre grands États en formation de l'époque : Qin (au Shaanxi), Jin (au Shanxi), Qi (au Shandong), Chu (dans le Hubei), auxquels on joint Song (au nord du Henan). Ces grands princes sont des souverains absolus sur leurs territoires. Après le déclin du pouvoir royal, ils connaissent successivement la suprématie. C'est ce que l'histoire appelle les « Cinq Hégémons », Wuba. Les plus célèbres sont l'hégémon de Qi, dans la première moitié du viie s. avant J.-C., et celui de Qin, à la fin du viie et au vie s. avant J.-C. La civilisation chinoise gagne dans la vallée du Yangzi, où s'organise alors le royaume de Chu.
Pour en savoir plus, voir les articles confucianisme, Printemps et Automnes.
4.3. Les Royaumes combattants (Zhanguo, 481-221 avant J.-C.)
Monnaie chinoiseMonnaie chinoise
Au ve s. avant J.-C. s'ouvre l'importante période dite des « Royaumes combattants », au cours de laquelle la Chine, à travers les guerres et les alliances entre sept royaumes (Han, Wei, Zhao, issus de la division du royaume de Jin en 453, Qin, Chu, Yan et Qi) évolue vers un État centralisé, édifiant l'essentiel de l'armature politique qu'elle conservera jusqu'au début du xxe s. Cette centralisation administrative et militaire est menée en particulier dans le royaume de Qin dans le nord-ouest (Shaanxi) dont les princes sont les premiers à supprimer le système domanial en donnant la terre aux paysans, désormais la base de la puissance économique et militaire d'un État qui s'impose d'abord dans le nord tandis que le royaume de Chu domine le sud. La Confédération chinoise des royaumes du milieu n'a plus de valeur juridique. La guerre d'annexion remplace la guerre féodale : les grands États absorbent peu à peu les petits. À partir de 335 avant J.-C., la plupart des princes se parent eux-mêmes du titre de rois (wang), montrant par là qu'ils ne reconnaissent plus l'autorité des princes Zhou.
Vers 300 avant J.-C., un danger commence à menacer la civilisation chinoise. Pour la première fois, les Xiongnu (qui seraient les Huns de l'Asie orientale) se trouvent mentionnés par leur nom. Nomades, ils menacent les confins nord de la Chine.
Les princes de Qin, à partir de la fin du ive s. avant J.-C., amorcent une vaste campagne d'annexion, qui les amènera à faire la conquête de toute la Chine, depuis les steppes mongoles et la plaine de Mandchourie, au nord, jusqu'aux régions montagneuses qui s'étendent au sud du Yangzi. En 316 avant J.-C., leurs armées pénètrent au Sichuan, dans la plaine de Chengdu ; en 312 avant J.-C., elles occupent tout le sud du Shaanxi. Mais c'est surtout à la fin du iiie s. avant J.-C. que les conquêtes se font plus nombreuses : sous la conduite du prince Zheng, après l’annexion des derniers domaines des Zhou en 256-249, qui met fin à leur lignée, la puissante armée de Qin (jusqu’à 600 000 hommes et dotée d’un armement très moderne pour l’époque) détruit successivement Han, Zhao, Wei, Chu (royaume le plus puissant) Yan et Qi.
Pour en savoir plus, voir les articles Royaumes combattants, Xiongnu.
5. Les Qin (221-206 avant J.-C.)
Grande Muraille de Chine
Grande Muraille de Chine
Grande Muraille de ChineL'empereur Shi HuangdiQin Shi Huangdi
Dès 221 avant J.-C., avec la conquête par le prince de Qin de Qi, le pays le plus à l'est, le système féodal de l'ancienne Chine est réduit. Le prince Zheng de Qin se fait proclamer Premier Empereur (Shi Huangdi). La capitale de l'Empire est à Xianyang, près de Xi'an, dans le Shaanxi. Pour arrêter les incursions des Xiongnu, il ordonne la construction de la Grande Muraille, qui s'étendra, jusqu'aux frontières du Nord-Ouest, sur plus de 2 000 km. D'autre part, il conquiert un vaste territoire au sud du fleuve Bleu (→ Yangzi Jiang), jusqu'à la région cantonaise (Nanhai) inclusivement. Mais l'œuvre principale de Qin Shi Huangdi sera d'établir un gouvernement bureaucratique centralisé, qui survivra à tous les changements dynastiques. Il supprime tous les fiefs, toutes les principautés locales et démantèle la noblesse. L'Empire est divisé en 36 commanderies, et chacune de celles-ci en plusieurs préfectures. En 213 avant J.-C., Qin Shi Huangdi ordonne de brûler les livres « classiques », qui, pour beaucoup, exprimaient les idéaux de l'ancienne noblesse. Seuls sont conservés les livres utiles (médecine, divination, pharmacie, agriculture). Les lettrés sont inquiétés, certains mis à mort, les confucéens sont persécutés. Un nombreux personnel administratif, aux fonctions diversifiées et hiérarchisées, est créé. La nouvelle organisation de la Chine, calquée sur celle du royaume de Qin, est due en grande partie au génie personnel du grand ministre Li Si, et au triomphe d'un système, celui des légistes. L'écriture est unifiée. Le pays est enfin pourvu de frontières ; pour le rendre homogène, l'empereur supprime les barrières intérieures et les fortifications locales. Il essaie d'assurer la stabilité de l'État en transformant les paysans tenanciers en propriétaires payant un impôt fixe. L'ouverture de grandes voies de communication aide également au progrès de l'unité nationale. Mais les seigneurs supportent mal la contrainte de lois sévères, les grands travaux entrepris épuisent les corvéables et ruinent le trésor. En 209 avant J.-C., après la mort en 210 de Qin Shi Huangdi – qui s'est fait enterré dans un mausolée avec son immense armée de terre cuite exhumée en 1974 – un soulèvement populaire dirigé par Zhen Sheng dans l'ancien territoire des Chu ébranle le pouvoir despotique de son fils et successeur, qui ne peut empêcher la guerre civile et l'écroulement de l'Empire. En 206 avant J.-C., après avoir écrasé les Qin et s'être imposé face aux Chu, l'un des chefs insurgés, Liu Bang, fonde la dynastie des Han.
Pour en savoir plus, voir les articles Grande Muraille, Li Si, Qin, Qin Shi Huangdi, Xianyang, Xiongnu.
6. Les Qian Han ou Han antérieurs ou Han occidentaux (206 avant J.-C.-9 après J.-C.)
La Chine des HanLa Chine des Han
La capitale est à Changan (aujourd'hui Xi'an), dans le Shaanxi. Liu Bang, intronisé sous le nom de Han Gaozu, hérite de l'œuvre de Qin Shi Huangdi. Il refait sans mal l'unité de l'Empire.
195 avant J.-C. : à sa mort, l'autorité Han est assurée. Cependant des généraux et des membres de la famille impériale menacent de ramener la féodalité.
140 avant J.-C. : Wudi devient empereur. Son règne (140-87 avant J.-C.) représente une des époques les plus brillantes de l'histoire chinoise. Il institue d'abord le système des apanages, pour lutter contre l'aristocratie locale en divisant les grands domaines à chaque génération. Il établit auprès de chaque roi ou prince régional un résident impérial, à la fois censeur et espion, qui reçoit le titre de conseiller. Les lettrés confucéens, persécutés par Qin Shi Huangdi, méprisés par Liu Bang, se rallient à l'empereur Wudi, car ils sont devenus les véritables bénéficiaires de la réforme. Ils obtiennent à nouveau des charges, l'école des légistes, appui du césarisme Qin, ayant été écartée ; le recrutement des fonctionnaires s'effectue désormais par concours ; ainsi prend naissance la classe si importante du mandarinat. À l'extérieur, l'empereur Wudi reprend les grands projets de conquête de l'empereur Shi Huangdi.
135 avant J.-C. : expédition au Fujian, annexé en 110 avant J.-C.
133 avant J.-C. : expédition contre les Xiongnu, dont la confédération menace la sécurité de l'Empire.
126 avant J.-C. : l'armée Han conquiert le Gansu, s'établit à Dunhuang et au Turkestan.
119 avant J.-C. : les Xiongnu sont défaits, l'empire Han tient la route de la soie.
111 avant J.-C. : Canton est pris, le Tonkin est envahi, ainsi que le Yunnan.
109 avant J.-C. : les armées chinoises pénètrent dans le Xinjiang et poussent vers le Pamir, jusqu'au Fergana (actuel Ouzbékistan).
108 avant J.-C. : après vingt années de campagne, la Corée est conquise.
87 avant J.-C. : mort de Wudi, qui laisse à ses successeurs le plus grand empire chinois, que seul l'empereur Xuandi (73-49 avant J.-C.) saura gouverner sans intrigues.
5 après J.-C. : l'empereur Pingdi, encore au berceau, est empoisonné par un ministre ambitieux, Wang Mang, qui, avec l'aide de l'impératrice douairière, va usurper le trône.
9 après J.-C. : Wang Mang se proclame fondateur de la dynastie des Xin. Bien qu'usurpateur, il entreprend des réformes économiques et sociales. L'État reste en droit le seul propriétaire du sol ; des terres sont redistribuées à chaque famille ; l'esclavage privé est limité. Des prix maximaux sont fixés pour les denrées. Mais l'État est devenu un créancier sans pitié : il en résulte finalement un nouvel abaissement du niveau de vie des paysans. Ces mesures n'étant que partiellement suivies d'effet, les grands propriétaires continuent à agrandir leurs domaines.
23 : des jacqueries (« Montagnes vertes » et « Sourcils rouges ») associées à la rébellion de la noblesse han, mettent fin au pouvoir de Wang Mang. La jacquerie des « Sourcils rouges » est suivie d'une insurrection légitimiste qui restaure la dynastie Han. Liu Xiu devient empereur et prend le nom de Wudi.
Pour en savoir plus, voir les articles Han, Han Gaozu, route de la soie, Wang Mang, Wudi, Xi'an.
7. Les Hou Han ou Han postérieurs ou Han orientaux (23 après J.-C.-220)
La capitale est transférée de Changan à Luoyang dans le Henan. Guang Wudi rétablit le fonctionnement de la famille administrative et militaire, et mate les révoltes périphériques. Ses successeurs continueront son œuvre de restauration pendant un siècle.
