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LE CARBONIFÈRE

 

 

 

 

 

 

carbonifère


Système du paléozoïque supérieur, le carbonifère est la période de l'ère primaire, de – 359 à – 299 millions d'années (durée 65 millions d'années), entre le dévonien et le permien. À la base, les sédiments marins sont pauvres en trilobites, mais riches en foraminifères (fusulines), brachiopodes, goniatites, etc., et localement en amphibiens. Les premières plantes du groupe des gymnospermes (conifères actuels) apparaissent. Les sédiments continentaux de la partie supérieure sont riches en végétaux (houilles), en insectes, arthropodes et en premiers restes de reptiles.
Au carbonifère, les masses continentales sont en contact (constituant un amalgame mouvant appelé la Pangée), mais elles continuent à se déplacer les unes par rapport aux autres, provoquant de grandes déformations (chaîne hercynienne) accompagnées de rotations de blocs, révélées par le paléomagnétisme, de l'Espagne à l'Europe centrale. Une glaciation encadrée par deux périodes chaudes affecte l'hémisphère Sud (Gondwana). Le carbonifère fait partie du cycle hercynien ou varisque.


La paléogéographie du carbonifère
Avec le carbonifère, après qu'en certaines régions une phase bretonne eut inauguré l'orogenèse hercynienne, une transgression générale, l'une des plus importantes des temps géologiques (comparable par son ampleur à celle du crétacé supérieur), s'avance sur toutes les masses continentales. Sur le continent nord-atlantique en Europe, c'est la transgression dinantienne. En Amérique du Nord, cette transgression est dite mississippienne. Le carbonifère saharien est également transgressif sur le continent nigritien.
Cette transgression marine dépose des calcaires. Les premières ébauches de chaîne hercynienne commencent à émerger, alimentant la sédimentation d'un flysch dans les fosses marines (faciès kulm ou culm en Europe).
Au carbonifère moyen et supérieur, la chaîne hercynienne commence à se structurer avec les phases sudète et asturienne, essentielles dans le domaine prototéthysien occidental (Amérique du Nord, Europe de l'Ouest).
Au carbonifère moyen, par suite du basculement de l'équateur, une zone d'évaporites se développe sous les latitudes subtropicales (régions septentrionales de l'Amérique du Nord, du Groenland et de l'Europe du Nord). Par ailleurs, l'équateur, qui passe alors par le sud des États-Unis et le sud de l'Europe, est le siège d'une exubérante végétation (forêt houillère) qui colonise les zones exondées par la surrection de la chaîne hercynienne. C'est en bordure de la chaîne hercynienne que se formeront les bassins houillers paraliques marins. Au carbonifère supérieur s'individualisent, à l'intérieur de la chaîne, des bassins houillers limniques continentaux.
La Pangée un moment réunie se dissocie, à la fin du carbonifère, en trois blocs qui connaîtront des évolutions paléogéographiques et bioclimatiques ultérieures différentes : au sud, le continent du Gondwana (boucliers brésilien, africain, arabe, australien) et, au nord, celui de l'Angara (plate-forme sibérienne) et le continent nord-atlantique.


La biostratigraphie et la chronostratigraphie du carbonifère
Le carbonifère constitue un système unique et se subdivise en deux parties ayant chacune rang de sous-système : dinantien et silésien en Europe, mississippien et pennsylvanien en Amérique du Nord.
Ces sous-systèmes se subdivisent eux-mêmes en séries : tournaisien et viséen pour le dinantien ; namurien, westphalien et stéphanien pour le silésien. Les autres dénominations correspondantes sont au nombre de douze et sont principalement définies à partir de stratotypes situés en Russie.


La paléontologie du carbonifère
Les animaux

À la suite des poissons, les batraciens se développent – avec l'apparition d'un groupe de grande taille, les stégocéphales – ainsi que les reptiles, dont le dimétrodon. Les premiers insectes sont connus au carbonifère. Parmi les microfossiles, les fusulines apparaissent. Elles constituent le fondement de la stratigraphie du permo-carbonifère mésogéen. Les trilobites et les goniatites restent très présentes.


Les végétaux

Les végétaux continuent leur explosion : les cryptogames vasculaires, se reproduisant par des spores, constituent de véritables forêts. Les groupes de ptéridophytes se diversifient, et certains atteignent des tailles d'arbres : filicales, lycopodiales (Lepidodendron, Sigillaria), équisétales (Calamites). Les gymnospermes (conifères actuels) sous forme de cordaïtes apparaissent.
Le volcanisme, la granitisation et les gisements métallifères au carbonifère
Au carbonifère inférieur, la mise en place de ceintures volcaniques sous-marines s'accompagne vers – 360 millions d'années d'une importante phase métallogénique en ce qui concerne le cuivre, l'or et les métaux de base, avec la formation en Europe des amas sulfurés de Neves Corvo (Portugal), de la ceinture sud-ibérique (Rio Tinto), de Mavan et Galmoy en Irlande, de la Toscane et de Chessy et Sain-Bel, en France.

Au carbonifère supérieur, un important volcanisme orogénique profond accompagne également la sédimentation du stéphanien. Avec les granitoïdes et l'hydrothermalisme connexes, il détermine la mise en place dans le socle ancien des hercynides d'Europe et d'Ouzbékistan, vers – 300 millions d'années, de minéralisations filoniennes économiques à or, antimoine, plomb, argent, zinc, et plus tardivement (vers – 280 à – 260 millions d'années) à zinc, plomb, fluorine et localement, uranium.

 

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ALEXANDRIE

 

