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LOUIS PASTEUR

 

 

 

 

 

 

 

Louis Pasteur


Chimiste et biologiste français (Dole 1822-Villeneuve-l'Étang, Marnes-la-Coquette, 1895).
1. La vie et la carrière de Louis Pasteur
1.1. Les lettres, le dessin, les mathématiques

Élève de l'école primaire, puis externe au collège d'Arbois (Jura), Louis Pasteur est fils de tanneur. C'est un élève moyen, mais il dénote un penchant très vif pour le dessin. Le principal du collège d'Arbois l'incite à s'orienter vers l'École normale supérieure. En octobre 1838, Louis Pasteur et son camarade Jules Vercel partent pour Paris afin de suivre les cours du lycée Saint-Louis. Très rapidement, Pasteur, qui ne supporte pas la séparation du milieu familial, retourne à Arbois, puis part pour le collège de Besançon, plus proche de ses parents que la capitale.
En 1840, Louis Pasteur est bachelier ès lettres. Il continue de peindre et de graver, et il se lie avec Charles Chappuis. En 1842, il est bachelier ès mathématiques ; admissible à l'École normale supérieure (14e sur 22), il décide de se représenter pour obtenir un meilleur rang et part pour Paris. Il est reçu à l'École normale quatrième en 1843.
1.2. Pasteur et les sciences physiques

Normalien, Louis Pasteur suit les cours de Jean-Baptiste Dumas et étudie le problème de la polarisation de la lumière à propos des acides tartriques et paratartriques. En 1846, il est reçu à l'agrégation des sciences physiques.

Sur l'insistance de son maître Antoine Jérôme Balard, il n'est pas nommé en province et reste à Paris pour préparer sa thèse de doctorat. Le 23 août 1847, il soutient une thèse de physique sur l'« étude des phénomènes relatifs à la polarisation rotatoire des liquides ». Le 20 mars 1848, il présente à l'Académie des sciences son mémoire Recherches sur le dimorphisme, concernant l'aptitude de certains corps à cristalliser de manière dissemblable. Après la révolution de 1848, il étudie de nouveau le problème des tartrates et paratartrates, et il démontre que l'acide paratartrique se compose d'isomères d'acide tartrique droit (naturel) et d'acide paratartrique gauche. Ces deux acides ont des pouvoirs rotatoires égaux et contraires, qui se neutralisent lorsqu'ils sont mélangés en solution aqueuse. Jean-Baptiste Biot, spécialiste de la polarisation rotatoire, après avoir vérifié ce travail de Pasteur, publie un rapport sur les « recherches sur les relations qui peuvent exister entre la forme cristalline, la composition chimique et le sens du pouvoir rotatoire ».
→ stéréochimie.
1.3. Reconnaissance de Pasteur par l’Académie des sciences
Louis Pasteur est nommé professeur de physique au lycée de Dijon. En janvier 1849, il devient suppléant de chimie à la faculté de Strasbourg. Il épouse la fille du recteur Laurent, Marie, et continue ses travaux de cristallographie. Sa réputation s'étend parmi les physiciens et les chimistes français et étrangers. En 1852, il va à Leipzig, puis en Autriche et à Prague pour étudier les tartrates. En juin 1853, il réussit la transformation de l'acide tartrique en acide racémique. Ses travaux sont consacrés en janvier 1853 par l'Académie des sciences. Le jeune savant souligne l'importance de la dissymétrie moléculaire, qui peut intervenir dans des phénomènes physiologiques comme celui de la fermentation.
1.4. Le « phénomène vital » des fermentations
En septembre 1854, Louis Pasteur est nommé professeur et doyen de la nouvelle faculté des sciences de Lille. Des accidents industriels dans la fabrication d'alcool de betterave (1856) sont à l'origine de ses travaux sur la fermentation, et en particulier sur la fermentation alcoolique.

Tandis que les travaux antérieurs des chimistes s'accordaient à nier le rôle de la « vie » dans le mécanisme de la fermentation, Louis Pasteur, isolant la levure lactique, reconnaît là un phénomène corrélatif de la vie. En août 1857, il fait une communication sur la fermentation lactique à la Société des sciences de Lille.
Il revient alors à l'École normale supérieure pour y être administrateur et directeur des études scientifiques. C'est dans un laboratoire misérable qu'il élabore son mémoire sur la fermentation alcoolique (décembre 1857), où il conclut que « le dédoublement du sucre en alcool et en acide carbonique est un acte corrélatif d'un phénomène vital ». En janvier 1860, quelques mois après la mort de sa fille aînée, il obtient le prix de physiologie expérimentale pour ses travaux sur la fermentation.
1.5. Pasteur et la critique de la génération spontanée
Louis Pasteur veut alors s'attaquer aux phénomènes des générations spontanées. Il tient, en effet, à contrôler les expérimentations de Félix Archimède Pouchet, qui démontraient la possibilité de faire naître des animalcules dans des récipients privés d'air.
Il commence par l'étude microscopique de l'air. Grâce à des filtres de coton, il isole des « germes » qui troublent une suspension stérile. Puis il démontre, en ouvrant ses ballons à Paris, en province, en montagne, sur la mer de Glace, que « les poussières en suspension dans l'air sont l'origine exclusive de la vie dans les infusions » (novembre 1860). Malgré ses détracteurs, il persévère, affirmant, en 1861, que la fermentation butyrique est liée à des infusoires, vivant d'ailleurs sans air (anaérobies).
→ microbiologie.
1.6. La théorie des germes : un long cheminement

En décembre 1862, il est nommé membre de l'Académie des sciences. Jean-Baptiste Biot, son maître et ami, est mort quelques mois plus tôt. Pasteur va reprendre ses travaux sur la fermentation, mais déjà il affirme que son but est d'arriver à la connaissance des maladies putrides et contagieuses. Il vient de mettre au point la pasteurisation.
→ maladies infectieuses, → conservation [agroalimentaire].
1.6.1. Les maladies des vins et la pasteurisation
En 1864, il envisage le problème du développement des ferments, cause des maladies des vins, et découvre qu'une élévation brève de leur température, sans les altérer, les protège.
1.6.2. Les maladies des vers à soie et la transformation du vin en vinaigre

Jean-Baptiste Dumas lui demande d'étudier l'épidémie de « pébrine » (les taches des vers à soie malades ressemblent au poivre) qui ruine la sériciculture, alors en plein renouveau. Pasteur est envoyé à Alès en juin 1865. Malgré la mort brutale de son père, il étudie cette mystérieuse maladie. Il démontre qu'il est nécessaire, pour avoir des vers sains, de ne retenir que des graines provenant de papillons sains. Il met en évidence la contagiosité de la pébrine et pose les principes de la sélection des œufs provenant de papillons sains.
En 1867, malgré les difficultés internes de l'École normale, Pasteur, grâce à des crédits spéciaux, améliore son laboratoire.
À Orléans, il démontre devant des industriels l'importance du rôle de Mycoderma aceti dans la fabrication du vinaigre, expose clairement le mécanisme vivant de l'acétification, les risques d'erreurs, les causes d'échecs de l'industrie du vinaigre.
En janvier 1868, il écrit un plaidoyer pour le développement de la recherche, que le Moniteur refuse. Il est soutenu par Victor Duruy, et l'article est publié dans la Revue des cours scientifiques, puis en brochure. Napoléon III, réunissant le 16 mars plusieurs savants, décide de donner aux chercheurs français de quoi rivaliser avec les Allemands.
Pasteur, durant cette année 1868, s'occupe des vers à soie à Alès, et du chauffage des vins à Toulon. Grâce à ses expériences, il assure la possibilité de conservation des vins et l'augmentation de leurs débouchés.
Le 19 octobre, il fait une hémiplégie gauche. Il récupère peu à peu et, en janvier 1869, marche seul. Dans les mois qui suivent, de nouvelles expériences démontrent la valeur du système de grainage pour le renouvellement de la sériciculture, mais les sceptiques restent nombreux. Pourtant, en Autriche et en Italie, la méthode préconisée par Pasteur donne de remarquables résultats.
Durant la guerre de 1870, Pasteur séjourne à Arbois. Très affecté par la défaite, il publie, après l'armistice, dans le Salut public (Lyon) plusieurs articles sur les carences de la France dans le domaine universitaire, sur la discordance entre l'effort scientifique de l'Allemagne et l'absence d'attention du gouvernement français aux problèmes du développement de l'instruction supérieure.

Durant la guerre civile (→  la Commune), toute activité scientifique est arrêtée. Pasteur refuse des propositions du gouvernement italien, qui lui offre une chaire de chimie appliquée à l'agriculture à Pise. En avril 1871, il apprend avec joie le succès de son élève Jules Raulin, qui a mis au point un liquide de culture pour un Aspergillus, (→  aspergillose) et détermine les substances capables d'inhiber la culture. Il perfectionne son système de grainage du ver à soie et commence à se passionner pour la fabrication de la bière.
1.6.3. Les maladies de la bière
Il imagine des appareils destinés à protéger le moût contre les poussières, se rend en Angleterre, visite des brasseries, y dépiste des « maladies de la bière », conseille et est écouté. Revenu à Paris il met au point le système de chauffage de la bière à 50-55 °C pour assurer sa conservation (bière pasteurisée).
1.6.4. La stérilisation des liquides
Il doit, à cette époque, répondre aux attaques de nombreux partisans de la génération spontanée. Balard, en janvier 1872, lui écrit : « Ne perdez pas votre temps à répondre à vos ennemis. Laissez-les expérimenter. » Lui rappelant ses découvertes, il lui dit : « Ne peut-on pas espérer qu'en persévérant dans cette voie vous préserverez l'espèce humaine à son tour de quelques-unes de ces maladies mystérieuses dont les germes contenus dans l'air pourraient être la cause ? ».
La question posée à Pasteur est alors l'origine des levures, leur aspect, leur physiologie en aérobiose ou en anaérobiose (→  métabolisme). Surtout, le savant pense aborder l'étude des maladies contagieuses, à l'origine desquelles il évoque le rôle d'infiniment petits. En 1873, il obtient une place d'associé libre de la faculté de médecine. C'est l'époque où Jean-Antoine Villemin démontre la transmissibilité de la tuberculose et se heurte aux sceptiques et où Casimir Joseph Davaine – qui connaît les travaux de Pasteur – rapproche le rôle des ferments de celui d'« animalcules » observés dans le sang charbonneux (→ charbon). Armand Trousseau lui-même avait évoqué le rôle de ferments dans la variole, la morve, mais ces hypothèses étaient oubliées.

À cette époque, l'infection triomphe : l'abandon des règles empiriques de l'hygiène et la promiscuité sont responsables de cette situation. Cependant, Alphonse Guérin, évoquant le rôle des germes de l'air dans l'infection, invente l'« emballage » des plaies opératoires, après lavage : l'infection régresse. L'application des principes de Lister, soutenue en France par Just Lucas-Championnière, fait diminuer le pourcentage des infections postopératoires. Pasteur prouve expérimentalement l'importance de ces méthodes.
À propos d'un conflit avec Henry-Charlton Bastian sur le développement de germes dans les urines, Pasteur démontre l'importance du chauffage à 120 °C, qui bloque le développement des germes (stérilisation des liquides). Il chauffe à 150 ou 200 °C des objets à stériliser, placés dans des tubes ou des flacons de verre. À cette date, ses travaux sur les fermentations et son succès dans la maladie du ver à soie lui apportent une renommée mondiale.
1.6.5. Le germe du charbon

En 1877, Pasteur étudie le charbon. Il démontre que la bactéridie de Davaine est vivante, qu'elle peut se reproduire en dehors de l'organisme, dans des milieux appropriés, et prendre une forme sporulée. Il sépare nettement le germe du charbon des germes de la putréfaction et clarifie certaines données contradictoires liées à la confusion entre ces germes (pour lesquels, en 1878, Charles Sédillot crée le terme de microbe). Il montre le rôle du milieu dans le développement de la maladie.
→ bactérie.
1.6.6. Communication sur la « théorie des germes »
Le 30 avril 1878, il fait sa communication sur la théorie des germes et leur rôle en pathologie. Il démontre les mécanismes de l'épidémiologie du charbon. À la même époque, il étudie le pus des furoncles, et soupçonne l'origine bactérienne de la fièvre puerpérale.
1.7. Les travaux de Pasteur sur les vaccinations
1.7.1. Vers les bactéries atténuées

S'intéressant au choléra des poules, il constate qu'une culture vieillie n'est plus virulente. Inoculée, celle-ci ne transmet pas la maladie. Et mieux, la poule ainsi inoculée n'est plus sensible à une culture fraîche. Pasteur approche du concept de vaccination (mise au point en 1796 par le médecin anglais Edward Jenner) par bactéries atténuées.
1.7.2. Le vaccin contre le charbon
Alors que J.-J. H. Toussaint échoue dans sa tentative de vaccination contre le charbon, Pasteur tente d'appliquer à cette maladie les principes découverts à propos du choléra des poules. Il y parvient en atténuant la virulence des bactéridies par vieillissement à 42 °C, température à laquelle le germe ne sporule pas. Le succès de la vaccination contre le charbon est assuré par l'expérience de Pouilly-le-Fort en juin 1882. C'est la gloire. Émile Roux (1853-1933) et Charles Édouard Chamberland (1851-1908) partagent les honneurs. Malgré des oppositions de dernière heure, Pasteur sera désormais écouté.
Au congrès de Londres en août, il est célébré et il séduit par sa logique, son enthousiasme et son honnêteté. Le 8 décembre 1881, il est élu à l' Académie française ; il est reçu par Renan le 27 avril 1882. Au congrès d'hygiène de Genève, il est honoré, malgré de vives critiques des Allemands à propos des « virus atténués » (→ vaccin) et de la pathogénie du charbon.
Sa pension est augmentée après le rapport de Paul Bert, qui résume l'œuvre de Pasteur en trois points : « Chaque fermentation est le produit du développement d'un microbe spécial. Chaque maladie infectieuse est produite par le développement dans l'organisme d'un microbe. Le microbe d'une maladie infectieuse cultivée dans certaines conditions est atténué : de virus, il devient vaccin. »
1.7.3. Le vaccin contre la rage
En 1884, Pasteur se tourne vers la rage. Il tente d'inoculer la maladie au lapin en injectant salive et sang de chiens enragés. Puis il injecte des fragments cérébraux au lapin. Enfin, il découvre l'inoculation intracérébrale qui donne constamment une rage typique. Il parvient à atténuer la virulence par vieillissement et séchage des moelles épinières des lapins inoculés. À Villeneuve-l'Étang, il entreprend deux expériences : la première consiste à rendre des chiens réfractaires par des inoculations préventives, et la seconde à empêcher la rage d'éclater chez des chiens inoculés.