La position chinoise en Asie centrale, momentanément ébranlée, est rétablie ; les conquêtes de Ban Chao, à la fin du ier s. après J.-C., atteignent toute la contrée qui s'étend de Tourfan à Kachgar. Ainsi, l'ordre chinois est imposé aux nomades. Grâce au contrôle de la route de la soie, le commerce extérieur est florissant. Les marchands répandent les idées et les manières chinoises chez les Barbares. Ceux-ci, à leur tour, font connaître le bouddhisme aux Chinois. C'est, en effet, à cette époque qu'on décèle, à la capitale et à la cour de certains princes, les premières communautés bouddhiques chinoises. La civilisation chinoise connaît une nouvelle phase d'épanouissement et de raffinement ; l'invention du papier facilite certains moyens d'expression ; l'alchimie, la médecine, la chirurgie, l'astronomie progressent. À la fin du ier s., le luxe se répand de nouveau à la Cour ; les eunuques affirment leur puissance au détriment de celle des « lettrés » avant d'être éliminés en 189.
En 184, une grave crise agraire et la détresse des paysans aboutissent à un vaste soulèvement populaire, connu sous le nom de révolte des Turbans jaunes, conduit par des chefs de sectes à l'idéologie messianique et d'inspiration taoïste. Le pouvoir passe aux mains des généraux, rendus illustres par leurs victoires dans les guerres extérieures, qui viennent à bout de la révolte. Trois d'entre eux se partagent l'Empire.
Pour en savoir plus, voir les articles Asie centrale, Han, révolte des Turbans jaunes.
8. Des Trois Royaumes (Sanguo) aux premières invasions barbares (220-316)
À la fin des Han commence une période de guerre civile et de morcellement politique qui durera près de quatre siècles. La Chine se trouve d'abord partagée en Trois Royaumes (Sanguo) : Wei, Shu Han et Wu.
220 : le prince Cao Pei règne sur les provinces du Nord, rassemblées dans le royaume de Wei, dont la capitale est Luoyang dans le Henan. Ce royaume disparaîtra en 265.
221 : le prince Liu Bei, un prince Han, fonde le royaume de Shu Han, dans le Sichuan, avec pour capitale Chengdu. Ce royaume, annexé par celui de Wei, disparaîtra en 263.
222 : le prince Sun Quan fonde le royaume de Wu qui contrôle les provinces du Sud et dont la capitale est à Wuchang (Hubei), puis à Nankin (Jiangsu). Ce royaume disparaîtra en 280.
265 : le prince Sima Yan, du royaume de Wei, fonde à Luoyang une nouvelle dynastie, celle des Xi Jin (Jin occidentaux).
280 : l'unité nominale de la Chine est rétablie par la dynastie des Xi Jin avec la prise de Nankin et l'annexion du royaume de Wu. Cette dynastie, dont la capitale reste à Luoyang, bien que prestigieuse, est toutefois politiquement faible et les Barbares fondent dans la Chine du Nord et de l'Ouest de véritables royaumes. Se profile ainsi la période des grandes invasions.
308-316 : un des chefs des Xiongnu méridionaux (établis à l'intérieur de la grande boucle du fleuve Jaune, puis dans le Nord du Shanxi à l'époque des Trois Royaumes) se proclame empereur. Luoyang puis Changan son prises en 311 et la maison impériale (fondant les dynastie des Jin orientaux) se réfugie à Nankin qui devient, en 317 et pendant trois siècles, la capitale de l'Empire réduit à la Chine du Sud. Ainsi, ce pays de sinisation relativement récente devient le principal foyer de la civilisation chinoise, le vieux pays du Nord étant périodiquement submergé par des hordes barbares qui sont toutefois vite absorbées et sinisées. C'est le début de la période Nanbeichao.
Pour en savoir plus, voir les articles Trois Royaumes, Wei.
9. Les dynasties du Nord et du Sud (Nanbeichao, 317-589)
304-439 : la Chine du Nord se morcelle en plusieurs petits royaumes dont les classes dirigeantes sont issues de cinq ethnies descendantes des nomades turco-mongols ou toungouses de la steppe (Xiongnu, Jie, Xianbei) ou apparentées aux Tibétains et Tanguts (Qiang et Di) : on les appelle les « seize Royaumes des Cinq barbares ». Dans le Sud, se succèdent cinq dynasties chinoises : les Jin orientaux, les Song, les Qi, les Liang et les Chen.
349 : les tribus Xianbei déferlent sur le nord de la Chine, qu'elles domineront jusqu'en 507. D'origine turco-toungouse, elles sont plus connues sous le nom de Tabghatchs (en chinois Tuoba). Elles fondent le royaume de Bei Wei.
Bodhisattva de YungangBodhisattva de Yungang
386 : la dynastie Bei Wei (ou Wei du Nord) installe sa capitale à Changan. Cette dynastie est célèbre dans l'histoire de la Chine par la culture bouddhique qu'elle a instaurée et qui a laissé les sanctuaires rupestres de Yungang et Longmen. Elle unifie la Chine du Nord en 439 et transfère sa capitale à Luoyang en 493.
399 : voyage du premier pèlerin chinois Fa Xian vers l'Inde bouddhique. Au début du ve s., le bouddhisme connaît un essor sans précédent.
420 : dans le sud de la Chine, la dynastie des Jin orientaux est remplacée par une dynastie Song, qui règne à Nankin jusqu'en 479, date à laquelle les Qi la remplacent.
502 : les Liang renversent les Qi. Les Liang, protecteurs du bouddhisme, en font une religion d'État sous le règne de Liang Wudi.
577 : les Chen renversent les Liang et règnent à Nankin jusqu'en 589. Entre-temps, au nord, la dynastie des Bei Wei s'est effondrée (535) puis divisée en deux rameaux (oriental et occidental) et, pendant la seconde moitié du vie s. de petits royaumes se disputent pour asseoir leur autorité.
Pour en savoir plus, voir les articles Bei Wei, bouddhisme, Longmen.
10. Les Sui (581-618)
581 : dans le Nord, la famille Yang remporte l'avantage et fonde la dynastie des Sui, dont la capitale est soit à Changan (→ Xi'an), soit à Luoyang.
589 : les Sui refont l'unité de l'Empire en annexant les royaumes du Sud. Puis l'empereur Wendi se tourne contre la nouvelle puissance turque apparue en haute Asie. Deux empires turcs se sont constitués au vie s. : l'empire des Turcs orientaux, avec pour centre Karakorum, sur le haut Orkhon ; celui des Turcs occidentaux dans la région de l'Ili et dans le Turkestan occidental. Les Sui profitent des discordes entre les deux États pour rétablir la suprématie chinoise en Asie centrale.
605 : l'empereur Yangdi succède à son père Wendi.
587-608 : dans le cadre d'une politique de grands travaux, creusement du Grand Canal entre la région de Luoyang et celle de Pékin, premier canal de l'histoire de la Chine.
611 : soulèvement populaire de Wang Pu.
615 : les armées chinoises sont défaites en Corée. Les Turcs attaquent le nord de la Chine.
11. Les Tang (618-907)
La Chine des Tang
La Chine des Tang
La Chine des TangPorteuse d'offrandes de la dynastie Tang
617-618 : le général Li Yuan (Tang Gaozu) se rebelle, fait alliance avec les Turcs et fonde à Changan l'empire des Tang. Yangdi est assassiné.
627 : son fils Li Shimin (ou Tang Taizong), qui l'a aidé à prendre le pouvoir grâce à son génie militaire, lui succède. Pendant près de deux siècles, la Chine va connaître puissance et prospérité. La population semble atteindre alors le chiffre de 50 millions. La capitale abrite par moments 2 millions d'individus. Le luxe et le raffinement des mœurs atteignent leur apogée aussi bien à Changan qu'à la capitale secondaire Luoyang. Ce n'est plus une disgrâce, désormais, pour un fonctionnaire, d'être envoyé dans la région du Yangzi : les grandes villes du Sud ont pris une grande importance économique et culturelle. Le commerce, surtout celui du thé, est florissant. L'invention de l'imprimerie date de la fin des Tang. Le bouddhisme, quelque temps suspect, est réhabilité en grande partie grâce au moine pèlerin Xuan Zang, qui voyage en Inde en 629. On assiste à l'essor d'une économie monétaire. Les impôts sont prélevés en monnaie et non plus en nature ; les commerçants créent des banques et utilisent un genre de lettre de change, première forme de monnaie fiduciaire.
629-630 : les armées chinoises écartent pour longtemps les menaces qui viennent des steppes du Nord. C'est le début de l'expansion des Tang en Asie centrale.
649 : Tang Taizong meurt, après un des règnes les plus glorieux de l'histoire chinoise. Son fils Gaozong (Tang Gaozong) lui succède.
658-659 : expéditions militaires vers la Corée qui passe entièrement sous la domination des Tang dans les années 660.
683 : à la mort de Gaozong, l'impératrice Wu Zetian devient la maîtresse absolue de l'Empire et fonde la dynastie des Zhou.
705 : mort de l'impératrice ; fin de sa dynastie. Restauration des Tang.
712 : Xuanzong monte sur le trône (Tang Xuanzong). Son règne de près d'un demi-siècle sera celui des arts et des lettres. La xylographie est inventée. Les grands poètes Du Fu, Li Bai (Li Bo), Han Yu ou Bai Juyi (Bo Juyi) fréquentent la cour impériale. Xuanzong tentera de reprendre la politique d'expansion de Taizong, qui avait écrasé les Turcs, rétabli le protectorat chinois sur le bassin du Tarim, et avait permis à la civilisation chinoise d'atteindre les confins indo-iraniens. La tribu turque des Ouïgours, qui s'arroge l'empire de Mongolie au milieu du viiie s. deviendra par la suite une alliée fidèle de la dynastie des Tang.
715 : l'armée chinoise vient au secours des rois de Fergana, de Samarkand, de Bactriane menacés par la conquête arabe qui poursuit sa marche vers l'est.