Alexandrie

Principal port et deuxième ville d'Égypte.
Population pour l'agglomération : 4 400 104 hab. (estimation pour 2010)
Carrefour routier et ferroviaire, centre commercial et financier, industriel (textile, mécanique, chimie) et culturel (université ; bibliothèque [Bibliotheca Alexandrina, 2002, héritière symbolique de la bibliothèque antique]).
L'histoire d'Alexandrie
La création de la ville antique
Plusieurs villes, fondées par Alexandre le Grand au cours de ses campagnes militaires en Asie et en Égypte, portaient le nom d'Alexandrie. Mais la plus célèbre et la plus importante est Alexandrie la Grande, ou l'Égyptienne. L'emplacement de ce petit port méditerranéen, qui était fréquenté par les Phéniciens et qui avait été un lieu de garnison à l'époque pharaonique, séduisit Alexandre, car ses deux entrées naturelles formées par la proximité de l'île de Pharos, étaient idéales pour les manœuvres des embarcations grecques. Bâtie en 332 avant J.-C. ou, d'après certaines sources, à son retour de l'oasis d'Amon en 331 avant J.-C, elle était destinée à abriter les autochtones, la garde macédonienne, quelques immigrés grecs, ainsi qu'une minorité juive.
Il n'y avait à l’origine sur le site choisi qu'une pauvre bourgade, Rhakotis. À proximité, les marais du delta étaient habités par les Boukoloï, population de bergers farouches, auxquels se mêlaient tous les brigands de l'Égypte. Sur place, un sol pierreux, salin, ingrat, dépourvu d'eaux potables. Il fallait donc compter sur des citernes (il s'en construisit beaucoup) et accessoirement sur l'eau du lac Mariout. Entre la mer et ce lac, Alexandrie pouvait être la porte et le bastion de défense de l'Égypte, mais en demeurant à l'écart de la vallée du Nil ; il était entendu qu'elle se juxtaposait à l'Égypte, sans s'y intégrer : Alexandrea ad Ægyptum, Alexandrie près de l'Égypte. Favorisée par sa situation géographique et par la construction astucieuse de son port, Alexandrie devint rapidement un centre économique et une ville maritime des plus renommées de l'Antiquité. Mais aussi éclatante fut sa grandeur, aussi perturbée et aventureuse fut sa longue existence.
Alexandrie capitale de l'Égypte ptolémaïque : l’âge d’or
De 331 à 31 avant J.-C., Alexandrie fut la capitale d'un royaume gréco-égyptien. Durant son premier siècle d'existence et sous le règne des trois premiers Ptolémées, elle connut la gloire la plus resplendissante. Les maîtres de l'Égypte se plurent à orner la ville de la splendeur de l'art hellénistique, expression d'un monde en évolution. Ptolémée Ier, lieutenant d'Alexandre le Grand, dont il suivit fidèlement les principes de tolérance, sut se concilier la sympathie de ses sujets. Respectueux des institutions civiles et politiques, et des croyances et religions locales, il administra l'Égypte dans un climat de paix interne. Grâce à lui Alexandrie devint une capitale exemplaire; il fit construire des temples, des palais majestueux et le fameux phare d'Alexandrie, (Pharos) connu comme l'une des Sept Merveilles du monde et dont des vestiges significatifs ont été mis au jour lors de fouilles sous-marines en 1995. La ville devint également un centre culturel important où se rencontraient de nombreux savants et artistes, protégés et subventionnés par le souverain. La bibliothèque d'Alexandrie, qui réunissait plus de 700 000 manuscrits, fut célèbre de tous temps. Elle fut incendiée lors de la révolte de la ville contre César (guerre d'Alexandrie, 48-47 avant J.-C.). À la mort de Ptolémée Ier, surnommé le Sauveur, son fils lui succéda. Se gardant d'entraîner l'Égypte dans les conflits qui mettaient alors à feu et à sang les royaumes voisins, il se contenta de suivre avec ardeur la politique entreprise par son père. Ami des arts et des sciences, il s'entoura de nombreux poètes et savants, parmi lesquels s'illustrèrent Théocrite et Callimaque. Avec la mort de Ptolémée III Évergète, fidèle à la politique de ses prédécesseurs, prend fin l'âge d'or d'Alexandrie.
Alexandrie sous les rois lagides
Alexandrie était le lieu de résidence du roi lagide, dont le palais se trouvait à proximité du Grand Port. La Cour gravitait autour du souverain. L'administration propre de la ville pouvait être définie comme un ensemble de corporations (politeumata) correspondant aux différentes nationalités d'origine, celle des Grecs, appelés aussi citoyens ou tout simplement Alexandrins, étant de beaucoup la plus forte. Au sommet, des représentants du roi : gouverneur, préfet de police, exégète et ethnarque, veillaient à la police, à l'approvisionnement et à l'administration en général.
Cette coexistence des puissants et de la population explique la plupart des troubles qui perturbèrent la vie urbaine. Ces troubles étaient dus d'abord aux autochtones égyptiens, difficiles à gouverner, ensuite aux mercenaires, nombreux et indisciplinés (Alexandrie était la principale ville de garnison), enfin aux Alexandrins eux-mêmes. Il n'y eut pas de révolutions organisées, mais des soulèvements de caractère spontané, provoqués par la politique royale ou les problèmes dynastiques (en 203, 170, 165, 136-135, 80 avant J.-C.). De leur côté, les maîtres ne s'étaient pas privés de provoquer le peuple, surtout Ptolémée VII, qui connaissait l'hostilité de beaucoup d'Alexandrins à son égard.
Les Juifs d’Alexandrie
Flavius Josèphe estimait le nombre des Juifs d'Alexandrie à 100 000. Ils habitaient surtout le quartier dit du « Delta », à l'est des ports et du palais, mais ne s'y confinaient pas. Ils étaient établis de longue date en Égypte, où ils étaient venus en qualité de mercenaires ou de rescapés de l'exil de Babylone. Alexandre leur aurait donné toute licence de profiter de sa fondation nouvelle. Ptolémée Ier avait ramené beaucoup de prisonniers juifs, qui vécurent là comme soldats ou comme esclaves. Ces derniers s'affranchirent vite et tous prospérèrent dans le cadre de leur communauté, dirigée par un ethnarque assisté d'un conseil.
À la jalousie des Grecs s'ajoutèrent les effets d'une tradition d'antisémitisme déjà ancienne dans les milieux égyptiens cultivés. Enfin, ce qui ne détendit pas l'atmosphère, les Juifs furent mêlés aux affaires dynastiques, quand, mal vu des Alexandrins, Ptolémée VI fit appel à un contingent juif pour lutter contre Ptolémée VII, lequel se vengea par la suite.
Il existe des traces de l'activité intellectuelle des Juifs alexandrins. Un certain Aristée, repris par Flavius Josèphe, avait décrit le studieux travail des Juifs hellénisés. C'est dans leur milieu que fut rédigée la traduction grecque de l'Ancien Testament connue sous le nom de version des Septante, et qui mettait les livres sacrés des Hébreux à la portée de ceux qui ne lisaient plus que le grec. Dans les synagogues alexandrines, on priait en grec. Hellénisés à ce point, les Juifs avaient été en mesure de fournir à la monarchie de hauts fonctionnaires, issus de familles parfois très riches, comme celle du philosophe Philon.
Alexandrie romaine
César et la guerre d'Alexandrie

César débarqua à Alexandrie en octobre 48 avant J.-C., juste avant l'assassinat de Pompée. La foule et les soldats de Ptolémée manifestèrent vivement contre lui, et des soldats romains furent assassinés les jours suivants. César dut se retrancher dans le quartier du palais ; il réussit à brûler la flotte égyptienne et les arsenaux ; le feu se communiqua à la bibliothèque. Il vainquit la flotte des Alexandrins, mais il dut un peu plus tard s'enfuir à la nage de son vaisseau qui chavirait. Deux mois plus tard, il sortait d'Alexandrie pour rejoindre son allié Mithridate, débarqué à Péluse, et rentrait victorieusement dans la ville, en mars 47 avant J.-C. Il regagna Rome à une date controversée, mais vraisemblablement en septembre 47 avant J.-C. Cette guerre a été racontée dans un Bellum Alexandrinum, d'un auteur contemporain.
La ville sous l’Empire romain

Sous l'Empire romain, l'essentiel de la machine gouvernementale demeura dans la ville, devenue résidence du préfet d'Égypte, de l'idiologue (intendant du domaine impérial), de l'alabarque (directeur des impôts indirects) et de quelques procurateurs impériaux. On peut essayer d'estimer la population à l'époque impériale à partir de l'affirmation de Diodore de Sicile, qui donnait à Alexandrie 300 000 habitants libres. C'était la seconde ville de l'Empire. Les empereurs s'attachèrent à l'embellir et à y laisser les marques de leur gloire ou de leur vénération envers les dieux. Auguste bâtit la ville satellite de Nikopolis, ou Juliopolis, avec les bâtiments nécessaires aux jeux quinquennaux institués en souvenir de sa victoire sur Antoine. En l'honneur de l’empereur Dioclétien, un préfet d'Égypte érigea une colonne, longtemps appelée colonne de Pompée, et qui se trouvait dans l'enceinte du Serapeum. À l'époque impériale furent encore érigés quelques nouveaux sanctuaires, dont celui de Mithra, des bains publics, dont les noms ont été conservés par les textes, et des lieux consacrés aux spectacles. Les spectacles, effectivement, ne manquaient pas. Les larges boulevards se prêtaient aux parades à l'occasion de la venue de l'empereur comme aux processions religieuses. Les athlètes alexandrins étaient nombreux et réputés. Alexandrie aurait même été la première ville gréco-orientale à avoir un cirque.
Une vaste boutique
« Alexandrie tout entière n'est qu'une vaste boutique », disait Grégoire de Nazianze. On imagine quelque chose d'analogue aux souks de l'époque arabe : des rues entières d'artisans boutiquiers se consacrant à diverses spécialités. Le travail du verre produisait des vases ornés, souvent dorés, qui avaient un grand succès dans le monde. La poterie de fabrication locale est plus modeste : ce sont surtout des vases à dessin sur fond clair, blanc ou crème, à usage funéraire, les hydries dites de Hadra, du nom d'une nécropole. La toreutique et la bijouterie ont également produit des œuvres remarquables. Autre spécialité alexandrine, les tissus de qualité, brochés, damassés ou brodés, y compris ceux qui étaient à décor de style barbare destinés à l'exportation lointaine. On tissait aussi un lin de très fine qualité, le byssos. Les produits de parfumerie et de pharmacie constituaient l'objet d'une industrie importante, très organisée, qui traitait les plantes du Delta aussi bien que les produits d'Arabie. La valeur des produits manipulés entraînait un exceptionnel luxe de précautions contre les vols dans les officines. Une partie était exportée, mais la pratique égyptienne de l'embaumement et les goûts des Alexandrins en absorbaient la plus grande part.
L'activité n'était pas moins grande du côté des ports. De grands chantiers navals construisaient ou réparaient les bateaux, en utilisant le bois importé de Phénicie ou d'Asie Mineure. Ptolémée IV y avait fait construire un navire royal très somptueux et un gigantesque vaisseau à quarante rangs de rames. Dans le même secteur, en bordure des ports, se trouvaient les magasins, et surtout les silos, où s'entassait le blé d'Égypte, véritable monnaie d'échange à l'époque lagide et produit essentiel d'exportation vers Rome à l'époque impériale. Les exportations comportaient en outre le papyrus et les produits du désert et de l'Orient, marbres, pierres précieuses, épices. Les importations consistaient en huile et vin, d'ailleurs lourdement taxés sous les Ptolémées.
Une foule turbulente

