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PRÉCAMBIEN

 

 

 

 

 

 

 

précambrien

Cet article fait partie du dossier consacré à l'histoire de la Terre.


Le précambrien est la première période de l'histoire de la Terre. Il comprend plusieurs ères, qui remontent au-delà de 542 millions d'années (moment où commence le paléozoïque). Sa durée est évaluée à 4 milliards d'années. C'est de loin la plus longue de toutes les périodes géologiques, mais aussi la plus mal connue. Les roches du précambrien, plissées et métamorphosées, n'ont livré que des vestiges rares et fragmentaires d'êtres vivants. Les bouleversements ultérieurs qui ont affecté la croûte terrestre rendent difficiles le déchiffrement des terrains les plus anciens.
Les datations absolues montrent que l'on trouve les roches les plus anciennes dans des boucliers rigides qui constituent l'ossature des continents actuels. Ces boucliers sont formés de terrains métamorphiques et granitiques, qui ont été plissés et replissés, témoignant de la superposition de plusieurs cycles de constitution de chaînes de montagnes. Ils affleurent au Canada, en Sibérie, au Brésil, en Afrique, en Antarctique, en Australie. La disposition de ces masses continentales était certainement très différente de celle d'aujourd'hui. Le démantèlement de chaînes de montagnes a alimenté le dépôt des premiers sédiments. Les roches les plus anciennes sont datées de plus de 3,85 milliards d'années.
Les plus anciennes manifestations de la vie remontent à 3,8 milliards d'années (traces d'activité d'organismes procaryotes, sous la forme de bactéries associées à des algues bleues). Les premières traces sûres de vie dans les océans sont des organismes déjà relativement évolués (vers, algues, cyanobactéries, dont certaines ont laissé des structures appelées stromatolites, etc.) âgés de plus de 3,5 milliards d'années (site de Warrauwoona, en Australie). Ces organismes, par la photosynthèse, ont permis l'accumulation d'oxygène dans l'atmosphère. Les premières traces fossiles de cellules pourvues d'un noyau (eucaryotes) remontent à 1,7 milliard d'années, suivis par les premiers pluricellulaires, il y a 670 millions d'années. Les invertébrés prolifèrent, sous toutes leurs formes, à la limite précambrien-paléozoïque, vers 540 millions d'années.

1. Les caractères généraux du précambrien
C'est durant les temps précambriens que se sont constituées en majeure partie les grandes aires de croûte continentale stable, ossature des continents actuels.
Les divisions stratigraphiques du précambrien

L'étude des terrains précambriens montre qu'ils sont formés par le matériel de plusieurs grandes chaînes plissées, différant par leurs caractères et par leur âge suivant les régions et qui, les unes après les autres, ont été érodées puis reprises dans de nouvelles orogenèses. Dans ces vieilles chaînes profondément érodées, nous ne pouvons guère observer que les zones profondes, intensément transformées par le métamorphisme et le magmatisme. De plus, la continuité des structures a généralement disparu par le jeu des déformations, mais aussi des disjonctions et des soudures des masses continentales.
C'est montrer la complexité des formations précambriennes : ce sont essentiellement des schistes cristallins, des migmatites et des roches éruptives, portant généralement les marques de plusieurs tectoniques superposées.
Cependant, il est souvent possible de définir la nature originelle, sédimentaire ou volcanique, des schistes cristallins, grâce en particulier aux structures et aux textures caractéristiques encore conservées. Jusque dans les formations les plus anciennes, on identifie des laves, des conglomérats, des calcaires, etc., et on met en évidence des structures telles que la stratification entrecroisée, le granoclassement, la rythmicité, etc., ne différent en rien de ce qu'on observe dans les roches plus récentes, voire actuelles. Dès le début du précambrien, on retrouve ainsi des dépôts typiques des milieux continentaux et marins et les marques de processus géodynamiques comparables à ceux qui commandent l'évolution actuelle du globe.

2. L'origine de la vie remonte au précambrien


C'est certainement durant les temps précambriens que la vie a pris naissance, mais sous des formes que nous ne pouvons pas reconnaître. Des microorganismes assimilés à des bactéries ou à des algues ont été découverts dans des formations d'Afrique australe datées d'environ 3 200 millions d'années. Les stromatolithes, constructions lamellaires attribuées à des algues, sont connus depuis 2 700 millions d'années. Les lentilles graphitiques, fréquentes dans les schistes cristallins, sont sans doute des restes de matière organique, comme en témoigne le Corycium enigmaticum de Finlande.
Mais c'est surtout dans les formations du précambrien supérieur que les restes organiques se multiplient et, en Australie méridionale, à Ediacara, on a décrit des vestiges remarquablement conservés de vers, d'annélides et de nombreuses formes n'appartenant à aucun groupe connu. Ainsi apparaît l'ébauche du monde organique qui va s'épanouir au début du cambrien.

3. Les subdivisions
Il ne paraît pas possible de retrouver les traces d'une écorce primitive et le début du précambrien se perd dans le lointain des temps géologiques.
Mais le précambrien lui-même n'est pas toujours facile à définir, car la base du cambrien, bien caractérisée paléontologiquement, n'est que rarement observable. En plusieurs régions (Sud marocain, Australie méridionale), il existe de puissants ensembles concordants au-dessous de l'extrême base du cambrien et on les a rapportés à un infracambrien. La plupart du temps, on attribue au précambrien les terrains, généralement métamorphiques, recouverts en discordance par du paléozoïque inférieur et ceux qui paraissent s'y rattacher par leurs caractères.
Dans l'immense ensemble du précambrien, on s'est efforcé d'établir des subdivisions. Mais ici les principes de la chronologie du phanérozoïque ne sont pas applicables, et les notions d'ère, de système ou d'étage n'ont plus aucune signification.

4. La répartition géographique
Les vastes affleurements précambriens constituent des boucliers qui disparaissent généralement à leur pourtour sous des formations sédimentaires plus récentes et relativement peu déformées. Il s'agit alors de plates-formes dans lesquelles le socle précambrien se trouve à une profondeur plus ou moins grande et n'est connu que par des sondages. C'est en bordure de ces boucliers ou de ces plates-formes que se sont édifiées les chaînes phanérozoïques, reprenant souvent des fragments disjoints du socle précambrien et agrandissant progressivement, par leur soudure, le domaine cratonique : tel est le cas, en Europe, des chaînes calédonienne, varisque et alpine. Chacun de ces boucliers (et bien entendu le substratum des plates-formes) est lui-même extrêmement complexe, formé par la juxtaposition ou par la soudure d'éléments de chaînes successives qu'il est souvent difficile de distinguer.
Ces boucliers et plates-formes se distribuent en deux groupes, de part et d'autre de la grande chaîne plissée qui s'étend des Alpes à l'Indonésie, en passant par l'Himalaya.

4.1. Le groupe nord
Dans le groupe nord, on distingue le bouclier canadien et la plate-forme américaine, le bouclier baltique et la plate-forme russe, le bouclier de l'Aldan et la plate-forme sibérienne. Ces ensembles sont séparés les uns des autres par des chaînes plissées : chaîne appalachienne et calédonides de part et d'autre de l'Atlantique Nord, chaîne de l'Oural.


Le bouclier canadien s'étend sur toute la partie occidentale du Canada, séparé du bouclier groenlandais par la mer du Labrador. Il se poursuit sous la plate-forme américaine, entre les chaînes paléozoïques des Appalaches (qui se prolongent au Groenland oriental) et les chaînes plus récentes de l'Ouest américain. De plus, le socle précambrien apparaît localement en plusieurs régions, notamment dans le Colorado, où il forme le terme inférieur de la coupe célèbre du Grand Canyon.
C'est au Canada que la stratigraphie du précambrien a été pour la première fois esquissée, mais de profondes modifications ont été apportées aux schémas classiques par les données géochronologiques. Quatre grands cycles orogéniques au moins sont maintenant distingués, se développant dans différentes provinces : kénorien (de 2 700 à 2 300 millions d'années, hudsonien (1 700 millions d'années), elsonien (1 400 millions d'années), grenville (950 millions d'années), antérieurs au protérozoïque supérieur (keweenawien) non affecté par l'orogenèse.
Le Groenland, en majeure partie recouvert par un inlandsis, montre en bordure un précambrien dans lequel existe une succession assez comparable : Kétilid (de 2 700 à 2 300 millions d'années), Nagssugtoquides (de 1 650 à 1 500 millions d'années), cycle de Gardar (de 1 400 à 1 000 millions d'années).
En Europe, le bouclier baltique constitue l'affleurement majeur du précambrien. Masqué sous la plate-forme russe, il réapparaît largement en Ukraine. Ce vaste ensemble est bordé à l'est par les chaînes de l'Oural, à l'Ouest par la chaîne calédonienne. Au sud, il est repris par les chaînes varisque et alpine. Cependant, des fragments isolés de matériel précambrien sont incorporés dans les chaînes plus jeunes, en Écosse, en Bohême, dans le Massif armoricain, dans les Vosges, dans le Massif central, peut-être dans les Pyrénées, et enfin en Espagne. Dans les différentes régions, plusieurs cycles orogéniques ont été distingués, mais leur relations sont encore obscures.
En Finlande, on a mis en évidence l'existence d'un vieux craton antérieur à 2 800 millions d'années, constitué par un complexe granulitique et des plutonites, s'étendant au nord et à l'est. Il est bordé à l'ouest par les ensembles plissés des svécofennides et des carélides, que l'on considère tantôt comme des chaînes distinctes, tantôt comme des zones différentes d'un même orogène qui se placerait vers 1 800 millions d'années. Puis vient la mise en place des granites « rapakiwis » (1 650 millions d'années), suivie par le dépôt des sédiments détritiques du Jotnien (1 300 millions d'années). En Suède et en Norvège méridionale, il existe aussi un complexe de base repris dans la chaîne des Gothides. Celui-ci serait comparable aux carélides et plus jeune que les svécofennides. Les grès du dalslandien, analogues au jotnien, sont suivis par la série de la sparagmite, elle-même antérieure au cambrien.
Le précambrien de Russie montre des traits analogues : le prolongement du craton archéen correspond aux saamides, renfermant des roches datées à 3 500 millions d'années. Puis viennent les belomorides (de 2 100 à 1 950 millions d'années), les svécofennides et carélides (de 1 870 à 1 640 millions d'années), suivies par la mise en place de granites rapakiwis, les gothides (de 1 400 à 1 260 millions d'années), enfin le riphéen représentant des formations de 1 125 à 665 millions d'années antérieures aux calédonides.
Quant aux affleurements du précambrien français, ils sont isolés et repris dans la chaîne varisque. Dans le Massif armoricain, il est possible de distinguer une série ancienne, le pentévrien, suivie par le briovérien, qui correspondrait au riphéen.
Bien plus à l'est, la plate-forme sibérienne est séparée de la plate-forme russe par une vaste zone plissée paléozoïque à laquelle appartient l'Oural. Elle est limitée au sud par le grand ensemble plissé du lac Baïkal, daté du paléozoïque inférieur. Le précambrien affleure dans le bouclier de l'Anabar au nord, et surtout dans le bouclier de l'Aldan au sud-est.