Le 6 juillet 1885, Joseph Meister, un enfant de neuf ans mordu deux jours plus tôt, est amené à Pasteur. Après de nombreuses hésitations, on commence le traitement par des moelles de plus en plus virulentes. En août, l'enfant est considéré comme sauvé. Quelques mois plus tard, Jean-Baptiste Jupille, gravement mordu, traité au sixième jour, est également sauvé par le traitement. Bientôt des blessés affluent à Paris. La prophylaxie de la rage est efficace après morsure.
1.8. La fondation de l’Institut Pasteur

L'Académie des sciences adopte le projet de la fondation d'un « Institut Pasteur ». Une souscription nationale et internationale est ouverte en 1886. Jacques Joseph Grancher, Émile Roux, André Chantemesse poursuivent le traitement des maladies, mais Pasteur, souffrant, doit partir pour le Midi se reposer avec sa famille. À son retour à Paris, un nouvel accident neurologique le contraint à diminuer ses activités. L'Institut Pasteur est inauguré le 14 novembre 1888, et le 27 décembre 1892, à la Sorbonne, les soixante-dix ans de Pasteur sont célébrés avec éclat.

Grâce aux travaux des élèves de Pasteur, les germes de la diphtérie et de la peste sont découverts, et le rôle des toxines est mis en évidence ; Roux met au point la sérothérapie antidiphtérique, qu'il applique le 1er février 1894.
Le 1er novembre 1894, L. Pasteur tombe malade. Il participe encore aux activités de ses collaborateurs, mais il meurt le 28 septembre 1895.
2. L’importance des travaux de Pasteur

Pasteur, chimiste et biologiste, a accompli une œuvre immense. Toutes ses découvertes ont eu des incidences pratiques.
– Par ses travaux sur les cristaux, il a créé la stéréochimie.
– Étudiant les fermentations, il a appliqué ses découvertes à la protection des vins et de la bière par la pasteurisation.
– Il a sauvé la sériciculture en démontrant le caractère héréditaire de la pébrine et en inventant le « grainage ».
– Il a démontré l'importance des micro-organismes comme éléments d'équilibre dans la nature et leur rôle dans l'infection. Recherchant des moyens thérapeutiques, il a mis au point la vaccination contre le charbon et celle contre la rage.
Son œuvre a bouleversé les conceptions de la pathologie infectieuse, influencé la chimie biologique et créé de nouvelles méthodes industrielles.

 

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JORDANIE

 

Jordanie
en arabe al-Urdunn
Nom officiel : royaume hachémite de Jordanie




État d'Asie occidentale situé au Moyen-Orient, la Jordanie est limitée à l'ouest par Israël, au sud-est par l'Arabie saoudite, à l'est par l'Iraq et au nord par la Syrie.
Superficie : 92 000 km2
Nombre d'habitants : 7 274 000 (estimation pour 2013)
Nom des habitants : Jordaniens
Capitale : Amman
Langue : arabe
Monnaie : dinar jordanien
Chef de l'État : Abd Allah II
Chef du gouvernement : Hani al-Mulki
Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire
Constitution :
Adoption : 1er janvier 1952
Révisions : novembre 1974, février 1976, janvier 1984
Pour en savoir plus : institutions de la Jordanie
GÉOGRAPHIE
1. Le milieu naturel

La Jordanie tire son nom du Jourdain, dont le cours, qui lui sert de frontière occidentale, occupe la partie nord d'un vaste fossé tectonique (vallée ou dépression du Ghor), où il rejoint la mer Morte. Au sud de celle-ci, la dépression du Wadi Araba se dirige vers le golfe d'Aqaba (mer Rouge) tandis que, vers l'est, s'élève une chaîne montagneuse qui atteint 1 000 m d'altitude aux environs d'Amman et 1 727 m au djebel Labrak, au-delà de Pétra. Le point culminant de la Jordanie se trouve cependant ailleurs, aux confins jordano-saoudiens, dans le massif désertique du Tubayq (1 865 m).
L'essentiel du pays est en fait constitué par un vaste plateau calcaire désertique (plateau transjordanien), de quelque 70 000 km2, s'inclinant en pente douce vers le bassin mésopotamien, entre la Syrie et l'Arabie saoudite (désert de Syrie).
La Jordanie appartient à une zone climatique de transition entre le domaine méditerranéen et le désert arabo-syrien. La flore et la faune y sont caractéristiques des régions semi-arides aux ressources hydrauliques rares. Les fleuves les plus importants sont le Yarmouk et le Jourdain, mitoyens de la Syrie et des territoires palestiniens occupés, mais sur lesquels Israël exerce des prélèvements prioritaires. D'autres rivières (Zerqa, Wadi Mudjib, Wadi Hasa), tributaires du Jourdain et de la mer Morte, ont des débits irréguliers.
2. La population

Une population sédentaire, vivant autrefois de l'agriculture, est concentrée dans les vallées depuis l'Antiquité. Sa composition ethnique résulte de nombreuses migrations et occupations. La population jordanienne est aujourd'hui complètement arabophone et en grande partie musulmane. Il existe une minorité chrétienne – héritage du séjour des Byzantins et du passage des croisés – ainsi que quelques milliers de Caucasiens (Circassiens, Tchétchènes) qui sont les descendants de réfugiés installés dans la région par les Ottomans à la fin du xixe s. Quoique bien assimilés, ces derniers ont conservé l'usage privé de leur langue. Plus nombreuse et plus récente, la masse des Palestiniens chassés d'Israël (1948) et de Cisjordanie (1967) risque d'être plus irréductible. Avec leurs descendants, ils constituent aujourd'hui plus de la moitié de la population. Celle-ci s'est concentrée dans l'importante conurbation d'Amman-Zarqa, ainsi qu'à Irbid. Les villes traditionnelles d'al-Salt et d'al-Karak se sont également fortement développées. En milieu urbain, les activités tertiaires prédominent aux côtés du secteur artisanal et industriel.
Pendant des siècles, les zones arides, à l'est du tracé de l'ancien chemin de fer du Hedjaz, furent l'apanage des Bédouins, qui imposaient au monde de l'agriculture une « protection » abusive. La modernisation de l'État et le développement économique ont entraîné la sédentarisation de ces derniers, donc leur quasi-disparition. Les Bédouins ont cependant marqué de leur empreinte la culture sociale (tribalisme) et politique (clientélisme monarchique) jordanienne, les « grandes familles » fournissant en effet à l'État son plus haut personnel administratif.
3. Aspects économiques
3.1. Les ressources
L'économie jordanienne tire un grand bénéfice de la situation géographique du pays, au croisement de deux grands axes de communications intercontinentales : le premier relie, du nord au sud, la Turquie et l'Europe orientale à la péninsule arabique et à l'Afrique ; le second relie, d'est en ouest, l'Asie à la Méditerranée. Les itinéraires traditionnels du pèlerinage de La Mecque ou, jadis, de la route des épices ont fait place à une infrastructure de transports moderne comprenant un réseau autoroutier dense, le port d'Aqaba et l'aéroport international d'Amman. Ces équipements génèrent des activités de transit, dont le chiffre d'affaires représente 15 % du produit national brut et se place juste derrière le secteur financier.
La production industrielle, de son côté, assure plus de 32 % du produit intérieur brut. L'exploitation des phosphates et de la potasse extraite de la mer Morte ainsi que les productions chimiques et agroalimentaires (Amman, Zarqa), le raffinage pétrolier (Zarqa), la cimenterie (Fuheis) et la petite métallurgie y occupent une place importante.
Les cultures et l'élevage, qui furent longtemps les seules ressources de l'économie jordanienne, n'ont pas connu une expansion comparable. Si le cheptel camelin est demeuré constant, le nombre des bovins, des ovins et des poulets ainsi que la production des fruits (notamment des agrumes) et de légumes frais ont augmenté grâce à l'irrigation de la vallée du Jourdain (30 000 hectares). La Jordanie produit aussi du blé, de l'orge et de l'huile d'olive.

Près du tiers des actifs jordaniens travaillent dans le secteur commercial ou touristique. Le tourisme bénéficie de sites archéologiques (Pétra, Gerasa) ou naturels (Wadi Ram) renommés dans un pays qui attire de plus en plus de touristes (près de 4 millions en 2011).
3.2. Finances publiques et emploi
Le produit national brut jordanien connaît une croissance ininterrompue. Un important déficit de la balance commerciale entraîne cependant un endettement extérieur considérable. L'inflation reste toutefois modérée. La moitié du budget de l'État est affectée à l'investissement, un quart, aux dépenses militaires, et le dernier quart, aux dépenses civiles. Parmi ces dernières, l'enseignement est le plus richement doté. Il concerne plus de 1,2 million d'élèves et 80 000 étudiants universitaires, ce qui fait de la Jordanie le pays le plus éduqué du Moyen-Orient arabophone. Mi-public, mi-privé, le secteur de la santé constitue la seconde priorité civile du gouvernement. La densité du réseau et la qualité des soins sont également un atout. Un sous-emploi important obère cependant la situation sociale. Le taux de chômage s'élèverait entre 20 et 30 % de la population active, ce qui contraint de nombreux Jordaniens à s'expatrier.
HISTOIRE
L'État jordanien, de création relativement récente, a été imposé à l'origine par les grandes puissances. Sa gestation a été laborieuse, et son histoire, mouvementée. L'extension de l'influence américaine sur toute la région lui assure aujourd'hui une relative tranquillité.
1. L'émirat de Transjordanie (1923-1949)
Le futur royaume de Jordanie est issu du démembrement de l'Empire ottoman. Prolongement naturel et historique de la Syrie, il est d'abord soumis au mandat britannique sur la Palestine, mais fait l'objet d'une administration distincte, dès 1921, sous l'autorité de l'émir Abdullah, descendant par le prophète Mahomet de l'ancienne tribu hedjazienne Banu Hachim (d'où la qualification « hachémite » de la dynastie et du royaume).
Le territoire est érigé en émirat en 1923 par le Royaume-Uni, qui lui reconnaît une indépendance toute formelle sous le contrôle d'un haut-commissaire. Grâce aux forces britanniques, l'agitation tribale est matée et les incursions des Wahhabites saoudiens sont repoussées.
Pour en savoir plus, voir l'article Transjordanie.
À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, un nouvel accord anglo-transjordanien est signé (1946). Abdullah se fait couronner roi et, le 24 janvier 1949, l'émirat prend le nom officiel de royaume hachémite de Jordanie.
2. La Cisjordanie annexée
2.1. Début du règne de Husayn

La guerre israélo-arabe, qui éclate après la création d'Israël (14 mai 1948), fournit au roi Abdullah l'occasion d'annexer la Cisjordanie, mais il est assassiné par des Palestiniens à Jérusalem en juillet 1951 alors qu'un traité israélo-jordanien est sur le point d'être conclu. Son fils, Talal, de santé déficiente, abdique au bout d'un an (août 1952) en faveur de son propre fils, Husayn.
Après une brève régence, celui-ci monte sur le trône le 2 mai 1953. Il n'a pas tout à fait 18 ans. Il se trouve bientôt en butte à l'opposition des nationalistes palestiniens et nassériens. Pour apaiser ceux-ci, il met fin en mars 1956 à la présence des Britanniques qui encadrent encore l'armée, mais, en avril 1957, il doit faire face à une tentative de putsch militaire.
Malgré les méthodes autoritaires du gouvernement, l'agitation populaire ne cesse pas. Les représailles israéliennes consécutives aux tentatives d'infiltration des Palestiniens expropriés et les surenchères interarabes entraînent une escalade qui conduit le roi Husayn à rallier le camp nassérien le 30 mai 1967, puis à prendre part à la guerre des Six-Jours, le 5 juin. En deux jours, l'armée jordanienne est refoulée à l'est du Jourdain, ainsi qu'une nouvelle vague de réfugiés palestiniens. Amman perd le contrôle effectif de Jérusalem, annexée, et de la Cisjordanie, occupée.
Pour en savoir plus, voir les articles Cisjordanie, guerres israélo-arabes.
3. Le poids des Palestiniens
Grossie de 250 000 réfugiés supplémentaires, la colonie palestinienne abrite à partir de 1967 de forts mouvements de résistance regroupés au sein de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yaser Arafat. Avec le renfort de l'armée jordanienne, les fedayin remportent la demi-victoire de Karameh (21 mars 1968), mais, faute d'ébranler la puissance israélienne, ils mettent en péril le régime jordanien. Une sévère répression, connue sous le nom de Septembre noir (1970), conduit l'année suivante au désarmement complet des commandos palestiniens.
Les revers de la résistance palestinienne au Liban entraînent le rapprochement d'Arafat et du roi. Après plusieurs tentatives de négociation sur l'avenir de la Cisjordanie, celui-ci décide, en juillet 1988, de rompre les liens administratifs subsistant encore entre Amman et ce territoire. En Jordanie cependant, les Palestiniens continuent de jouir de la citoyenneté jordanienne et figurent en nombre non négligeable dans les institutions du royaume.
4. Une démocratie autoritaire
4.1. La Constitution de 1952
Le système politique jordanien se réfère formellement à des institutions démocratiques, dont la pratique s'éloigne cependant sensiblement de leur modèle. Ces institutions répondent aux exigences de la Constitution du royaume.
Promulguée en 1952, cette Constitution définit le caractère monarchique, parlementaire et arabe du régime, dans lequel l'islam est religion d'État. Elle garantit l'égalité des citoyens et les principales libertés publiques. Le roi nomme le gouvernement, responsable devant une Chambre des députés élue au suffrage universel. Avec le Sénat, nommé par le roi, celle-ci vote la loi. Le pouvoir judiciaire est en principe indépendant. Il est prévu qu'en cas d'urgence la Constitution puisse être suspendue.
Dans les faits, le roi exerce un pouvoir personnel incontesté, malgré une « démocratisation » qui s'est traduite en 1989 par les premières élections législatives générales depuis 1967, par l'abolition de la loi martiale (1991) et par la légalisation des partis politiques (1992). Les bases de ce régime sont la loyauté de l'armée, l'efficacité de la police – respectivement fortes de 98 000 et 10 000 hommes et femmes – et, surtout, le soutien de la classe politique traditionnelle des notables.
4.2. Un climat général de morosité
Depuis la grande crise palestinienne de 1970, l'ordre public n'est troublé qu'épisodiquement pour des raisons surtout économiques liées au chômage et à l'augmentation du coût de la vie consécutifs à l'application des mesures d'ajustement prescrites par le Fonds monétaire international (FMI). Ces troubles apparemment spontanés affectent les provinces du Sud (Maan en 1989, al-Karak en 1994) dans un climat général de morosité. La presse, quoique relativement libre, pratique une prudente autocensure ; les syndicats, sous surveillance, se cantonnent dans une sphère strictement professionnelle ; les partis politiques eux-mêmes, de tradition conservatrice ou d'opposition nationaliste arabe (nassériens, baassistes), ne sont actifs qu'en période pré-électorale.
Un Front d'action islamique (FAI), émanation de la confrérie des Frères musulmans, fait toutefois exception en prenant, sans rompre avec le diwan royal (le cabinet du roi), des positions populistes tant en matière de société que de politique étrangère. Fort de 22 sièges (sur 80) à l'issue des élections législatives de 1989 puis de 16 sièges aux premières élections multipartites de 1993, le FAI devient la formation la plus importante du Parlement.
5. La politique extérieure
5.1. Entre Israël et les Palestiniens
Au service d'une stratégie favorable à des intérêts étrangers, la marge de manœuvre jordanienne s'est révélée étroite face aux exigences de l'opinion locale et régionale dominante. Le jeu de bascule des alliances régionales entre Le Caire, Damas, Bagdad et Riyad ayant vite montré ses limites, Amman a dû donner à plusieurs reprises des gages au nationalisme, notamment à celui de ses nombreux résidents palestiniens.
L'OLP et les Palestiniens de Jordanie, tout en doutant de sa sincérité, apprécient que le roi Husayn n'ait pas pris position contre l'Intifada palestinienne des territoires occupés (1987) et qu'il ait applaudi l'année suivante à la proclamation de l'État de Palestine. On a surtout su gré au roi de s'être désolidarisé de la coalition anti-irakienne lors de la crise du Golfe (1990-1991). Ce contexte favorable permet de constituer en octobre 1991, selon le vœu américain, une délégation commune jordano-palestinienne à la conférence de Madrid pour la paix au Moyen-Orient et aux négociations subséquentes de Washington.
L'accord israélo-palestinien de Washington (ou d'Oslo) du 13 octobre 1993, qui permet l'institution à Gaza d'une Autorité nationale palestinienne présidée par Arafat, semble avoir pris le roi Husayn au dépourvu. Celui-ci s'abstient désormais d'intervenir ouvertement dans les affaires des Palestiniens d'outre-Jourdain, tandis que ceux de l'intérieur, faute d'espérer rentrer chez eux, envisagent de s'intégrer un jour au système politique jordanien.