Sous la tutelle étroite de Rome, Alexandrie paraissait devoir retrouver un certain calme. Les empereurs, qui connaissaient les foules, se méfiaient : la ville fut relativement isolée, n'ayant plus de gouvernement direct sur l'Égypte et étant devenue grenier privé de l'Empire. Il y eut cependant quelques épisodes d'une rare violence.
Sous Néron, en 66, une bataille éclata à l'amphithéâtre, et, à titre répressif, les soldats firent un vrai carnage dans le quartier juif. Sous Trajan, de 115 à 117, les Juifs manifestèrent par leur révolte leur participation à l'agitation qui ébranlait leurs rangs dans tout l'Orient : ce fut l'origine d'une guerre sans merci qui nécessita l'appel à des troupes extérieures à l'Égypte, et entraîna destructions, confiscations de biens, exécutions. Les Juifs furent alors parqués dans leur ghetto du Delta.
En 215, Caracalla vint à Alexandrie, où il fut accueilli avec beaucoup d'honneur, mais aussi avec des plaisanteries qu'il n'apprécia pas, et en tira une vengeance froidement calculée : il prit un prétexte pour réunir la jeunesse et la fit massacrer.
En 273, l'empereur Aurélien vint mettre fin à la révolte du Grec Firmus, qui s'était donné les droits d'un souverain. Le quartier du Brouchion, où ses fidèles s'étaient repliés, fut dévasté.
En 296, après huit mois de siège, Dioclétien entra dans Alexandrie, où un nommé Achilleus s'était proclamé empereur. La ville souffrit, tant pendant le siège que lors de la répression qui suivit. Mais une page était tournée : les chrétiens se haussaient désormais au premier plan de l'actualité.
Alexandrie dans l'Empire byzantin
De 326 à 641, Alexandrie passe sous le contrôle de l'Empire byzantin. L'installation d'un empire chrétien à Byzance, héritier de l'Empire romain d'Orient consacra Alexandrie comme capitale de la chrétienté, aux côtés de Constantinople et d'Antioche.
Alexandrie chrétienne