4.2. Le groupe sud
Un autre groupe de boucliers précambriens apparaît au sud des précédents, dont ils sont séparés par les chaînes plissées alpines. Mais ils ne sont pas isolés les uns des autres par des chaînes phanérozoïques. Ils apparaissent comme des éléments disjoints d'un craton unique, auquel on a donné le nom de Gondwana, disloqué au permo-trias par l'ouverture des océans Atlantique Sud, Indien et Antarctique.
Les boucliers guyanais et brésilien appartiennent à un vaste ensemble qui occupe toute la partie orientale du continent sud-américain, à l'est de la chaîne des Andes. Ils présentent des analogies avec le précambrien africain.
La plate-forme africaine occupe la quasi-totalité du continent et la péninsule arabique à l'exception des chai- mes alpines de la Berbérie au nord et de celles, paléozoïques, des Mauritanides au Nord-Ouest et d'Afrique du Sud. Le socle précambrien affleure largement dans les boucliers sahariens (Mauritanie, Hoggar, Tibesti, chaîne arabique) isolés les uns des autres, mais est presque continu plus au sud. Dans la moitié nord-occidentale se trouve un vieux craton antérieur à 2 600 millions d'années, qui se prolonge en Amérique du Sud. D'autres cratons analogues apparaissent en Afrique centrale et australe. Ces cratons sont séparés par de larges zones allongées correspondant à plusieurs chaînes plissées qui souvent se recoupent : les unes ont plus de 1 000 millions d'années, et les plus récentes ont fourni des âges montant jusque dans le cambrien.
Le socle précambrien forme encore le bouclier indien, qui occupe toute la partie méridionale de la péninsule, le bouclier australien, s'étendant sur tout le continent à l'exception des chaînes paléozoïques de l'Est, enfin le bouclier antarctique, presque entièrement recouvert par l'inlandsis. Dans chacun de ces boucliers, des chaînes successives se superposent.

 

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CARTHAGE

 

 

 

 

 

 

 

CARTHAGE

PLAN
    *         CARTHAGE
    *         La Carthage punique
    *         Une cité conquérante
    *         Les guerres puniques
    *         Civilisation
    *         L’économie de Carthage
    *         Organisation politique et sociale
    *         La vie religieuse
    *         Littérature punique
    *         Topographie de la Carthage punique
    *         La Carthage romaine, chrétienne et byzantine
    *         L’art carthaginois
    *         Archéologie

Carthage

Cet article fait partie du dossier consacré à la Rome antique.

Localité de Tunisie, sur la côte est du golfe de Tunis, faubourg résidentiel de Tunis.
*         Population : 15 922 hab. (recensement de 2004)

Archevêché. Centre touristique. — C'est le site de la ville antique du même nom. Vestiges phéniciens. Ruines romaines (pour la plupart du iie s. : aqueduc, thermes d'Antonin, théâtre, port militaire, maisons ou sièges de sociétés). Basiliques chrétiennes. Important musée archéologique.

La Carthage punique
Histoire
Une cité conquérante

Carthage (en latin Carthago) est un des nombreux comptoirs fondés par les Phéniciens venus de Tyr en longeant les côtes de l'Afrique. La ville fut fondée vers 820 avant J.-C. selon la tradition, qui l'attribuait à la Phénicienne Élissa, ou Didon, sous le nom de Qart Hadasht (« Ville neuve »). Modeste bourgade à ses débuts, Carthage doit, en signe d'allégeance, verser une dîme à Tyr et, pendant un siècle et demi, payer un tribut aux Libyens. Mais, au cours de la seconde moitié du viie s., la ville, profitant du déclin de Tyr, incapable de contenir la progression des Grecs en Méditerranée occidentale, va progressivement mettre fin à cette dépendance. En 654, la fondation d'Ibiza (Baléares) marque une étape importante dans l'ascension de Carthage. Elle traduit sa volonté de s'implanter sur les routes commerciales établies par les Phéniciens, et tout particulièrement celles des matières premières – plomb, cuivre, fer, étain – et métaux précieux – or, argent surtout –, dont regorge l'Espagne.
Progressivement, Carthage impose donc sa domination aux comptoirs phéniciens de la Méditerranée occidentale et fonde un empire maritime sous la conduite de la famille des Magonides, en installant ses comptoirs sur les côtes d'Espagne, aux Baléares, en Sardaigne et dans l'ouest de la Sicile. Pendant près de huit siècles, Carthage va en effet disputer la Méditerranée aux Grecs puis aux Romains, attirés eux aussi par les mines d'Espagne, les greniers de Sardaigne, la Sicile et les relais maritimes indispensables à l'hégémonie commerciale.
Entre 750 et 600, les Grecs, tributaires d'un territoire exigu et pauvre, se lancent à la conquête de la Méditerranée – tels « des grenouilles autour d'une mare », selon Aristophane. Ils fondent des colonies en Italie méridionale (Tarente, Crotone, Naples), en Sicile (Agrigente, Syracuse), à Nice, Marseille, Agde et en Corse. Ils ambitionnent aussi de s'installer en Sardaigne et d'accéder au commerce ibérique. Ces projets sont incompatibles avec la politique marchande et, au moins depuis le vie s., l'expansionnisme territorial de Carthage. En 580, Carthage défend les Phéniciens de Motyé et de Palerme contre les Grecs, dont elle défait les armées à Sélinonte, sur la côte sud-ouest de la Sicile. Un demi-siècle plus tard, elle s'allie aux Étrusques d'Italie occidentale et expulse de Corse les Phocéens de Marseille. En 510, elle empêche, aux côtés des Libyens, les Spartiates de fonder une colonie en Tripolitaine.

Désormais, Carthage domine toute la Méditerranée occidentale et les grandes îles, laissant à ses alliés étrusques le contrôle de l'Italie continentale, comme en témoigne une feuille d'or trouvée à Pyrgi (au nord de Rome), sur laquelle est portée une dédicace du roi étrusque à Astarté, après la victoire d'Alalia (535) sur les Grecs. Cependant, Gélon, tyran de Gela et de Syracuse – devenue la ville la plus prospère du monde hellénique – et allié du puissant Théron d'Agrigente, ne tarde pas à reprendre l'offensive. Battue à Himère en 480, Carthage réussit cependant à sauvegarder les territoires convoités, dont le golfe de Gabès, mais doit payer une lourde indemnité de 2 000 talents. Après leur victoire d'Himère, les Grecs poursuivent leur progression en Méditerranée et remportent des victoires durant les guerres médiques contre les Perses et leurs alliés phéniciens et contre les Étrusques d'Italie. Dès lors, l'arrière-plan africain prend de l'importance dans la politique de relance économique engagée par Carthage.
La cité prend conscience de la précarité d'une économie entièrement subordonnée au commerce méditerranéen et engage une politique agricole. À défaut d'informations directes, l'étude de l'iconographie des stèles, des épigraphes, et la lecture du Traité d'agriculture, en vingt-huit volumes, rédigé au ive s. par Magon, peut éclairer cet aspect de la civilisation carthaginoise. La chora, c'est-à-dire la cité proprement dite, assure son autosuffisance alimentaire, notamment en produits d'arboriculture (olives, raisins, figues, amandes) et en viande. La Megara, quartier périphérique au nord de Carthage, abrite une agriculture intensive avec des potagers et des jardins séparés par des clôtures en pierres sèches, des haies vives d'arbustes épineux, de canaux, nombreux et profonds. Au-delà de la chora, les plaines du bassin de la Medjerda et de l'oued Miliane sont consacrées au blé. Le palmier-dattier, souvent représenté sur les stèles votives et les monnaies, a peut-être eu une fonction religieuse, alors que la grenade carthaginoise est si réputée que les Romains la dénomment mela punica. Entre autres instruments agricoles, on utilise pour le dépiquage le plostellum punicum, sorte de traîneau en bois pourvu de roulettes dentées, des araires munis d'un long mancheron recourbé accroché à un manche, avec, à l'extrémité, une poignée à angle droit et un soc dans la partie inférieure, comme on en trouve encore en Afrique. Le fourrage est transporté dans des chars à roues pleines, équipés de montants ouverts. Les rendements céréaliers sont modestes, les meilleures terres étant consacrées à la vigne et à l'olivette. Le territoire agricole ne se limite plus à une étroite bande côtière, de surcroît menacée par les Libyens, qui exigent un tribut, mais couvre la majeure partie de la Tunisie.

L'intérêt que porte Carthage à l'Afrique occidentale, dans la seconde moitié du ve s., est attesté par le développement de Sabratha et de Leptis Magna, débouchés de pistes transsahariennes. Les Garamantes et les Nasamons installés au sud du golfe de Syrte, à trente jours de marche de la côte, sont les intermédiaires entre le « Pays des Noirs » et Carthage. Ils connaissent aux ve et ive s. un accroissement démographique et un essor agricole qui ne sont pas sans relation avec l'influence des établissements carthaginois du littoral. Carthage reçoit des escarboucles et probablement de l'ivoire, des peaux, et des esclaves capturés par les Garamantes. Le transport de l'or est moins probable. Le redressement de Carthage est tel que, à la fin du siècle, elle reprend les hostilités, profitant des dissensions grecques. Elle met à sac Sélinonte, Himère, Gela, et occupe les territoires à l'ouest du fleuve Halycus. Jamais l'Empire punique n'a été aussi étendu. Cependant, en 310, Agathocle, tyran de Syracuse, réussit à débarquer au sud du cap Bon, dans le nord-est de la Tunisie actuelle, avec 14 000 hommes, et, durant trois années, dévaste un grand nombre de cités puniques, avant de regagner Syracuse. Carthage reste sauve, mais la preuve est désormais faite que son territoire est loin d'être inaccessible.
Pendant qu'elle combat les Grecs, Carthage s'allie avec Rome, comme en témoignent les accords d'échanges de 508, de 348 et de 306, ainsi que le traité de défense mutuelle signé en 279. Les intérêts des deux États semblent convergents. Mais une fois les Grecs évincés de la Méditerranée occidentale, au milieu du iiie s., les impérialismes romain et punique se retrouvent face à face. « Les Romains, selon l'historien grec Polybe, constatant que les Carthaginois avaient étendu leur domination non seulement sur les rivages de l'Afrique, mais encore sur une bonne partie de l'Espagne et qu'ils étaient en outre maîtres de toutes les îles de la mer Tyrrhénienne, songeaient avec inquiétude que, si la Sicile tombait également entre leurs mains, ils auraient là des voisins excessivement encombrants et dangereux, par lesquels ils se trouveraient encerclés, et qui pourraient menacer directement toutes les parties de l'Italie. »

Les guerres puniques
La première guerre punique (264-241) se solde par la victoire de Rome. Après vingt-deux années de guerre, Carthage est définitivement vaincue à la bataille navale des îles Égates. Elle doit évacuer la Sicile et la Sardaigne, payer un lourd tribut de 4 400 talents, restituer les prisonniers de guerre, renoncer à toute hostilité contre Rome et ses alliés, s'abstenir de conduire des navires dans les eaux italiennes et d'engager des mercenaires dans la péninsule.