Pourtant, après les élections législatives de 1993, la diplomatie jordanienne s'aligne de plus en plus sur les positions américaines. Elle soutient l'opposition irakienne et accentue un rapprochement militaire avec la Turquie. Surtout, forte des précédents égyptien et palestinien, la Jordanie signe avec Israël un traité de paix en bonne et due forme, incluant la normalisation des relations politiques et la coopération économique. Cet accord est en réalité l'aboutissement de quarante années de contacts secrets entre le roi et les dirigeants israéliens. Signé en grande pompe le 26 octobre 1994 à un poste frontière de la vallée de l'Araba par le roi Husayn et le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, il ne rapporte pas aux Jordaniens les profits escomptés. Après l'assassinat du Premier ministre israélien, l'élection à la tête du gouvernement de l'ultranationaliste Benyamin Netanyahou et sa politique arabe contribuent à faire du rejet de ce traité l'un des principaux thèmes de l'opposition.
Mais, qu'ils soient sensibles ou non aux revendications de celle-ci, les Jordaniens, comme leurs voisins, ont une liberté de manœuvre limitée. En échange des faveurs financières occidentales, ils doivent accepter un ordre régional qui, mettant hors-jeu le contestataire irakien, garantit le statu quo pétrolier, et qui, sous couvert de processus de paix, permet en fait à Israël de consolider impunément sa mainmise sur les territoires palestiniens.
5.2. Une fonction stratégique assignée
La liberté d'action de la Jordanie est limitée par les contraintes financières et sécuritaires qui pèsent sur elle. Dès l'origine, pour alimenter son budget et tenir ses adversaires en respect, le régime a compté sur l'aide étrangère qui fut d'abord britannique puis américaine. En échange, Amman était dans la nécessité de remplir le rôle régional qui lui était assigné et qu'elle assume encore aujourd'hui.
Dans l'organisation de l'ordre mondial garanti par les États-Unis, tout spécialement dans cette région, la fonction de la Jordanie est l'occupation d'un espace stratégique sensible dont la neutralisation est nécessaire au maintien du statu quo pétrolier et à la sécurité d'Israël. En jouant ce rôle, Amman s'est attiré l'hostilité unanime des voisins arabes, sans parler de la vieille animosité dynastique des Saoudiens.
Dans son rôle d'État tampon, la Jordanie s'est trouvée d'emblée dans une position défensive ; le danger venait moins d'Israël – dont l'expansion à l'est du Jourdain n'est ouvertement envisagée que par les sionistes extrémistes –, que des voisins arabes, notamment à l'époque du nationalisme arabe triomphant. En ayant su résister à la dynamique unitaire qui faillit balayer son royaume à l'époque de la République arabe unie égypto-syrienne (1958-1961) et à celle de l'activisme baassiste syrien (1961-1970), le roi Husayn a maintenu l'intégrité de son royaume.
Depuis 1970, aucun contingent armé irakien ou syrien n'a stationné en Jordanie. À cette époque, la « révolution palestinienne », qui aurait pu changer l'orientation de la politique étrangère, a été anéantie, et un corps blindé syrien, dépêché pour la secourir, a été refoulé par les chars jordaniens et les menaces israéliennes. La discontinuité territoriale égypto-syrienne est assurée et un vaste glacis sépare Israël de l'Iraq et, au-delà, de l'Iran réputé hostile. En 1991, lors de la guerre du Golfe, la volée de scuds irakiens qui s'abat sur Israël démontre l'utilité de cette distance stratégique.
L'autre fonction assignée à la Jordanie par ses parrains est l'accueil et le contrôle politique de la majorité des Palestiniens expulsés d'Israël. Amman remplit ce rôle efficacement jusqu'à aujourd'hui, ayant même hébergé en 1991 les Palestino-Jordaniens fuyant le Koweït. Elle craint pour l'avenir de nouveaux exodes venus de l'ouest.
6. Le règne d'Abd Allah II (1999-)

Quelques jours avant sa mort survenue le 7 février 1999, le roi Husayn destitue son frère Hasan, l'héritier du trône depuis le 1er avril 1965, et confie les rênes du pouvoir à son fils aîné Abd Allah. Ce brusque revirement, dans le respect néanmoins de la Constitution jordanienne qui prévoit que le fils aîné du roi est naturellement appelé à lui succéder, ne provoque nul remous dans le royaume. Dans les mois qui suivent son intronisation, Abd Allah II, affichant une image résolument moderne, promet de répondre au désir de changement d'un pays miné par le chômage, la corruption et une bureaucratie pléthorique. Il s'engage à élargir les libertés publiques et fixe au gouvernement le redressement économique du royaume comme priorité.
6.1. La continuité de la politique extérieure
Poursuivant la politique étrangère initiée par son père, Abd Allah II s'aligne sur les États-Unis et s'évertue à contribuer à un accord de paix israélo-palestinien. Jouissant d'un état de grâce, le jeune monarque se rend dès son intronisation en Arabie saoudite, à Oman, dans les Émirats arabes unis, en Libye puis en Syrie, pays avec lequel s'amorce un véritable rapprochement. L'un des parrains de l'accord de Charm el-Cheikh du 4 septembre 1999, il réaffirme à maintes reprises – après l'échec du sommet israélo-palestinien de Camp David (juillet 2000) – son rejet de la souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est et réclame l'arrêt immédiat des « agressions israéliennes » à la suite du déclenchement de la seconde Intifada (septembre 2000).
Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, les nouvelles menaces que les États-Unis font peser sur l'Iraq, au nom de la bataille planétaire contre le terrorisme, provoquent un courant d'antiaméricanisme virulent dans l'Orient arabe. La Jordanie et l'Égypte, soucieuses de ne pas mécontenter Washington demeurent « discrètes » sur ces questions et se retrouvent isolées au sein de la Ligue arabe. Le royaume hachémite prête ses bases aériennes à la coalition sans rejoindre l'offensive américano-britannique lancée contre l'Iraq. L'exode de 750 000 réfugiés iraquiens fuyant l'instabilité politique de leur pays, fragilise le royaume hachémite. Ce dernier est en outre la cible de plusieurs attaques terroristes : attaque à la roquette contre un bâtiment de guerre américain à Aqaba ainsi que le triple attentat dans des hôtels d’Amman (2005) revendiquées par al-Qaida.
Dans ce contexte, le roi Abd Allah II s'efforce de jouer un rôle modérateur et de promouvoir un islam de tolérance et de dialogue. Invité à la Maison-Blanche par Barack Obama (avril 2009) et lors d'un entretien avec le nouveau Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou (mai 2009), le monarque réitère la nécessaire et urgente mise en œuvre d'une solution prévoyant la création d’un État palestinien.
6.2. Les tensions internes
Les relations du diwan avec les islamistes du FAI, principale force d'opposition au Parlement depuis depuis la libéralisation de 1993, se détériorent après la décision d'Abd Allah II de fermer définitivement les bureaux du Hamas à Amman, soupçonné d'activités illégales, et d'expulser une vingtaine de ses cadres. De même, les autorités jordaniennes prennent le contrôle des activités caritatives et sociales de la confrérie des Frères musulmans, souvent perçue comme un État dans l'État.
En outre, le souverain persiste à ne pas vouloir réformer la loi électorale en profondeur, principale exigence du FAI, qui réclame l'instauration de la représentation proportionnelle et un rééquilibrage du découpage électoral qui favorise toujours le vote des zones rurales, fief des tribus bédouines, au détriment du vote des villes où résident majoritairement les Jordaniens d'origine palestinienne. Alors qu’ils avaient boycotté les élections de 1997, les islamistes acceptent cependant de participer à celles de 2003 et obtiennent 17 sièges sur les 30 qu’ils briguaient. Les candidats indépendants, représentant principalement les grandes tribus et familles fidèles au régime, remportent une large majorité des 110 sièges de la Chambre des députés. Ce scénario se répète au scrutin de 2007, entaché de fraudes massives et marqué par une très forte abstention dans les circonscriptions urbaines. Seuls 6 candidats du FAI sont élus.
Face à la multiplication d'affaires de corruption dans lesquelles sont impliqués nombre de députés, Abd Allah II dissout le Parlement en novembre 2009, deux ans avant la fin de la législature. Dans l'espoir d'effacer le fiasco de 2007, il convoque un an plus tard ses concitoyens à des élections « libres, honnêtes et transparentes » tout en réitérant son refus de bouleverser le système électoral qu’il remanie partiellement. Le FAI ayant appelé au boycott du scrutin, aucune force d'opposition n'est élue à la Chambre basse, désormais réduite à une chambre d'enregistrement même si 78 parlementaires sont élus pour la première fois. Marginalisée, l'opposition islamiste menace de surcroît, dans un contexte de fortes tensions sociales exacerbées par l'absence de solution juste et pacifique en Cisjordanie, de se radicaliser.
Au mécontentement de l'opposition islamiste s'ajoute la fronde larvée qui émane depuis 2009 des grandes familles transjordaniennes, inquiètes de la volonté du souverain de secouer leur conservatisme et de l'influence qu'elles jugent grandissante des Jordaniens d'origine palestinienne. Défendant farouchement leur pouvoir et leurs privilèges, les tribus bédouines fustigent la corruption croissante et vont même – une première dans le royaume – jusqu'à mettre en cause de façon détournée la personne du roi, en accusant la reine Rania – son épouse d'origine palestinienne – d'affaiblir l'identité nationale pour avoir favorisé l'obtention de la nationalité jordanienne à quelque 78 000 Palestiniens.
En février 2011, inquiet du vent de révolte qui soulève la Tunisie et l'Égypte, et préoccupé par l'ampleur des revendications d'ordre économique (contre la hausse des prix et le chômage), politique (de la part du FAI) et identitaire, Abd Allah II prend les devants. Il limoge son Premier ministre Samir Rifaïr, devenu le bouc émissaire de la population jordanienne, et nomme à sa place Maraouf al-Bakhit, ancien Premier ministre de 2005 à 2007, avec pour mission de « mener de réelles réformes politiques ».
Ce changement gouvernemental (le huitième depuis l’intronisation du roi) n’apaise cependant pas les tensions. Les manifestations se poursuivent et le mécontentement – attisé par l’augmentation du prix des carburants et la suppression des subventions à l’achat d’essence (novembre 2012) – persiste, provoquant trois remaniements à la tête du gouvernement puis de nouvelles élections parlementaires anticipées en janvier 2013. Le scrutin, toujours boycotté par les Frères musulmans insatisfaits des aménagements dans le système électoral, donne comme à l’accoutumée une majorité de sièges aux candidats indépendants progouvernementaux, outre l’élection de 27 députés représentant les partis politiques. Ayant mobilisé 70 % des électeurs dans les zones rurales mais seulement 40 % dans les grandes villes, il intervient dans un contexte socio-économique aggravé par la présence sur le sol jordanien de quelque 400 000 réfugiés syriens, un nombre qui pourrait dépasser le million au cours de l’année, selon le HCR.
Alors que la nomination du Premier ministre aurait dû, pour la première fois, émaner d’une collaboration plus étroite avec le Parlement, c’est finalement Abd Allah Ensour, nommé par le roi en octobre 2012, qui reprend la direction du gouvernement en mars.

 

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CAMBODGE

 

Cambodge
Nom officiel : royaume du Cambodge






État d'Asie du Sud-Est, dans la péninsule indochinoise, le Cambodge, baigné à l'ouest par le golfe de Thaïlande, est limité au sud et à l'est par le Viêt Nam, au nord par le Laos et la Thaïlande.
Superficie : 181 000 km2
Nombre d'habitants : 15 135 000 (estimation pour 2013)
Nom des habitants : Cambodgiens
Capitale : Phnom Penh
Langue : khmer
Monnaie : riel
Chef de l'État : Norodom Sihamoni
Chef du gouvernement : Hun Sen
Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire
Constitution :
Adoption : 21 septembre 1993
Révision : mars 1999
Pour en savoir plus : institutions du Cambodge
GÉOGRAPHIE
Le pays, au climat chaud et humide, est formé de plaines ou de plateaux recouverts de forêts ou de savanes, entourant une dépression centrale, où se loge le Tonlé Sap et qui est drainée par le Mékong. C'est dans cette zone que se concentre la population (formée essentiellement de Khmers et en grande majorité bouddhiste), qui vit surtout de la culture du riz.
1. Le milieu naturel
image: http://www.larousse.fr/encyclopedie/data/images/1006941-Plantations_dh%c3%a9v%c3%a9as.jpg
Plantations d'hévéas
Plantations d'hévéas
Le Cambodge est une cuvette, occupée en son centre par les Lacs et par les « Quatre Bras » (Mékong supérieur, Mékong inférieur, Tonlé Sap, Bassac) et accidentée de hauteurs isolées (phnom), avec, sur ses rebords : la falaise rectiligne des Dangrêk, au nord ; les plateaux aux flancs abrupts des Cardamomes (1 000 m d'altitude en moyenne) et de l'Éléphant, au sud et au sud-ouest ; le plateau de Mondolkiri, à l'est.
Le pays a un climat tropical, chaud et humide. Les pluies d'été sont apportées par la mousson du Sud-Ouest. Les hauteurs les plus marquées du pays étant perpendiculaires au flux de mousson, leurs pentes méridionales, « au vent », reçoivent des pluies considérables (parfois plus de 5 m). La cuvette centrale est, au contraire, « sous le vent » et ne reçoit, en moyenne, que 1 300 à 1 400 mm de pluie : mais cet effet d'abri ne se fait sentir que de mai à août, les pluies étant au contraire très abondantes en septembre et en octobre. Relativement sèche, la cuvette cambodgienne est inondée, en son centre, par les hautes eaux du Mékong, qui montent à partir de juin et atteignent leur maximum au début octobre.
2. La population