728 : l'empereur doit intervenir contre les Lolos (ethnie tibéto-birmane), qui menacent de faire sécession au Yunnan.
747-750 : expéditions chinoises contre les Tibétains.
751 : les Arabes défont l'armée chinoise sur les bords du Talas ; victoire des Lolos contre l'occupant chinois.
754 : le royaume tibéto-birman de Nanzhao (fondé par les Lolos) se révolte et se détache de l'Empire ; il menacera par la suite le Sichuan et le Tonkin, et prendra le nom de Dali au xe s.
755 : le règne de Xuanzong s'achève avec la révolte d'An Lushan, gouverneur de la région de Pékin et protégé de la favorite de l'empereur, Yang Guifei. An Lushan veut sauver l'Empire qui vient d'essuyer de nombreux revers militaires ; Xuanzong s'enfuit au Sichuan.
763 : après l'assassinat d'An Lushan par son propre fils, la rébellion est écrasée. Mais la puissance de la dynastie des Tang, dès lors, va s'affaiblissant. Ces huit années de guerre civile ont provoqué un appauvrissement démographique, accompagné d'une très grave crise économique et sociale. Pour remplir le trésor de l'État vidé par la guerre civile, l'État écrasera les paysans d'impôts, de corvées, de levées de milice toujours plus considérables. Endettés, les paysans vendent leurs terres aux grands propriétaires, dont ils deviennent pratiquement les serfs. Au lieu de paysans aisés, la Chine ne possède plus qu'une sorte de prolétariat agricole. À la fin du viiie s. les familles de propriétaires ne représentent plus que 5 % de la population. L'État confisque aussi une partie des biens des marchands. Les prélèvements fiscaux sont si brutaux qu'ils provoquent des émeutes.
841-845 : une grande proscription du bouddhisme est décrétée. Après la dispersion des communautés, la région connaît un déclin, qui retrouvera un certain essor sous les Song.
874 : un soulèvement paysan éclate mené par Huang Chao et Wang Xianzhi.
881 : Huang Chao s'empare de Changan ; l'empereur s'enfuit de nouveau vers le Sichuan. La dynastie Tang s'effondre ; le dernier empereur Tang sera détrôné en 907. Les princes féodaux retrouvent leurs fiefs. Pendant un demi-siècle, le monde chinois retombe dans l'anarchie.
Pour en savoir plus, voir les articles Ouïgours, Tang, Tang Gaozong, Tang Gaozu, Tang Taizong, Tang Xuangzong, Tibet, Wu Zetian, Zhou.
12. Les Cinq Dynasties ou Wu Dai (907-960)
De 907 à 960, l'espace chinois est une fois de plus partagé. Tandis que dix royaumes « illégitimes » se partagent le Sud, cinq familles chinoises ou turques, considérées commes les successeurs des Tang, prennent successivement le pouvoir dans le Nord. Issue des commanderies militaires rendues indépendantes, une nouvelle classe dirigeante se constitue. Des troupes de mercenaires remplacent l'armée de conscrits en vigueur depuis les premiers empires Qin et Han.
907 : dans le Nord, les Liang postérieurs (Hou Liang) installent leur capitale à Bianzhou (aujourd'hui Kaifeng) dans le Henan.
923 : fin des Liang. La dynastie des Tang postérieurs leur succède.
936 : les Jin postérieurs succèdent aux Tang dans le Nord.
939 : fondation du royaume du Viêt Nam libéré de la tutelle chinoise.
947 : les Han postérieurs succèdent aux Jin dans le Nord.
951 : le général Guo Wei fonde à Kaifeng la dynastie des Zhou postérieurs et unifie la Chine du Nord à l'exception de la région de Taiyuan, occupée par les Han du Nord (951-979) protégés par les Khitan.
Pour en savoir plus, voir les articles Cinq Dynasties, Khitan.
13. Les Song (960-1279)
La Chine des Song et des Yuan
La Chine des Song et des Yuan
La Chine des Song et des YuanVerseuse de la dynastie des Liao
En 960, un homme du Nord, Zhao Kuangyin, est porté au pouvoir par ses troupes à Kaifeng et fonde la dynastie des Song. Puis il conquiert de 963 à 979 les autres royaumes chinois, y compris, dans le nord, la région de Taiyuan, mais à l'exception des territoires annexés par l'empire turco-mongol sinisé des Liao fondé en 946 par les Khitan, dont Pékin. Les Song mettent fin au régime des coups d'État militaires et restaurent l'« Empire civil » en perfectionnant l'État mandarinal et en développant le mercenariat hérité de l'époque des Cinq Dynasties.
Huen-TsongHuen-Tsong
Les valeurs traditionnelles sont remises à l'honneur. Le système des examens publics destinés au recrutement du personnel administratif est rétabli et comprend désormais trois « matières » principales : style administratif, narration et poésie. Les lettrés sont répartis par province et les plus éminents reçoivent de hautes charges. Ils sont divisés dans une lutte politique sans précédent, née de la crise agraire du ixe s., devenue permanente au xie s. Le mandarinat conservateur, champion de la politique du laisser-faire, est favorable à la grande propriété et aux intérêts privés. Les novateurs radicaux visent à enrichir l'État en aidant le peuple à produire davantage. À cette période de stabilité politique correspond une période d'inventions techniques et scientifiques, dont la Chine est fertile sous les règnes des grands empereurs : premier emploi de la poudre à canon à des fins militaires et invention de la boussole (vers 1000) ; invention de l'odométrie (1027) ; débuts de l'utilisation du caractère mobile pour l'imprimerie (1041) ; première horloge hydraulique (clepsydre) à échappement inventée à Kaifeng (1088) ; premiers bateaux à pédaliers à roues (début du xiie s.). Cette longue période d'inventions correspond au moment où les « novateurs » dirigés par Wang Anshi sont au pouvoir (1021-1086). Celui-ci supprime la corvée et la remplace par l'impôt personnel. Le régime de la propriété foncière demeurant celui des latifundia, ces réformes audacieuses sont purement fiscales, sans aucun caractère « social ». Pourtant, dans un pays dont le centre de gravité continue depuis le viiie s. à se déplacer vers le sud-est, elles coïncident avec un essor très net du commerce (surtout celui du thé).
1101 : Huizong devient empereur de Chine. C'est à partir de son règne que la Chine des Song se préoccupe de politique extérieure. En effet, les Song n'ont pas jusqu'alors renouvelé en Asie les conquêtes des grands empereurs des Han ou des Tang. Contrôlant toute la Chine historique, ils restent cependant menacés par l’empire des Liao et celui des Xi-Xia (Xia occidentaux) fondé en 1038 par les Tangut et s’étendant de la Mongolie méridionale au Quinghai (ouest).
1115 : les Jürchen fondent l'empire des Jin en Mandchourie et s'allient avec les Song contre l'empire khitan des Liao.
1124-1125 : après la prise de Pékin par les Jin, l'empire des Liao s'effondre. Les Jin envahissent la Chine du Nord.
1127 : face aux offensives de leurs ex-alliés, les Song se réfugient dans le Sud et transfèrent leur capitale à Lin'an (aujourd'hui Hangzhou). C'est le début de la dynastie des Song du Sud (Nan Song), qui continue celle des Song du Nord et dont le premier empereur est Gaozong (1127-1162).
1167 : naissance de Gengis Khan en Mongolie.
1206 : Gengis Khan est le chef de toutes les tribus turco-mongoles.
1215 : Gengis Khan s'empare de Pékin, la dynastie Jin transfère sa capitale à Kaifeng.
1226 : après avoir mené ses conquêtes vers la Perse et l'Asie centrale, Gengis Khan repart en campagne contre la Chine. Il meurt en 1227.
1227 : l'empire des Xi-Xia tombe aux mains des successeurs de Gengis Khan.
1234 : sous les coups conjugués des Song et des Mongols, l'empire Jin disparaît.
1275 : premier voyage de Marco Polo à la cour de Kubilay Khan, à Khanbalik (sur le site de l'actuel Pékin).
1276 : Kubilay Khan s'empare de la capitale des Song, Lin’an (Hangzhou).
1279 : fin de l'empire des Song. Les Mongols occupent désormais toute la Chine.
Pour en savoir plus, voir les articles Gengis Khan, Huizong, Kaifeng, Liao, Marco Polo, Mongols, Xi-Xia, Song.
14. Les Yuan (1280-1368)
La Chine des Song et des Yuan
La Chine des Song et des Yuan
La Chine des Song et des YuanPorcelaine bleu et blanc de la dynastie Yuan
En 1280, Kubilay Khan, un des petits-fils de Gengis Khan, fondateur de la dynastie des Yuan, se fait proclamer empereur de Chine. La capitale est Khanbalik. Cette époque présente l'image grandiose d'un libre-échange commercial s'étendant depuis l'Europe orientale jusqu'au Pacifique. Mais, après tant de dévastations, l'état du pays est pitoyable. La population est tombée de 100 millions à 60 millions. Kubilay fait remettre en état les routes impériales ; il étend à la Chine le système de la poste mongole, à laquelle 200 000 chevaux sont affectés. Le Grand Canal est créé avec le tracé qui existe encore aujourd'hui. Le système Song de « prévoyance d'État » et de « greniers régulateurs » est remis en vigueur. L'administration financière est cependant très défectueuse. L'inflation et les dévaluations perpétuelles rendent le régime mongol impopulaire dans les parties les plus commerçantes de la Chine. Le papier-monnaie apparaît. Le néoconfucianisme devient idéologie officielle de l'État. Les lettrés écrivent en langue vulgaire. Les premiers romans populaires apparaissent et le théâtre se développe, avec Ma Zhiyuan et Guan Hanqing. Dans sa législation officielle (le Code des Yuan), la dynastie mongole se préoccupe d'améliorer la situation des esclaves, des ouvriers agricoles et des fermiers, mais elle ne sait pas éviter une paupérisation continue de la population et la famine. En outre, la classification ethnique de la population – Mongols, une trentaine d'ethnies, Chinois/populations sinisées du Nord, et Chinois du Sud – est à la base d'un cloisonnement social et de discriminations qui favoriseront également les révoltes.