L'équilibre de la Méditerranée s'en trouve profondément modifié. Pour la première fois au cours de son histoire, Carthage perd la suprématie navale. Les Romains s'inspirent de la technologie punique et l'enrichissent par la création d'une passerelle qui s'accroche au navire ennemi et sur laquelle on combat comme sur la terre ferme. Carthage doit faire face à d'énormes problèmes de trésorerie alors que ses ports sont pillés et ses campagnes dévastées. En 240, plusieurs dizaines de milliers de Libyens, accablés par l'effort de guerre, mais aussi les mercenaires d'Afrique et de Sardaigne, restés plusieurs mois sans salaire, se soulèvent, occupent l'isthme de Carthage, assiègent Utique et Bizerte. Il faut quatre ans et des méthodes sanguinaires au général Hamilcar Barca pour remporter cette « guerre inexpiable » décrite par Flaubert dans Salammbô.

Carthage, meurtrie, prépare sa revanche ; cette fois à partir de l'Espagne, où, en 237, Hamilcar Barca fonde un État prospère, bien administré et doté d'une armée de plus de 50 000 hommes. En 221, son fils Hannibal accède au pouvoir. Élevé dans les campements de l'armée carthaginoise d'Espagne, nourri de culture grecque, doté d'un grand courage physique, il se révèle un génie militaire hors pair. Par ses conquêtes, il élargit les limites de l'Empire punique et réorganise l'armée de manière à tirer le meilleur parti des particularismes culturels et militaires de chaque peuple : Numides, Ibères, Gaulois ; les Libyens cessent de combattre comme les hoplites grecs et remplacent la pique par l'épée, plus adaptée aux combats rapprochés. En 219, Hannibal prend Sagonte, alliée de Rome, qui, alors, rompt la trêve et déclenche la deuxième guerre punique en 218. Hannibal traverse l'Èbre, franchit les Alpes avec des éléphants et pénètre en Italie, où il écrase plusieurs armées romaines ; on retient les victoires du lac Trasimène (217) et de Cannes (216). Rome évite le combat frontal. Hannibal, coupé de ses arrières – Rome conquiert les possessions espagnoles de Carthage en 209 –, mal soutenu par le sénat carthaginois et en butte à l'hostilité des populations demeurées fidèles à Rome, doit abandonner le siège de Capoue et regagner Carthage. En 201, Cornelius Scipion, dit l'Africain, s'allie à Masinissa, chef des Numides de l'Est, et défait l'armée punique à Zama, en terre africaine. Encore une fois, les conditions de la paix (201) sont draconiennes pour les Puniques. De retour à Carthage, Hannibal entreprend le redressement économique, notamment par l'exploitation des ressources agricoles, en dépit des agressions de son vieil ennemi numide, Masinissa. Mais l'hostilité de l'aristocratie le conduit à l'exil en 195, et au suicide en 183.
Cependant, Carthage est redevenue si prospère que Rome, dirigée par les courants politiques les plus extrémistes, décide de l'anéantir : delenda est Carthago (« Carthage doit être détruite »). C’est sous l'impulsion de Caton, auteur de la formule, qu’une troisième guerre punique (149-146 avant J.-C.) vient à bout de Carthage, qui est anéantie après un siège de trois ans.

Civilisation
L’économie de Carthage
Les conceptions de l'économie sont très simples. L'État prélève des taxes sur les importations et les exportations, mais ne pratique pas de politique commerciale spécifique.
La monnaie, dont l'étalon est phénicien, est apparue tardivement, au ive s. Dans la première phase de son développement, Carthage importe des denrées alimentaires de ses colonies. Mais ce sont les métaux précieux de la péninsule Ibérique, particulièrement l'argent, qui constituent l'essentiel de ses importations. Ils sont destinés à l'artisanat et à la fabrication des monnaies. De la Berbérie, la cité carthaginoise obtient des produits agricoles et des animaux – autruches, éléphants de Numidie, singes, perroquets, fauves – qu'elle revend en Méditerranée, notamment pour les jeux d'amphithéâtre. De nombreuses mosaïques, comme celles d'Hippone au ive s., représentent des scènes de capture de fauves. Elle exporte des produits d'artisanat – tapis, parfums, étoffes de couleurs, cuillères, tuyaux en terre cuite, etc. – et de pacotille, dont de petits masques en pâte de verre.

Organisation politique et sociale
Sur le plan politique, les suffètes exercent la magistrature suprême. Au nombre de deux, ils sont élus pour un an et veillent à la bonne marche des affaires politiques et administratives, à l'exécution des décisions du conseil des anciens (sénat), de 300 membres, ou de celles de l'assemblée du peuple. Ils remplissent aussi une fonction législative et judiciaire importante. La cour des Cent, composée de nobles, contrôle le gouvernement. La vie politique reste dominée par les riches, et tout particulièrement les Magonides (535-450) et les Barcides, même si les citoyens participent à l'élection des suffètes et sont consultés en cas de désaccord entre ces derniers et le conseil.
Au sommet de l'échelle sociale trône une aristocratie de riches armateurs, négociants et propriétaires fonciers. Elle tire son prestige et sa légitimité de son origine phénicienne, rappelée avec ostentation dans les épigraphes, ainsi que de sa fortune, acquise par le commerce, l'exercice de charges publiques et, à partir du ve s., par l'exploitation des riches domaines agricoles. Cette aristocratie réussit à sauvegarder ses privilèges en dépit des réformes entreprises par les Barcas. Par exemple, elle écarte Hannibal lorsque celui-ci, devenu suffète après la bataille de Zama, fait voter par le peuple des lois visant à limiter le pouvoir des nobles en matière de justice et à réprimer les abus financiers.
Dans les rues de Carthage, sur les ports, grouille une foule de citoyens modestes – artisans, marins, dockers, ouvriers agricoles, mineurs – à laquelle se joignent de nombreux étrangers originaires, pour la plupart, des colonies grecques et étrusques, et qui jouent un rôle important dans l'économie.Au bas de l'échelle sociale, on retrouve une importante main-d'œuvre servile, employée dans les champs, les carrières, les mines, les ateliers, ou vouée aux tâches domestiques.
Bien que vivant dans des conditions misérables, les esclaves jouissent de la liberté de culte et ont la possibilité d'acheter leur liberté. Est-ce la raison pour laquelle ils ne sont jamais source d'agitation, du moins dans les villes ? Les Libyens, c'est-à-dire les Africains autochtones vivant en dehors de Carthage, connaissent les pires conditions. Certes ils sont libres, mais n'ont aucun droit civique et doivent payer de lourdes charges. En cas de guerre, par exemple, ils versent à l'État une redevance pouvant représenter jusqu'à la moitié de leur récolte. Ils sont, avec les esclaves ruraux, à l'origine des révoltes survenues en 396 et 379.

La vie religieuse
La civilisation et les mœurs ont gardé une forte empreinte orientale dont témoigne particulièrement la vie religieuse. Le panthéon est dominé par Baal Hammon, le dieu mâle suprême, très souvent associé à Tanit, la divinité féminine surnommée « face de Baal ». L'épithète Hammon (« ardent ») pourrait évoquer le soleil ou le brasier sur lequel s'accomplissent les sacrifices. Contrairement à celui de Baal et de Melqart, le culte de Tanit n'est pas d'origine phénicienne mais africaine. Divinité de la Fécondité, elle semble surtout liée à un rite agraire. Elle porte aussi le nom africain d'Ashtart et prend le pas sur Baal au ve s., au moment où Carthage se tourne vers l'agriculture et semble renouer avec son contexte africain. Les Carthaginois croient en l'existence de forces maléfiques contre lesquelles l'homme mène un combat inégal, et en la possibilité d'agir à distance sur les choses. La maladie est considérée comme le résultat d'une absence de protection divine et appelle l'intervention d'un guérisseur. Eshmoun, le dieu guérisseur, réside dans le temple le plus riche, au sommet de la colline de Byrsa. Ils croient aussi à la divination : il semble qu'Hamilcar ait attaqué Syracuse parce qu'un devin lui avait prédit qu'il dînerait le soir même dans la ville. La vie se poursuit dans l'au-delà ; le mort, pour éviter qu'il devienne un esprit malfaisant, est l'objet de certains soins : lavé, épilé, maquillé, habillé et paré, il est incinéré et enterré, avec mobilier et provisions, dans une fosse pour les pauvres et dans un caveau pour les riches. Le sacrifice, humain ou animal, est l'acte essentiel du culte punique. Le sacrifice d'enfants effectué dans des sanctuaires spéciaux, les tophets, choque beaucoup, mais était une pratique courante dans les sociétés antiques, où il accompagnait souvent l'accomplissement d'un vœu.
Comme en Phénicie, la prostitution sacrée est aussi pratiquée. Sous l'influence des résidents grecs (ive s. avant J.-C.), Carthage a adopté le rite de l'incinération des morts ; de même, le culte de Déméter et de Coré a été institué avec succès jusqu'à la fin de l'Antiquité.

Littérature punique
Divers témoignages, surtout extérieurs, confirment que les Puniques avaient élaboré une riche littérature : annales, chroniques, ouvrages de droit, d'histoire, de géographie, d'agronomie, textes religieux, poèmes mythologiques, etc. On sait, en effet, par les écrivains grecs et latins, que Carthage avait constitué d'immenses bibliothèques, dont la plupart ont disparu lors de la destruction de la cité. De toute cette littérature, les quelque 7 000 inscriptions puniques connues ne nous ont conservé que d'infimes vestiges : il s'agit avant tout d'inscriptions votives et, à un moindre degré, funéraires, mais on possède aussi de longs tarifs sacrificiels, des textes commémoratifs, etc. Cependant, des spécimens de textes proprement littéraires sont connus en transcription latine (ainsi dans le Poenulus de Plaute) et en traduction, ou adaptation, grecque et latine, comme c'est le cas du Serment d'Hannibal, transmis par Polybe, du célèbre Périple d'Hannon ou du Traité d'agriculture de Magon, non dépourvu de qualités littéraires.

Topographie de la Carthage punique
Carthage était située sur une presqu'île comprise entre le golfe et le lac de Tunis. La triple enceinte barrait l'isthme, à 4 km environ du front de mer. Le port, creusé dans les terres, comprenait un bassin de commerce rectangulaire et un bassin de guerre circulaire. L'un et l'autre subsistent encore. Tout près de là s'étend le tophet, où des milliers de stèles et d'urnes contenant les ossements calcinés de milliers d'enfants ont été découvertes, ainsi qu'une chapelle du viiie s. avant J.-C. Sur les collines (notamment Byrsa, lieu du premier habitat), les vestiges de quelques maisons ont été retrouvés. Recouvertes par les cendres de l'incendie de 146 avant J.-C., elles ne diffèrent guère des maisons hellénistiques. L'eau était emmagasinée dans de nombreuses citernes. Entre les nécropoles qui bordaient la ville et l'enceinte, la vaste banlieue de Megara était occupée par des maisons de campagne, des champs et des jardins.

La Carthage romaine, chrétienne et byzantine

En 122 avant J.-C., C. Gracchus tente de fonder une colonie Colonia Junonia sur le site de Carthage. Après son échec, la colonisation est reprise en 44 avant J.-C. par César et complétée par Auguste. La nouvelle Carthage (Colonia Julia), port du blé d'Afrique exporté vers Rome, siège du proconsul d'Afrique, a été une des plus grandes villes du monde romain. Les communautés chrétiennes y ont été précoces et très vigoureuses : les noms de Tertullien (iie-iiie s. après J.-C.) et de saint Cyprien (iiie s.) témoignent de leur éclat, en attendant saint Augustin (ve s.). Geiséric prend Carthage en 439, et en fait la capitale des Vandales. Bélisaire la reconquiert au profit de l'Empire byzantin, en 534. Justinien en fait le siège de son diocèse d'Afrique, reconstruit sa muraille et restaure ses monuments. Mais les séditions, la peste décimèrent la population, divisée par les querelles religieuses. Après la conquête arabe (698), la ville est abandonnée au profit de Tunis, bâtie avec les pierres de la cité disparue.