Plutôt sous-peuplé (63 habitants par km2), sauf dans la région des « Quatre Bras », le Cambodge a une population homogène, essentiellement composée par les Khmers, qui habitent les plaines centrales du pays. À la périphérie, on rencontre quelques minorités montagnardes de langue môn-khmer, pratiquant la culture sur brûlis : les Khmers Loeu, ou « Khmers d'en haut ». Parmi les autres minorités nationales figurent les Chams, encore appelés Khmers Islam parce qu'ils sont musulmans alors que les Khmers sont bouddhistes. Originaires de l'ancien Champa, de Sumatra, de Java ou de Malaisie, ils habitent près des rivières, pratiquent une agriculture variée et intensive, la pêche et l'artisanat. Il existe enfin une minorité sino-khmère, dont le rôle est important dans le commerce et le développement du littoral, ainsi qu'une minorité vietnamienne. Les Khmers sont surtout des paysans, vivant d'une culture extensive du riz, de l'élevage et de la pêche en eau douce. La population cambodgienne a été ravagée par le terrible génocide perpétré par les Khmers rouges (entre un et deux millions de morts), ainsi que par la famine et l'exode de nombreux réfugiés vers la Thaïlande. Autres conséquences de ce tragique événement : la proportion élevée de femmes (54 % de la population de plus de 15 ans), particulièrement sensible dans les campagnes, ainsi que la diminution de la population urbaine, dont le niveau de 1970 ne sera retrouvé que dans les années 1980.
3. L'économie
La situation économique est marquée par les années de guerre. Le Cambodge est un pays pauvre, avec un revenu annuel par habitant qui est l'un des plus bas du monde. L'agriculture occupe 70 % de la population et constitue le secteur dominant. Dans les plaines centrales, sur les hautes terres de la région de Takéo, une riziculture pluviale est pratiquée de manière extensive, sur de petites propriétés, où elle est souvent associée au palmier à sucre. Les grandes exploitations rizicoles irriguées sont concentrées dans la région de Battambang, la deuxième ville du pays. Jusqu'en 1970, la production de riz, même de faible rendement, dégageait un surplus commercial réduit à néant par les années de guerre (1970-1975), les travaux forcés imposés par les Khmers rouges et le type de collectivisation établi par l'occupation vietnamienne (1979-1989). Malgré le rétablissement de la petite exploitation familiale, l'autosuffisance reste précaire et les superficies cultivées sont moins importantes qu'en 1970 – la guerre a laissé de nombreuses mines antipersonnel et la déforestation excessive a créé des problèmes d'approvisionnement en eau.
Sur les rives du Mékong, du Tonlé Sap et du Bassac s'est développée, depuis le xixe s., une polyculture commerciale originale, qui utilise habilement les crues et leurs limons fertiles pour produire maïs, haricots, tabac, sésame, arachides, kapok, soja, etc., certaines de ces cultures permettant deux récoltes par an. L'élevage d'animaux de trait, essentiel pour l'agriculture, a repris. La pêche est très importante pour le pays, le poisson étant la première source de protéines pour les Cambodgiens ; la pêche familiale en eau douce couvre la majeure partie des besoins, les eaux des lacs, les forêts inondées par les crues du Mékong et les rivières étant exceptionnellement poissonneuses. Cependant, ces conditions naturelles favorables sont menacées par la dégradation de l'environnement. La pêche commerciale existe, mais, en eau douce comme en mer, elle est le domaine des Chams, des Vietnamiens et des Chinois, qui subissent de plus en plus la concurrence illégale des pêcheurs thaïlandais.
Le Cambodge développe également quelques cultures à vocation commerciale : le caoutchouc dans la région de Kompong Cham, le poivre dans la zone côtière orientale, des cocoteraies et des cultures fruitières autour des villes. La forêt est surexploitée : elle couvrait 73 % du territoire en 1969 et seulement 35 à 40 % en 1991. Les autorités locales, les Khmers rouges, l'armée – responsable de la gestion de l'exploitation forestière depuis 1994 – ont participé à l'abattage illégal du bois et à sa contrebande vers la Thaïlande et le Viêt Nam, ce qui prive le gouvernement de revenus importants et menace les équilibres écologiques.
Le secteur industriel est dominé par l'habillement, qui représente la majorité des exportations. Le reste de l'industrie (rizeries, latex, agroalimentaire, ciment) est modeste et desservi par un équipement vétuste. Un port, Kompong Som, a été créé sur le golfe de Siam en 1955. Les ressources minières sont limitées (phosphates utilisés pour fabriquer des engrais, pierres précieuses de Païlin). Le Cambodge reste très dépendant de l'aide internationale et il ne parvient pas à séduire les investisseurs, qui, malgré la libéralisation de l'économie, reculent devant la corruption et le manque de structures juridiques. La reprise du tourisme est réelle, avec près de 3 millions d'entrées en 2011.
HISTOIRE
1. Époque du Funan
Du ier au ve s. de notre ère, ce royaume hindouisé se développe dans le delta et le moyen Mékong, avec pour capitale Vyadhapura (près de Bà Phnom, dans la province actuelle de Prey Veng). Le Funan est pendant cinq siècles la puissance dominante d'Asie du Sud-Est et maintient des contacts avec la Chine et l'Inde. Cette dernière exerce une influence déterminante, tant religieuse que culturelle. Au milieu du vie s., le Funan se décompose sous la pression d'un nouveau royaume situé dans le moyen Mékong, le Tchen-la.
2. Époque du Tchen-la
Ce royaume s'empare du Funan et étend sa puissance à l'actuel Cambodge. Le roi Ishanavarman (616-635) fonde une capitale, Ishanapura, dans la région de Kompong Thom. Au milieu du viiie s., le Tchen-la se scinde en deux, le Tchen-la de l'eau, maritime et plus proche du monde malais, et le Tchen-la de terre, situé aux confins du nord du Cambodge, de la Thaïlande, du Laos et des hauts plateaux du centre de l'Annam. Les deux Tchen-la seront réunifiés par le premier souverain angkorien, Jayavarman II.
3. Époque angkorienne

Issu de l'ancienne dynastie et ayant passé une partie de sa vie à Java, qui exerçait une sorte de suzeraineté sur les régions maritimes du pays, Jayavarman II (802-vers 836) restaure la monarchie et installe sa capitale, Mahendraparvata, près du Grand Lac (Tonlé Sap), à proximité du site d'Angkor (plateau du Phnom Kulên). Il instaure le culte du dieu-roi, devaraja, maître et maître d'œuvre du pays, et en particulier de l'irrigation, base de l'économie et donc du pouvoir et de la puissance du royaume.
Son neveu Indravarman Ier, puis le fils de ce dernier, Yashovarman Ier (889-900), vont poursuivre son œuvre et développer Angkor, la capitale. Grand bâtisseur, Rajendravarman (944-968) construit Bantéay Srei et lance des opérations militaires contre le Champa.
Le règne de l'usurpateur Suryavarman Ier (1002-1050), premier grand souverain bouddhiste mahayana, et celui de Suryavarman II (1113-après 1144), bâtisseur d'Angkor Vat, voient l'apogée de la puissance de l'empire angkorien, qui s'étend sur le Siam, atteint la Birmanie, la péninsule malaise, et qui lance ses troupes sur le Champa, le Dai Viêt et contre les Môns. Puissance éphémère cependant, puisqu'elle n'est pas fondée sur l'occupation militaire et l'administration directe, le roi khmer se contentant de faire reconnaître sa suzeraineté et d'installer des gouverneurs locaux.
Ainsi, dès 1177 les Chams relèvent la tête et mettent à sac Angkor. Il faudra quatre ans au futur Jayavarman VII pour les chasser et restaurer la monarchie qui va avec lui briller de ses derniers feux. Le « roi lépreux », qui règne de 1181 à 1218, s'est converti au bouddhisme ; on lui doit le Bayon. Il va restaurer les gloires passées et se venger du Champa, annexé à l'empire de 1203 à 1226.
À partir du xive siècle, la menace siamoise se précise contre l'empire angkorien avec la fondation, en 1350, du royaume Ayuthia ; celui-ci s'étend aux dépens de l'empire khmer, affaibli, et dont la décadence s'amorce. Les hostilités incessantes tournent à l'avantage des Siamois, qui s'emparent d'Angkor en 1431, la pillent et emmènent ses habitants en captivité. Trop exposée à l'envahisseur, la prestigieuse capitale est abandonnée l'année suivante. En 1434, la cour s'installe aux « Quatre Bras », près du site de l'actuelle Phnom Penh.
4. La période moderne
L'histoire du Cambodge du xve au xixe siècle est celle des longues luttes qu'il doit soutenir contre ses deux puissants voisins, le Siam et l'Annam, auxquelles s'ajoute l'instabilité interne chronique.
Le prince Ponhéa Yat, couronné en 1441, donne au pays une brève période de stabilité et de paix, avant d'abdiquer en 1467. Les rivalités intestines reprennent, avec parfois une intervention siamoise en faveur d'un prétendant au trône. Ang Chan (1516-1566) tente de contenir par les armes la pression des Siamois, qu'il bat près d'Angkor dans un lieu qui devient Siem Réap (« La défaite des Siamois »). Il transfère sa capitale à Lovêk. Ses successeurs se disputent à leur tour le pouvoir et ne parviennent pas à repousser une invasion siamoise, qui s'achève par la prise de Lovêk (1594).
C'est vers le milieu du xvie siècle que les premiers Européens arrivent au Cambodge, missionnaires, commerçants et aventuriers, Espagnols ou Portugais ; une tentative de deux d'entre eux, Veloso et Ruiz, pour prendre le contrôle du royaume échouera en 1559.
Après la chute de Lovêk, le Cambodge est devenu le vassal du Siam. Le roi Chey Chêtthâ II tente de secouer le joug siamois, repousse les armées venues de l'ouest et, pour se renforcer, va chercher un appui du côté de l'empire d'Annam, dont il a épousé une des princesses. C'est le début de la politique khmère d'équilibre précaire entre ses deux voisins, et le commencement de l'influence de la cour de Huê dans ce qui deviendra le sud du Viêt Nam et qui est encore cambodgien. L'Annam, qui vient d'écraser le Champa et qui amorce sa « marche vers le sud », obtient du roi l'autorisation de fonder des comptoirs dont l'un deviendra Saigon. La colonisation vietnamienne du delta du Mékong va s'intensifier. Le Cambodge sera d'autant moins à même de s'y opposer qu'il est déchiré pendant tout le xviiie siècle par des guerres civiles ; parallèlement, la pression siamoise ne se relâche pas et Ayuthia annexe des pans de l'ancien empire angkorien.
En 1794, le roi Ang Eng est couronné par le roi de Siam et ramené à Oudong, la capitale, par une armée siamoise ; les provinces de Battambang et de Siem Réap sont annexées de facto au Siam. Ang Eng ne règne que deux ans. Le Cambodge devient le terrain de bataille entre Siamois et Annamites, ces derniers s'étant définitivement installés dans le delta du Mékong. Ang Chan II (1806-1834), fils d'Ang Eng, se constitue vassal de l'empereur d'Annam.
Le Siam considère cette décision inacceptable et la lutte reprend entre Siamois et Annamites, ces derniers prenant le dessus et occupant le Cambodge. Cette domination, souvent brutale, se concrétise en 1835 par l'installation sur le trône d'une femme, la princesse Ang Mei, sans pouvoir réel. Une vietnamisation accélérée du pays s'ensuit ; le Cambodge sera même annexé en 1841 par l'empire d'Annam. Les Khmers réagissent à cette situation en prenant les armes, avec le soutien militaire du Siam. Le général Bodin conduit une armée qui a pour mission de placer sur le trône Ang Duong, frère cadet d'Ang Chan II. Huê et Bangkok, incapables de l'emporter, s'accordent pour exercer une cosuzeraineté sur un royaume qui s'est réduit comme une peau de chagrin, et qui compte à peine un million d'âmes sur un territoire ruiné.
Couronné en 1847, Ang Duong tente, en 1854, d'obtenir l'appui de la France ; mais la mission envoyée l'année suivante et dirigée par Charles de Montigny échoue. Le roi veut préserver l'existence de son royaume, dont il craint la disparition à la suite d'un partage entre le Siam et l'Annam ; en même temps, il tente de réformer l'Administration et de restaurer l'économie.
5. Le protectorat français