L'Église d'Alexandrie est, à n'en pas douter, des plus anciennes, bien que soit légendaire la tradition qui attribue sa fondation à l'apôtre saint Marc. Les chrétiens ne font parler d'eux qu'à dater de la persécution de Septime Sévère, en 202. La persécution de Decius fut terrible, celle de Dioclétien incita les Alexandrins à faire partir de son avènement l'ère dite des martyrs, expression qui fut utilisée aux ve et vie s. Les derniers martyrs datent du temps de Maximin Daïa. Ensuite, le nombre des chrétiens se multiplia, tandis que le paganisme conservait des défenseurs acharnés dans les milieux intellectuels et des alliés chez les Juifs. La fermeture des temples païens et la destruction du Serapeum en 391, les combats avec les Juifs et la lapidation de la philosophe Hypatie en 415 marquèrent les luttes entre païens et chrétiens.
L'Église avait depuis longtemps des structures bien établies. Un patriarcat avait été fondé. Dès 362, un concile alexandrin avait promulgué des décisions qui complétaient celles de Nicée. La cathédrale fut construite sur ce qui restait du Cesareum.
La ville avait conservé sa qualité de foyer intellectuel : jusque sous Justinien subsistèrent des écoles païennes (en particulier l'école philosophique néo-platonicienne), et l'aptitude aux discussions théologiques créait un climat favorable à la naissance des hérésies. L'hérésie d'Arius y fut brillamment et ardemment combattue par l'éminent patriarche que fut saint Athanase (328-373). Aux ve et vie s., le monophysisme, qui avait la faveur des coptes, fut à l'origine de désordres sérieux. Lieu d'élection de cette hérésie, Alexandrie fut privée de son patriarche Théodose, exilé et remplacé par Paul, moine orthodoxe et autoritaire (538). Ce qui n'empêcha pas les monophysites de revenir en force. En 633, l'empereur Héraclius avait cru rétablir la paix religieuse : en réalité, les monophysites, persécutés, croyaient voir l'Antéchrist en la personne du patriarche Cyrus.
Pour en savoir plus, voir l'article Empire byzantin : histoire.
Alexandrie, ville arabe, vénitienne, puis ottomane
Occupée par les Perses (616), elle fut ensuite conquise par les Arabes (641-642), installés à Péluse dès 639, ils entrèrent dans Alexandrie en 642.
La réduction radicale de l'activité commerciale suivit celle de la population. Vers 875, Ahmad Ibn Tulun faisait abattre les trop vastes remparts antiques pour édifier une enceinte plus restreinte.
En 1202, les Vénitiens prirent momentanément Alexandrie. Comme les Génois et les Pisans, et même plus qu'eux, ils obtinrent des privilèges commerciaux et firent du port un centre de commerce des épices de l'Orient, aux xive et xve s. Ils y importaient en contrepartie des armes et des esclaves originaires des Balkans. Le Sultan percevait des droits de port élevés.
La découverte de l'itinéraire du cap de Bonne-Espérance réduisit l'activité transitaire avec l'Orient. La venue des Turcs Ottomans, en 1517, porta le coup de grâce à Alexandrie, qui fut saccagée.
L'Époque moderne
Quand Napoléon Bonaparte débarqua à Alexandrie en 1798, il n'y avait plus que 7 000 habitants. Méhémet-Ali redonna quelque rôle à la ville, dont la population remonta : 25 000 habitants en 1825, 100 000 en 1850. De son temps datent diverses constructions : un nouveau phare, à l'ouest de la presqu'île, l'arsenal du port de l'ouest, le palais de Ras al-Tin, enfin le canal Mahmudiyya, qui contourne l'agglomération par le sud, remplace l'ancien canal canopique et relie Alexandrie au Nil.
Ce fut le signal de la renaissance de la ville, qui, point de départ de la route terrestre des Indes, s'européanisa progressivement et attira non seulement des Français et des Anglais, mais aussi des Grecs, des Juifs et des Syriens. Elle fut la capitale de fait de l'Égypte, depuis Méhémet-Ali jusqu'à l'avènement d'Ismaïl, qui favorisa Le Caire.
La géographie de la ville antique
La ville s'étendait le long de la mer et s'accrochait à quelques collines. À l'ouest le vieux quartier indigène de Rhakotis, à l'est le quartier royal (Brouchion), puis le quartier juif et les faubourgs. En face, l'îlot rocheux de Pharos, qui fut bientôt relié au continent par un pont, l'Heptastadion. Ce pont, qui séparait les deux ports, le Grand Port à l'est et l'Eunostos à l'ouest, est remplacé aujourd'hui par un large tombolo.
Alexandre le Grand avait confié à l'architecte Dinocratès, de Rhodes, le soin de tracer le plan de la ville : ce fut un damier de larges avenues selon la manière des urbanistes de ce temps.
L'ensemble était ceinturé de remparts, qui jouèrent efficacement leur rôle jusqu'à leur démolition, au ixe s. Selon l’historien Tacite, ils avaient été l'œuvre de Ptolémée Ier, mais les fouilles n'ont pas confirmé cette ancienneté de façon absolue et n'ont reconstitué qu’approximativement leur tracé.
Culture et patrimoine d’Alexandrie
Le patrimoine de la ville antique
Les recherches ultérieures, menées par les conservateurs successifs du Musée gréco-romain, ont permis de découvrir des vestiges du Serapeum [expliquer], mais elles ont surtout porté sur les nécropoles, nombreuses dans les alentours : la plus spectaculaire est, au sud, celle de Kum al-Chaqafa, la « colline des tessons ».
Si l'on veut se faire une idée des principaux monuments d'Alexandrie, il faut se tourner vers les auteurs anciens. Le géographe Strabon énumère une partie des édifices : le fameux phare qui tient son nom de l'île de Pharos, les palais royaux, de l'autre côté du port, sur le cap Lochias, et, au-delà de ceux-ci, le théâtre, le Timonium bâti par Antoine, le Cesareum construit par Cléopâtre en mémoire de César ; beaucoup plus à l'intérieur, le Serapeum, qui semble dominer la ville, l'amphithéâtre et le stade du quartier de Nikopolis, le gymnase, le Paneum, colline artificielle dans laquelle on monte par un escalier intérieur. Deux édifices ont bénéficié d'un prestige tout particulier et ont marqué la vie alexandrine : le Serapeum et le Musée.
Le culte de Sérapis
L'origine du culte, typiquement alexandrin, de Sérapis, est obscurcie par la légende. Son temple, le Serapeum, était de beaucoup le plus grand d'Alexandrie. Il était situé sur une colline, aux abords de Rhakotis, là où l'on voit la colonne de Dioclétien [empereur]. C'était une enceinte carrée, close de murs, et dans laquelle se trouvaient divers sanctuaires de Sérapis et des divinités qui lui étaient associés, Isis et Harpocrate. Les fouilles ont permis de découvrir des plaques de fondation, en une collection de matériaux différents, allant de l'or à la faïence et attestant les constructions successives. Outre les sanctuaires, l'enceinte contenait des habitations de prêtres, des portiques, une bibliothèque.
Alexandrie renfermait au minimum deux ou trois autres temples de Sérapis. L'île de Pharos possédait un temple d'Isis Pharia, et il y avait des lieux de culte consacrés aux souverains : culte d'Alexandre au Sêma (son tombeau), culte d'Arsinoé II à l'Arsinoeion, temple de Ptolémée Ier et de ses successeurs, qui s'identifiaient volontiers à des divinités classiques. Le temple que Cléopâtre avait érigé en l'honneur de César (le Cesareum) fut consacré par Auguste au culte impérial (le Sebasteion).
Le Musée, la bibliothèque
Le célèbre Musée d'Alexandrie, placé sous l'invocation des Muses, donnait asile aux intellectuels les plus éminents de l'époque, venus de tout le monde grec. Installé en plein centre de la ville, il comportait des promenades, des portiques, des salles de conférences, une salle à manger, un parc zoologique, des installations spécialisées telles que celles qu'utilisaient les astronomes, et enfin la bibliothèque. La vie intellectuelle bénéficiait ainsi d'un climat favorable et de la protection royale. Certains pensionnaires (le poète Callimaque, le critique Zénodote, le poète Apollonios de Rhodes) détinrent les fonctions de bibliothécaire. La bibliothèque fournissait des instruments de travail abondants. La production du papyrus favorisa le développement de la paperasserie égyptienne, mais aussi la multiplication des écrits. Alexandrie était donc l'endroit d'élection pour la plus grande bibliothèque du monde antique. Fondée sous Ptolémée Ier, elle était, à la fin de la période hellénistique, riche de 700 000 volumes ! Chiffre étonnant, auprès du petit nombre d'œuvres classiques qui ont survécu. Chiffre qu'il faut réduire pour comprendre l'importance réelle de la bibliothèque : ces volumina, rouleaux de papyrus, ne comprenaient pas le dixième du texte d'une brochure moderne, et, d'autre part, on avait catalogué généralement plusieurs exemplaires d'un même écrit. Le Serapeum contenait une autre bibliothèque, plus petite.
La grande bibliothèque avait brûlé accidentellement en 47 avant J.-C., durant la guerre d'Alexandrie : reconstituée avec des livres venus de Pergame, elle eut encore à pâtir des désordres des iiie et ive s. après J.-C.
L’un des principaux foyers intellectuels de l’Antiquité
Ces événements n'empêchèrent pas la vie intellectuelle de prospérer ; après le temps des poètes de cour (Apollonios, Aratos de Soles, Callimaque, Théocrite, Timon) et des grammairiens (Zénodote, Aristarque de Samothrace), après le temps des érudits juifs (Philon et les auteurs des Septante, de la Lettre d’Aristée) vinrent les philosophes néo-platoniciens (Ammonios et son disciple Plotin, Jamblique) et leurs rivaux chrétiens (Clément d’Alexandrie, Origène, saint Denys le Grand). Alexandrie demeura ainsi une des capitales de la discussion philosophique jusqu'à la fin de l'Antiquité.
LE PHARE D'ALEXANDRIE
Introduction
À la fin de l'année 333 avant J.-C., Alexandre, ayant réduit les ports de la côte syrienne et les estimant trop à la portée d'un retour perse, prit la décision de créer de toutes pièces une grande cité portuaire sur la côte d'Égypte. Le choix du conquérant se porta sur un site naturellement abrité, situé à l'ouest de l'embouchure du Nil, mais non pas sur le fleuve lui-même, dont les atterrissements modifient le rivage et le rendent peu propice à l'aménagement d'un port. Il confia alors à son architecte Dinocratès le soin de dessiner la nouvelle ville et d'en aménager le port. On est en droit de penser que le Phare figurait déjà dans le projet de Dinocrate, peut-être à l'instigation d'Alexandre, mais il est certain que sa construction ne fut entreprise qu'à la génération suivante. Considéré dans l'Antiquité comme la septième merveille du monde, il n'est plus connu aujourd'hui que par de rares témoignages littéraires et iconographiques. Les recherches menées sur place depuis 1994 par l'Institut français d'archéologie orientale et par le Centre d'études alexandrines, notamment les fouilles sous-marines, ont permis de dégager des vestiges immergés par 8 m de fond, sous lesquels pourraient se trouver des blocs appartenant au célèbre monument. À la faveur de ces fouilles, on a retrouvé la statue de Ptolémée XII Aulète, le père de la reine Cléopâtre VII.
Un monument antique
C'est Ptolémée Sôtêr qui commanda l'ouvrage à l'architecte Sostratos de Cnide, lequel dut commencer les travaux aux alentours de 290 avant J.-C. Architecte et ingénieur de talent, Sostratos poursuivit ses travaux alexandrins durant le règne suivant. La construction du Phare demanda, on s'en doute, plusieurs années, et l'inauguration eut lieu sous le règne de Ptolémée Philadelphe vers 280 avant J.-C.