L’art carthaginois

Dans le monde punique, la limite est difficile à fixer entre art et artisanat ; aussi considère-t-on comme œuvres d'art tous les objets, sacrés ou profanes, magiques ou apotropaïques, en métal, pierres précieuses, terre cuite, ivoire ou os, que sont bijoux, amulettes, figurines et scarabées, auxquels il faut ajouter les masques et les stèles.
Les masques semblent ne rien devoir à la tradition syro-palestinienne. Ce sont des têtes avec ou sans amorce de buste, présentant parfois un aspect négroïde, et dont le visage, plus ou moins grotesque, contraste avec l'impassibilité ou la jovialité des protomés. Accrochés dans les demeures et dans les tombeaux, ils remplissent une fonction apotropaïque, mais peuvent aussi, reproduits en miniature, servir de parures ou d'amulettes. Les bijoux constituent la production la plus abondante, la plus représentative et, sûrement, la plus attrayante de l'art punique.
Les traditions syro-palestinienne, phénicienne et grecque se combinent au génie punique en une profusion de genres : pendants d'oreilles, bracelets, bagues, pendentifs, colliers, pendeloques et amulettes réalisés au repoussage ou au grènetis. Les plus anciens remontent à la seconde moitié du viie s. De très bonne facture, ils se caractérisent par un décor granulé, le filigrane étant utilisé en bordure. Les productions postérieures sont pauvres, tant au niveau de la facture que des matériaux.
Quant aux stèles, en pierre ou en grès, de dimensions variables (entre 0,20 et 1 m), elles portent, gravé, un décor géométrique, anthropomorphe ou animal. Elles sont particulièrement riches entre les iiie et iie s. et se trouvent en grand nombre dans les tophets, où elles signifient l'accomplissement d'un vœu.

Archéologie
L'exploration de Carthage (quartiers d'habitations sur la colline de Byrsa et dans la ville basse, ports et tophet), menée sous l'égide de l'Unesco, a enrichi l'archéologie punique ; quant à Kerkouane (à la pointe du cap Bon), qui a été détruite en 256 avant J.-C. par Regulus, elle a livré ses temples, ses habitations et quantité d'objets. La civilisation punique, tout en gardant de fortes traditions phéniciennes, s'en distingue nettement. Motyé en Sicile et les colonies puniques de Sardaigne reflètent fidèlement la culture punique.

 


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ESCLAVAGE

 

 

 

 

 

 

 

esclavage
(de esclave)

État, condition d'esclave.

1. Introduction
1.1. Selon Aristote
L'esclavage est une institution sociale qui fait de certains êtres humains des marchandises, ou, comme le dit Aristote, « une sorte de propriété animée ». Le propriétaire possède son esclave comme un bien ou une chose, et peut exiger de lui travail et autres services sans aucune restriction. Il peut lui refuser la liberté d'agir et de se déplacer. Il a le droit de séparer les membres d'une même famille et de refuser un mariage. L'esclavage est donc un rapport de domination fondé sur la menace et la violence.

1.2. Une pratique quasi universelle
L'esclavage a existé aussi bien en Asie dans les tribus nomades de pasteurs, en Amérique du Nord dans les sociétés d'Indiens chasseurs, en Scandinavie chez les marins, que dans des sociétés sédentaires fondées sur l'agriculture. Dans ce dernier cas, les esclaves sont considérés comme une force de production irremplaçable. De telles sociétés, notamment l'Empire romain et le vieux Sud des États-Unis, sont quelquefois désignées sous le nom de sociétés d'« esclavage commercial », par opposition aux « sociétés d'esclavage personnel », où les esclaves sont principalement utilisés à des fins domestiques, notamment comme serviteurs ou concubines ; ce dernier type d'esclavage a été fortement implanté dans les pays du Moyen-Orient, en Afrique et en Chine. Cependant, les deux formes coexistent, et dans l'Empire romain comme aux États-Unis, les esclaves étaient contraints de se soumettre aux exigences sexuelles de leurs maîtres, ainsi que le montrent aussi bien le Satiricon de Pétrone que les innombrables cas de viols d'esclaves aux États-Unis.

1.3. Économie de profit et de plantation
L'économie de profit a beaucoup contribué à développer l'emploi de la force de travail servile. La canne à sucre porte la lourde réputation d'avoir été génératrice d'esclavage, en Iraq dès le viie siècle, dans les îles de l'Atlantique et en Amérique à partir du xvie siècle. L'économie de plantation a provoqué les plus gros transferts de main-d'œuvre de toute l'histoire, au détriment des Noirs d'Afrique. Les mines, de l'argent du Laurion, exploité par Athènes au ve siècle avant J.-C., à l'or des Achantis du Ghana au xviiie siècle, ont aussi utilisé de grandes quantités d'esclaves.

2. L’esclavage depuis les premières civilisations
2.1. Mésopotamie, Égypte, Inde, Perse
Prisonniers de guerre
Les codes juridiques de Sumer prouvent que l'esclavage existait dès le IVe millénaire avant J.-C. Le symbole sumérien correspondant au terme « esclave », en écriture cunéiforme, signifie « étranger », ce qui indique une origine essentielle : les premiers esclaves étaient probablement des prisonniers de guerre.

La servitude pour dette
Mais dans l'Égypte antique apparaît un phénomène que l'on retrouvera jusque dans l'Europe chrétienne : des hommes se vendent comme esclaves ou vendent leur femme et leurs enfants afin de payer leurs dettes. En Mésopotamie, l'esclavage, attesté depuis le IVe millénaire, pèse sur le prisonnier de guerre, l'enfant vendu par son père et le pauvre qui se vend lui-même. Les prisonniers de guerre sont utilisés pour les grands travaux.

Des statuts divers
Le code d'Hammourabi, roi de Babylone au xviiie siècle avant J.-C., comprend de nombreuses lois s'appliquant aux esclaves. Ceux-ci ont le droit de posséder des biens, de faire des affaires et d'épouser des femmes libres. La manumission – affranchissement prononcé officiellement par le maître – est possible soit par l'achat de la liberté, soit par l'adoption. Néanmoins, l'esclave est toujours considéré comme un objet et une marchandise (sa valeur est celle d’un âne).
Le code des Hittites, appliqué en Asie occidentale de 1800 à 1400 avant J.-C., reconnaît, lui, que l'esclave est un être humain, même s'il appartient à une classe inférieure.

L'Égypte pharaonique
Les esclaves forment dans l'Égypte pharaonique un corps peu nombreux (mineurs, mercenaires, interprètes, intendants de domaine), dont disposent le roi et sa famille, les temples et les grands personnages de l'État.
Les Hébreux n’en sont pas moins asservis par les Égyptiens durant la seconde moitié du IIe millénaire avant J.-C. : dans la Bible, le livre de l'Exode relate que les Égyptiens maintiennent les Hébreux « en esclavage, les obligeant à manier la brique et le mortier ainsi qu'à rendre divers services dans les champs. Quels que soient les travaux effectués, ils les traitent avec dureté ». Cependant, nulle part dans l'Ancien Testament il n'apparaît de critiques ouvertement dirigées contre l'esclavagisme, les Hébreux adhérant eux-mêmes à ce système ; tout au plus, chez ces derniers, l'esclavage, situation provisoire, ne peut-il dépasser une période de sept ans.
Inde et Perse
Dans la vallée de l'Indus, les premiers documents prouvant l'existence de l'esclavage coïncident avec l'invasion aryenne, vers 1500 avant J.-C. En Perse, le nombre d'esclaves augmente par reproduction naturelle et grâce aux conquêtes militaires : les victoires perses sur les îles de la mer Égée, Chio, Lesbos et Ténédos, ont pour conséquence l'asservissement de populations entières.

2.2. La Grèce antique
Principales sources d'esclaves
L'esclavage fait partie intégrante de l'histoire de la Grèce probablement dès 1200 avant J.-C. Les guerres, la piraterie (jusqu'à son éradication au ve siècle avant J.-C.) et les tributs dus par les pays vaincus constituent pour les Grecs les principales sources d'esclaves. Les marchands d'esclaves se fournissaient essentiellement en Thrace, Carie et Phrygie. Les débiteurs insolvables pouvaient être vendus comme esclaves, le prix de la vente revenant au créancier ; c'est Solon qui interdit cette dernière pratique à Athènes.
Une augmentation rapide à la fin du ve siècle avant J.-C.

Au ve siècle avant J.-C. – mis à part les mineurs du Laurion, en Attique –, les esclaves, surtout ruraux, sont peu nombreux, même sur les plus grands domaines ; leur emploi reste lié à des cultures délicates, permanentes et de faible extension (vigne, cultures maraîchères) ; leur présence est contestée dans la Grèce centrale et, d'après Thucydide, les habitants du Péloponnèse auraient même été souvent seuls à leur travail. Mais, dès la fin du ve siècle et surtout au ive siècle avant J.-C., le nombre des esclaves augmente à un rythme rapide, et le travail servile l'emporte très vite sur le travail libre dans les mines, les travaux publics, la production industrielle et même la production agricole. On compte 10 000 esclaves ruraux dans l'Attique de la fin du ve siècle, soit un par paysan libre. Les esclaves urbains sont plus nombreux : les listes d'affranchissement du Pirée, entre 340 et 320 avant J.-C., en mentionnent 123 sur 135 affranchis, et les estimations faites pour la fin du ve siècle évaluent entre 150 000 et 400 000 le nombre total des esclaves vivant en Attique. Un esclave s'affranchit en achetant sa liberté, en la recevant en récompense de ses services, ou en legs après le décès de son maître. Le quasi légendaire Ésope, l'auteur des Fables, passe pour un esclave grec affranchi au vie siècle avant J.-C.

L'époque hellénistique
Extension géographique (Épire) et concentration des esclaves au profit des grands et aux dépens des petits propriétaires, trop pauvres pour en posséder, caractérisent l'époque hellénistique ; les affranchissements se multiplient, au point que Philippe II de Macédoine les interdit, après Chéronée (338 avant J.-C.), pour des raisons de sécurité militaire. Cette concentration des esclaves explique les premières guerres serviles : vers 131 et vers 104-100 avant J.-C., au Laurion ; 130 avant J.-C., à Délos (le grand marché, dont on a prétendu qu'il s'y vendait 10 000 esclaves par jour au iie siècle), d'où partent les esclaves vers l'Ouest, désormais grand acheteur.

2.3. Rome
L'asservissement des peuples vaincus
Les esclaves sont utilisés très tôt (→ lois des Douze Tables). Mais c'est seulement l'expansion romaine à partir du iiie siècle avant J.-C. qui provoque leur afflux massif ; au fur et à mesure des conquêtes (les guerres puniques, la guerre des Gaules), soldats et peuples vaincus sont asservis : les conséquences en sont considérables.