En 1859, Norodom succède à son père Ang Duong. Devant la rébellion de son frère Votha, il doit se réfugier au Siam en 1861. Revenu dans son pays en 1862, il place, en 1863, le Cambodge sous le protectorat de la France et, l'année suivante, transfère sa capitale à Phnom Penh.
De 1865 à 1867, il doit faire face à l'insurrection populaire dirigée par Po Kombo ; il est contraint de faire appel aux forces coloniales venues de Cochinchine. Par le traité de 1867, et en échange de la reconnaissance de la suzeraineté siamoise sur les provinces de Battambang et de Siem Réap – qui seront restituées par le traité de 1907 –, la France obtient de Bangkok le renoncement à ses droits sur le Cambodge. Paris tente de renforcer son emprise sur le royaume en forçant Norodom, qui a entrepris d'importantes réformes, à signer la convention du 17 juin 1884, par laquelle il abandonne en fait tous ses pouvoirs à un résident qui exerce une autorité directe sur l'Administration. Une insurrection éclate aussitôt, avec la connivence du roi.
En 1886, ne pouvant mater le soulèvement, la France propose une application plus souple de la convention et le rétablissement de l'autorité royale ; convoqués par le roi, les rebelles se soumettent. Toutefois, l'emprise coloniale ne va pas cesser de s'affirmer, tandis que des rectifications de frontières sont effectuées au profit de la Cochinchine et de l'Annam.
Le pouvoir colonial s'efforce de moderniser l'Administration et l'économie khmères. Dans ce domaine, le roi Sisovath, qui succède à son frère (1904), va poursuivre l'œuvre entreprise par Norodom. Le développement économique s'accompagne de l'arrivée de nombreux Chinois et surtout de Vietnamiens ; ces derniers forment une importante communauté (commerçants, fonctionnaires, ouvriers des plantations, pêcheurs). À la mort de Sisovath (1927), son fils aîné, Monivong, lui succède. Le royaume subit durement le contrecoup de la grande crise de 1929.
En janvier 1941, profitant de la défaite française et de la présence des Japonais, le Siam attaque le Cambodge pour reprendre les provinces de Battambang et de Siem Réap. Tenus en échec sur le terrain, les Siamois obtiennent néanmoins satisfaction par le biais d'une « médiation » japonaise (11 mars). Le 23 avril, Monivong meurt. Sous la pression de l'amiral Decoux, représentant français en Indochine, inquiet de la réputation de démocrate de Monireth, fils aîné du roi défunt, le Conseil de la couronne choisit un jeune prince de dix-huit ans, Norodom Sihanouk, arrière-petit-fils de Norodom par son père et de Sisovath par sa mère ; il est couronné le 28 octobre. Les Japonais apportent leur soutien à un jeune dirigeant nationaliste originaire de Cochinchine, Son Ngoc Thanh ; celui-ci doit toutefois s'enfuir à Tokyo pour échapper à la police française.
À la suite du coup de force du 9 mars 1945, les Japonais prennent le contrôle direct de l'Indochine et invitent Sihanouk à proclamer l'indépendance, ce qu'il fait dès le 12. Son Ngoc Thanh est nommé ministre des Affaires étrangères (1er juin), puis Premier ministre (14 août). Les Français l'arrêtent dès leur retour (16 octobre). Sihanouk, qui n'a pas les moyens de résister aux Français, signe le modus vivendi du 7 janvier 1946, qui prévoit seulement l'autonomie interne du royaume dans le cadre de l'Indochine.
Une résistance au retour des Français prend corps. Elle donnera naissance à deux mouvements : l'un – les Khmers Issarak, qui deviendront plus tard les Khmers Serei – dirigé par Son Ngoc Than, de droite et antisihanoukiste, qui poursuivra la lutte contre Sihanouk jusqu'à sa chute en 1970, avec le soutien de Bangkok, de Saigon et des États-Unis ; l'autre, dirigé par Son Ngoc Minh, de gauche, qui sera largement contrôlé par le Viêt-minh et formera un gouvernement provisoire en 1951.
Une opposition légale, le parti démocrate du prince Youthevong, remporte les trois quarts des sièges aux élections du 1er septembre 1946. En octobre, Bangkok restitue les deux provinces annexées en 1941.
Le 6 mai 1947, le Cambodge devient une monarchie constitutionnelle, tandis que le conflit entre Sihanouk et les démocrates se poursuit (il durera jusqu'en 1952) et que la guerre fait rage en Indochine. À force de pressions et d'habile diplomatie, Sihanouk obtient une indépendance assortie de limites (8 novembre 1949) ; en 1952, il se proclame Premier ministre. L'année suivante il lance sa « croisade pour l'indépendance », par laquelle il entend également couper l'herbe sous le pied aux mouvements de résistance. L'effet est immédiat : il obtient l'indépendance totale (3 juillet), qui sera confirmée lors de la conférence de Genève de 1954.
6. L'accession à l'indépendance
Dès la conférence de Genève, Sihanouk s'oppose avec succès à la tentative du Viêt Nam de Hô Chi Minh de faire connaître des zones « libérées » à ses partisans « Khmers Viêt-minh ». Phnom Penh ne veut pas pour autant tomber dans l'orbite des États-Unis (qui accordent une aide économique et militaire) et refuse d'entrer dans l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est (OTASE), fondée en septembre 1954.
L'année suivante, le Cambodge quitte l'Union française. Sihanouk se rapproche du neutralisme, qui s'exprime lors de la conférence de Bandung (avril 1955). Il établit des relations diplomatiques avec l'URSS (1956), puis avec la Chine (1958). Entre-temps, l'Assemblée nationale a voté (1957) la « neutralité » du royaume. L'hostilité et les revendications territoriales de la Thaïlande et du Viêt Nam du sud, alliés des États-Unis, accroissent la méfiance de Sihanouk envers Washington, tandis que ses relations avec Hanoi et Pékin se resserrent.
Le 7 février 1955, Sihanouk fait approuver sa politique par référendum. Le 19, il fait adopter une réforme constitutionnelle selon laquelle le gouvernement n'est plus responsable devant l'Assemblée mais devant le roi. Il abdique le 2 mars en faveur de son père, Norodom Suramarit, et fonde en avril le Sangkum Reastr Niyum (communauté socialiste populaire), qui remporte tous les sièges aux élections du 11 septembre et qui les conservera aux élections de 1958.
En 1958-1959 et en 1963, le parti communiste Prachacheon est frappé par une répression sévère. Ses membres les plus radicaux, sous la conduite de Touch Samuth, puis de son successeur Saloth Sar (qui deviendra Pol Pot) et de Ieng Sary, forment, avec une partie des survivants du parti populaire révolutionnaire – créé en 1951 après l'éclatement du parti communiste indochinois –, un parti communiste khmer (30 septembre 1960). Organisation clandestine, ce parti prend le maquis en 1963 et se lance dans la lutte armée à partir de janvier 1968. Proche de Pékin, il n'aura pas de rapports avec les communistes khmers réfugiés à Hanoi après 1954.
Il existe aussi une gauche légale, représentée surtout par trois députés, Khieu Samphan, Hou Youn et Hu Nim ; les deux premiers seront brièvement ministres (1962), avant de prendre eux aussi le maquis (1967).
La détérioration des rapports avec la Thaïlande et le Viêt Nam du Sud conduit à la rupture avec ces deux pays (1961 et 1963). En 1962, la Cour internationale de justice de La Haye tranche en faveur du Cambodge le conflit portant sur le temple de Preah Vihear, qui doit lui être restitué par Bangkok. Avec Saigon, les incidents frontaliers se multiplient. Au même moment, les adversaires du prince – conduits par Son Ngoc Thanh et ses Khmers Serei, réfugiés en Thaïlande et au Viêt Nam du Sud – complotent pour le renverser, avec l'appui de services spéciaux américains. Le prince renonce à l'aide militaire américaine (novembre 1963), et les relations diplomatiques sont mises en sommeil (14 décembre). Le 1er janvier 1964, l'aide économique américaine cesse. Les relations diplomatiques sont rompues en mai, après l'incident de Chantrea, au cours duquel les troupes de Saigon sont entrées au Cambodge. Le prince relance son initiative en faveur de la neutralisation de son pays et de la reconnaissance de ses frontières. Les États-Unis et leurs alliés refusent d'y souscrire ; le FNL sud-vietnamien et Hanoi les reconnaissent (1967).
La brouille du Cambodge avec les États-Unis le rapproche du camp socialiste, mais aussi de la France ; le général de Gaulle se rend en visite officielle à Phnom Penh (30 août-2 novembre 1966) et y prononce un important discours, où il condamne la politique d'intervention américaine.
Sur le plan intérieur, le prince renforce le contrôle étatique sur l'économie et le commerce par une série de réformes dont auront rapidement raison la mauvaise gestion et la corruption. Le fossé entre villes et campagnes s'élargit ; les Khmers rouges en profitent pour renforcer leur influence sur les paysans. En 1966, le prince décide de ne plus choisir les candidats du Sangkum aux élections ; il s'ensuit un triomphe de la droite et la formation d'un gouvernement Lon Nol. Pour y remédier, le prince, devenu chef de l'État depuis la mort de son père en 1960 – sa mère, la reine Kossamak, continuant à symboliser le trône –, crée un « contre-gouvernement ».
7. La crise
Le 2 avril 1967, les paysans de Samlaut, dans la province de Battambang, se révoltent contre les exactions de l'administration locale ; Lon Nol noie le soulèvement dans le sang. Il est remplacé à la tête du gouvernement par l'économiste Son Sann (1er mai). Peu après, la révolution culturelle chinoise fait son apparition à Phnom Penh. Sihanouk riposte en dissolvant les organisations sino-cambodgiennes (septembre) et en menaçant Pékin de remettre en cause les relations entre les deux pays. Zhou Enlai répond par un message conciliant. Mais un certain nombre de Cambodgiens de gauche jugent plus prudent de se réfugier en France ou de rejoindre les Khmers rouges.
En novembre, Sihanouk prend la tête d'un « cabinet d'urgence » ; en janvier 1968, il cède la place à son fidèle Penn Nouth pour un « gouvernement de la dernière chance » ; en novembre, Lon Nol y devient ministre de la Défense. Une révolte tribale éclate à Ratanakiri. Les Américains autorisent la poursuite des Vietnamiens sur le territoire cambodgien, en dépit des protestations du prince. En mars 1969, Nixon et Kissinger ordonnent le bombardement clandestin du Cambodge. Mais, en avril, les États-Unis reconnaissent les frontières du royaume, prélude à la reprise des relations diplomatiques (août). En mai, Sihanouk a reconnu le Gouvernement révolutionnaire provisoire (GRP) sud-vietnamien.
En août 1969, le cabinet Penn Nouth est renversé ; Lon Nol lui succède, avec à ses côtés un autre adversaire déterminé de Sihanouk, son cousin Sirik Matak. Des contacts se nouent secrètement avec Washington, Saigon et Bangkok, qui souhaitent eux aussi se débarrasser du prince et détruire les « sanctuaires » vietnamiens du Cambodge. Le 18 mars 1970, Sihanouk est renversé par l'Assemblée, sous la pression du gouvernement et de l'armée, alors qu'il part pour Pékin. Cheng Heng devient chef de l'État.
8. La guerre
La neutralité proclamée par les auteurs du coup d'État du 18 mars ne les empêche pas de se placer du côté des États-Unis et de Saigon ; le général Lon Nol lance un ultimatum aux troupes de Hanoi et du G.R.P. pour qu'elles quittent le Cambodge, avant d'expulser leurs diplomates et de rompre avec eux. En même temps, il fait appel aux Américains pour une aide militaire. Dès le 20 mars, des troupes saigonnaises ont franchi la frontière cambodgienne pour attaquer des bases communistes. Le 26, l'armée ouvre le feu pour arrêter une marche de partisans du prince Sihanouk sur Phnom Penh. Au début d'avril, cette armée se livre au massacre de milliers de résidents vietnamiens. Nixon et le général Nguyên Van Thiêu renforcent leurs pressions sur les dirigeants cambodgiens afin qu'ils entrent ouvertement dans la guerre.
À Pékin, Sihanouk reçoit l'appui de la Chine et des Khmers rouges pour mener la lutte contre Lon Nol. Le 20 avril 1970 est créé le Front uni national du Kampuchéa (FUNK), présidé par Sihanouk, suivi, le 5 mai, de la création du Gouvernement royal d'union nationale du Kampuchéa (GRUNK), dirigé par Penn Nouth. Khieu Samphan, vice-Premier ministre, dirige la résistance sur le territoire khmer. Les 24-25 avril se tient à Canton la Conférence des peuples indochinois, avec Sihanouk, Pham Van Dong (RDV), Nguyên Huu Tho (GRP) et Souphanouvong (Pathet Lao), qui décide l'unification de la résistance. Sur le terrain, la guerre a commencé, menée par les révolutionnaires vietnamiens, appuyés par les Khmers rouges et de nombreux partisans du prince. Le 30 avril, Nixon annonce l'entrée des troupes américaines au Cambodge, le lendemain de celle des forces saigonnaises. Devant l'opposition de son opinion publique, il doit promettre qu'elles se retireront avant le 30 juin. Cette offensive permet au régime Lon Nol de ne pas s'effondrer ; mais elle ne parvient pas à réduire les « sanctuaires » communistes, qui se déplacent plus avant à l'intérieur du Cambodge, contribuant à faire entrer celui-ci tout entier dans le conflit. Le 4 juin, une partie des temples d'Angkor est occupée par le GRUNK. Sauvé de la défaite, le gouvernement – qui proclamera la république le 9 octobre 1970 – est en fait maintenu à bout de bras par ses alliés. Cette situation durera cinq ans.
Après le départ des troupes américaines le 30 juin et malgré les bombardements américains qui continuent, les révolutionnaires khmers étendent leur emprise sur le pays. En août, Sihanouk affirme que ses partisans contrôlent les deux tiers du territoire. Les Khmers rouges vont progressivement prendre le pas sur les sihanoukistes et remplacer au combat les Vietnamiens. Ces derniers repartent vers le Viêt Nam lors de l'offensive de 1972 et après les accords de Paris (février 1973). À ce moment, la tension monte entre révolutionnaires des deux pays, les Khmers rouges reprochant à leurs alliés de vouloir leur imposer de négocier avec Phnom Penh, comme eux avec Saigon et Washington, et le Pathet Lao avec Vientiane. L'offensive khmère rouge marque le pas. Lorsque les Américains cesseront leurs bombardements, en août 1973, les maquisards seront tellement affaiblis qu'ils seront incapables de lancer l'assaut final attendu contre Phnom Penh.
Frappé d'hémiplégie, Lon Nol, qui est devenu maréchal (21 avril 1971) et président de la République (4 juin 1972), est entouré de conseillers corrompus. Les défaites militaires se succèdent, et les maquisards parviennent à lancer des coups de main jusque dans la capitale. Malgré cela, Phnom Penh et Washington persistent dans la guerre, affirmant qu'ils ne combattent que les Vietnamiens. Sur le terrain, les Khmers rouges éliminent, les uns après les autres, sihanoukistes et communistes provietnamiens, et renforcent leur contrôle du G.R.U.N.K. Quand Sihanouk se rend au Cambodge (mars 1973), il réalise qu'il n'a plus aucun pouvoir réel.
Gouvernant un pays ruiné, où ses soldats ne s'aventurent plus guère dans les campagnes, Lon Nol ne parvient pas non plus à assurer la stabilité de son régime.
Sur le plan diplomatique, le GRUNK est admis au sein du mouvement des non-alignés (août 1972) et reconnu, de facto, par l'URSS (octobre 1973). Moscou, toutefois, maintiendra des diplomates à Phnom Penh jusqu'à sa prise par les Khmers rouges. Le 1er janvier 1975, les Khmers rouges lancent leur offensive finale contre Phnom Penh. Le 17 avril, ils entrent dans la capitale, après le départ de Lon Nol et des Américains.
9. Le régime khmer rouge
Le premier acte des vainqueurs est de vider les villes de leurs habitants ; ces citadins déracinés vont être, avec le reste de la population – divisée en « peuple ancien » et « peuple nouveau » –, progressivement embrigadés dans des coopératives ; les conditions de vie y sont très difficiles, tandis que le travail y est intense et la répression féroce envers ceux qui sont soupçonnés d'avoir travaillé pour le régime républicain. Faible, divisé, manquant de cadres, armé d'une idéologie au nationalisme et à l'autoritarisme extrêmes, le nouveau pouvoir s'affirme par la répression.
Jusqu'à l'intervention vietnamienne de 1978, la réalité du pouvoir sera détenue par l'Angkar, organisation restée secrète jusqu'en 1977. L'Angkar prône l'esprit de lutte, l'idée de responsabilité communautaire et la vertu d'obéissance ; elle s'appuie essentiellement sur l'armée.
L'Angkar offre un exemple unique dans l'histoire des révolutions asiatiques ; la dictature du prolétariat, ailleurs soutenue par un culte de la personnalité, est dirigée au Cambodge par une organisation qui, quoique omniprésente, reste une entité floue et abstraite.
Pendant les premiers mois, le prince Sihanouk, toujours chef de l'État, continue de symboliser le régime sans exercer d'autorité réelle ; il effectue un court séjour à Phnom Penh (septembre 1975), avant d'entreprendre une grande tournée internationale et de représenter son pays à l'Assemblée générale des Nations unies. De retour au Cambodge (janvier 1976), il participe aux élections du 20 mars, organisées en vertu de la nouvelle Constitution, et est élu député de la capitale. Le 5 avril, il démissionne de son poste. Le Kampuchéa démocratique se donne un nouveau chef de l'État, Khieu Samphan, et un Premier ministre, Pol Pot. Le pays demeure fermé au monde extérieur et n'a de relations étroites qu'avec Pékin.
Dès mai 1975, des incidents éclatent entre le Viêt Nam et le Kampuchéa. Le 31 décembre 1977, Khieu Samphan annonce la rupture des relations diplomatiques avec le Viêt Nam.
Sur le plan intérieur, des travaux gigantesques transforment un pays ravagé par la guerre, les bombardements, et bouleversé par l'exode. Mais le prix en est extrêmement lourd, puisqu'on a pu parler de centaines de milliers de victimes mortes de faim, de maladie ou exécutées sommairement. L'éducation, même primaire, est pratiquement supprimée, les personnes éduquées étant suspectes. Les familles sont souvent séparées. En même temps, les divisions au sein du régime se manifestent par des purges parfois sanglantes et de plus en plus nombreuses, surtout en 1977. La base du régime se rétrécit. Le prince Sihanouk et Penn Nouth vivent en résidence surveillée, isolés, tandis que de nombreux partisans du GRUNK croupissent dans des camps. La fin de 1978 – après que Pol Pot eut consolidé son pouvoir et entamé une timide ouverture vers le monde extérieur – verra une relative normalisation.
10. L'intervention vietnamienne
En décembre 1977, les Vietnamiens ont lancé une nouvelle offensive. Devant la résistance opiniâtre des soldats cambodgiens, ils se sont retirés, emmenant avec eux une partie de la population. En mai 1978, éclate, dans la zone frontalière « 203 », une révolte conduite par un proche de Pol Pot, le vice-président de l'Assemblée, So Phim ; elle est écrasée dans le sang, et So Phim est tué. Les dirigeants vietnamiens, ne pouvant plus compter sur un groupe de rechange au Cambodge même, lancent alors une offensive générale le 25 décembre. Auparavant, le Viêt Nam a signé à Moscou un traité avec l'URSS (3 novembre) et a annoncé la création d'un Front uni de salut national du Kampuchéa (FUNSK) le 3 décembre.
Le 7 janvier 1979, les soldats vietnamiens entrent dans Phnom Penh et, quelques jours plus tard, ils occupent toutes les villes et les grands axes du pays. Le Kampuchéa démocratique s'effondre. Le prince Sihanouk est autorisé à prendre l'avion pour Pékin. Avant de prendre le maquis, Pol Pot a lancé un appel à la guérilla, et son ministre des Affaires étrangères, Ieng Sary, a demandé la convocation d'urgence du Conseil de sécurité des Nations unies.
Le lendemain de la prise de Phnom Penh, un Conseil révolutionnaire faisant fonction de gouvernement est mis en place, présidé par Heng Samrin, président du FUNSK. Le principal dirigeant est le vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Pen Sovan, chef du petit parti communiste provietnamien. L'administration du pays demeure sous tutelle du corps expéditionnaire vietnamien. Le régime prend le nom de République populaire du Kampuchéa.
Le Premier ministre vietnamien se rend à Phnom Penh pour conclure un traité d'amitié (18 février), légalisant la présence vietnamienne et intégrant de fait le Cambodge dans un ensemble indochinois sous l'égide de Hanoi ; un accord similaire sera conclu entre le Cambodge et le Laos (23 mars). Tout en s'affirmant non-aligné, le nouveau régime se place clairement dans le camp soviétique. En avril-mai, l'armée vietnamienne lance une nouvelle offensive qui repousse les Khmers rouges vers la frontière thaïlandaise. De nombreux réfugiés, fuyant les Vietnamiens, mais aussi la faim et la maladie, s'y sont regroupés. Certains sont sous le contrôle d'organisations de résistance ou de groupes armés qui vivent de l'aide internationale et de la contrebande. Car la situation alimentaire et sanitaire a ému l'opinion internationale et l'aide afflue à la frontière, puis vers Phnom Penh.
Battus militairement, les Khmers rouges poursuivent la lutte, soutenus par la Chine, les pays de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE ou Asean) et par certains pays occidentaux. Cette convergence permet aux Khmers rouges de conserver leur siège aux Nations unies (novembre 1979) et de rester reconnus par la plupart des pays, tandis que la République populaire n'est reconnue que par le bloc soviétique et par quelques pays du tiers-monde dont l'Inde (juillet 1980). Les deux camps se structurent : à Phnom Penh, où Heng Samrin cumule la direction de l'État et du Parti (PPRK, parti populaire révolutionnaire du Kampuchéa), après l'élimination de Pen Sovan (décembre 1981), une Constitution est adoptée (juin 1981), et Hun Sen devient Premier ministre en 1985 ; de l'autre côté, un gouvernement de coalition en exil, constitué en juin 1982, regroupe, sous la présidence du prince Sihanouk, les royalistes du Funcipec (Front uni national pour un Cambodge indépendant, neutre, pacifique et coopératif), les nationalistes de Son Sann et les embarrassants Khmers rouges, dirigés par Khieu Samphan – qui a succédé à Pol Pot en 1979. Étrange alliance d'ennemis, fondée exclusivement sur l'opposition à l'occupation vietnamienne et dont l'équilibre est menacé par la supériorité militaire des Khmers rouges, soutenus par la Chine, via la Thaïlande. Mais, malgré des offensives successives, il s'avère peu à peu que la solution à la crise ne sera pas militaire. Sous la pression internationale – rôle de l'URSS auprès de Hanoi, efforts de la France (rencontre entre le prince Sihanouk et Hun Sen, en décembre 1987) et de l'Indonésie (réunion des quatre factions cambodgiennes à Bogor, en juillet 1988), résolution de l'ONU du 3 novembre 1988 –, les parties en présence s'orientent vers des négociations en vue d'une réconciliation nationale. Non sans mal : la conférence de Paris d'août 1989 est un échec. Cependant, l'essentiel des troupes vietnamiennes quitte le Cambodge fin 1989, alors que Phnom Penh tempère son économie socialiste et que la République populaire du Kampuchéa redevient l'État du Cambodge (avril 1989). En 1990, à l'ONU, les États-Unis retirent leur soutien au prince Sihanouk : ils refusent désormais de voter pour que le siège du Cambodge soit attribué à son gouvernement, en raison de la participation des Khmers rouges à la coalition. Sous la pression internationale, cette participation prend ainsi fin en 1992. Simultanément, à la suite de la tourmente qui bouleverse le monde communiste, le gouvernement provietnamien de Phnom Penh perd l'aide fournie depuis 1980 par l'URSS et le Comecon.
11. La difficile pacification du Cambodge
11.1. Vers une stabilisation politique
Des accords de paix sont finalement signés, à Paris, le 23 octobre 1991. Ceux-ci prévoient des élections en 1993 sous administration de l'ONU. Le Cambodge reste pourtant en état de guerre, et l'Apronuc (Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge) a fort à faire pour organiser le retour à la vie normale – avec, notamment, les questions du rapatriement de 400 000 réfugiés et du désarmement des forces en présence. Le prince Sihanouk devient, en juillet 1991, président d'un Conseil national suprême (CNS), dont les postes sont également répartis entre les deux gouvernements rivaux – et non entre les quatre factions, comme le réclamaient les Khmers rouges. En novembre 1991, le prince et le CNS s'installent à Phnom Penh. Le PPRK, transformé en parti du Peuple cambodgien (PPC, toujours provietnamien), se prononce pour le multipartisme, et Heng Samrin laisse la direction du parti à Chea Sim.
Malgré la permanence du climat de violence et l'obstruction des Khmers rouges, des élections sont organisées en mai 1993. Avec une forte participation, elles donnent la victoire au Funcinpec – dirigé par le prince Norodom Ranariddh, fils du prince Sihanouk –, qui l'emporte sur le PPC avec plus de 45 % des voix. Un gouvernement provisoire de coalition est alors mis en place sous la double présidence du prince Ranariddh et de Hun Sen. La nouvelle Constitution, promulguée en septembre, rétablit la monarchie : Norodom Sihanouk est proclamé roi le 24 septembre, puis, respectivement, Norodom Ranariddh, « premier Premier ministre », et Hun Sen, « second Premier ministre ». Malgré le rétablissement de certaines libertés – celle de la presse, entre autres –, le climat politique demeure tendu, et, alors qu'il serait urgent de relancer l'économie, le manque de transparence, la corruption, l'incurie et la violence politique restent omniprésents. La rivalité entre les deux Premiers ministres s'aggrave, chacun d'eux affrontant parallèlement des divisions dans son propre camp.
Arguant de complots royalistes, Hun Sen évince le prince Ranariddh par un coup de force en juillet 1997, suscitant la condamnation de la communauté internationale. Aux élections de juillet 1998, dont l'organisation a été contestée par l'opposition, les 41,4 % des voix du PPC de Hun Sen, contre 31,7 % pour le Funcinpec et 14 % pour le « parti de Sam Rainsy » (PSR, nouveau nom du parti de la Nation khmère fondé en 1995 par cet ancien ministre des Finances exclu du gouvernement puis du Funcinpec), rendent inévitable une nouvelle coalition gouvernementale.
Sous l'égide du roi Norodom Sihanouk, Norodom Ranariddh et Hun Sen parviennent, après plusieurs mois de tractations, à un accord politique (novembre 1998). Les deux principaux partis du pays (PPC et Funcinpec) constituent un gouvernement de coalition, présidé par Hun Sen. Le prince Ranariddh devient président de l'Assemblée nationale.
Le Cambodge commence à réintégrer les organisations régionales et internationales, comme en témoigne son admission au sein de l'Asean en mars 1999. Malgré quelques avancées, il rencontre toujours des difficultés avec ses voisins, la Thaïlande et le Viêt Nam, alors que ses relations avec la Chine, au beau fixe, se resserrent encore par la multiplication de visites de responsables chinois à Phnom Penh (2000-2001).
11.2. Vers un apurement du passé