1292 : deuxième voyage de Marco Polo au royaume du Grand Mongol.
1294 : mort de Kubilay Khan. Plusieurs souverains dont Témur Khan (1294-1307) se succèdent au pouvoir jusqu’à la chute de la dynastie.
1325 : premiers soulèvements populaires à caractère social, dirigés contre les riches Mongols et Chinois. Mais, bientôt, les Mongols, en voie d'absorption par la masse indigène, ayant renforcé les discriminations ethniques, ces mouvements prennent un caractère national.
1351 : le fleuve Jaune (→ Huang He) déborde, des régions entières sont inondées, et la famine sévit. Éclate la révolte des « Turbans rouges », et les représentants des classes privilégiées font cause commune avec les révoltés.
1368 : profitant des troubles, un paysan, Zhu Yuanzhang, s'empare du pouvoir ; la dynastie des Yuan s'effondre.
Pour en savoir plus, voir les articles Kubilay Khan, Yuan.
15. Les Ming (1368-1644)
La Chine des Ming
La Chine des Ming
La Chine des MingPeinture Ming, toilettePeinture sur soie MingSoldats Ming à cheval
1368-1398 : Zhu Yuanzhang règne sous le nom de Hongwu. La capitale est à Nankin.
1387 : toute la Chine est libérée et réunifiée sous la dynastie des Ming.
1403-1424 : règne de Yongle, qui établit sa capitale à Pékin. Ce règne est le plus fastueux de l'époque Ming. Yongle fait construire à Pékin la plupart des palais que l'on peut encore admirer aujourd'hui (la Cité interdite y est achevée en 1420).
Sous les premiers Ming, la Chine connaît de nouveau un grand essor à l'intérieur mais aussi à l'extérieur du pays avec les grandes expéditions maritimes en Asie du Sud-Est et dans l'Océan indien (1405-1433). Les empereurs font établir un cadastre. On restaure les travaux d'irrigation, on distribue gratuitement des bœufs de labour et des outils, on organise un système de greniers publics (réserves en cas de mauvaises récoltes), ainsi qu'un système de « champs militaires » attribués à des soldats et susceptibles de subvenir ainsi à leurs propres besoins, on décrète en 1394 la culture obligatoire du coton. Toutes ces mesures amènent une reprise de l'agriculture. Par ailleurs naît une nouvelle classe sociale qui correspond dans une certaine mesure à la bourgeoisie en Europe. La population s'étant accrue, l'Administration a besoin de plus de fonctionnaires et leur caste grossit de gens qui n'appartiennent pas à l'aristocratie terrienne. Le peuple ne bénéficie pas de cette apparente démocratisation. Les nouveaux venus, pour payer leurs dettes et s'enrichir, sont amenés à pressurer les petites gens, en augmentant les sommes dues pour les impôts qu'ils sont chargés de percevoir. Humiliée par les souverains de la précédente dynastie, la Chine devient xénophobe. C'est sous les Ming que commence, dans l'Est et dans le Sud, la piraterie japonaise, véritable fléau qui ne cessera qu'au cours des années 1560-1570 à la suite des contre-offensives chinoises.
1514 : les Portugais abordent pour la première fois les côtes chinoises (Guangdong). Quelques années plus tard, ils sont autorisés à fonder à Macao un établissement qui gardera un caractère essentiellement commercial.
1573 : Wanli, dont le règne est marqué par des luttes de factions au sein même de la Cour, menées notamment par les eunuques alors tout-puissants, est le premier empereur chinois à autoriser les missions étrangères en Chine.
1582 : le jésuite Matteo Ricci débarque en Chine, à Macao. Il apporte à la Cour (où il est reçu en 1601) des connaissances astronomiques, ce qui lui permet d'exercer son apostolat sans être inquiété.
1616 : en Mandchourie, Nourha-Tchi devient chef des Jürchen, dont il fédère les différentes tribus, ralliant des unités mongoles et intégrant des contingents chinois dans ses « Bannières ». Il fonde la dynastie des Jin postérieurs puis se retourne contre la Chine du Nord.
1620 : fin du règne de Wanli. La dynastie Ming touche à sa fin. L'année suivante, dans el Nord-Est, Moukden (Shenyang) et Liaoyang sont prises par l'armée de Nourha-Tchi.
1625 : les premiers rois Jürchen, qui prennent bientôt le nom de Mandchous, établissent leur capitale à Moukden ; leur royaume devient une redoutable menace pour l'empire des Ming, une fois conquise la Mandchourie méridionale. En vue de s'emparer du trône impérial, ils initient l'aristocratie mandchoue à la civilisation chinoise.
1637 : rédaction du traité de technologie Tiangong kaiwu.
Pour en savoir plus, voir les articles Cité interdite, Hongwu, Macao, Mandchourie, Matteo Ricci, Nankin, Pékin, Wanli.
16. Les Qing (jusqu'en 1840)
1644 : les Mandchous sont appelés à l'aide par un général chinois pour soumettre un chef de bande révolté (Li Zicheng). Ayant chassé celui-ci de Pékin, les généraux mandchous refusent de quitter la capitale chinoise. Or le dernier roi mandchou vient de mourir à Moukden. Shunzhi, son fils, est choisi comme empereur et est installé sur le trône à Pékin, fondant la dynastie des Qing. Dans les postes importants, les fonctionnaires chinois sont doublés par des fonctionnaires mandchous.
Achat de théAchat de thé
1659 : le changement de régime se fait aisément ; malgré la résistance des Ming du Sud, qui ne peuvent repousser les offensives militaires, toute la Chine reconnaît la dynastie mandchoue. Pendant 150 ans la Chine va connaître une période d'expansion qui sera suivie d'une longue période de décadence.
1661 : mort de Shunzhi.
Exportation de théExportation de thé
1662 : début du règne de Kangxi, empereur lettré par excellence, rendu surtout célèbre par son dictionnaire. Son règne, qui se prolongera pendant 60 ans, est un des plus longs de l'histoire chinoise. Il favorise, comme son père, les missionnaires occidentaux, en particulier les jésuites. À cette époque, on peut dire que la Chine se trouve techniquement à égalité avec l'Europe.
1673 : la jeune dynastie mandchoue est mise en danger par une révolte qui sévit pendant 4 ans en Chine méridionale, notamment au Fujian et au Guangdong.
1681 : les Qing occupent le Yunnan.
1683 : annexion de Taïwan. La Chine du Sud, qui a bénéficié jusque-là d'un régime exceptionnellement favorable, connaît les rigueurs de l'annexion militaire.
1689 : signature du traité de Nertchinsk, entre les Russes et les Chinois, qui délimite dans un sens favorable à la Chine la frontière sur le fleuve Amour. Kangxi avait parmi ses conseillers diplomatiques un jésuite français. C'est sous son règne, en effet, que les jésuites joueront un rôle prépondérant à la cour de Pékin.
1696 : au nord, après la défaite des tribus de la Mongolie intérieure, pour éviter qu'un nouvel empire mongol ne se constitue aux portes de la Chine, Kangxi impose militairement le protectorat chinois sur toute la Mongolie. Kangxi a aussi envoyé un premier corps expéditionnaire au Tibet, mais celui-ci a échoué. Ce n'est qu'en 1720 que l'armée impériale entrera victorieuse à Lhassa.
1707 : sur les conseils des jésuites, Kangxi fait entreprendre un relevé cartographique complet de la Chine, qui sera achevé dix ans plus tard. Au même moment, éclate la querelle des rites : le Vatican ayant condamné l’attitude conciliante des jésuites à l’égard des coutumes chinoises, les relations avec les chrétiens commencent à se détériorer. Le travail des missionnaires jésuites – qui continuent d’être accueillis à la Cour jusqu’à la dissolution de leur ordre en 1773-1814 – s’en ressent, tandis que la Chine se ferme à la foi chrétienne au profit du bouddhisme, en particulier sous le règne de Yongzheng.
1722 : fin du brillant règne de Kangxi. Yongzheng lui succède.
QianlongQianlong
1736 : Qianlong monte sur le trône. Il continue d'employer personnellement les jésuites en raison de leurs connaissances scientifiques et artistiques, bien qu'il redoute leur influence religieuse et politique. Le Code des Ming livrait sans défense aux propriétaires les fermiers et ouvriers agricoles qui cultivaient leurs terres. Favorisant le morcellement général de la propriété en Chine, la dynastie mandchoue fait confisquer de nombreuses grandes propriétés. De plus, elle rend à l'État, en les faisant rentrer dans le régime commun, une partie des masses énormes de terres appartenant à la maison impériale et qui étaient auparavant exemptes d'impôts. Sous les règnes de Kangxi et de Qianlong, la cité impériale de Pékin est reconstruite sur les plans des palais Ming (lesquels ont été brûlés lors de la chute de cette dynastie). Sous leurs règnes, également, sont construits les beaux parcs et palais d'été, au nord-ouest de Pékin, en partie avec l'aide d'architectes étrangers. Cependant, vers la fin du règne de Qianlong, la corruption se répand au sein de l'Administration. En politique extérieure, Qianlong poursuit l'œuvre de Kangxi au Tibet et en Mongolie. Il soumet aussi les tribus Miaos du sud de la Chine.
1793 : George Macartney, l'envoyé britannique, se voit refuser l'ouverture de relations diplomatiques et commerciales.
1799 : mort de Qianlong ; l'empire chinois est alors aussi vaste que celui des Han ou des Tang, s'étendant de l'Himalaya à la Sibérie et du fleuve Rouge au Pamir. Après ces deux grands règnes commence la décadence de la dynastie, contre laquelle des sociétés secrètes complotent. Début de la révolte du Lotus blanc, qui s'achève en 1804. Après les largesses de son prédécesseur, l’empereur Jiaqing adopte une politique d’austérité qui mécontente une partie de la Cour et de l’Administration
1813 : un complot contre l’empereur, impliquant des membres de la Cour en liaison avec une nouvelle insurrection menée par la secte de l’Ordre céleste (issue de l'ancienne secte du Lotus blanc), est déjoué.
1821 : début du règne de Daoguang.