Un traitement inhumain, source de révoltes
Sur le plan économique, la main-d'œuvre servile hâte la désagrégation de la petite propriété et son remplacement par de vastes domaines, notamment dans le Sud : dès le ier siècle avant J.-C., des équipes entières travaillent dans d'immenses propriétés, dépourvues de tout contact avec leurs maîtres. Le pouvoir détenu par les maîtres est pratiquement illimité, et le traitement infligé aux esclaves réellement barbare. De telles conditions de vie, alliées à la supériorité numérique des esclaves sur les hommes libres, génèrent inévitablement des révoltes (136-132 et 104-100, en Sicile ; 73, soulèvement de Spartacus).

Le Haut et Bas-Empire
Au début de l'ère chrétienne, les esclaves sont cependant moins systématiquement maltraités ; ils vivent souvent mieux que les Romains libres réduits à la misère, et certains d'entre eux occupent même des situations importantes dans les affaires ou dans les bureaux du gouvernement impérial. Sur le plan culturel, enfin, les esclaves lettrés africains, asiatiques, grecs exerceront une influence durable. Les affranchissements, d'ailleurs, se multiplient, en partie grâce aux théories stoïciennes. L'historien Jérôme Carcopino estime à 400 000 le nombre des esclaves à Rome sous Trajan (98-117). L'arrêt des conquêtes freine leur afflux ; leur prix s'accroît. Sous le Bas-Empire (iiie-ve siècle, si les esclaves sont encore nombreux, d'autres catégories sociales leur sont préférées dans les campagnes, en Orient notamment : les colons.

3. Le Moyen Âge
3.1. En Occident : de l’esclavage au servage
L'Europe carolingienne
On estime que l'Europe carolingienne comptait environ 20 % d'esclaves ; l'Église en possédait elle-même un grand nombre, à l'image du théologien Alcuin qui utilisait quelque vingt mille esclaves dans ses quatre abbayes. On parle de mancipia, servi et ancillae, mots latins qui désignent les esclaves de l'un ou l'autre sexe, dans les descriptions de biens appartenant aux grands domaines ruraux, et l'on distingue les tenures « ingénuiles », confiées à des hommes libres, des tenures serviles, confiées à des esclaves.

Colons et métayers
Dans l'Espagne wisigothique, au vie siècle, si l'affranchissement personnel des esclaves est recommandé, c'est à la condition qu'ils demeurent, par contrat, comme force de travail sur les biens qu'ils cultivent. Les esclaves ruraux se transforment ainsi progressivement en colons ou en métayers (métayage) employés sur de grandes propriétés. Cependant, ce changement de statut est plus formel que réel : les métayers doivent perpétuellement de l'argent à leur propriétaire et restent attachés à la terre qu'ils travaillent afin de rembourser leurs dettes.

Vers le servage
Sans doute l'Église ne condamne-t-elle pas l'esclavage, mais, en fait, l'organisation d'une société chrétienne, composée de frères, ne peut se concilier avec l'esclavage, que remplace donc peu à peu le servage, dépendance personnelle et héréditaire. Cette forme s'intègre mieux au cadre de l'économie fermée et essentiellement rurale du haut Moyen Âge, qui ne permet plus les achats massifs d'esclaves.
Dans ces conditions, le vieux mot latin servus finit par perdre son antique sens d'« esclave » pour désigner celui qui est lié à la terre ou à un seigneur par des obligations relativement limitées : le serf. C'est alors qu'apparaît, dans le latin médiéval (xe siècle), le mot sclavus, qui donnera, au xiiie siècle, le terme « esclave », et qui est une autre forme de slavus, rappelant que les populations slaves des Balkans fournissaient, au Moyen Âge, l'essentiel des masses serviles en Occident. On « importe » aussi des Angles, et Verdun est, jusqu'au xe siècle, l'« entrepôt » des Slaves destinés à l'Espagne.
Dans l'Empire byzantin, l'esclavage se poursuivra sans qu'on lui oppose de résistance : les esclaves sont souvent utilisés comme employés et travaillent également sur les domaines ecclésiastiques.

3.2. L’esclavage en terre d’islam
Une institution préislamique

Au Moyen-Orient, l'esclavage est déjà une institution ancrée dans les mœurs avant Mahomet (viie siècle), et l'islam ne tente pas de mettre un terme à cette situation. Le Coran, pas plus que la Bible, ne condamne l'esclavage, même s'il milite en faveur d'un traitement humain. Aussi affranchir un esclave est-il jugé comme un acte digne d'éloges. Toutefois, l'immensité de l'empire islamique et l'interdiction de réduire un musulman ou un « protégé de l'islam » en esclavage conduisent à importer de grandes quantités d'esclaves, nécessaires à l'armée ou à la production, à l'administration parfois, sans oublier la traite des Blanches pour fournir les harems.

Provenance des esclaves
Des Slaves païens, acheminés par les Vénitiens vers l'Espagne musulmane et le Moyen-Orient, alimentent des marchés d'esclave dès le viie siècle ; d'Asie viennent des Turcs, amenés jouer un grand rôle dans l'histoire de l'islam. L'Afrique noire fournit chaque année des contingents de plusieurs milliers d'esclaves, qui transitent par les ports de la mer Rouge, de l'océan Indien, et par le Sahara. L'une des plus importantes révoltes d'esclaves est celle qui, en Iraq, se déroula de 869 à 883, et qui mit fin à l'exploitation massive des Noirs dans le monde arabe.
Les conflits entre chrétiens et musulmans en Méditerranée – de l'Espagne au Proche-Orient (→ Reconquista, croisades, guerres navales) – conduisent à l'asservissement de nombreux prisonniers de guerre ; le plus souvent, il s'agit d'un excellent moyen d'obtenir leur rachat par l'adversaire.
Le monde musulman procure à son tour des esclaves à l'Espagne : à l'époque classique, les Noirs sont nombreux à Séville et à Lisbonne.

4. La traite des Noirs
4.1. Les Portugais
La production de sucre au Levant espagnol et dans les îles de l'Atlantique, comme les Canaries, commence à concurrencer, au xve siècle, celle de Venise à Chypre, que complètent des importations en provenance du monde musulman. Le sucre devient ainsi un produit de plus large consommation : les Portugais développent sa production à l'aide de capitaux, dont une partie vient de l'Europe du Nord, marché de plus en plus important. La demande d'esclaves africains commence, dès le milieu du xve siècle, le long des côtes atlantiques qu'explorent les Portugais. La première vente d'esclaves africains en Occident date de 1444 et se déroule au Portugal, à Lagos. Les Portugais organisent autour de l'île de São Tomé et du comptoir de Saint-Georges-de-la-Mine un fructueux trafic ; les esclaves sont vendus aussi bien à des souverains africains, qui les emploient dans les mines ou les plantations, qu'à des Européens qui les transportent vers la péninsule Ibérique. En 1472, les Cortes de Lisbonne demandent à la Couronne de réserver ces importations aux besoins des plantations portugaises.

4.2. Les exigences de la conquête coloniale
Des Amérindiens aux Africains

La demande de main-d'œuvre est considérablement accélérée à la suite de la conquête des Amériques par les Espagnols et les Portugais. Dans un premier temps, la conquête coloniale se traduit par le quasi-asservissement de populations entières d'indigènes, au Pérou et en Amérique centrale.
Au début du xvie siècle, Hernán Cortés fait allusion au grand nombre d'esclaves indigènes rassemblés et vendus dans la capitale du Mexique. Cependant, l'encomienda et le repartimiento, systèmes de travail forcé institués par les conquistadores, se révèlent peu satisfaisants.
Les Espagnols découvrent bientôt que les Indiens, vulnérables aux maladies européennes, ne constituent pas une main-d'œuvre idéale. D'autre part, comme ils vivent dans leur propre pays, révoltes et fuites s'en trouvent facilitées. Les Indiens tentent ainsi, au début, de s'opposer par la force à ceux qui entreprennent de les priver de leur liberté. Mais lorsque, domptés, ils subissent d'énormes pertes dans les mines d'or et d'argent, une partie de l'opinion européenne s'émeut, notamment parmi le clergé régulier au cours la controverse de Valladolid (1550-1551) : face aux arguments de Juan Ginès de Sepúlveda qui condamne les sociétés indigènes pour leurs pratiques du sacrifice humain et du cannibalisme, les réformes humanitaires prônées par le dominicain Bartolomé de Las Casas finiront par alléger les souffrances des Indiens.
Mais les esclavagistes, après avoir réduit la population amérindienne dans une proportion considérable, même si le chiffre est controversé, se tournent vers l'Afrique. Las Casas lui-même prône la traite des Noirs afin de sauver les indigènes d'Amérique, ce qui montre la complexité des enjeux.

Le début du trafic esclavagiste transatlantique
L'une des plus importantes migrations humaines qui aient existé commence alors. Aux razzias des dynastes locaux, en accord avec les négriers arabes, s'ajoutent, en Afrique, celles des marchands européens : les établissements portugais de la côte occidentale d'Afrique (Madère, Açores, cap Vert, Guinée, Luanda, Benguela) et de la côte orientale (Delagoa, Sofala, Mozambique) constituent les premiers centres d'« exportation », en particulier en direction de l'Amérique.
Les Portugais et les Espagnols se réservent, dans un premier temps, le monopole d'État du trafic entre côtes africaines et américaines, le premier asiento (contrat avec une compagnie) datant de 1528. Mais ils sont vite concurrencés par les Hollandais, les Français et les Anglais qui, à leur tour, recherchent à la fois la main-d'œuvre pour leurs plantations et les profits du trafic esclavagiste transatlantique. De 1 à 3 millions d'esclaves sont transportés en Amérique dès cette époque.
4.3. Le commerce triangulaire

C'est aux xviii et xixe siècles que le « commerce triangulaire » connaît son apogée : les navires quittent les ports – en France, ce sont Nantes, surtout, ainsi que Bordeaux, La Rochelle et Le Havre – à destination de l'Afrique, chargés de présents sans grande valeur mais aussi de fusils qui seront échangés contre les esclaves. Ils prennent livraison de leur marchandise humaine dans des comptoirs comme celui de l'île de Gorée, au large de Dakar, puis font voile vers la Guyane, les Antilles et l'Amérique du Nord où ils vendent ceux des esclaves qui ont survécu à la traversée ; enfin, ils reviennent vers l'Europe chargés de marchandises diverses (coton, tabac, café…).

Le trafic triangulaire est d'un énorme rapport, et la concurrence très forte. Les négriers sont les véritables maîtres de ce trafic : ils tiennent à leur merci aussi bien les Africains que les planteurs, qui réclament une main-d'œuvre toujours renouvelée. Interdit en Europe à la suite du congrès de Vienne (1815), le trafic se poursuivit cependant jusqu'au milieu du xixe siècle.

4.4. « Déportation sans retour »

En Afrique même, la demande d'esclaves ne crée pas de toutes pièces, dans une société idéalement égalitaire, les conditions de la dépendance : il existe, dans la plupart des sociétés africaines, comme dans les sociétés antiques, des dépendants, réduits à travailler au service des autres, pour de multiples raisons. Le fait nouveau réside dans la « déportation sans retour » au-delà de l'Océan. La demande désorganise les sociétés africaines, même si certaines trouvent dans cette déportation une solution aux problèmes que posent les asociaux. La complicité de certains royaumes côtiers facilite, en outre, la collecte des esclaves.