À partir de 1996, les Khmers rouges, réfugiés à la frontière thaïlandaise, privés de l'aide chinoise et de tout avenir politique, commencent à se rallier en nombre croissant. Certains de leurs chefs, comme Ieng Sary, amnistié, essaient, à la faveur de la rivalité des deux factions gouvernementales, de retrouver une influence politique. Pol Pot, « condamné à la prison à vie » par ses anciens partisans, en juillet 1997, meurt en avril 1998.
Les redditions – ou arrestations, selon le cas – de hauts responsables khmers rouges fin 1998 et début 1999 relancent le débat sur le type de tribunal – national ou international – devant lequel doivent être traduits les responsables des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis au Cambodge dans la seconde moitié des années 1970. La solution d'un tribunal national ouvert à une coopération de juges et de procureurs étrangers est finalement retenue. En 2001, l'Assemblée nationale et le Sénat adoptent la législation relative à la création du tribunal, qui est entérinée par le Conseil constitutionnel puis ratifiée par le roi Sihanouk (août).
Après de nombreux échecs, dont le retrait de l'ONU du processus des négociations en mars 2002, faute de garanties sur l'indépendance et l'objectivité du tribunal, un accord est finalement trouvé en juin 2003, prévoyant la création de tribunaux d'exception devant travailler dans le cadre du système judiciaire du royaume, les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC). Mais leur mise en place effective se heurte à de nombreux obstacles d'ordre politique, bureaucratique, juridique et financier.
À partir de juillet 2007, cinq hauts dirigeants de l'ancien régime sont inculpés de crimes contre l'humanité ainsi que, pour trois d'entre eux, de crimes de guerre, et mis en détention : Nuon Chea (ex-numéro 2 du régime), Ieng Sary (ex-ministre des Affaires étrangères), son épouse Ieng Thirith (ex-ministre des Affaires sociales), Khieu Samphan (ex-chef de l'État du Kampuchea démocratique) et Kaing Guek Eav, alias Duch (qui dirigea le plus important centre pénitentiaire khmer rouge, le S-21, arrêté en 1999). Le 17 février 2009, avec la comparution de ce dernier en audience préliminaire devant la Chambre de première instance des CETC, s'ouvre ainsi le premier procès d'un dignitaire du régime khmer rouge. Alors que la santé déclinante des accusés (I. Sary meurt en mars 2013) et le manque de moyens financiers font craindre un enlisement général des procédures en cours, il faut attendre février 2012 pour que Duch soit condamné à la prison à perpétuité.
11.3. L'hégémonie du PPC et la division des royalistes
Les élections législatives de juillet 2003 voient la victoire du PPC de Hun Sen (73 députés sur 123), devant le Funcinpec du prince Norodom Ranariddh (26 sièges) et le parti de Sam Rainsy (PSR, 24 sièges). Toutefois, la formation d'un gouvernement se heurte à la majorité des deux tiers imposée en 1993. En novembre, le Funcinpec et le PSR acceptent, sous la pression du roi Norodom Sihanouk, de faire partie d'un gouvernement dirigé par Hun Sen, vice-président du PPC et Premier ministre sortant, mais la crise se durcit en janvier 2004, avec l'assassinat du principal dirigeant syndical du royaume, Chea Vichea. Après l'adoption par les deux chambres d'une procédure controversée de « vote bloqué », l'Assemblée nationale parvient à se réunir et à investir, en juillet, le gouvernement, présidé par Hun Sen. Norodom Ranariddh conserve la présidence de l'Assemblée nationale.
Parallèlement, souhaitant régler sa succession de son vivant afin de préserver l'institution royale, le roi Norodom Sihanouk annonce, en octobre 2004, vouloir prendre sa retraite et voir son dernier fils, Norodom Sihamoni, prendre sa succession sur le trône. Ce dernier est élu par le Conseil du trône le 14, et intronisé le 29.
La même année, le Cambodge, qui a signé avec l'Union européenne un accord concernant l'accès aux marchés en juin 2003, devient, le 13 octobre, le 148e État membre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Dans la perspective des élections législatives de juillet 2008, Hun Sen peut mettre en avant les effets bénéfiques de cette politique de libéralisation (un taux de croissance du PIB de plus de 12 % en moyenne entre 2004 et 2008 selon la Banque mondiale) face à une opposition qui dénonce de son côté la corruption et l'insuffisance des mesures contre la pauvreté ; ces thèmes de campagne sont cependant éclipsés par un différend frontalier avec la Thaïlande autour du temple de Preah Vihear, qui ravive le sentiment nationaliste.
Le PPC l'emporte largement avec 90 sièges devant le PSR (26 députés) qui accuse le pouvoir de fraude. Les sièges restants se répartissent entre le parti des Droits de l'homme (fondé en juillet 2007 par Khem Sokha, 3 sièges), le nouveau parti de N. Ranariddh – alors en Malaisie après avoir été condamné pour abus de confiance et évincé de la direction du Funcinpec – (2 sièges) et ce dernier, désormais réduit, à la suite de ces dissensions, à deux députés. Après confirmation des résultats par la Commission nationale des élections, Hun Sen est reconduit dans ses fonctions. Le prince Ranariddh, gracié, peut rentrer d'exil.
En octobre 2012, la mort de Norodom Sihanouk, auquel les Cambodgiens rendent hommage à Phnom Penh pendant trois mois avant l’organisation des funérailles, clôt un chapitre de l’histoire du pays.
11.4. Les élections de 2013 et la progression de l’opposition
Le PPC conserve officiellement sa majorité aux élections législatives de juillet 2013, mais réalise son plus mauvais score depuis 1998 avec 68 sièges sur 123 contre 55 au parti du Sauvetage national du Cambodge (CNRP, issu de la fusion en 2012 du PSR et du parti des Droits de l'homme) conduit par S. Rainsy. Condamné pour diffamation en septembre 2010, ce dernier avait pu mettre fin à son exil en France après avoir été gracié par le roi et prendre la tête de l’opposition sans être cependant autorisé à se présenter comme candidat.
Réunissant plusieurs milliers de manifestants dans la capitale le 26 août puis les 7 et 15 septembre, l’opposition revendique la victoire avec 63 sièges et exige, en vain, une enquête indépendante sur les irrégularités supposées du scrutin et le climat d’intimidation qui l’a entouré, la commission électorale étant accusée d’être inféodée au pouvoir. Les résultats sont cependant validés par le Conseil constitutionnel. En obtenant un nombre inattendu de voix, le CNRP parvient ainsi à ébranler l’hégémonie et la légitimité du parti au pouvoir. C’est dans un contexte toujours tendu qu’en l’absence des députés de l’opposition qui boycottent la séance de l’Assemblée, Hun Sen est investi pour un nouveau mandat le 24 septembre.