1830 : expulsion des derniers missionnaires jésuites. Le pays se trouve alors pratiquement fermé aux étrangers. Toutefois, Macao reste contrôlé par les Portugais et un quartier du port de Canton ouvert aux commerçants étrangers bien que placé sous la surveillance de marchands chinois (système du Cohong). Les Anglais y échangent cotonnades et opium de l'Inde contre du thé et de la soie.
1834 : première intervention britannique contre les autorités chinoises qui gênent le trafic.
1836 : seconde intervention britannique.
1839 : après plusieurs interdictions sans effets (dont la dernière en 1800), le gouvernement de Pékin décide d'interdire l'importation d'opium. Le commissaire Lin Zexu applique la loi avec vigueur, saisit et détruit un important stock d'opium indien à Canton.
Pour en savoir plus, voir les articles Kangxi, Qianlong, Qing, querelle des rites chinois, Taïwan, traité de Nertchinsk, Yongzheng.
17. La pénétration européenne (1840-1894)
1841 : riposte de Londres. Canton est bombardé par une expédition britannique, qui occupe Shanghai et remonte le Yangzi jusqu'à Nankin.
1842 : traité de Nankin signé avec les Anglais. Ceux-ci obtiennent l'ouverture de cinq ports et occupent l'île de Hongkong. Les droits de douane ne doivent pas excéder 5 % de la valeur. Cette guerre de l'Opium ouvre la Chine aux commerçants étrangers.
1844 : signature de traités analogues avec la France et les États-Unis, notamment celui de Whampoa (Huangpu) où les Français obtiennent aussi la liberté de l'apostolat des missions catholiques. En politique intérieure, la faiblesse militaire révélée par les défaites, l'hostilité de beaucoup de Chinois du Sud envers la dynastie étrangère mandchoue, la misère des paysans, chargés d'impôts et exploités par des fonctionnaires prévaricateurs préparent une crise interne, précipitée par de mauvaises récoltes.
1846 : les mécontents se rallient à un mouvement religieux, animé par un prédicateur illuminé du nom de Hong Xiuquan, fondateur d'une « Association des adorateurs de Dieu ». Ses contacts avec des missionnaires lui ayant valu quelques notions de christianisme, il prêche une religion nouvelle, mélange d'emprunts au confucianisme et à la Bible, et il ambitionne de régénérer la Chine.
1851 : tandis que Xianfeng vient de monter sur le trône l'année pécédente, formation du gouvernement rebelle de Hong Xiuquan, qui se proclame « Roi céleste » et fonde l'empire céleste de la Grande Paix (Taiping tian guo).
1853 : Hong Xiuquan s'empare de Nankin, après avoir pris Hankou, où il installe sa capitale. Il règne sur plusieurs provinces de la Chine centrale. Peu après, Hankou est reprise par le général des autorités impériales, Zeng Guofan. Les puissances occidentales hésitent entre soutenir le mouvement Taiping, vaguement chrétien et nationaliste, mais moderniste (il prône des réformes agraires et sociales, notamment l'émancipation de la femme), et prendre parti pour le pouvoir de Pékin, traditionaliste et xénophobe. Toutefois, comme l'anarchie règne dans les régions que contrôlent les Taiping, notamment dans le bassin du Yangzi, et que Shanghai est menacé, les puissances occidentales finiront par se tourner vers Pékin. Mais auparavant, elles obtiennent de nouveaux avantages. Parallèlement, des rébellions et des soulèvements, des populations musulmanes notamment, éclatent dans le Nord-Ouest (Shaanxi, Gansu), tandis que les nouveaux territoires du Xinjiang font sécession en 1862 et ne seront pacifiés qu'en 1878.
1856 : début de la seconde guerre de l'Opium.
1858 : lors du traité de Tianjin, qui fait suite à une expédition franco-britannique destinée à venger la mort d'un missionnaire catholique et la saisie d'un navire britannique, Européens, Russes et Américains obtiennent des garanties de la part du gouvernement de Pékin. Mais les Chinois refusent de recevoir leurs diplomates.
1860 : pour laver cet affront et faire respecter ces nouvelles garanties, une nouvelle expédition franco-britannique envahit le Hebei et gagne la bataille de Palikao (Baliqiao). C'est l'année du sac et de l'incendie du palais d'Été (→ Pékin). De nouveaux « traités inégaux » sont alors signés. Pékin ouvre 11 nouveaux ports aux étrangers et autorise l'installation de commerces exempts de la juridiction locale, la libre circulation des étrangers en Chine, ainsi que le libre exercice des religions. Les missions diplomatiques sont accueillies et traitent avec l'office chargé des relations extérieures : le Zongliyamen. La Chine s'ouvre définitivement aux étrangers. Les concessions jouissent de l'exterritorialité et ont un service de douanes.
1861 : Pékin reçoit des armes de la part des puissances étrangères, ainsi que des conseillers et des mercenaires, tels l'Américain Ward et l'Anglais Gordon. Ce dernier aide Zeng Guofan et les milices des propriétaires fonciers à étouffer la révolte Taiping.
1862 : début du règne de Tongzhi.
1864 : Nankin tombe. Le « Roi céleste » se suicide. Une partie de ses troupes se réfugie au Tonkin, mais Nankin et Xuzhou, cités prospères, sont ruinées.
1870 : massacre de dix religieuses françaises et du consul français à Tianjin. Le gouvernement impérial reste méfiant vis-à-vis des Occidentaux.
1874 : fin du règne de Tongzhi.
CixiCixi
1875 : début de la régence de Cixi et du règne de Guangxu. Avec le prince Gong Yixin et des mandarins comme Zeng Guofan, Cixi cherche à établir l'autorité de la dynastie en réprimant les insurrections paysannes dans le Nord, celles des musulmans dans le Yunnan ou dans le Xinjiang. La Chine s'enlise dans ses traditions malgré la création d'un collège des sciences européennes à Pékin. La Chine est menacée de dislocation par une évolution trop rapide sous une influence étrangère.
1884-1885 : guerre sino-française. Au Tonkin, la France se heurte aux bandes des Pavillons-Noirs. La Chine renonce à sa suzeraineté sur le Tonkin.
Pour en savoir plus, voir les articles Cixi, guerre de l'Opium, Taiping, Tonkin.
18. De la guerre sino-japonaise jusqu'à la révolution (1894-1911)
1894-1895 : guerre sino-japonaise. La Chine veut faire respecter sa suzeraineté sur la Corée. Elle suscite une guerre avec le Japon qui, victorieux, obtient lors du traité de Shimonoseki la péninsule du Liaodong et Taïwan. Les puissances occidentales, surprises par ce nouveau concurrent inattendu, cherchent à limiter l'expansion nippone. Le Japon doit rétrocéder le Liaodong. Les Occidentaux divisent alors la Chine côtière en zones d'influence économique et obtiennent des « territoires à bail ».
1896-1898 : la Russie obtient la construction du Transmandchourien et Port-Arthur en bail. Elle contrôle ainsi le Nord-Est. L'Allemagne, après le meurtre de deux de ses missionnaires, se fait attribuer la baie de Jiaozhou et le port de Qingdao. La France tente d'accaparer le Sud-Ouest, notamment le Yunnan, où elle construit un chemin de fer, et la baie de Guangzhouwan. L'Angleterre, dont les intérêts sont très dispersés, obtient le port de Weihaiwei et le bassin du Yangzi, où elle construit des chemins de fer, Shanghai-Nankin, Shanghai-Ningbo. Quant aux États-Unis, restés à l'écart de ce partage, ils se contentent de la garantie du régime de la « porte ouverte ». Le marché chinois devient alors le champ de compétition d'entreprises financières, commerciales et industrielles dans lesquelles les Européens investissent des capitaux considérables.
1898 : La Chine réagit à ces ambitions occidentales. Le mandarin Kang Youwei décide l'empereur à européaniser en hâte la Chine. C'est la période des « Cent Jours », de juin à septembre, au cours de laquelle Cixi est éliminée. Des édits réorganisent l'enseignement, l |
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PYGMÉES ET AFRIQUE CENTRALE |
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Paris, 4 février 2008
L'histoire des populations de Pygmées et d'agriculteurs bantous d'Afrique centrale
Des chercheurs du CNRS et de l'Institut Pasteur(1), en collaboration avec une équipe pluridisciplinaire et internationale(2), ont étudié l'histoire démographique et génétique des Pygmées et des agriculteurs bantous de l'Afrique centrale. Leur étude suggère que les deux groupes ont commencé à diverger à partir d'une population ancestrale commune il n'y a pas plus de 70 000 ans, puis qu'ils sont restés isolés les uns des autres, avant d'échanger à nouveau des gènes, à partir d'il y a 40 000 ans, par l'intermédiaire de mariages de femmes pygmées avec des hommes agriculteurs. Une fois confirmés par d'autres marqueurs génétiques indépendants, ces résultats serviront de base à l'étude de l'impact de la sédentarisation sur l'évolution du génome et en particulier sur la vulnérabilité ou la résistance à certains agents pathogènes.
Des généticiens des populations, du CNRS et de l’Institut Pasteur, se sont associés à d’autres chercheurs en bioinformatique, en ethnolinguistique et en épidémiologie pour étudier les populations de Pygmées (chasseurs-cueilleurs nomades) et de villageois bantous (agriculteurs et éleveurs sédentaires) qui vivent en Afrique Centrale. L’objectif : déterminer dans quelle mesure des facteurs sociaux, culturels et démographiques ont influencé le patrimoine génétique de ces populations.
Ils ont travaillé sur l’ADN mitochondrial(3) (ADNmt), transmis seulement par la voie maternelle. Leur échantillon de population était composé de 1500 individus issus de 20 populations d’agriculteurs villageois bantoues et de 9 populations de Pygmées chasseurs-cueilleurs du Gabon, du Cameroun, de la République Centrafricaine et de la République démocratique du Congo.
Les chercheurs ont identifié une lignée d’ADNmt ancestrale et autochtone de l’Afrique centrale autrefois partagée par les Pygmées de l’Ouest et les agriculteurs. Cette lignée a évolué en une seule lignée chez les Pygmées de l’Ouest actuels et en une grande diversité de lignées chez les agriculteurs. De façon générale, la variabilité de l’ADNmt chez les Pygmées est beaucoup plus faible que chez les agriculteurs : le pool génique maternel des Pygmées actuels dérive d’un faible nombre d'ancêtres communs.