La désorganisation durable des sociétés africaines

L'évaluation de l'impact de la traite sur l'histoire future de l'Afrique varie en fonction des approches. Cependant, l'on peut estimer que le trafic a durablement désorganisé le continent, jusque dans les régions les plus centrales, notamment par la peur qu'il engendrait. De plus, face au trafic négrier, les seuls appuis pour un individu face à une razzia se trouvaient parmi les membres de sa propre ethnie ; l'exaltation des liens ethniques que connaît encore aujourd'hui l'Afrique serait ainsi une conséquence directe de la traite.
Enfin, l'extension de l'emploi des esclaves dans le sud des actuels États-Unis pour la culture du coton va créer, dans ce pays, une situation de conflit qui deviendra l'un des plus grands problèmes sociaux et politiques du monde moderne.

Un trafic d'une grande intensité

L'énormité des profits réalisés dans les plantations conduit à l'augmentation constante de la demande d'esclaves noirs ; pour le seul xviiie siècle, leur nombre est estimé à près de 6 millions. Les historiens hésitent sur le chiffre global ; du xvie au xixe siècle, certains parlent de 8 à 10 millions, d'autres de 15 à 20 millions. Pour tâcher d'estimer le nombre de Noirs ainsi déportés, l'on ne dispose en effet que de chiffres partiels ou de séries limitées dans le temps. L'on sait, par exemple, que 103 135 esclaves ont été convoyés par des navires nantais entre 1763 et 1775. L'une des sources qui permettent d'évaluer l'intensité du trafic est constituée par les archives de la compagnie d'assurances maritimes britannique, la Lloyd's. Celle-ci enregistra pas moins de 1 053 navires coulés en face de l'Afrique entre 1689 et 1803, dont 17 % pour faits de révolte, pillage ou insurrection.

De nombreuses révoltes
En effet, en Afrique même, les révoltes liées à l'esclavage furent très importantes ; elles furent le fait à la fois des populations de la côte et de celles de l'intérieur. Car si certains potentats africains se sont livrés à la traite de concert avec les Européens ou les Arabes, la population s'y opposa souvent violemment. Mais si l'on sait que des navires négriers ont été attaqués à proximité des côtes par les Africains, les documents sont quasi inexistants pour mesurer précisément l'ampleur des révoltes sur l'ensemble du continent.

4.5. Traitements inhumains

À bord des navires négriers, les conditions sont effroyables : on entasse un maximum d'esclaves dans la coque du navire et on les garde enchaînés afin de prévenir tout risque de révolte ou de suicide par noyade. La nourriture, l'aération, la lumière et le système sanitaire suffisent à peine à les maintenir en vie. Si la traversée dure plus longtemps que prévu, l'eau manque plus encore que les vivres, et les épidémies se déclarent. Les observations médicales réalisées aux xviie et xviiie siècle à propos de ces traversées montrent le nombre de maux qui s'abattent, d'abord sur les esclaves, parfois sur l'équipage ; les pertes sont énormes : sur les 70 000 esclaves embarqués par la Real Compañía Africana espagnole entre 1680 et 1688, 46 000 seulement survécurent à la traversée.

Le fouet et le pilori
Le travail auquel les esclaves sont soumis est accablant dans les plantations de canne à sucre du Nordeste brésilien et des Antilles, ou de coton du sud des États-Unis. L'arbitraire de leurs maîtres aggrave leur situation, et les fuyards sont nombreux (esclaves « marrons » des Antilles).

Le Code noir

Aussi Colbert, par une ordonnance dite Code noir (1685), précise-t-il la condition civile des esclaves noirs selon le droit romain, mais en leur déniant toute personnalité politique et juridique, car l'esclave est un meuble qui peut être acheté, vendu, échangé ; il est également un incapable, ne pouvant ni témoigner en justice, ni posséder ; enfin, si la responsabilité civile lui est déniée, sa responsabilité criminelle reste entière. En revanche, reconnaissant dans les esclaves des êtres de Dieu, pour lesquels il prévoit d'ailleurs des affranchissements dans des cas limités, Colbert autorise les intendants à les protéger contre l'arbitraire des propriétaires.

5. Vers l’abolition de l’esclavage
5.1. L’exemple d’Haïti
La première source d'opposition à l'esclavage vient des esclaves eux-mêmes. Ce sont leurs révoltes qui ont conduit certains de leurs propriétaires à remettre en cause un système qui leur causait trop de problèmes par rapport aux avantages économiques qu'ils pouvaient en retirer. La révolte des esclaves de Haïti, qui commence en 1791 et que les Blancs ne parvinrent pas à mater, est décisive : c'est d'abord elle qui entraîne la suppression de l'esclavage dans l'île le 29 août 1793, suppression proclamée par Sonthonax, membre de la Société des amis des Noirs, et Polverel, commissaires de la République munis de pouvoirs extraordinaires.
Cependant, cette abolition est aussi le fruit des circonstances : les troupes républicaines non seulement avaient été incapables de ramener l'ordre, mais, de plus, avaient besoin de soldats supplémentaires pour espérer repousser les Espagnols, installés à l'est de l'île, et les Britanniques, qui menaçaient de débarquer. Le 16 pluviôse an II (4 février 1794), la mesure des deux commissaires est ratifiée par la Convention, qui l'étend à toutes les colonies françaises.
Cependant, dès 1799, la traite reprend en secret au Sénégal sous des formes déguisées – le commandant français du Sénégal est alors chargé de recruter des Noirs… consentants –, puis l'esclavage est rétabli en 1802 par le Premier consul, Bonaparte, sous la pression des commerçants français du sucre. La révolte des Noirs qui s'ensuivit, notamment aux Antilles, conduira à l'indépendance de Haïti le 1er janvier 1804.
5.2. L’Angleterre en première ligne
Des penseurs, des économistes abolitionnistes

Les excès des esclavagistes provoquent également, à la fin du xviiie siècle, une réaction abolitionniste. Renouant avec la critique formulée par Montaigne, les auteurs français Montesquieu, Voltaire, Raynal, Marivaux, Bernardin de Saint-Pierre s'en prennent au principe même de l'esclavage.
Sur le plan économique, Adam Smith fait valoir le faible rendement du travail servile (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776) ; plus tard, Rossi montrera (Cours d'économie politique, 1839-1841) l'obstacle que l'esclavage oppose au développement technique et économique.
De l'interdiction de la traite à l'émancipation des esclaves

La suppression de l'esclavage est réalisée en deux étapes : interdiction de la traite (1807 par l'Angleterre ; 29 mars 1815 par la France), puis émancipation des esclaves (1833 par l'Angleterre ; 1848 par la France, une nouvelle fois, sur l'initiative de Victor Schoelcher, qui se rend aux Antilles pour proclamer l'abolition décidée par le décret du 4 mars 1848). Dans les deux cas, une indemnité a été prévue, et l'Angleterre a donné l'exemple, sous l'impulsion des sectes religieuses et des hommes politiques (tels William Pitt, Castlereagh, George Canning) ; le rôle de William Wilberforce et de la Société antiesclavagiste a été décisif.

La condamnation de la traite

Championne du mouvement abolitionniste, l'Angleterre veut, pour des raisons à la fois humanitaires et économiques (concurrence de main-d'œuvre), obtenir la suppression générale de l'esclavage dans le monde. Aussi Castlereagh fait-il condamner la traite par les congrès de Vienne (8 février 1815), d'Aix-la-Chapelle (1818) et de Vérone (1822).
Malgré l'opposition des pays esclavagistes, des clauses de renonciation à la traite sont prévues dans les conventions et les traités signés avec la France (1831, 1833, 1841, 1845), l'Espagne (1835), le Portugal (1839), le Brésil (1850), clauses sanctionnées par un droit de visite réciproque, que la France refuse de ratifier en raison de l'énorme supériorité de la flotte britannique.

Une pratique qui perdure
Cependant, entre 1817 et 1830, malgré l'interdiction, on enregistre 305 voyages négriers au départ de Nantes – la dernière expédition française partira du Havre en 1847.
L'Empire ottoman, pour sa part, avait interdit la traite dans le golfe Persique et fermé les marchés publics d'esclaves d'Istanbul en 1847. Les pays d'Amérique du Sud abolissent l'esclavage à leur indépendance, mais, dans ces régions, le système du péonage succède bientôt à l'esclavage. En 1840, le Portugal et l'Espagne aboliront officiellement le trafic des esclaves, mais les vaisseaux négriers portugais continueront à traverser l'Atlantique durant tout le xixe siècle.

5.3. États-Unis : un long combat
Dans les colonies nord-américaines, les premiers signes d'opposition à l'esclavage émanent des quakers, qui se prononcent contre l'asservissement en 1724. Bien que le marché aux esclaves soit un spectacle courant, bon nombre de colons considèrent cette forme d'exploitation de l'homme comme un phénomène injustifiable. Les États vont ainsi abolir progressivement l'esclavage. Rhode Island est ainsi le premier État abolitionniste (1774). Mais la Constitution fédérale, ratifiée en 1788, prévoit la continuation du système esclavagiste pendant vingt années supplémentaires. Alors que le décret de 1787 interdit l'esclavage dans les États du Nord-Ouest, le bénéfice éventuel de cette action va s'effacer devant la généralisation de l'égreneuse de coton, inventée en 1793 par Eli Whitney ; en effet, l'utilisation de cette machine accéléra tellement la commercialisation du coton que les besoins en esclaves augmentèrent.
Le sentiment antiesclavagiste s'intensifie, en 1831, avec la publication du journal abolitionniste The Liberator ; cette même année voit aussi la révolte d'esclaves menée par Nat Turner, qui s'inscrit dans une vague de révoltes commencée en 1829 à Cincinnati et qui se prolonge jusque dans les années 1840. En 1833, une société antiesclavagiste est créée à Philadelphie. Dès 1840, les esclaves s'échappent vers les États du Nord pour y gagner la liberté.
La publication du livre de Harriet Beecher-Stowe, la Case de l'oncle Tom (1852), élargit l'audience du mouvement abolitionniste ; finalement, au terme de la guerre de Sécession, les États-Unis, après le Danemark et les Pays-Bas (1860), libèrent leurs esclaves en adoptant le 13ème amendement de la Constitution (31 janvier 1865).
La voie est ouverte aux condamnations internationales du système et des idéologies qui l'acceptent : acte de Berlin (26 février 1885) ; conférence coloniale de Bruxelles (acte antiesclavagiste du 2 juillet 1890) ; articles 21 à 23 et 42 à 61 du pacte de la Société des Nations (SDN) ; article 11 de la convention de Saint-Germain-en-Laye (10 septembre 1919) ; convention de Genève sur l'esclavage (25 septembre 1926) ; article 4 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, de l'ONU (10 décembre 1948).
L'esclavage a persisté après la Seconde Guerre mondiale sur les rives de la mer Rouge. Il a été aboli officiellement par l'Arabie saoudite en 1962. En Afrique, en Mauritanie, il n’a été aboli qu’en 1981. Sur ce continent, le trafic des enfants, en particulier, s'est poursuivi longtemps au-delà de la date d'interdiction officielle. Dans un rapport de 1992, l'Organisation internationale du travail (OIT) révèle que l'esclavage n'a pas disparu de Mauritanie, pas plus que du Soudan où des rapts d'enfants vendus ensuite comme esclaves ont été signalés en 1993.