 

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SAINT-PÉTERSBOURG

 


 

 

 

 

Saint-Pétersbourg
Ville de Russie, à l'embouchure de la Neva, chef-lieu de l'arrondissement fédéral Nord-Ouest.
Population : 4 848 742 hab. (recensement de 2010)
GÉOGRAPHIE
La ville de Pierre le Grand
Saint-Pétersbourg est la deuxième agglomération de la Russie après celle de Moscou, l'une des grandes villes mondiales et, parmi les capitales européennes, l'une des plus récentes. Elle offre également un exemple caractéristique d'une création de toutes pièces. L'histoire date sa fondation de mai 1703. Pierre Ier le Grand, en lutte contre l'armée et la marine suédoises, décide de construire une ville au fond du golfe de Finlande, là même où s'élevait un fortin suédois, non loin de l'embouchure de la Neva. Gagnée par les Russes, la guerre du Nord aboutit à la conquête définitive du littoral baltique. La première forteresse russe, appelée « Pierre-et-Paul », construite sous la menace de l'artillerie ennemie, est protégée quelques années plus tard par celle de Kronchtadt, construite sur l'île de Kotline, au point où le golfe n'a qu'une vingtaine de kilomètres de large. Saint-Pétersbourg devient la capitale de la Russie en 1713 ; une académie navale y est fondée en 1718, et une académie des sciences en 1725. Cette année-là la ville compte déjà 75 000 habitants. De cette époque restent le plan et le site primitif, la forteresse Pierre-et-Paul, la « maisonnette » de l'empereur, les premières marques d'un urbanisme de prestige.
La position géographique est favorable aux échanges extérieurs, mais le site, imposé par les circonstances, présente les plus graves inconvénients. Le golfe de Finlande est dominé vers le sud par une côte, ou cuesta, le glint, qui domine une dépression dans laquelle se jette la Neva, émissaire du lac Ladoga, par un delta complexe, divisé en de nombreuses îles de taille variée et inondé lors de la débâcle. Il a fallu drainer les terres, construire les fameux parapets faits de blocs de granité apportés de loin sur des péniches, abattre la forêt marécageuse et dessoucher, creuser des canaux de drainage et de nouvelles voies d'eau qui découpent de nouvelles îles, jeter des ponts (l'agglomération actuelle en compte plus de 600), édifier les premiers bâtiments sur des pilotis, importer des briques de Hollande, puis fonder les premières briqueteries et tuileries.
L'urbanisme monumental a bien tiré parti de ces conditions. La ville contemporaine reste celle du xviiie s. et présente tous les caractères d'une capitale de prestige. L'ensemble s'ordonne en fonction du bassin des bras anastomosés de la Neva (la Grande et la Petite Nevka, la Grande et la Petite Neva), isolant les îles dites Aptekarski (« des Pharmaciens ») et Vassilievski ; puis il rayonne vers le sud et le sud-est à partir de l'ensemble monumental formé, sur la rive gauche de la Grande Neva, par l'Amirauté et l'Ermitage, dessinant des avenues (prospekt) qui traversent quatre canaux semi-circulaires unissant la Neva en amont de son embouchure à l'est au port et à la Grande Neva à l'ouest : successivement la Moïka, le Griboïedov, la Fontanka (le plus large, le plus régulier) et enfin l'Obvodnyï ; ce dernier canal, en grande partie rectiligne, est le plus long, et limite vers le sud le centre de la ville. La perspective la plus longue, la Nevski, est aussi la plus célèbre. Ainsi s'est modelée une ville planifiée, faite pour la Cour, œuvre de Pierre le Grand, poursuivie par Catherine II. Elle apparaît comme la ville des eaux, si bien qu'on a pu la comparer à Venise.
La capitale