Cette étude suggère le scénario suivant : les Pygmées ont commencé à diverger de la population ancestrale il y a, au plus, 70 000 ans. Après une période d'isolement, pendant laquelle les différences phénotypiques actuelles entre Pygmées et agriculteurs se sont accumulées, des femmes pygmées ont commencé à se marier avec des hommes agriculteurs (mais pas l’inverse), il y a au maximum 40 000 ans et ceci a continué jusqu’à il y a au moins quelques milliers années. Par la suite, le pool génique des Pygmées n’a pas été enrichi par des apports externes, contrairement à celui des agriculteurs, lors des « expansions bantoues », un événement qui correspond aux changements technologiques, démographiques et linguistiques de l’âge de Pierre tardif.
Les chercheurs vont maintenant étudier l’ADN nucléaire, notamment le chromosome Y pour vérifier ces conclusions. Ils ont choisi l’Afrique de l’Ouest, car c’est l’une des seules régions où cohabitent des populations nomades et sédentaires. In fine, ils souhaitent étudier les relations entre le génome et la vulnérabilité ou la résistance des populations aux agents pathogènes. Or, le passage à la sédentarité s’accompagne de trois facteurs qui ont un impact important vis-à-vis des agents pathogènes : la croissance démographique, qui leur permet de mieux se propager, la présence de déchets sur le lieu de vie, qui constituent également des vecteurs pour les maladies et des animaux domestiques, dont les maladies sont plus susceptibles de se transmettre à l’homme.
Cette étude a été financée par les programmes « Origine de l’homme, des langues et du langage » (CNRS), EUROCORES « Origin of Man, Languages and Language» de la European Science Foundation et ACI Prosodie « Histoire et diversité des Pygmées de l’Afrique Centrale et de leurs voisins » du ministère de la recherche.
DOCUMENT CNRS LIEN |
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HISTOIRE POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE DE PARIS AU XXÈME ET XXIÈME SIÈCLE |
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HISTOIRE POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE DE PARIS AU XXÈME ET XXIÈME SIÈCLE
L'objectif de la conférence sera de mettre en relation l'histoire politique et l'histoire administrative de Paris, le comportement des Parisiens et le statut de la capitale. Le débat lancé au cours de l'été 2003 par les élus UMP de Paris sur la possibilité d'une réforme du statut administratif de la capitale n'est qu'un nouvel avatar des liens entre l'histoire politique et l'histoire administrative de Paris que l'on observe tout au long du XXe siècle.
Lorsque sont organisées à Paris les élections municipales de 1900, l'administration de la capitale est régie par la loi du 14 avril 1871. Celle-ci, prise par l'Assemblée à majorité monarchiste élue le 8 février 1871, traduit la défiance à l'égard de la ville rebelle, renforcée par l'épisode de la Commune. Les 80 conseillers municipaux sont élus dans le cadre des quartiers (un par arrondissement), le Conseil municipal ne désigne pas un maire, mais un président, renouvelable théoriquement à chaque session. Le pouvoir exécutif revient aux deux préfets, préfet de la Seine et préfet de police. Le découpage de la ville en 80 quartiers et le préfet de la Seine ont une égale raison d'être : enlever à la capitale toute fonction politique et faire du quartier le garant d'un apolitisme municipal. Les partisans d'une évolution du statut de Paris, les « municipalistes parisiens », fort actifs lorsque l'on passe de la « République des ducs » à la « République des républicains », connaissent un échec dans les années 1880. La grande loi municipale de 1884 ne concerne pas Paris. Le passage à droite de la majorité du Conseil municipal, en deux étapes, 1900 et 1909, conforte les dirigeants de la IIIe République, où les radicaux jouent désormais un rôle essentiel, dans leur défiance à l'égard de la capitale, qui sera renforcée par la participation des conseillers municipaux nationalistes aux manifestations du 6 février 1934.
Aucune libéralisation du statut de la capitale n'est acquise entre les deux guerres. Bien au contraire, des décrets-lois pris en 1939 limitent les prérogatives du Conseil municipal. La loi du 16 octobre 1941, qui dote la Ville de Paris d'une nouvelle organisation administrative, limite encore les pouvoirs du Conseil municipal, désormais nommé. A la Libération, les représentants du Paris qui « s'est libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France » (de Gaulle) espèrent une évolution du statut administratif de la capitale. Mais, déjà soucieux, pendant la clandestinité, de nommer des préfets qui pourraient contrer un Comité Parisien de la Libération où les « révolutionnaires » sont prépondérants, le pouvoir gaulliste ne veut pas risquer de donner des libertés municipales complètes à Paris et de se retrouver ensuite avec un pouvoir municipal dominé par les communistes, puissants également dans les comités locaux de libération. C'est pourquoi, à quelques ajustements près, le statut administratif de la capitale ne connaît pas d'évolution en 1944-1945. L'opposition frontale entre les gaullistes, qui obtiennent la majorité absolue au Conseil municipal en 1947, et les gouvernements de la IVe République ne favorise ensuite nullement une évolution, alors que se développe un discours antiparisien dont témoigne le livre de Jean-François Gravier Paris et le désert français. C'est donc la Ve République qui, finalement, va permettre à la capitale de retrouver de plus grandes prérogatives municipales.
Les majorités municipale et nationale coïncident globalement et l'écrasante victoire des gaullistes parisiens aux élections législatives de 1962 renforce la majorité nationale. Le rapporteur général du budget, le gaulliste Christian de la Malène après 1965, devient un personnage puissant auprès du préfet. L'initiative d'une loi modifiant en profondeur le statut de la capitale ne revient pourtant pas aux gaullistes, assez réticents, à l'image du Premier ministre Jacques Chirac, mais aux giscardiens, dont le leader parisien, Jacques Dominati, mène une ardente campagne en ce sens. Elle aboutit au vote de la loi du 31 décembre 1975, rendant le droit à la capitale de désigner un maire. Sans doute Valéry Giscard d'Estaing espérait-il que l'un des siens puisse accéder à cette fonction. Cette ambition est déçue. A l'issue du vif affrontement entre Michel d'Ornano et Jacques Chirac aux municipales de 1977, c'est le président du nouveau RPR qui s'installe à l'Hôtel de Ville. Après la victoire de la gauche en 1981, le maire de Paris apparaît comme le chef de file de l'opposition. Ce n'est donc pas sans arrière-pensées politiques que le pouvoir socialiste fait voter la loi « PLM » créant des mairies d'arrondissement pour tenter d'affaiblir la mairie centrale. L'opération échoue, les élections municipales de 1983 et de 1989 permettant à Jacques Chirac de réaliser « le grand chelem ». L'Hôtel de Ville est la base de la reconquête de l'Elysée, réussie en 1995, mais cette date marque le début d'une nouvelle phase dans l'histoire politique de la capitale. La perte de six arrondissements, la contestation dans les rangs de sa propre majorité du nouveau maire, Jean Tiberi, sont le prémices de l'affaiblissement de la droite parisienne. Aux premières élections du XXIe siècle, Paris bascule à gauche et le sénateur socialiste Bertrand Delanoë en devient le nouveau maire. La capitale est à nouveau en opposition politique avec la majorité nationale, d'où peut-être les propositions de l'été 2003
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JULES CÉSAR |
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(49 - 44 av. J.-C.)
Jules César
(Caius Julius Cæsar)
Sur cette page :
Notice biographique de Jules César
Julius caesar
César naquit en -101 avant J.-C dans une vieille famille patricienne, la gens Iulia, qui prétendait descendre de Iule, fils d'Énée et par là de Vénus elle-même. Rien que ça !
Vu la noblesse de ses origines, il aurait pu, aurait dû, faire carrière au sein de l'oligarchie sénatoriale. Pourtant, il n'en fut rien : sa tante Julia avait épousé le dictateur Marius, vainqueur des Cimbres et des Teutons, mais aussi leader incontesté du parti populiste. César rallia donc les rangs des "populares" qui s'opposaient à la dictature aristocratique et sanguinaire de Sylla et convola en justes noces avec Cornelia, fille de Cinna, le successeur de Marius à la tête de cette faction.
Pourchassé par des assassins à la solde de ce Sylla, qui n'en était pas à une exécution sommaire près, César se réfugia un moment en Bithynie (N.O. de la Turquie actuelle), auprès du roi Nicomède. Là, aux dires de certaines mauvaises langues, ce ne fut plus sa tête qui fut menacée, mais bien une autre partie de son anatomie : le roitelet oriental ne serait pas resté insensible au(x) charme(s) de cet athlétique jeune patricien romain, et ce dernier ne lui aurait guère opposé de résistance.
Pourtant, alors qu'à cette époque, les vieux Romains traditionalistes étaient fort peu enclins à l'indulgence pour "les mœurs grecques", cette aventure homosexuelle n'entacha pas plus la réputation de Jules qu'elle n'entrava sa carrière politique. (Pour plus de détails au sujet de cette anecdote sans doute apocryphe, voir ici)
Après la mort de Sylla (-78), comme César revenait d'exil pour reprendre le flambeau du parti plébéien à Rome, son bateau fut capturé par des pirates. Ces malfaisants personnages n'exigèrent qu'une rançon de 20 talents. Vexé, César; déjà très conscient de sa propre valeur, exigea que cette somme, qu'il trouvait ridicule, soit plus que doublée (50 talents). Pendant que ses émissaires rassemblaient la rançon, César amusa les malandrins de beaux discours, tout en leur promettant, comme pour plaisanter, qu'il reviendrait un jour et les ferait crucifier. Et les ravisseurs, ravis, de s'esclaffer !
Mais une fois la rançon versée et César libéré, celui-ci arma une flotte privée, captura les bandits et tint scrupuleusement ses engagements : les pirates furent tous mis en croix.
Enfin rentré à Rome, il entreprit sa marche vers le pouvoir absolu auquel il allait être porté par le consentement (résigné) du peuple.