6. Survivance de l’esclavage : le travail forcé
On a récemment défini la notion d’« esclavage moderne », qui s’applique à la condition de personnes qui accomplissent un travail forcé au service d’un employeur agissant ainsi en toute illégalité. En effet, le travail forcé subsiste dans nombre de régions; il s'agit essentiellement d'esclavage pour dettes – Asie du Sud-Est, Amérique latine… – et d'exploitation de femmes et d'enfants pour la prostitution. Ainsi, en 1999, l'OIT a condamné la Birmanie pour son recours systématique au travail forcé – plus de 500 000 personnes seraient concernées.
En Inde, l'esclavage pour dettes est toujours présent dans l'agriculture, les métiers du bâtiment, ou encore la production de tapis ou de poteries ; le travail des enfants est utilisé dans la fabrication de perles de verre, le tissage des tapis ou encore la confection de feuilles d'or ou d'argent. Au Pakistan, l'esclavage pour dettes se rencontre dans les secteurs de la briqueterie, de la cordonnerie, du tissage, dans l'agriculture ou dans la fabrication de bidis (cigarettes d'eucalyptus). Les dettes revêtant parfois un caractère héréditaire, l'institution du servage pour dettes s'assimile à une forme réelle d'esclavage.

Ce n'est pas forcément le cas de la prostitution, bien que la question soit de plus en plus actuelle. En Thaïlande, aux Philippines, certains adolescents des deux sexes se prostituent contre leur gré. Le phénomène a pris une telle ampleur que certaines organisations parlent, à propos de la vente par leurs parents ou du rapt puis de la prostitution d'enfants birmans en Thaïlande, de politique délibérée de destruction de certaines ethnies de Birmanie. La prostitution des enfants n'épargne pas les pays occidentaux, comme l'ont montré plusieurs affaires, tant en Belgique qu'en France, à la fin des années 1990.

Enfin, dans certaines régions d'Afrique et du Moyen-Orient, des formes d'esclavage subsistent ; la Société internationale antiesclavagiste de Londres estime que la servitude financière, le servage sous couvert de contrats de travail, les fausses adoptions et l'asservissement imposé aux femmes mariées sont encore responsables de l'assujettissement de plusieurs millions d'êtres humains. Il existe aussi des personnes vivant dans la misère qui se vendent ou qui vendent leurs enfants comme esclaves. En Arabie saoudite, le gouvernement estimait, en 1962, que le pays comptait encore quelque 250 000 esclaves.
Dans l'Empire français, le travail forcé n'a été aboli qu'en 1946, sur les instances, entre autres, de Félix Houphouët-Boigny et de Léopold Sédar Senghor, alors députés à l'Assemblée nationale ; les travailleurs africains réquisitionnés de force étaient notamment employés à des constructions d'infrastructures comme des voies de chemin de fer.

 

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JEAN RACINE

 

 

 

 

 

 

 

Jean Racine

Poète tragique français (La Ferté-Milon 1639-Paris 1699).

Rival de Corneille, de son temps comme dans les esprits du public d'aujourd'hui, Jean Racine reste le maître de la tragédie classique française. Ses pièces campent, dans un décor antique, des héros intemporels, victimes sublimes de leurs passions incontrôlables. Le héros racinien aime quelqu'un qui en aime un autre, dans une succession terrible à l'issue fatale.
Jeune homme pauvre qui parvint à la faveur du roi Louis XIV, Racine connut une promotion sociale considérable. Sa religion, empreinte de la morale austère du jansénisme de Port-Royal, fut l'autre grande affaire de sa vie.

Naissance
Le 22 décembre 1639, à la Ferté-Milon (Picardie).
Famille
Appartenance à la moyenne bourgeoisie. Mort de la mère, puis du père de Racine, alors que celui-ci n’a que deux puis quatre ans.
Formation
À partir de 1649, études à Port-Royal-des-Champs ; puis passage au collège de Beauvais, haut lieu du jansénisme, à Paris et retour aux Granges de Port-Royal-des-Champs pour l’année de rhétorique. Classe de philosophie au collège d’Harcourt, à Paris (1658).
Début de la carrière
Création de La Thébaïde (1664) par la troupe de Molière.
Premier succès
Andromaque (1667), un triomphe qui, de l’avis général, impose désormais Racine comme l’égal de Corneille.
Évolution de la carrière
Perfectionnement du dispositif tragique jusqu’à l’apothéose de Phèdre (1677) puis long silence du dramaturge, promu la même année historiographe du roi ; adieu définitif au théâtre après les créations d’Esther (1689) et d’Athalie (1691), deux tragédies bibliques commandées par Mme de Maintenon, pour les jeunes filles pensionnaires de la maison de Saint-Cyr. À la suite de quoi, composition de cantiques liturgiques (1695), rédaction de l’Abrégé de l’histoire de Port-Royal (1696) et attention toute particulière de Racine à la nouvelle édition de ses œuvres dramatiques (1697).
Mort
Le 21 avril 1699 à Paris. Inhumation à Port-Royal-des-Champs et, après la destruction de l’abbaye en 1711, transfert des cendres à l’église Saint-Étienne-du-Mont, à Paris.

1. Racine ou la religion du théâtre
1.1. Une formation d'excellence

Issu d'un milieu bourgeois plutôt modeste – son père a les charges de procureur au bailliage et de greffier au grenier à sel de La Ferté-Milon –, Jean Racine est orphelin de mère à 2 ans et de père à 4 ans. Il est alors (1643) recueilli par ses grands-parents maternels. Les relations avec l'abbaye janséniste de Port-Royal vont imprégner toute la vie de Racine. Il y subira l'influence profonde des « solitaires » et de leur doctrine exigeante.
L'une de ses tantes y est religieuse ; sa grand-mère s'y retire à la mort de son mari (1649). L'enfant est alors admis aux Petites Écoles à titre gracieux. Deux séjours dans des collèges complètent sa formation : le collège de Beauvais (1653-1654) et le collège d'Harcourt, à Paris, où il fait sa philosophie (1658).


À 20 ans, nanti d'une formation solide mais démuni de biens, Racine est introduit dans le monde par son cousin Nicolas Vitart (1624-1683), intendant du duc de Luynes. Il noue ses premières relations littéraires (La Fontaine) et donne ses premiers essais poétiques. En 1660, son ode la Nymphe de la Seine à la Reine, composée à l'occasion du mariage de Louis XIV, retient l'attention de Charles Perrault. Mais, pour assurer sa subsistance, il entreprend de rechercher un bénéfice ecclésiastique et séjourne à Uzès (1661-1663) auprès de son oncle, le vicaire général Antoine Sconin. Rentré à Paris en 1663, il se lance dans la carrière des lettres.

1.2. La carrière théâtrale
Rejetant la morale austère de Port-Royal et soucieux de considération mondaine et de gloire officielle, Racine s'oriente d'abord vers la poésie de cour : une maladie que contracte Louis XIV lui inspire une Ode sur la convalescence du Roi (1663). Il récidive aussitôt avec la Renommée aux muses. Le duc de Saint-Aignan (1607-1687) l'introduit à la cour, où il rencontre Molière et Boileau. Lorsque Colbert fait distribuer des gratifications annuelles aux écrivains, Racine figure parmi les bénéficiaires. C'est alors qu'il se tourne vers le théâtre.

Les débuts et la brouille avec Molière
Le 20 juin 1664 est créée la première tragédie de Racine : la Thébaïde, qui n'obtient qu'un succès d'estime (douze représentations en un mois), bien que la troupe de Molière ait monté la pièce avec soin.
Suit Alexandre le Grand, que joue d'abord la troupe de Molière, en 1665. Insatisfait des acteurs, Racine n'hésite pas à remettre sa pièce à la compagnie rivale, celle de l'Hôtel de Bourgogne, ce qui lui vaudra la brouille définitive avec Molière.
Succès côté cour … et côté jardin

L'année suivante, il publie la Lettre à l'auteur des « Hérésies imaginaires », contre son ancien maître janséniste Pierre Nicole, qui venait de condamner le genre théâtral. Pourtant, le jeune dramaturge, enivré de ses succès, entend bien persévérer dans la voie criminelle du théâtre. La rupture avec Port-Royal est alors consommée.
En 1667, Andromaque est créée dans les appartements de la reine, puis jouée à l'Hôtel de Bourgogne. Cette fois, le succès est immense. Désormais, Corneille sait qu'il a un rival.


L'amour du théâtre est propice aux liaisons avec les comédiennes : Racine s'éprend d'abord de la Du Parc, qui le paie de retour, puis de la Champmeslé, qu'il fait débuter à l'Hôtel de Bourgogne dans le rôle d'Hermione au printemps 1669. Cependant, ce n'est pas sur lui-même que Racine a étudié les effets et les ravages de l'amour-maladie : son imagination, sa sensibilité, son talent ont fait leur office. Son œuvre n'est pas une confidence.
La décennie glorieuse

En 1668, Racine écrit ce qui sera son unique comédie, les Plaideurs. Mais c'est surtout avec Britannicus (1669) – dans lequel, en prenant pour sujet et pour cadre l'histoire romaine, Racine s'engage sur le terrain de prédilection de son rival, Corneille – que sa gloire devient éclatante. Dès lors, il rencontre le succès avec chacune de ses pièces : en 1671 avec Bérénice, en 1672 avec Bajazet, en 1673 (année où le poète est élu à l'Académie française) avec Mithridate, en 1674 avec Iphigénie en Aulide. Trois ans plus tard, Racine fait éditer son théâtre et donne Phèdre. Louis XIV lui octroie alors une gratification exceptionnelle de 6 000 livres et le charge, avec Boileau, d'être son historiographe.
Chacune des pièces de Racine fit lever cabales, libelles, parodies et pamphlets, qui témoignèrent à la fois de ses succès et de l'acharnement d'une opposition qui ne désarma pas.

1.3. Dévotion privée et honneurs publics

Après son mariage (1677) avec Catherine de Romanet, une parente de son cousin Nicolas Vitard, et revenu lui-même à la religion de son enfance, Racine vit en bon époux et en bon chrétien. Il exhorte ses sept enfants à la piété la plus stricte et quatre de ses filles entreront dans les ordres.

Au service du roi
Négligeant désormais le théâtre que la cour, de plus en plus dévote, voit d'ailleurs avec moins d'enthousiasme, Racine joue sans hésiter son rôle d'écrivain thuriféraire du roi. Cela lui vaut, en retour, d'être parmi les familiers de la cour, d'avoir un logis à Versailles, et ses entrées dans le cercle privilégié que le roi réunit à Marly. En 1678, il suit Louis XIV dans ses campagnes. Sa production d'historien reste cependant mince ; on lui devra surtout un Éloge historique du Roi sur ses conquêtes (1684) et une Relation du siège de Namur (1692). Réconcilié avec Port-Royal (il laissera un Abrégé de l'histoire de Port-Royal, posthume), Racine entre en 1683 à l'Académie des inscriptions et se trouve, avec Boileau encore, chargé de préparer les inscriptions latines que le roi fait graver au-dessous des peintures qui décorent Versailles. Il achète en 1690 une charge de gentilhomme ordinaire de la chambre.

Inspiration sacrée

Durant cette période, Racine jouit également de la protection de Mme de Maintenon. Celle-ci avait ouvert à Saint-Cyr une institution pour jeunes filles nobles démunies. Afin de leur faire pratiquer le chant, le jeu théâtral, et leur donner en même temps des divertissements édifiants, elle commande au poète des tragédies religieuses. Racine revient donc au théâtre mais à un théâtre d'inspiration sacrée : il écrit Esther, créée à Saint-Cyr en 1689 en présence du roi et très appréciée du public de cour, puis Athalie (1691).