Par une bonne fortune, nous connaissons la dédicace du monument, rapportée par Strabon (Géographie XVII, 1,6) et mentionnée par Pline l'Ancien et Lucien. Voici le texte de Pline :« L'on vante aussi une tour, ouvrage royal, élevée dans l'île de Pharos qui commande le port d'Alexandrie. Elle coûta, dit-on, huit cents talents, et, pour ne rien passer sous silence, rappelons la magnanimité du roi Ptolémée qui permit à l'architecte Sostratos de Cnide d'y inscrire son nom sur le corps même de la construction. Son utilité est de montrer aux navires, au cours de leurs navigations nocturnes, des feux semblables à ceux qui brûlent à présent en bien des endroits, ainsi à Ostie et à Ravenne. » (Histoire naturelle, livre XXXVI, 18, traduction R. Bloch).
Il n'est pas sans intérêt de noter que l'auteur, qui écrit à l'époque de Néron, croit devoir expliquer l'utilité et le rôle du Phare, ce qui inciterait à croire que ce type d'édifice était encore une nouveauté pour les Romains. Ainsi Suétone y fait référence lorsqu'il décrit la construction du premier phare d'Ostie par l'empereur Claude, vers l'an 50 de notre ère :« Il [Claude] créa le port d'Ostie en faisant construire deux jetées en arc de cercle à droite et à gauche, et dans des eaux déjà profondes, un môle pour barrer l'entrée ; pour asseoir ce môle plus solidement, on commença par couler le navire qui avait amené d'Égypte le grand obélisque […] là-dessus, on construisit une foule de piliers supportant une tour très haute, destinée, comme celle du Pharos d'Alexandrie, à éclairer de ses feux pendant la nuit la route des navires. » (Vie des douze césars, Claude, XX, traduction H. Ailloud).
Strabon, après nous avoir décrit minutieusement le découpage de la côte et« l'île de Pharos […] simple îlot de forme oblongue et tellement rapproché du rivage qu'il forme avec lui un port à double ouverture », nous explique que la passe d'accès au port oriental, le Portus Magnus des Romains, le mieux abrité, eût été pratiquement inaccessible sans un signal pour en indiquer l'entrée. Ainsi naquit l'idée, non seulement d'un amer diurne mais, mieux encore, d'un fanal autorisant les approches nocturnes depuis une grande distance. Enfin, l'auteur de la Géographie précise que« Sostratos de Cnide l'a érigé et dédié […] ainsi que l'atteste l'inscription apposée sur le monument. ».
Les témoignages littéraires
À l'époque pharaonique, l'île de Pharos était occupée par un village de pêcheurs, qui, à l'époque ptolémaïque fut transformé en place forte destinée à protéger l'accès maritime d'Alexandrie (Histius, De bello Alexandrino, XIV, 1 ; XVII, 19-21) ; le Phare lui-même et son enceinte propre devaient, grâce à leur situation de commandement immédiat de l'entrée du port, jouer un rôle dans ce système d'alerte et de défense.
Ce n'est donc pas sans raison si, en 1477, comme le rapportent les chroniques arabes, le sultan mamelouk Qaitbay, au cours d'une visite d'inspection à Alexandrie, donna l'ordre de construire une forteresse sur l'extrémité nord-est de l'île de Pharos, là où se trouvaient, selon toute probabilité, les restes du Phare. Le chroniqueur Ibn Iyas, à qui nous devons l'information relative à l'édification du fort, déclare en effet que celui-ci devait s'élever « sur des fondations antiques », sans préciser toutefois la nature perceptible de ces vestiges.
Deux ans après que Qaitbay eut commandé la construction de la forteresse, un voyageur allemand du nom de Tucher visite Alexandrie et décrit le nouvel ouvrage, confirmant l'initiative du sultan et la date des travaux. Son témoignage et ceux d'autres chroniqueurs ont été rassemblés en 1909 par l'archéologue allemand Hermann Thiersch dans son importante monographie : Pharos, Antike, Islam und Occident ; cet auteur, à partir de la réunion des différents récits anciens et en utilisant des représentations monétaires a proposé une restitution du Phare qui demeure aujourd'hui l'une des plus vraisemblables.
Que nous disent les textes antiques et les récits de voyageurs de l'aspect du monument tant durant sa phase de fonctionnement que durant sa lente destruction ? César, dans sa Guerre civile (De bello civil) entre deux récits de combats pour la maîtrise d'Alexandrie, prend le temps de noter :« Le Phare est une tour très élevée, d'une architecture merveilleuse, bâtie dans une île dont elle porte le nom. » C'est tout et c'est peu ; on y trouve néanmoins une évocation de dimension et un jugement qualitatif. Pline l'Ancien, cité à propos de la dédicace de Sostratos, s'il est plus disert, puisqu'il révèle même le prix de la construction, néglige malheureusement de décrire l'aspect du Phare, qui est seulement qualifié de « tour ». C'est en fait grâce à Strabon que l'on entrevoit la silhouette du monument, qui devient sous sa plume une « tour à plusieurs étages, en marbre blanc ».
Cette information, toutefois, peut sembler anodine, puisqu'une tour- construction élevée - possède généralement plusieurs étages ; il fallait donc interpréter différemment cette formule et comprendre « plusieurs étages visibles donc en retrait les uns sur les autres ». C'est alors que l'on retrouve la silhouette « en ziggourat » des phares figurant sur les mosaïques d'Ostie.
Un autre auteur antique, rapportant une chronique sans rapport direct avec Alexandrie, nous parle de la forme du Phare : il s'agit de Flavius Josèphe, lequel dans sa description du siège de Jérusalem établit un état des défenses de la ville (la Guerre des Juifs, livre V, 2). Parmi les constructions énumérées figure une tour dite « de Phazaël » dont Josèphe nous dit que « sa forme ressemblait à celle du phare d'Alexandrie où un feu toujours allumé sert de fanal aux mariniers pour les empêcher de donner à travers les rochers qui pourraient leur faire faire naufrage ; mais celle-ci était plus spacieuse que l'autre ». Ailleurs, il précise : « La clarté du feu du Phare s'étend jusqu'à trois cents stades. »
Beaucoup plus tard, à un moment où le Phare en tant que signal lumineux était abandonné à la suite de destructions, l'écrivain arabe Ali al-Masudi, nous décrit dans ses Prairies d'or le monument tel qu'on pouvait encore le voir et l'estimer :« La hauteur du Phare, actuellement, est à peu près de 230 coudées. Anciennement, elle était d'environ 400 coudées ; le temps, les tremblements de terre et les pluies l'ont détérioré ; […] sa construction a trois formes : il [le phare] est carré jusqu'à un peu moins que la moitié et un peu plus que le tiers ; là, la construction est en pierre blanche ; ce qui fait 110 coudées à peu près. Ensuite, la figure en devient octogone et il est alors construit de pierres et de plâtre dans l'étendue de soixante et quelques coudées. Un balcon l'entoure pour pouvoir se promener autour. Enfin, la partie supérieure en est ronde. ».
Un musulman de Málaga, Ibn al-Sayg, ayant séjourné à Alexandrie en 1165 et 1166, eut la curiosité de mesurer, à l'aide d'une corde, dit-il, la tour du Phare et nous livre les dimensions suivantes : pour le premier étage, carré, une hauteur que l'on peut traduire par 60 m et pour le deuxième étage, octogonal, une hauteur de 26 m ; avec le dernier niveau la hauteur totale avoisinait 105 m. Ce dernier niveau, cylindrique, Ibn al-Sayg, en fait une petite mosquée en forme de coupole. Plus tard, l'historien arabe Ahmad al-Maqrizi (1364-1442), grand compilateur de chroniques anciennes, écrit à propos de deux témoignages anciens :« Un écrivain dit l'avoir mesuré et avoir trouvé 233 coudées [pour la hauteur du Phare] ; il est de trois étages : le premier étage est un carré haut de 121,5 coudées ; le deuxième est octogone, de 81,55 [de haut] ; le troisième étage est rond, il a 31,5 coudées. ».
Ibn Djubayr note, dans son mémoire de voyage, que le Phare d'Alexandrie paraît à plus de 70 milles ; qu'il a mesuré lui-même un des quatre côtés de l'édifice, en l'année 548 de l'hégire (1183), et qu'il l'a trouvé de plus de 50 coudées, que, enfin, la hauteur dépassait 150 brasses. Reprenons ces mesures et traduisons-les : pour al-Masudi, la hauteur restante est de 102 m, elle était à l'origine de 177,40 m (« à peu près ») ; le premier étage, de plan carré, est haut de 48,78 m, le deuxième, octogonal, est haut de plus de 26,61 m, enfin la partie terminale, ronde, n'est pas évaluée. Chez l'auteur du xiie s. cité par al-Maqrizi, les dimensions se précisent et deviennent : pour la hauteur totale, de 103,33 m ; pour le premier étage, carré, de 53,88 m ; pour le deuxième étage, octogonal, de 36,14 m ; enfin, pour le troisième étage, circulaire, de 13,97 m. Enfin, le second auteur cité par al-Maqrizi ajoute une troisième série de dimensions : une hauteur de plus de 225 m ( !) et un côté à la base de 22,17 m, un véritable stylet ayant, telle une colonne, une hauteur égale à dix fois la base !
Autre chroniqueur et voyageur arabe apportant des précisions sur le Phare, Ibn Battuta, le « Voyageur », originaire de Tanger, nous a laissé une description de l'état du Phare en 1326 : à cette date, l'un des quatre côtés de l'édifice, dont la base mesurait 100 pieds, s'était effondré. Retourné sur place vingt-trois ans plus tard, l'auteur constate que la dégradation s'est accrue considérablement au point qu'il est même devenu impossible d'accéder à la porte.
De ces dimensions, parfois fort variables, nous retiendrons que le Phare avait une hauteur voisine et légèrement supérieure à une centaine de mètres et qu'il était constitué de trois étages, de hauteur et de largeur dégressives, et respectivement de plan carré, octogonal et circulaire.
Les témoignages iconographiques
L'iconographie du Phare est certainement celle qui est la plus abondante de celle des Sept Merveilles. La meilleure source nous est donnée par des monnaies alexandrines, frappées entre le règne de Domitien (81 à 96) et celui de Commode (180 à 192), sur lesquelles le Phare apparaît avec ses trois étages. On y distingue même, au sommet du premier étage, les silhouettes de tritons sonnant de la trompe, tandis qu'une statue, Poséidon ou Ptolémée divinisé, somme le dernier étage. Dans une telle structure, le foyer devait être abrité dans le pavillon sommital ajouré par une colonnade.
D'autres supports présentent le Phare avec une précision variable ; deux sont des mosaïques d'époques tardives, un autre, beaucoup moins conventionnel est un verre gravé, souvenir anecdotique d'un voyageur ayant séjourné à Alexandrie, retrouvé sur le site de Begram, en Afghanistan ; enfin, trois lampes de terre cuite en forme de phare sont conservées au musée d'Alexandrie.
Les deux mosaïques apparaissent comme plus explicites : la première, malheureusement mutilée, provenant de la basilique Saint-Jean de Gerasa, identifie Alexandrie par une inscription et montre le Phare, isolé de la ville. La seconde mosaïque, datée des environs de 1200, se trouve dans la basilique Saint-Marc de Venise et représente l'arrivée du saint à Alexandrie. À cette époque, le Phare avait cessé de fonctionner en tant que tel et ne servait plus que d'amer diurne, tandis que sur son sommet une petite mosquée avait été aménagée.
BEAUX-ARTS
Plusieurs musées témoignent du passé de la ville ; la nécropole d'Anfouchi (iiie-iie s. avant J.-C.), les catacombes de Kom el-Chougafa (ier-iie s.) et le musée national d'Alexandrie (2003).