Il fut sans doute impliqué, mais ce rôle reste assez obscur, dans la conjuration de Catilina, (-63). À cette occasion, il s'opposa aux mesures radicales (et illégales) d'un Cicéron par ailleurs fort suspect d'avoir monté en épingle ce minable complot populiste pour se poser en "Sauveur de la République" et en "Père de la Patrie".
Préteur en -62, propréteur d'Espagne en -61, Jules forma ensuite un Triumvirat avec Pompée et Crassus. Lui-même apportait à l'association son génie politique, Pompée son prestige militaire et le richissime Crassus, les fonds indispensables pour séduire la plèbe. C'est ainsi que César obtint le consulat en -59. Cependant, pour égaler la gloire de Pompée, il lui fallait aussi un grand commandement militaire. Il se fit donc attribuer les proconsulats de Gaule cisalpine et de Narbonnaise pour -58.
L'autorité de Rome, limitée, à cette époque, à une simple bande littorale entre Monaco et Narbonne, allait, grâce au "Génie de César", s'étendre désormais à l'intérieur des terres gauloises.
Prenant prétexte d'une invasion d'Helvètes, eux-mêmes poussés dans le dos par les Germains, et à la requête de certaines tribus gauloises, épouvantées, César envahit la Gaule.
La supériorité militaire des légions romaines fit merveille : les Helvètes furent bien vite refoulés dans leurs cantons et les Germains d'Arioviste rejetés au-delà du Rhin.
Cependant si les Gaulois croyaient s'être débarrassés à bon compte des demandeurs d'asile suisses et des envahisseurs germaniques, ils se trompaient lourdement ! Son mandat terminé, leur "protecteur", leur "sauveur" Jules César ne faisait pas mine de quitter le pays ! Il s'enracinait même, prétendant subjuguer les imprudentes tribus gauloises et coloniser, romaniser toute la Gaule !
Au nord de la Gaule, les Belges se révoltèrent.
D'où venaient, qui étaient réellement ces "Belges" ?
En vérité, on ne le sait pas trop.
Jules César, qui, on l'a assez dit, les qualifie de "fortissimes" (fortissimi sunt Belgae - "Extrêmement courageux sont les Belges !")), prétend aussi que certaines d'entre leurs tribus seraient, en fait, composées des descendants de guerriers germains qui auraient passé le Rhin dans les bagages des Cimbres, des Teutons et consorts, puis se seraient dissociés du gros de la troupe pour s'installer dans ce qui deviendra la Belgique. En outre, d'autres tribus belges, peu satisfaites de leur nouveau territoire ou qui avaient la bougeotte, passèrent la Manche, colonisèrent également les îles anglaises, puis passèrent en Irlande où on les appela les "Fier Bolg", les "nobles Belges".
Mais de tout ce folklore celtique, César n'en avait rien à cirer !
Si les Belges résistaient, ils seraient écrasés, tout "fortissimi" qu'ils fussent ! Et ce fut la bataille dite de la "Sabis" (-57), du nom d'une rivière que les historiens ont bien du mal à situer sur la carte (Sambre ?).
Dévalant la pente opposée de la vallée, franchissant la rivière à la nage, remontant au pas de charge l'autre versant, une masse compacte de guerriers belges, provenant de diverses tribus coalisées mais constituée surtout de Nerviens, attaqua par surprise le camp de César.
Celui-ci, voyant que tout se déglinguait autour de lui, se précipita aux avant-postes, et, l'épée à la main, rétablit les lignes qui menaçaient d'être enfoncées. Trois légions, attardées, arrivèrent juste à temps pour dégager le camp du général en chef et donner la victoire aux aigles romaines.
"Mais L'ennemi, même alors qu'il ne lui restait plus guère d'espoir, montra un tel courage que, quand les premiers étaient tombés, ceux qui les suivaient montaient sur leurs corps pour se battre, lançaient des traits sur nos soldats et renvoyaient les javelots qui manquaient leur but. Ainsi, ce n'était pas une folle entreprise pour des hommes d'un pareil courage, il faut le reconnaître, que d'avoir osé franchir une rivière très large, escalader une berge fort élevée et monter à l'assaut d'une position très forte. Cette tâche, leur héroïsme l'avait rendue facile" (César, Guerre des Gaules, II, 27).
Les Belges finirent par être écrasés… Mais César avait eu chaud. Très chaud !
La Belgique vaincue et conquise, il restait à César à pacifier le reste de Gaule.
Malgré les révoltes d'Ambiorix, en Belgique (-54 / -53), et de Vercingétorix, en Auvergne (-52), tout fut assez vite réglé. (Seul un petit village résista, encore et toujours, à l'envahisseur, etc…).
César put même se payer le luxe d'une excursion militaire en Britannia (Grande-Bretagne), histoire de donner aux indigènes un aperçu de la puissance romaine et de les dissuader de porter secours à leurs frères gaulois et belges.
Jules avait acquis la gloire militaire.
Il bénéficiait aussi une renommée littéraire considérable : ses "Commentaires sur la Guerre des Gaules" étaient (et sont toujours) considérés comme un chef d'œuvre de style, de précision et de concision ; des générations de latinistes débutants peuvent en témoigner !
Mais la situation politique ne cessait de se détériorer. Depuis la mort de Crassus en 53 av. J.-C., le triumvirat n'existait plus. César et Pompée restaient seuls à s'affronter. Or, deux maîtres pour Rome, c'était un de trop !
ambiorix
pompée
César était aimé du peuple, tandis que Pompée disposait de l'appui inconditionnel du Sénat. Le vainqueur de Mithridate tenta donc, par des mesures assez maladroites, de dépouiller son rival de tous ses commandements, tant civils que militaires. Sous prétexte de troubles en Orient, deux légions furent retirées au vainqueur de Vercingétorix. Ensuite, le Sénat, toujours manipulé par Pompée, s'opposa à toute prolongation des pouvoirs de César et l'obligea de venir en personne à Rome pour briguer le consulat pour l'année -49.
Longtemps, César ne broncha pas, subissant avanie sur avanie sans moufter et faisant même montre d'une modération et d'un esprit de conciliation exemplaires. Il faut aussi dire qu'Antoine et Cassius, tribuns du peuple et partisans de César, usaient et abusaient de leur droit de veto pour saper les menées de ses adversaires.
Mais, à la séance du Sénat du 7 janvier -49, les tribuns, dont l'intégrité physique était pourtant sacrée, furent molestés par les Sénateurs et durent s'enfuir de Rome.
César, qui se trouvait à Rimini (Ariminium), estima alors que la légalité avait été bafouée, et marcha sur Rome à la tête de ses troupes pour "rétablir l'ordre".
Alea jacta est ("les dés en sont jetés") aurait-il dit - mais cela est loin d'être prouvé - en franchissant le Rubicon, un insignifiant ruisselet séparant la Gaule cisalpine de l'Italie proprement dite... insignifiant certes, mais qui n'en marquait pas moins la limite qu'aucun général romain en armes ne devait franchir, sous peine d'être considéré comme un "ennemi de l'État".
Jules s'empara sans difficulté de Rome, abandonnée par Pompée et par la plupart des Sénateurs puis se prépara à affronter son rival qui s'était réfugié dans des Balkans avec une armée considérable, bien plus nombreuse que la sienne.La rencontre décisive se déroula en Thessalie (Grèce), à Pharsale, le 9 août -48.
Au soir de la bataille, l'armée de Pompée était littéralement écrasée. César lui, sur les vingt-deux mille hommes dont il disposait, n'avait perdu "que" dix centurions et deux cents légionnaires
Après avoir, un temps, erré en Méditerranée orientale, Pompée, vaincu se réfugia en Égypte, où il fut assassiné sur ordre du roi Ptolémée XIII (16 octobre -48).
Quelques jours plus tard, César arrivait à son tour à Alexandrie d'Égypte.
En guise de cadeau de bienvenue, le gouvernement égyptien ne trouva rien de mieux que de lui offrir la tête, encore sanglante, de Pompée. César s'en détourna, écœuré : Pompée le Grand, le "triumvir", avait été jadis son allié et même son gendre (le vainqueur de Mithridate avait été marié à Julia, fille unique de César - le décès de celle-ci, en septembre 54, distendit considérablement les liens d'amitié qui, jusque-là, unissaient les deux politiciens).
cléopâtre
Puisqu'il se trouvait en Égypte, César en profita pour remettre de l'ordre dans le pays.
Entre le pharaon Ptolémée XIII et sa sœur-épouse Cléopâtre, c'était la guerre. Le jeune roi contrôlait Alexandrie et l'essentiel du pays, tandis que sa sœur s'était s'enfuie au diable Vauvert.
Un jour, un serviteur se présenta aux portes du palais où résidait le général romain. Un admirateur anonyme l'avait chargé d'apporter un cadeau à Jules, un somptueux tapis d'Orient. L'homme insistait pour le lui remettre en mains propres. À force d'insistance, de supplications (et de bakchichs), le portefaix franchit toutes les portes, toutes les sentinelles et arriva devant César. Il déposa précautionneusement son fardeau par terre, retira les ficelles qui maintenaient l'étoffe roulée, déroula enfin le tapis et… qui apparut ? La petite Cléopâtre en chair, en os et en nez ! La sœur et épouse du Pharaon d'Égypte !
Coup de foudre !
César fut sans doute aussitôt séduit ; autant par l'ingénieuse ruse que par le joli minois de la petite reine. Cléopâtre, elle, de son côté, tombait probablement sous le charme de cet alerte quinquagénaire, de ce descendant de Vénus qui avait affronté et vaincu d'innombrables armées barbares, de ce puissant général romain qui lui rendrait, à elle et à elle seule, le trône d'Égypte et qui peut-être, pourrait même un jour, restaurer l'empire d'Alexandre.
Effectivement César allait tenter d'éliminer le roi-époux-frère de la belle Cléopâtre pour donner à celle-ci tout pouvoir en Égypte. Mais les choses se compliquèrent : le parti du Pharaon était bien plus puissant que César ne l'avait prévu. Le grand Jules se trouva bientôt assiégé, encerclé dans le palais d'Alexandrie, avec seulement une poignée de légionnaires pour repousser toute la populace d'Alexandrie et affronter l'armée de Ptolémée XIII, commandée par l'eunuque Ganymède, un général de raccroc, certes, mais énergique et très compétent.