Saint-Pétersbourg compte déjà 150 000 habitants à l'avènement de Catherine II (1762) et 400 000 (deux fois plus que Moscou) au moment de l'incendie de Moscou (1812). Pétersbourg est la résidence du tsar. Elle s'entoure de parcs et de châteaux : Tsarskoïe Selo (le « village de l'empereur »), Peterhof (aujourd'hui Petrodvorets). Les souverains sont ensevelis dans la forteresse Pierre-et-Paul. Un commerce et un artisanat de luxe, liés aux besoins de la Cour, se développent. De ce rôle de capitale, la ville a gardé les monuments les plus prestigieux, édifiés et décorés par des artistes étrangers, surtout italiens. On y compte une cinquantaine de musées, une vingtaine de théâtres, et la vie culturelle y reste au moins aussi développée qu'à Moscou. Fondée en 1819, l'université est aujourd'hui la deuxième de Russie après celle de Moscou. Elle groupe de nombreuses facultés, quarante grandes écoles et un grand nombre d'instituts de recherche. Saint-Pétersbourg reste la ville de l'innovation technique, de la mode, de la production de qualité et même de luxe : sa « maison de la fourrure » est fréquentée chaque année par des négociants étrangers. Le travail de la soie, du cuir, du verre, la fabrication de meubles, l'optique et la mécanique de précision restent développés.
La ville du Nord
Par sa position, la ville est considérée comme une capitale du nord des pays russes. Sous le 60e parallèle, elle est déjà une ville septentrionale, ce qui se marque moins par la rigueur des températures de l'hiver, adouci par les dépressions de la Baltique, que par la hauteur de la couche de neige, la durée de l'embâcle de la Neva, la prise de son port par les glaces et surtout la longueur des nuits d'hiver, qui imposent une forte dépense d'électricité : la contrepartie en sont les délices des « nuits blanches » du solstice d'été, au cours desquelles la ville ne dort pas. Les changements et les contrastes de saisons entraînent des activités nouvelles, dynamiques (sport de glace, baignades dans les eaux glacées, célébration des saisons), qui sont l'occasion d'autant de fêtes, plus brillantes qu'à Moscou.
Saint-Pétersbourg est également la ville du Nord par la spécialisation de ses activités intellectuelles. Son université rassemble les étudiants du nord de la Russie et est orientée vers l'étude des problèmes du Nord ; ainsi ont été créés une section de recherche ethnologique pour l'étude des peuples hyperboréens, un institut pédagogique qui a fourni les premiers instituteurs, un institut linguistique et ethnographique des peuples de Sibérie…
Saint-Pétersbourg est devenue non seulement la capitale de la province (oblast) qui porte son nom, mais aussi celle de la « grande région économique » dite « du Nord-Ouest », qui s'étend jusqu'aux rivages de la mer Blanche et de la mer de Barents à l'Oural. À ce titre, elle rassemble les organismes chargés de l'exploitation des régions nordiques : administrations des ressources minières de la péninsule de Kola et des régions de la Petchora, laboratoires de recherche pour les expéditions polaires et la « route maritime du Nord ». Elle commande donc une région très dynamique.
La fenêtre sur l'Occident
Dans une position périphérique par rapport à la vieille Russie, la ville – maritime et opposée à la terrienne Moscou – est demeurée un grand port : les installations s'étendent au débouché de la Grande Neva sur le fond du golfe de Finlande, à la fois sur l'île de Goutouïev et sur celle de Vassiliev, dont les prospekt, anciennes laies forestières, orthogonales, s'ordonnent en fonction des quais. Le port militaire s'est maintenu, en particulier sur l'île de Kronchtadt. Le trafic du port de commerce est composé surtout de bois et de minerais destinés à l'exportation. Le port de voyageurs est devenu une escale importante des croisières de plus en plus nombreuses organisées par les pays occidentaux.
La ville reste, beaucoup plus que Moscou, plus que les autres ports de la Russie, largement ouverte vers l'Europe occidentale. Les mœurs et les techniques de l'Europe furent introduites en Russie par Saint-Pétersbourg. De nombreuses denrées finlandaises importées sont vendues dans les boutiques de la ville. Les étrangers, hommes d'affaires ou touristes, y viennent nombreux. Saint-Pétersbourg a été choisie comme capitale mondiale du mouvement des villes jumelées (elle est jumelée à vingt-cinq autres villes, dont les ports d'Anvers et du Havre). Des congrès et des colloques internationaux s'y tiennent fréquemment. Ainsi apparaît-elle comme une ville plus dynamique, plus ouverte que Moscou. Elle préfigure l'évolution de l'ensemble de la Russie. La culture, la mode (il y a une maison de haute couture), la qualité de la vie y sont plus imprégnées du reste de l'Europe qu'à Moscou. Le taux de motorisation y est plus élevé.
Ainsi Saint-Pétersbourg est-elle la plus extérieure, la plus étrangère des villes russes ; seule, sans doute, Odessa peut lui être comparée.
Le dernier siècle
Saint-Pétersbourg fut la ville de la Révolution précisément parce qu'elle était la ville de la Cour et la ville en rapport avec l'Europe. Des sociétés occidentales y avaient investi des capitaux, implanté des usines, et des compagnies bancaires et d'assurances y avaient établi leur siège. Une classe ouvrière naissante, mais consciente de sa force, bien organisée s'y était développée. La ville connut le « Dimanche rouge » de 1905, et les révolutions de Février et d'Octobre 1917 y éclatèrent. C'est à la gare de Finlande que débarquèrent Lénine et ses compagnons. On suit dans la ville contemporaine toutes les traces, tous les hauts lieux de la révolution bolchevique, pieusement conservés ou transformés en musées : l'Institut Smolnyï, le croiseur Aurore, l'automitrailleuse de marque Renault qui transporta Lénine…
Devenue Petrograd en 1914, Leningrad en 1924 et demeurée la capitale de la Révolution, la ville a dû céder à Moscou, plus centrale, moins exposée, le titre de capitale. Sa population l'emportait encore en 1917 sur celle de sa rivale (2 200 000 hab. contre 1 800 000), mais cette dernière, attirant par ses industries et ses nouvelles fonctions la population rurale des environs, dépassa Saint-Pétersbourg pendant les années 1920. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Saint-Pétersbourg comptait 3 200 000 habitants, 800 000 de moins que la capitale.
Or, la ville a beaucoup plus souffert de la guerre que Moscou. Durant le siège allemand et finlandais, qui dura 900 jours, la population de Saint-Pétersbourg, bombardée sans cesse par l'artillerie ennemie, et coupée du ravitaillement extérieur, qui s'opérait dans des conditions précaires sur le lac Ladoga gelé, a compté plus d'un demi-million de personnes mortes de froid ou de famine. À la libération, en 1944, l'agglomération avait perdu plus d'un million d'habitants et n'a tout juste retrouvé son niveau d'avant guerre qu'au recensement de 1959. Plus du tiers des maisons (10 000 avaient été détruites ou sévèrement endommagées. Le haut lieu de Piskarev, où sont ensevelies les victimes et qui est devenu un musée des souffrances de la ville, exprime tout le martyre des habitants. Une population nouvelle, plus jeune, est venue habiter la ville, et l'on considère qu'il ne reste plus que le quart des anciens habitants ou de leurs descendants. Mais les nouveaux venus se sont fondus dans la population ancienne, et la ville n'a rien perdu de son esprit traditionnel.
La fonction industrielle
Les industries sont d'abord liées à la fonction portuaire. Le chantier de constructions navales Ordjonikidze est un des plus actifs de Russie. Il construit des cargos, des bateaux de pêche et des pétroliers de petit et moyen tonnage, mais aussi de gros chalutiers et des « usines flottantes » qui parcourent les océans sans relâcher dans les ports russes. Il a lancé le premier brise-glace à propulsion nucléaire, le Lénine, employé pour ouvrir le chenal aux convois de la « route maritime du Nord ».
D'autres industries sont liées au trafic portuaire. Ainsi, le quartier du port commercial est le centre des industries travaillant le bois (meubles, cellulose), dont une partie arrive par voie de mer, l'autre par les lacs et la Neva ; les produits élaborés sont en partie exportés vers l'étranger.
Les matières premières de la presqu'île de Kola alimentent les industries de transformation de la partie septentrionale de l'agglomération. Ainsi, les apatites du massif de Khibiny alimentent le combinat Nevski, qui fabrique des superphosphates, et la néphéline une usine d'aluminium.
La métallurgie est née du port militaire, de l'arsenal de Kronchtadt. On sait que les ouvriers de l'usine Poutilov s'étaient portés à l'avant-garde de la Révolution. Devenue « Kirov », l'entreprise livre des machines d'extraction minière et de l'équipement pour les usines métallurgiques. Les tracteurs de forte puissance employés dans les régions polaires sont fabriqués par une autre entreprise. Elektrossila a fourni des turbines de grande taille, d'abord pour les centrales établies dans la région, sur le Volkhov, ensuite pour les grands ouvrages construits sur la Volga et les fleuves sibériens.
Enfin, plus que Moscou, Saint-Pétersbourg concentre des activités récentes, de qualité et même de luxe, destinées à la consommation urbaine, aux laboratoires de recherche, à l'industrie aéronautique et spatiale, dont une partie de la production est exportée. C'est grâce à la production de la ville que la région du Nord-Ouest assure le cinquième de la production russes des téléviseurs, le tiers de celle des moteurs électriques. L'optique, la mécanique de précision, l'appareillage électroménager, la photographie et le cinéma, l'appareillage téléphonique, les machines-outils pour l'équipement des industries alimentaires et textiles, l'imprimerie et tout ce qui intéresse l'édition, la fabrication de bicyclettes et de motocyclettes sont des secteurs caractéristiques (d'où est exclue toutefois l'automobile, initialement monopolisée par Moscou). Tous imposent un niveau supérieur de technicité, une formation professionnelle poussée des cadres et de la main-d'œuvre. Tous utilisent des quantités relativement faibles de matières premières et livrent des produits de valeur. Tous, enfin, exigent une grande quantité d'énergie ; celle-ci était fournie déjà avant la Révolution par de grosses centrales thermiques recevant du charbon importé par le port ; elle l'est depuis les premiers plans quinquennaux par les centrales hydrauliques du Volkhov et par les centrales construites au terminus du gazoduc venant de Moscou et de Stavropol, et dont l'accroissement de capacité doit permettre le développement d'une nouvelle catégorie d'industries, textiles synthétiques et matières plastiques. La ville joue donc un rôle d'avant-garde dans toutes les branches industrielles, à l'exception de l'industrie lourde.
L'extension de l'agglomération
L'ensemble du territoire de la ville, qui couvre plus de 320 km2, tend à dépasser largement les limites de la ville « historique ». Le centre prend peu à peu le caractère d'une ville-musée et, pour la perspective Nevski, d'une city, où se concentrent bureaux et commerces. Les îles sont consacrées aux espaces verts, aux loisirs (parc Kirov) et au port. Vers le nord, les usines et les ensembles résidentiels qui les entourent tendent à se fondre dans la taïga. Au sud, l'extension se fait le long des voies ferrées et des routes, sous la forme de longs faubourgs, comme le Moskovski, le « faubourg de Moscou ». De nouveaux quartiers remplacent les médiocres quartiers détruits durant la guerre. Un combinat de matériaux préfabriqués, situé près d'un grand espace vert, le « parc de la Victoire », contribue à la progression rapide de l'urbanisation. Mais en dehors des voies de communication subsistent encore des espaces vides. La campagne commence de façon brutale. À ce titre, Saint-Pétersbourg, au contraire de Moscou, est une ville sans banlieue proche.
L'extension de l'agglomération avait posé dès avant 1941 le problème des communications, bien qu'on se soit toujours efforcé de ne pas dissocier lieu de résidence et lieu de travail. Une partie des migrants « pendulaires », si ce n'est la majorité, utilise la voie ferrée. Les grandes gares pénètrent soit jusqu'au bord de la Neva, sur sa rive droite (gare de Finlande), soit à l'extrémité de la Nevski (gare de Moscou), ou enfin, pour le sud, jusqu'au canal Obvodnyï (gares de la Baltique et de Varsovie). La construction d'un métro aussi luxueux que celui de Moscou avait commencé avant la dernière guerre. Deux lignes se croisent à peu près au centre de la ville, et l'on envisage le creusement d'une troisième ligne et d'une rocade. Enfin, les trolleybus, dont le faisceau de lignes se noue sur la Nevski, facilitent les mouvements migratoires. Il est caractéristique que ceux-ci sont moins développés que dans d'autres agglomérations russes : la ville compte moins de 20 p. 100 de sa population active recensée dans les villes dites « spoutnik » (satellites) contre 36 p. 100 à Moscou.
Saint-Pétersbourg et sa région
Il est difficile de définir les caractères et les limites de ce qui serait, par analogie avec Moscou, un « grand Saint-Pétersbourg ». Les autres localités de la région sont de petite taille. Ce sont des centres industriels, animés par l'électricité hydraulique ou la batellerie du système de la Neva, qui unit le port de Saint-Pétersbourg au lac Ladoga (ainsi Kirovsk, Petrokrepost) ; des centres de culture maraîchère et d'élevage laitier pour le ravitaillement de l'agglomération (le long de la route de Moscou, au bord du littoral, dans les clairières de la taïga, où se dispersent aussi scieries et industries du bois) ; des villes-musées, anciens lieux de résidence des tsars (Petrodvorets, Pouchkine, mont Poulkovo [site d'un observatoire], qui sont devenus des localités de datcha ou des lieux de récréation pour la population de Saint-Pétersbourg. En revanche, le port semble paralyser tout développement d'une activité maritime d'importance, au moins jusqu'à la frontière de l'Estonie, au sud, et jusqu'aux abords de Vyborg, au nord. Il semble donc que la ville exerce une action efficace plus sur l'ensemble de sa grande région économique que sur son arrière-pays immédiat. Ce développement relativement limité peut s'expliquer par la perte du rôle de capitale aussi bien que par la modestie, sur le plan international, des activités portuaires. C'est bien pourquoi le sort de la ville dépend étroitement de la politique d'ouverture de la Russie et en particulier de l'élargissement de ses relations avec l'Occident par la voie baltique.
Le climat
Le climat de Saint-Pétersbourg est tempéré de transition, avec des précipitations modérées (559 mm par an), qui tombent surtout en été, et des températures qui oscillent entre 18 °C en juillet et − 8 °C en janvier et février, pour une moyenne annuelle de 4,5 °C.
L'HISTOIRE DE SAINT-PÉTERSBOURG
Appelée parfois la « Venise du Nord » à cause de ses nombreux canaux et de ses quelque 600 ponts, Saint-Pétersbourg est, parmi les métropoles européennes, l'une des plus récentes. Elle offre également un exemple caractéristique d'une création de toutes pièces. L'embouchure de la Neva, peuplée par des Ingriens ou Ijores, est conquise en 1703 par Pierre le Grand, qui veut doter la Russie d'une fenêtre sur l'Europe et d'un port sur la Baltique. La première pierre de la future Saint-Pétersbourg est posée en mai 1703. Dès 1712, Saint-Pétersbourg devient la capitale de la Russie. Elle s'enrichit de nombreux édifices sous Élisabeth Petrovna et Catherine II, et acquiert sous Nicolas Ier la majestueuse physionomie qu'elle a gardée.
À la fin du xviiie s., la ville compte 220 000 habitants environ. Elle assure la majeure partie du commerce extérieur russe (exportation des lingots de fer vers l'Angleterre) et est, avec Kronchtadt, le principal port militaire. Grande ville industrielle (textile, construction navale et mécanique), elle se développe rapidement dans la seconde moitié du xixe s. (usines Poutilov, Nobel, Oboukhov). Elle offre le contraste de ses palais et hôtels aristocratiques, le long des canaux et de la Neva, et de ses faubourgs ouvriers misérables. En 1897, elle compte 1 297 000 habitants, dont 150 000 ouvriers.
Saint-Pétersbourg, qui avait été le théâtre de l'insurrection décembriste (1825), joue un rôle décisif dans les révolutions de 1905 et de 1917. La ville, rebaptisée Petrograd en 1914, est le siège du gouvernement provisoire (mars-octobre 1917) puis du soviet des commissaires du peuple (Sovnarkom) constitué en octobre-novembre 1917 sous la présidence de Lénine. Lors de l'offensive allemande de mars 1918, le Sovnarkom s'établit à Moscou, qui redevient la capitale de la Russie. Menacée par Ioudenitch (1919), ruinée par les destructions de la révolution et de la guerre civile ainsi que par la famine de 1921, la ville se reconstruit et se développe. Elle prend le nom de Leningrad en 1924. Les luttes politiques y sont particulièrement vives et meurtrières à l'époque stalinienne, notamment au sein du comité urbain du parti communiste, présidé successivement par Zinoviev (1921-1926), Kirov (1926-1934) et Jdanov (1934-1948), à la mort duquel une dernière purge y sera organisée en 1949.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Leningrad est investie dès septembre 1941, au sud, par la Wehrmacht, qui prend Schlüsselburg le 8, et, au nord-ouest, par les troupes finlandaises, en Carélie. Une seule voie ferrée, établie sur le lac Ladoga pris par les glaces, la relie à l'intérieur. Ce blocus n'est brisé qu'en janvier 1943 (réoccupation de Schlüsselburg), mais les Allemands ne seront repoussés à 250 km de la cité que lors de l'offensive soviétique du 13 janvier 1944.
En 1991, la ville reprend son ancien nom de Saint-Pétersbourg.
L'ART À SAINT-PÉTERSBOURG
« Fenêtre ouverte sur l'Europe », selon le dessein de son fondateur, la ville de Pierre le Grand occupe, précisément par son caractère européen, une place tout à fait à part dans l'architecture urbaine russe. En outre, son plan géométrique, son unité architecturale et le réseau des canaux qui la traverse contribuent à lui donner un cachet particulier.
En 1709, le tsar créa une « chancellerie des constructions » qui, chargée de proposer des modèles d'édifices, devait veiller à ce que la ville ne se développât pas de façon anarchique, mais au contraire selon un plan bien ordonné. Pierre le Grand, comme par la suite ses successeurs, fit appel à des architectes étrangers, et la plupart des monuments de la cité sont l'œuvre d'Italiens et de Français.
Les premiers bâtiments de la ville furent édifiés en style pseudo-classique par le Tessinois Domenico Trezzini (1670-1734). Plus tard, sous le règne d'Elisabeth Petrovna (1741-1762), triomphe le style baroque : l'Italien Bartolomeo Francesco Rastrelli embellit la ville d'édifices aux façades richement décorées, peintes en vert tendre ou bleu pâle. Sous Catherine II, avec la fondation de l'académie des Beaux-Arts qui exerça une influence dominante sur l'art et l'architecture russes jusqu'au milieu du xixe s., le style baroque est remplacé par le style classique, qu'illustrent les œuvres des Italiens Antonio Rinaldi (1709-1790) et Giacomo Quarenghi (1744-1817), et du Français Jean-Baptiste Michel Vallin de La Mothe (1729-1800). Sous Alexandre Ier (1801-1825) se répand le style Empire avec l'Italien Carlo Rossi (1775-1849), le Français Thomas de Thomon (1754-1813) et les Russes Andreï Nikiforovitch Voronikhine (1759-1814) et Adrian Dmitrievitch Zakharov (1761-1811). À partir du milieu du xixe s., la construction se ralentit et l'on ne bâtit plus que des édifices isolés, parfois assez lourds et s'harmonisant mal avec l'architecture des périodes antérieures.
La forteresse, berceau de la ville, est due à Trezzini, qui y construisit en style hollandais la cathédrale Pierre-et-Paul (1712-1721), refaite en 1750 par Rastrelli. Mais c'est le palais d'Hiver (1754-1762), avec les édifices qui l'entourent, qui imprime à la ville son caractère dominant. Les façades, vert clair et richement décorées, sont l'œuvre de Rastrelli ; l'intérieur fut refait par Vassili Petrovitch Stassov (1769-1848) sous Nicolas Ier. Pour abriter les collections impériales, noyau de l'immense musée actuel, Vallin de La Mothe construisit le Petit Ermitage (1764-1767), que Velten prolongea par le Vieil Ermitage (1775-1784), édifice qui se trouve séparé par un canal du théâtre de l'Ermitage, bâti par Quarenghi en style Empire (1783-1787) ; au-delà se dresse le Nouvel Ermitage (1839-1852), décoré d'immenses atlantes de granite. La place du Palais, avec au centre la colonne Alexandrine, élevée en 1834 par Auguste Ricard de Montferrand (1786-1858) est bordée par les bâtiments de l'État-Major (1819-1847), reliés par un arc de triomphe au ministère des Finances et des Affaires étrangères, œuvre maîtresse de Carlo Rossi. Plus en aval s'élève l'Amirauté, édifice de 1704 reconstruit en style Empire par Zakharov et que domine une tour haute de 70 m avec sa flèche.
Au-delà de l'Amirauté et débouchant sur la rive de la Neva s'étend la place du Sénat (place des Décembristes), bordée par les bâtiments du Sénat et du Synode élevés par Rossi et que relie un arc monumental ; au centre de la place et face au fleuve se dresse la célèbre statue de Pierre le Grand par Falconet. Derrière la place du Sénat, on aperçoit le dôme de la cathédrale Saint-Isaac, construite de 1819 à 1858 par Ricard de Montferrand et qui rappelle Saint-Paul de Londres. Devant l'Amirauté prend naissance une avenue rectiligne de plus de 4 km, l'avenue de la Neva (perspective Nevski). Au début de cette avenue se dresse la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan (1801-1811), imitée par Voronikhine de Saint-Pierre de Rome. Plus loin sur la perspective Nevski, le théâtre Aleksandra (théâtre Pouchkine, 1823-1832) forme, avec les bâtiments de la rue Rossi qui s'étend derrière, un ensemble Empire d'une grande unité, œuvre de Rossi. De l'autre côté de la perspective s'élève, en retrait, un palais construit de 1819 à 1825 par le même architecte pour le grand-duc Michel Pavlovitch (aujourd'hui le Musée russe). Au milieu de la perspective, à l'angle du canal de la Fontanka, se dresse le palais Anitchkov (1741-1750) construit par Rastrelli pour le comte Razoumovski et achevé en 1806 par Quarenghi ; à cet endroit, la perspective Nevski enjambe la Fontanka par le pont Anitchkov, décoré des chevaux de bronze de Peter Jacob Clodt.
La perspective aboutit au grand monastère Alexandre Nevski, que domine la cathédrale de la Trinité commencée en 1716 par Trezzini, puis transformée par Ivan Egorovitch Starov (1743-1808). Au nord du monastère, Rastrelli édifia en style baroque, pour l'impératrice Elisabeth, le couvent Smolnyï, terminé vers 1830 par V. P. Stassov conformément aux projets initiaux ; Quarenghi y éleva pour Catherine II l'Institut Smolnyï, qui servit d'état-major lors des journées d'Octobre.
L'aménagement de la pointe de l'île Basile fut confié à Thomas de Thomon, qui y construisit la Bourse (1805-1810) et deux colonnes rostrales décorées de statues représentant la Volga, le Dniepr, le Volkhov, la Neva. De beaux édifices bordent l'île : le Kunstkammer (1718-1734), reconnaissable à sa tour-lanterne bleutée ; l'académie des sciences (1783-1789), de style classique, œuvre de Quarenghi. On peut encore admirer le palais Menchikov (1710-1716), seul hôtel particulier intact de cette époque, et le bâtiment des Douze-Collèges (1722-1742), de Trezzini, par la suite université.
De nombreuses propriétés furent aménagées dans les environs de la ville. Pierre le Grand rêvait d'avoir son Versailles. En 1715, le Français Alexandre Leblond (1679-1719) lui construisit à Peterhof (Petrodvorets) une résidence d'été, agrandie (1747-1752) par Rastrelli ; dans le parc, agrémenté de fontaines, de cascades et de statues, s'élèvent plusieurs petits palais, comme le château de Marly, celui de Montplaisir, le pavillon de l'Ermitage. À Tsarskoïe Selo (Pouchkine), Rastrelli édifia pour l'impératrice Elisabeth un palais (1752-1761) que Catherine II transforma en résidence d'été ; l'intérieur fut refait en style pompéien par l'Écossais Charles Cameron (vers 1740-1812). Quarenghi bâtit dans la même ville le palais Alexandre (1792-1796), qui, à partir de 1811, servira de lycée. C'est à Gatchina, dans le château (1766-1781) élevé par Antonio Rinaldi pour le comte Orlov, que Paul Ier établira sa cour. Charles Cameron construisit le château de Pavlovsk (1782-1786), dont le parc est un des plus beaux de Russie.
De l'époque soviétique datent les larges avenues bordées d'immeubles, les places et monuments dédiés aux révolutionnaires, des édifices comme le théâtre du Komsomol Lénine (1933-1939) ou le théâtre de la Jeunesse (1962).
LES MUSÉES DE SAINT-PÉTERSBOURG
image: http://www.larousse.fr/encyclopedie/data/images/1314726-Saint-
La ville compte de nombreux musées, au premier rang desquels l'Ermitage. Riche d'environ 2 700 000 objets d'art, de la préhistoire au xxe s., c'est un des plus grands musées du monde. Ses collections de peintures françaises (de Poussin à Matisse, avec un très riche ensemble du xviiie s.) sont particulièrement remarquables.
Il faut signaler également le Musée russe (collections d'art russe du xiie s. au xxe s.), le Musée ethnographique (art et artisanat populaire des peuples de l'ex-U.R.S.S.), le musée de la Littérature, le musée de la Marine (dans l'ancienne Bourse), le musée Mendeleïev.


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