 

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PYRAMIDE

 

pyramide


Les pyramides sont des structures à base carrée, rectangulaire ou triangulaire et à faces triangulaires qui s'élèvent en forme de pointe. Le nom provient sans doute d'un ancien mot égyptien mais c'est à travers le grec (langue dans laquelle il désignait peut-être une sorte de gâteau de forme pyramidale) qu'il nous est parvenu.
Les pyramides artificielles les plus importantes et les plus célèbres sont des structures de pierre élevées servant de sépultures aux pharaons égyptiens de l'Ancien Empire. Ce type de sépulture fut repris périodiquement dans l'Égypte du Sud et en Nubie pendant deux mille cinq cents ans, mais à une échelle beaucoup plus modeste. Parmi les autres structures monumentales de forme principalement pyramidale, l'on trouve en Mésopotamie ancienne les ziggourats en briques de terre crue, des tours bâties pour soutenir des chapelles, ainsi que de nombreux vestiges précolombiens au Mexique, en Amérique centrale et au Pérou, construits principalement comme soubassements de temples.
Les pyramides égyptiennes

Imhotep, pyramide de Djoser, SaqqarahImhotep, pyramide de Djoser, Saqqarah
Les pyramides égyptiennes étaient des monuments funéraires, à l'origine, exclusivement réservés au pharaon, dont ils abritaient les dépouilles ; par sa forme, la pyramide symbolisait l'escalier menant le pharaon vers Rê, le dieu Soleil.
Environ quatre-vingts pyramides de l'Égypte antique ont été conservées. La plupart d'entre elles sont situées sur la rive occidentale du Nil, au bord du désert et au-delà de la zone cultivable de la vallée. La plupart des grandes pyramides égyptiennes furent élevées pendant l'Ancien Empire, entre les IIIe et VIe dynasties à Gizeh, Saqqarah, Dahchour, Meïdoum et Abousir. Tous ces sites se trouvent au nord du pays, à environ 30 kilomètres de l'ancienne capitale, Memphis, juste au sud du Caire actuel. Quelques pyramides plus modestes furent aussi érigées dans le Nord pendant la première période intermédiaire, et ultérieurement, pendant le Moyen Empire, il y eut un renouveau de construction de pyramides dans la province du Fayoum. Il existe même quelques très petites pyramides qui n'ont toujours pas été identifiées en Égypte, par exemple à Seila, Zaouiêt-el-Amouat et El Kola, et celles-ci remontent probablement aussi à l'Égypte primitive.
La forme pyramidale persista pendant le Nouvel Empire, visible dans les petites superstructures en terre crue que sont les chapelles mortuaires de roturiers à Abydos et à Thèbes. Le dernier renouveau majeur de cette forme au bord du Nil est situé beaucoup plus bas au sud, en Nubie – à Kuru, Nuri, Napata et Méroé – où les structures en briques de terre crue étaient élevées à partir de bases carrées très exiguës. Ces pyramides exceptionnelles appartiennent à une période d'hégémonie locale dans le Sud alors que l'Égypte elle-même était sous le joug de pays étrangers. Datant de 720 avant J.-C. à 350 après J.-C., ces pyramides offrent un exemple d'une adaptation tardive et très intéressante de la forme caractéristique de l'ancienne sépulture royale de l'Égypte.
Bien qu'aucune des sépultures dans les pyramides n'ait résisté aux déprédations des pilleurs de tombes, il est néanmoins manifeste que les pyramides étaient destinées à servir de sépultures ou de cénotaphes. Il est probable que ce type de sépulture ait finalement été abandonné car, en dépit de sa taille et de sa complexité, chaque pyramide était pillée peu après sa fermeture hermétique. Non seulement ces pyramides contiennent des sarcophages brisés, des vestiges d'objets façonnés retrouvés à l'intérieur et à l'extérieur et suffisamment de preuves inscrites pour pouvoir identifier les défunts, mais elles sont aussi entourées d'autres sépultures dans d'évidents cimetières, ce qui porterait à croire que les pyramides étaient bien des sépultures. En outre, pendant les Ve et VIe dynasties, les pyramides contenaient des textes dans la salle intérieure qui faisaient référence à l'existence de tombes dans les pyramides et, de même, les écrits ultérieurs mentionnent l'incapacité des pyramides de conserver les défunts et leurs biens. → Textes des pyramides.
Un complexe mortuaire

La pyramide elle-même est un tumulus élevé en pierre à l'intérieur duquel ou sous lequel se trouvait une sépulture, mais cette structure n'est qu'un élément d'un complexe plus vaste d'édifices qui composent le monument intégral. À côté de la pyramide, en général à l'est, il y avait un temple mortuaire où la dépouille momifiée du souverain recevait les derniers sacrements. Celui-ci laissait une dotation qui garantissait un approvisionnement d'offrandes au temple longtemps après son inhumation. Tandis que les renfoncements à l'intérieur des pyramides étaient censés rester scellés et inaccessibles, les prêtres, les membres de la famille et les sujets loyaux pouvaient continuer de présenter leurs hommages dans ces temples relativement petits.
Un lien semblable entre le temple mortuaire et le tombeau existait à travers toutes les périodes et parmi la plupart des échelons sociaux dans l'Égypte antique. Mais même les entrées de tombeaux assez inaccessibles se révélaient être malencontreusement proches à cause des temples mortuaires fort visibles. Dans le Nouvel Empire, l'on tenta de séparer les temples mortuaires des inhumations royales (que l'on cachait dans des tombes-tunnels creusées dans la Vallée des rois, qui était secrète et dissimulée à l'ouest du Nil, à Thèbes). Cela entraîna la nécessité d'inverser les tailles proportionnelles de ces deux structures mais, en fin de compte, cela ne protégea pas davantage les sépultures.
En plus de ces deux éléments essentiels à chaque complexe pyramidal, il y avait aussi un mur d'enceinte pour délimiter l'emplacement de chaque sépulture. D'autres monuments en l'honneur du souverain défunt étaient élevés à l'intérieur de ce mur, dont une pyramide subsidiaire, qui contenait probablement le faux sarcophage du double du roi. Puisque les pyramides étaient construites dans le désert stérile et éloigné des limites cultivables, on estimait souvent qu'il était nécessaire de construire un temple dans la vallée du Nil afin que l'entourage funéraire puisse y accéder en bateau. Après avoir débarqué au temple avec la dépouille royale, les offrandes et le trésor destiné à la vie future du roi, le cortège funèbre pouvait avancer le long d'une chaussée couverte qui débouchait sur le temple mortuaire.
Tous les complexes mortuaires des pyramides achevées entre les IVe et XIIe dynasties partageaient ces caractéristiques principales.
Caractéristiques des pyramides égyptiennes

GizehGizeh
Parfaite dans sa rigueur géométrique à Gizeh (pyramides de Kheops, Khephren et Mykerinus), la pyramide évoque avec gigantisme la pétrification des rayons bénéfiques du soleil. Lorsque ses dimensions deviennent plus modestes (à partir de la Ve dynastie) au profit du développement du temple funéraire (tombeau de Montouhotep à Deir el-Bahari) et qu'elle se réduit à un pyramidion dans certaines tombes de Deir el-Medineh, elle symbolise toujours l'aspiration suprême : celle de la renaissance dans l'au-delà. C'est le cadre naturel de la montagne thébaine qui est à l'origine de sa destination funéraire.
Parfaitement orientée (au moyen de repères astronomiques) et édifiée pendant l'Ancien Empire en matériaux nobles (calcaire appareillé, revêtement de granite, etc.), la pyramide était toujours le point culminant d'un complexe funéraire monumental comprenant un temple haut (celui du culte funéraire) et un temple bas (destiné à la réception des cortèges), plusieurs barques solaires réparties le long de la chaussée reliant les deux temples ou étant placées le long de l'enceinte. Sous la pyramide même, un réseau de galeries et de chambres profondément creusées abrite les sépultures du pharaon et de sa famille ainsi que de nombreuses offrandes. Saqqarah marque, avec les impressionnants degrés recouvrant le mastaba originel, le départ d'une constante évolution qui, avant d'aboutir à la perfection de Gizeh, est jalonnée par Meidoum et Dahchour. C’est dans la pyramide de Saqqarah celle du dernier pharaon de la Ve dynastie, Ounas, qu'apparurent pour la première fois les textes en hiéroglyphes gravés sur les parois des chambres intérieures, textes indiquant le but religieux de ces monuments. Inauguré par Djoser et son génial architecte, le divin Imhotep, ce mode de sépulture fut utilisé en Égypte jusqu'à la XVIIe dynastie ; il connut un nouvel éclat au Moyen Empire avec les constructions de Memphis, Licht, Dahchour et du Fayoum pour Sésostris II et Amenemhat III, et témoigna de la persistance des traditions religieuses égyptiennes à Napata et Méroé en Nubie.
La pyramide de Kheops
Gizeh, la pyramide de KheopsGizeh, la pyramide de Kheops
La pyramide du pharaon Kheops est la plus grande pyramide véritable et elle compte parmi les merveilles artificielles du monde. À sa base, elle mesure environ 230 mètres de côté et sa hauteur, qui faisait environ neuf mètres de plus qu'aujourd'hui, était de 147 mètres. Cette structure presque entièrement solide contiendrait environ 2,3 millions de blocs de grès pesant entre deux à trois tonnes chacun. Ces blocs étaient extraits de carrières avoisinantes et le tout était probablement revêtu de calcaire finement travaillé provenant de la carrière de Tura, de l'autre côté du Nil, au sud du Caire actuel.