Un zèle imprudent pour Port-Royal à une époque où la persécution se faisait sentir le met en délicatesse avec Mme de Maintenon et en demi-disgrâce à la Cour. Après avoir souffert d'un abcès au foie, Racine s'éteint le 21 avril 1699. Louis XIV lui accorde la sépulture à Port-Royal.

2. L’œuvre de Racine
2.1. Une inspiration profane, puis chrétienne

Comparée à l’œuvre de ses contemporains, tels Corneille ou Molière, la production de Racine est moins abondante. Il n’écrivit que douze pièces au total ; mais quelles pièces !
L’ensemble s’articule en deux volets : les tragédies de la période théatralement féconde, avec la parenthèse d’une seule comédie, les Plaideurs (satire visant le monde judiciaire) ; puis les deux tragédies d’inspiration biblique, Esther et Athalie, pièces de circonstance mais traductions personnelles d’un retour à la foi.
Les grandes tragédies de la période la plus créatrice, aux thèmes non-religieux, permettent de définir les caractéristiques du théâtre racinien : un respect des règles qui ont conditionné l’art classique, une évolution dans le traitement des personnages et de l’action qui rompent avec la tradition des pièces héroïques ou exemplaires, l’obsession de représenter des passions exacerbées, enfin une fluidité musicale du langage.

2.2 Le respect rigoureux des règles classiques
Contrairement à Corneille, Racine respecte sans difficulté ces contraintes héritées du théâtre antique et codifiées par Boileau dans son Art poétique : « Qu’en un lieu, un seul jour, un seul fait accompli tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli ». Dans la préface de Britannicus, il se dit partisan d’« une action simple chargée de peu de matière, telle que doit être une action qui se passe en un seul jour et qui, s’avançant par degrés vers sa fin, n’est soutenue que par les intérêts, les sentiments et les passions des personnages ». Il n’a jamais dérogé à ces obligations.
L'exaltation des sentiments est toute l'action
Phèdre déroule dans le cadre d’une journée les événements qui mènent la jeune épouse du roi Thésée à déclarer son amour à son beau-fils puis à se donner la mort au retour de son mari. Ou bien, dans Andromaque, ce même délai permet au roi Pyrrhus d’hésiter entre deux femmes, Hermione et Andromaque, de choisir la seconde et de périr des coups portés par un homme armé par la femme abandonnée.
La représentation de sentiments exaltés et l’arrivée d’événements dramatiques et sanglants ne créent pas une multitude d’éléments disparates ; tout repose sur une ligne simple qui suit son évolution, depuis l’exposition jusqu’au dénouement.

Captiver avec rien ?
Poussant la règle des trois unités jusqu’à son utilisation la plus minimale, Racine a même imaginé une action réduite à des faces à face et à une séparation du couple principal sans qu’intervienne aucun rebondissement. C’est le cas de Bérénice où la reine de Judée, Bérénice, et l’empereur de Rome, Titus, sacrifient leur amour aux intérêts de l'État. Dans sa préface à cette tragédie, Racine explique vouloir : « faire une tragédie avec cette simplicité d’action qui a été si fort du goût des anciens […] Il y en a qui pensent que cette simplicité est une marque de peu d’invention. Ils ne songent pas qu’au contraire toute l’invention consiste à faire quelque chose de rien ». Il s'agit pour lui en effet d'« attacher durant cinq actes leurs spectateurs par une action simple, soutenue de la violence des passions, de la beauté des sentiments et de l’élégance de l’expression. » Ainsi s’oppose-t-il aux auteurs dont les pièces accumulent les incidents et les coups de théâtre…

2.3 Le respect du contexte antique
Quelques exceptions

D’une manière paradoxale, le théâtre classique – et surtout le genre de la tragédie – place sa modernité dans une transposition des actions et des sentiments dans un contexte antique. Les pièces doivent le plus possible puiser dans la mythologie gréco-romaine, les tragédies des Anciens ou les faits relatés par les historiens grecs et latins. Racine a plusieurs fois dérogé à ce principe.
L’action des Plaideurs se passe de son temps, puisque c’est une charge contre la justice telle qu’il l’a connue (même si la trame est inspirée des Guêpes d’Aristophane), mais cela est admis dans le registre comique, genre moins noble.
Plus inattendu : l’action de Bajazet a lieu au xviie siècle, mais en Turquie. Dans sa seconde préface, Racine soutient que la distance géographique a le même sens que la distance dans le temps (« On peut dire que le respect qu’on a pour les héros augmente à mesure qu’ils s’éloignent de nous [… ] L’éloignement des pays répare en quelque sorte la trop grande proximité des temps »). Enfin, les deux tragédies tardives, Esther et Athalie, ont prennent leurs sources dans les « Saintes Écritures »  – ce qui est une autre forme d’éloignement.
Sous le masque de l'Antiquité gréco-romaine

L’Antiquité reste dominante. Cette Histoire ancienne, et ses auteurs – historiens et dramaturges,- Racine les connaît parfaitement. Dans les préfaces de ses pièces, il dispute à distance avec ceux qui contestent telle ou telle transposition et les contredit avec une imparable érudition. Si l’on examine les sujets des huit pièces « antiques », on constate que l’histoire et la mythologie grecque l’emportent, de peu, sur les sujets romains. Quatre pièces, la Thébaïde (qui s’inspire du mythe d’Antigone et de ses frères), Andromaque, Iphigénie et Phèdre suivent d’assez près des sujets traités par les grands auteurs grecs. Alexandre le Grand relève, comme son titre l’indique, de l’histoire hellénique. En relation avec l’histoire romaine, il ne reste que trois œuvres, Britannicus, Bérénice et Mithridate.
Vu sous cet angle, le théâtre de Racine serait plus grec que romain. Mais les deux inspirations se rejoignent dans une même vision poétique du passé, un temps à la fois réel et idéalisé, authentique et imaginaire où l’on peut à la fois interroger l’Histoire et transposer le présent d’une façon masquée.

D’une façon indirecte, Racine, dans sa préface à Iphigénie, reconnaît que l’Antiquité recèle une traduction de l’actualité : « J’ai reconnu avec plaisir, par l’effet qu’a produit sur notre théâtre, tout ce que j’ai imité ou d’Homère ou d’Euripide, que le bon sens et la raison étaient les mêmes dans tous les siècles. Le goût de Paris s’est trouvé conforme à celui d’Athènes. Mes spectateurs ont été émus des mêmes choses qui ont mis autrefois en larmes le plus savant peuple de la Grèce. » Les contemporains de Racine y voyaient même parfois des allusions transparentes à des personnages de la Cour…

2. 4 La passion mise à nu
Racine a parfois affirmé que son théâtre était une école de vertu. Si cela est vrai pour ses deux dernières tragédies, Esther et Athalie, il n’en est rien pour ses principales tragédies. Toutes, et surtout ses chefs-d’oeuvre les plus célèbres, donnent à voir la passion amoureuse dans sa violence la plus incontrôlable. Chez les amants raciniens, il n’y a plus de morale, plus de religion, plus d’interdit – même si certains commentateurs discernent en arrière-plan un sens caché du péché et d’un Dieu chrétien jamais totalement effacé. Ces amoureux sont transportés par leurs passions, jusqu’à la mort – la leur ou celle des autres.
Tous sont le jouet de leurs passions

Phèdre défie les tabous en avouant son amour à son beau-fils et, ayant avoué sa faute, se donne la mort. Hermione, dans Andromaque, se venge de ne pouvoir garder l’amour de Pyrrhus et fait tuer par Oreste ce roi qu’elle devait épouser. Néron, dans Britannicus, fait arrêter puis empoisonne son rival Britannicus dans l’espoir de posséder la jeune Junie. La vie d’Iphigénie, promise au sacrifice, n’est qu’un jouet pour son père Agamemnon qui fait passer l’ambition personnelle avant l’amour paternel. Roxane, la favorite du sultan, est prête à tout pour l’amour du frère du sultan, Bajazet, qui feint de l’aimer ; découvrant qu’il la trompe, elle le fait assassiner.
Bérénice et Andromaque sont les deux héroïnes raciniennes qui ne paieront pas de leur vie leur passion pour un homme dont elles n’obtiendront rien : la première, parce que le couple prend conscience du caractère impossible de leur amour ; la seconde, parce que la mort du roi Pyrrhus qu’elle a séduit, tué à la demande de sa rivale Hermione, la transforme en reine héritière malgré elle.

« Exciter la compassion et la terreur »

Pour Racine, le sujet, le territoire, l’objet même de la tragédie, c’est la passion. Et son but, suivant la formule héritée d'Aristote, « exciter la compassion et la terreur, qui sont les véritables effets de la tragédie » (préface d’Iphigénie). Mais sa grande nouveauté est de faire de ses héros des personnages simples, crédibles, vraisemblables, ressemblant aux personnes de son époque, à l’opposé des figures souvent boursouflées et excessives des tragédies baroques.
Dès Andromaque, il affirmait que, suivant les conseils d’Aristote, les protagonistes ne devaient être ni « tout à fait bons, ni tout à fait méchants » et tomber « dans quelque faute qui les fasse plaindre sans les faire détester ». Aussi, chez lui, la représentation des plus violents excès de la passion ne met-elle pas en cause le caractère éminemment humain de personnages en proie à des émotions et des aspirations contradictoires. Héros et héroïnes sont déjà ce qu’on appellera beaucoup plus tard anti-héros et anti-héroïnes.

2.5 L’extrême musicalité du vers racinien
Plus encore que les autres auteurs classiques, Racine est un poète. Ses alexandrins sont si rythmés et musicaux qu’on a parfois soutenu que ses tragédies ne gagnaient rien à être jouées et qu’il fallait les écouter comme des poèmes. Les mises en scène modernes nous ont prouvé le contraire : les scènes sont fortes, structurées, pas du tout fondées sur la seule incantation. Mais, alors que Corneille et Molière ont une formation rhétorique et jouent volontiers avec la forme du discours, Racine se place davantage à l’intérieur du flux de la conscience de ses personnages et leur donne un langage plus fluide, où les mots se répondent dans une forme d’assonance et de chant. Les propos sont en situation, participent à l’action mais peuvent être aussi détachés, isolés, comme des phrases dont la beauté enchante et la profondeur bouleverse.
Ainsi Phèdre se voyant tout haut à la place d'Ariane et menant un Hippolyte-Thésée :
« Et Phèdre au Labyrinthe avec vous descendue
Se serait avec vous retrouvée ou perdue. »
(Phèdre, acte II, scène V).
Ou Junie répondant à Britannicus :
« J’ose dire pourtant que je n’ai mérité
Ni cet excès d’honneur, ni cette indignité »
(Britannicus, II, 3).
Balancements, symétries, juxtapositions de termes antinomiques (oxymores) et assonances suggestives traduisent brillamment dans le vers racinien les impasses qui enferment, la fureur qui transporte, l'effarement qui rend fou ; ainsi dans le célébrissime alexandrin d'Oreste perdant la raison : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? »
(Andromaque, V, 5).
La maîtrise du lyrisme stylistique donne au vers une mélodie prégnante propre à Racine.


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