Une nouvelle fois, Jules n'en menait pas large.
Après avoir vainement tenté de rompre l'encerclement ennemi, force lui fut d'appeler ses alliés au secours.
Les plus proches étaient les Juifs. Ceux-ci se mirent en campagne sous la conduite d'Antipater (en latin) ou Antipatros (en grec). Cet Antipas, arabe Iduméen selon certaines sources, Juif gouverneur de l'Idumée selon d'autres, était surtout le Premier ministre d'Hyrcan II, Grand Prêtre et roi (fantoche) des Juifs. Antipas était aussi le père du futur roi des Juifs Hérode le Grand, de si détestable réputation.
Joignant ses forces à celles de Mithridate de Pergame, le "Maire du Palais" juif parvint briser l'étau égyptien et à libérer César (24 mars -47). Le surlendemain, Jules et ses alliés orientaux écrasaient l'armée du pharaon lors d'une bataille sanglante.
Ptolémée XIII trouva la mort en s'enfuyant, noyé dans le Nil.
Débarrassé des opposants égyptiens, César s'en fut alors faire une petite croisière sur le Nil
Voyage de noces ? Tourisme culturel ? Initiation aux mystères religieux et ésotériques de l'ancienne Égypte ? Inventaire des ressources fiscales du pays ? Sans doute un peu de tout cela. Quoi qu'il en soit et quels que fussent les motifs de cette excursion, César et sa royale maîtresse remontèrent le Nil jusqu'à Assouan, conçurent sans doute le petit Césarion, puis s'en revinrent dare-dare à Alexandrie tant la situation politique requérait à nouveau la vigilance, la présence et l'intervention du divin Jules. (Juillet -47).
Malgré la sanglante bataille de Pharsale et la mort du Pompée, le parti sénatorial renaissait de ses cendres en Afrique (du Nord) autour de Caton le Jeune (dit "Caton d'Utique), tandis que les légions de César, stationnées en Italie et privées depuis trop longtemps de la présence (rémunératrice) de leur chef, paraissaient prêtes à se révolter.Mais César n'était pas un larbin qui rapplique quand on le siffle ! Pas question pour lui de quitter l'Orient romain sans avoir imposé partout la paix romaine !
Or, un certain Pharnace, roi du Pont (rives de la Mer Noire) refusait de se soumettre à Rome.
Son compte fut vite réglé.
cato
Le 13 juillet -47, César débarquait à Beyrouth, rassemblait toutes les légions du coin et leur faisait traverser à toute vitesse les brûlants plateaux d'Anatolie. Quelques jours plus tard (2 août -47) l'armée du présomptueux souverain oriental était anéantie, Pharnace destitué et remplacé par son frère Mithridate de Pergame, celui-là même qui, avec le ministre juif Antipas, avait tiré Jules du guêpier alexandrin. Commentaire de Jules : Veni, Vidi, Vici, "Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu".
De retour en Italie, César reprit fermement en main ses légions mutinées puis se prépara à déloger les "Pompéiens" d'Afrique du Nord.
Ce n'était chose aisée car, en fait, ses adversaires (Caton, Labienus, Metellus Scipion et Juba Ier, roi de Numidie) semblaient plus puissamment armés, plus riches et mieux approvisionnés que lui. En outre, ses propres soldats, gavés de belles promesses, mais impayés depuis des lustres, continuaient à grogner. Il lui fallait donc faire au plus vite !
Malgré son infériorité numérique, il débarqua à Hadrumète (auj. Sousse, en Tunisie) et ce fut la bataille de Thapsus, rendue célèbre par un épisode d'Astérix (Astérix légionnaire).
Les forces "pompéiennes", commandées par Metellus Scipion, ne se décidaient pas à attaquer. César lui-même semblait hésiter. Ce furent les vétérans de César qui prirent l'initiative : faisant fi de la tactique prudente de leur imperator, ils se ruèrent à l'assaut des lignes pompéiennes, les rompirent et se livrèrent un épouvantable carnage, massacrant leurs ennemis jusqu'au dernier. Seuls les chefs de l'armée "sénatoriale" parvinrent à s'échapper (4 avril -46).
Quelques jours plus tard (12 avril), Caton le Jeune (Marcus Porcius Cato) se suicidait à Utique.
Les provinces africaines, avec toutes leurs richesses et leurs immenses réserves céréalières étaient désormais aux mains de César et celui-ci, qui s'était enfin acquitté de ses dettes envers ses soldats, put rentrer à Rome.
… Pour peu de temps !
Le parti pompéien avait à peine été écrasé en Afrique qu'il renaissait en Espagne.
Cette fois c'était Cnæus Pompée, le fils aîné du Grand Pompée, qui brandissait l'étendard de la révolte. Il avait étrillé les maigres forces dont César disposait en Espagne après avoir réuni autour lui tous les ennemis de César, en particulier Labienus, l'ancien lieutenant du conquérant des Gaules mais qui était devenu son plus farouche adversaire.
Et le vieux César (il avait cinquante-six ans, âge vénérable à l'époque) de se remettre en route, casque en tête et cuirasse aux flancs.
La dernière bataille entre le divin Jules et ses adversaires pompéiens se déroula le 17 mars -45 à Munda, non loin de Cordoue. Manque de bol, César, ce jour-là, n'était pas au mieux de sa forme : il se remettait à peine d'une de ces crises d'épilepsie auxquelles il était sujet.
Il émergea à grand-peine de son lit de douleur, et, tête lourde, oreilles bourdonnantes et jambes flageolantes, se traîna devant ses troupes, déjà alignées en ordre de bataille face à l'ennemi, pour les haranguer : "Soldats ! leur s'écria-t-il en substance, voici la dernière bataille qu'il vous faudra livrer contre vos concitoyens ! C'est la der des der, je vous le promets ! Une fois ces ennemis exterminés, nous pourrons triompher à Rome avant de nous lancer dans d'autres aventures, encore plus glorieuses et plus profitables, je vous le garantis !".
Mais, pour la première fois, ses soldats ne furent pas convaincus. Les Pompéiens étaient deux fois plus nombreux qu'eux, et puis, la crise de "haut-mal" qui avait frappé l' imperator leur semblait de mauvais augure, un averissement des dieux peut-être...
Ils restèrent donc figés, l'arme au pied, comme épouvantés.
César alors commença à avoir peur. Non pour sa vie, mais pour son honneur. "Les dieux ne m'ont-ils accordés tant de victoires que pour me voir succomber ici ? se dit-il. Si telle est leur volonté, autant mourir en combattant !" Alors, forçant son corps encore endolori à lui obéir, il se lança seul, tout seul, glaive à la main, à l'assaut des lignes ennemies…
Geste désespéré, mais décisif ! Après un bref moment d'hésitation, ses soldats, émerveillés de l'audace, de la bravoure de leur vieux général, entraînés par son charisme quasi surnaturel, suivirent son exemple et se ruèrent eux aussi à l'attaque, comme un seul homme.
Au soir, l'ultime armée "pompéienne" était anéantie.
Quant au fils aîné de Pompée, en fuite, il sera exécuté par des soldas quelques jours plus tard.
César, désormais seul maître du monde méditerranéen, allait gouverner en souverain absolu, mais sans sortir du cadre républicain.
Déjà chef de la religion romaine en qualité de grand pontife, il s'était également fait décerner la dictature pour dix ans en-46 et était devenu, en même temps, consul annuel.
En -44 il fut nommé dictateur et censeur à vie en Italie.
Mais ces dignités" républicaines" ne lui suffisaient pas : poussé sans doute par la belle Cléopâtre qui l'avait rejoint à Rome au grand scandale des Romains traditionalistes, il aspirait au titre de roi, non par gloriole personnelle, mais pour mieux asseoir son prestige auprès des populations orientales avant d'engager une grande expédition militaire contre les Parthes.
À la séance du Sénat qui devait lui accorder ce titre (Ides de mars, 15 mars -44), il fut tué à coups de poignards par les conjurés menés par M. Junius Brutus, qui était, peut-être, son fils "de la main gauche.
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Dans son excellent livre "Cléopâtre ou le rêve évanoui", (Librairie académique Perrin), Jacques Benoist-Méchin, vieux facho mais auteur souvent pénétrant, compare très intelligemment les destinées d'Alexandre le Grand et de notre Jules :
"L'un (Alexandre) se présente à nous comme un adolescent impétueux, paré de toutes les séductions de la jeunesse et qui semble avoir l'éternité devant lui ; l'autre (César) comme un homme mûr, aux tempes grisonnantes, auquel le temps est parcimonieusement mesuré. Alexandre est poussé en avant par une ivresse dionysiaque. Rien ne paraît le contraindre à faire ceci plutôt que cela. Il danse à travers les sables dorés de l'Asie et c'est pourquoi sa conquête garde la grâce et la liberté d'un jeu. Tandis que César parcourt le monde d'un pas grave et réfléchi. Chaque étape de sa carrière est commandée par la nécessité. Sans cesse, un délai rigoureux lui est imparti. Il faut, à jour nommé, qu'il franchisse le Rubicon ; il faut qu'il rattrape Pompée, avant qu'il ne soit trop tard ; il faut qu'il mette un terme rapide à la guerre civile, sans quoi le monde entier sombrera dans le chaos.
Alexandre, l'immortel, semble protégé du danger par une cuirasse invisible. Rien ne paraît pouvoir trancher le fil de ses jours. César, éminemment mortel, est exposé à tous les périls et le poignard de ses assassins ne l'épargnera pas. Sans doute ont-ils l'un et l'autre la même ardeur créatrice, qui se traduira par deux des plus belles chevauchées que l'histoire ait retenues. Mais l'un tire son pouvoir de sa fougue et de son imagination, l'autre de son audace et de sa volonté de puissance. Porté par son propre mythe, le premier semble voler de prodige en prodige. Le second, pris dans les obligations astreignantes de la politique, n'obtient rien qu'en respectant l'enchaînement serré des causes et des effets. Alexandre clôt la série des demi-dieux antiques ; César ouvre celle des chefs d'État modernes."
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