La Grande Pyramide, KheopsLa Grande Pyramide, Kheops
La pyramide de Kheops comportait des galeries reliant le côté septentrional à trois salles principales placées les unes au-dessus des autres. La salle supérieure, qui se trouve approximativement au milieu de la pyramide, mais qui n'est pas centrée, était reliée à une grande galerie avec une voûte en encorbellement. La salle en granit contient toujours le sarcophage brisé du souverain. Sur le côté oriental de la pyramide, des fouilles ont révélé le temple mortuaire ainsi qu'une partie de la chaussée et plusieurs cavités contenant les grandes barques en bois datant de plusieurs siècles et qui étaient probablement utilisées pour transporter la dépouille du souverain, son attirail funéraire et le cortège funéraire vers la pyramide.
La pyramide de Khephren
Sphinx et pyramide de KhephrenSphinx et pyramide de Khephren
La pyramide de Khephren, le fils de Kheops, se trouve au milieu du groupe de Gizeh. Bien qu'elle soit un peu plus modeste que la pyramide de Kheops, elle est plus impressionnante que cette dernière à cause du revêtement de calcaire qui recouvre encore le sommet, et aussi de l'excellent état de la plupart des éléments du complexe pyramidal. Le temple de la vallée qui se trouve à côté du grand Sphinx en roc est remarquablement intact et sa chaussée, son mur d'enceinte, son temple mortuaire et sa pyramide subsidiaire sont tous reconnaissables.
La pyramide de Mykerinus
La pyramide de Mykerinus, au sud de celle de Khephren, est beaucoup plus petite : sa base ne mesure que le quart de celle de Kheops mais, à une exception près, la pyramide de Mykerinus est plus grande que les dernières pyramides.
Mode de construction des pyramides de Gizeh

L'un des principaux mystères qui entourent les pyramides de Gizeh est leur mode de construction. Les chercheurs ne s'accordent toujours pas sur un modèle unique, et les hypothèses continuent d'être proposées – on ne tiendra pas compte ici des théories qui attribuent la construction des pyramides à des interventions surnaturelles.
Diodore de Sicile rapporte un mode de construction fondé sur une rampe frontale s'élevant en même temps que la pyramide, sur laquelle les énormes pierres mises en œuvre pouvaient être roulées. Cette théorie, avec de nombreuses variantes, a été développée par des auteurs contemporains (Jean-Philippe Lauer, le Mystère des pyramides, 1988). Certains ont proposé l'hypothèse d'une rampe enveloppante, tournant autour de la pyramide au fur et à mesure de son élévation. Ce premier groupe de théories présente cependant un inconvénient lorsqu'on l'applique aux énormes masses des monuments de Gizeh : la construction de la rampe, qui doit être démontée par la suite, nécessite la mise en œuvre d'un volume de matériaux supérieur à celui de la pyramide elle-même.
Hérodote rapporte un système de construction au moyen d'engins de levage qui permettent de soulever des blocs de pierre de 2 à 3 tonnes, comme ceux qui constituent la plus grande part de la pyramide. Cette théorie a été notamment développée par l'Allemand Karl Richard Lepsius (Über den Bau der Pyramiden, 1843). Elle ne peut cependant expliquer comment des blocs de plusieurs dizaines de tonnes ont pu être amenés au sommet de la chambre du roi dans la pyramide de Kheops.
Une dernière théorie, reprenant le système décrit par Hérodote puis par Lepsius pour l'élévation des blocs de 2,5 tonnes, propose d'expliquer l'insertion de blocs de granit de 40 tonnes au-dessus de la chambre de Kheops par l'utilisation d'un ascenseur oblique, dont la grande galerie située à l'intérieur de la pyramide constituerait la glissière et dont le contrepoids serait formé de cinq blocs indépendants, permettant de diminuer ainsi, en le divisant, le poids des énormes blocs de granit mis en œuvre ; plusieurs indices sembleraient étayer cette thèse (Pierre Crozat, Système constructif des pyramides, 1997).
Inde et contrées indianisées

La montagne, axe du monde (le mont Meru) ou séjour des dieux, est figurée dans la cosmologie par une pyramide à gradins. Partout, cette notion inspire la composition des toitures des sanctuaires, assimilés à la montagne demeure du dieu : toitures curvilignes (shikhara), dans l'architecture du Nord, ou à terrasses étagées des vimana dravidiens. L'ensemble du soubassement du temple évoque la même idée, quoique de manière moins élaborée, sauf hors de l'Inde propre et spécialement dans l'art khmer (Bakong, 881 ; Angkor Vat). Une formule proche a été développée en Thaïlande, dès la fin du xiiie s., pour les prang, tours-reliquaires (Thonburi). Dans le bouddhisme, le stupa participe de la même symbolique : stupa aux terrasses étagées de l'Asie du Sud-Est (Java, Barabudur ; Birmanie, Pagan).
Les pyramides précolombiennes

Tikal, GuatemalaTikal, Guatemala
Dans l'aire méso-américaine, les pyramides apparaissent dès le préclassique moyen (La Venta, Cholula, etc.). Pour l'époque classique, citons : Teotihuacán, El Tajín, Tikal, Palenque, Uxmal, etc. Ce type de construction est encore en usage durant le postclassique (Tula, Chichén Itzá, Tenochtitlán, etc.). Plus rare en Amérique du Sud, on le rencontre cependant dans la culture Mochica.
Palenque, le temple des InscriptionsPalenque, le temple des Inscriptions
Les pyramides de l'Amérique précolombienne présentent plusieurs différences fondamentales avec celles de l’Égypte. Elles étaient rarement de véritables pyramides du point de vue géométrique car elles étaient le plus souvent à degrés, et elles n'avaient pas pour fonction essentielle d'abriter des tombes. Ces pyramides monumentales semblent avoir été construites principalement pour servir de soubassements à des temples et ont ainsi davantage en commun avec les ziggourats de Mésopotamie qu'avec les pyramides d'Égypte. Une exception notoire est le « temple des Inscriptions » maya à Palenque, au Mexique, qui recouvre une tombe ouvragée qui dut être construite avant la pyramide qu'elle soutient.
Les plates-formes à degrés sont répandues et les plus imposantes sont situées dans les provinces mexicaines et mayas et sur la côte septentrionale du Pérou. Leur forme principale est celle du tertre ou du tumulus rectangulaire ou carré, élevé en étages avec des faces en pente. Plus rarement, on trouve aussi des bases rondes surmontées de couches coniques dont il existe deux exemples primitifs au Mexique, datant du Ier millénaire avant J.-C. Au site olmèque de La Venta se trouve un tertre rectangulaire en argile mesurant environ 70 x 90 mètres à la base et 32 mètres de hauteur. À Cuicuilco près de Mexico, un tertre rond de terre et de gravats fait 135 mètres de diamètre et 20 mètres de hauteur. Au Pérou, deux grands tumuli furent érigés dans la vallée de Moche au début du Ier millénaire après J.-C. Le plus grand des deux, le Huaca de Sol, est une énorme structure en adobe mesurant environ 136 x 228 mètres de base et s'élevant à une hauteur de 41 mètres.
L'adobe, brique de terre et paille, était sans doute le matériau de construction le plus courant des pyramides, mais la terre et les gravats étaient aussi assez répandus. Il semblerait que toutes les pyramides fussent revêtues de plâtre et de peinture. Même les façades extérieures finement travaillées semblent avoir été à l'origine recouvertes de plâtre. La peinture et la sculpture en relief étaient utilisées en décoration.
À Teotihuacán, dans le Mexique central, la pyramide du Soleil mesure environ 225 mètres de côté, se rapprochant ainsi des dimensions de la pyramide de Kheops, et 64 mètres de hauteur. La masse de la pyramide en ruine de Cholula est même supérieure à celle de Kheops.
Dans la région maya, l'utilisation d'un mortier de chaux de bonne qualité et de voûtes à encorbellements rendit possibles des pyramides spectaculaires qui conservaient mieux les édifices des temples que celles dépourvues de voûtes à encorbellements. À Tikal, au Guatemala, il existe plusieurs groupes de pyramides-temples bien conservés qui s'élèvent jusqu'à 60 mètres. L'accès au sommet des pyramides se faisait par des escaliers extrêmement abrupts, qui devaient jouer un rôle dans la mise en scène des cortèges religieux.
De nombreuses pyramides furent régulièrement agrandies en bâtissant par-dessus la structure originale, y compris le temple au sommet. Par bonheur, cette pratique conserva les formes des anciens édifices que des fouilles ont pu révéler dans de nombreux sites.

 

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AUGUSTE

 

 

 

 

 

 

Auguste
en latin Caius Julius Caesar Octavianus Augustus


Empereur romain (Rome 23 septembre 63 avant J.-C.-Nola 19 août 14 après J.-C.).
1. La montée d'Octave vers le pouvoir
1.1. L'héritier de César

Fils de Caius Octavius Thurinus et d'Atia, nièce de César, Auguste porte d'abord le nom d'Octave ; être le petit-neveu de Jules César est la chance du jeune Octave. Le dictateur, qui a tôt remarqué son intelligence, veille à son éducation intellectuelle et militaire et l’adopte (45 avant J.-C.). Lorsque son adoption est officiellement reconnue, un an après l’assassinat de César, il devient C. Julius Caesar Octavianus, Octavien. Mais il n'aimera jamais être appelé ainsi ; d'ailleurs, pour tous, n'est-il pas déjà César ? Il a alors tout juste 20 ans.
Au milieu des intrigues menées par les sénateurs d'un côté, par Antoine, ancien lieutenant de César, de l'autre, Octave se conduit avec habileté. Il s'appuie d'abord sur le sénat, qui lui accorde l'imperium (la puissance publique, donc le droit de gouverner), puis sur l'armée pour se faire nommer consul (août 43), sans avoir rempli aucune autre charge du cursus honorum, la suite des honneurs qui devaient jalonner dans un certain ordre une carrière publique.
Pour venger la mort de César, Octave s'entend avec Antoine, alors consul, et avec le grand pontife Lépide, et forme avec ces derniers, à Bologne, un triumvirat qui se partage le monde romain. Tous leurs adversaires sont poursuivis : 300 sénateurs et 2 000 chevaliers sont proscrits ; la terreur et le meurtre emplissent Rome ; Cicéron est assassiné. Tous les magistrats et les sénateurs doivent jurer de respecter les actes de César. Octave prend militairement le contrôle de l'Afrique du Nord, mais il laisse la Sicile occupée par les républicains de Sextus Pompée, le fils du grand Pompée. Puis Antoine et Octave regroupent leurs troupes, et, avec 19 légions, débarquent en Grèce, où se trouvent les assassins de César, Brutus et Cassius, qu’ils éliminent à la bataille de Philippes (42).
Peu à peu, Lépide est écarté des responsabilités et des provinces qu’il gouvernait, même s’il reçoit l’Afrique en compensation. Antoine se rend en Orient, source d'or et de richesses ; Octave revient en Italie, où il distribue des terres à ses vétérans en expropriant de nombreux petits paysans.


1.2. Octave face à Antoine
De fait, Octave, maître de l’Occident, et Antoine, maître de l'Orient, se retrouvent face à face ; en octobre 40, les vétérans des deux armées, qui ne veulent pas d’une guerre fratricide, les forcent à s'entendre. En réalité, leur opposition grandit, bien qu'Antoine ait épousé Octavie, sœur d'Octave.
S'assurer d'abord le contrôle total de l'Occident
Octave élimine alors ceux qui pourraient s'opposer à lui en Occident : Sextus Pompée, qui continue, malgré les accords, à contrôler les routes maritimes, et peut à tout instant affamer Rome, est battu en 36 ; Lépide perd son titre de triumvir et doit abandonner ses provinces. Le 13 novembre 36 avant J.-C., Octave fait une entrée triomphale dans Rome. Avec une habileté politique consommée, il réalise alors l'unité morale de cette moitié du monde romain autour de sa personne. Il se présente déjà en conciliateur et en homme respectueux de la tradition. Il fait brûler les actes concernant la guerre civile, il abolit le tribut et supprime le banditisme en Italie par des mesures rigoureuses, il distribue des terres vacantes en Campanie à ses vétérans, il fait reprendre les grands travaux à Rome. Il entreprend enfin quelques expéditions destinées à stabiliser la situation dans certaines provinces frontières comme l'Illyrie et la Dalmatie, où il fonde des colonies. Très rapidement, l'opinion lui fournit l'appui dont il a besoin ; les assemblées populaires et le sénat sont sous son contrôle : il reçoit la puissance tribunitienne (les pouvoirs de contrôle des anciens tribuns de la plèbe) et le droit, comme César, de porter la couronne de laurier des triomphateurs.
La bataille décisive d'Actium
La rupture avec Antoine peut s'engager. Dès 35 avant J.-C., Octave réclame le renvoi de la reine d’Égypte, Cléopâtre, qui, auprès d'Antoine, a supplanté Octavie ; Antoine refuse. En 32 avant J.-C., Octave brusque les choses ; sous la menace de ses soldats, il oblige les consuls et les sénateurs partisans d'Antoine à s'enfuir. Il ordonne au sénat de sommer Antoine de rentrer à Rome et d'y déposer son imperium. Et il fait ouvrir le testament d'Antoine – conservé à Rome. Sa lecture prouve qu'Antoine fait de Césarion – le fils que César a eu de Cléopâtre – le véritable héritier de César, confirme les concessions territoriales faites à Cléopâtre aux dépens du peuple romain et demande à être enterré à Alexandrie, en Égypte. Le testament provoque la colère à Rome. Octave apparaît désormais comme le garant des traditions et des vertus du passé face au représentant dépravé de l'Orient.
Au cours de l'été 31, Octave, grâce à Agrippa, remporte la bataille navale d'Actium, au sortir du golfe d’Arta, en Grèce, contre la flotte d’Antoine et Cléopâtre. Un an plus tard, il se trouve devant Alexandrie, où Antoine et Cléopâtre préfèrent la mort à l'humiliation. L'ensemble du monde romain lui appartient, au nom de Rome, et l'Égypte devient province romaine. De retour à Rome, l’été 29, Octave peut célébrer trois triomphes éclatants. Puis, en 28 et 27, il reçoit du sénat, avec les titres d'auguste et de princeps, les pouvoirs répartis jusqu'alors entre différentes magistratures.


2. Le maître absolu de Rome
Un nouveau régime est fondé, qui fonctionne comme une monarchie derrière une façade républicaine. Le pouvoir d’Auguste n'est pas une entité institutionnelle, mais le regroupement complexe de diverses prérogatives, morales, juridiques, militaires, politiques, religieuses.


2.1. Les pouvoirs d’Auguste
Le surnom d'Augustus, qui entoure celui qui le porte de ferveur religieuse, fait d’Octave un nouveau fondateur de Rome à l'exemple de Romulus, et cet aspect lui confère une autorité (auctoritas) morale supérieure à celle de tous les autres Romains. Autorité morale mais qui peut en outre avoir des effets juridiques et permet d’exercer un contrôle sur les affaires publiques.
Autorité morale, prestige populaire et influence réelle sur le sénat
Princeps n'est pas à proprement parler un titre, mais un qualificatif pour désigner les personnages politiquement importants ; de plus, le mot a été mis à l'honneur par Cicéron. La notion est floue, mais elle jouit d'un grand prestige populaire (le peuple a appelé Octave princeps dès son retour d'Actium). Par la magie de ce nom, Octave est moralement au-dessus des autres Romains et est le garant du respect des droits de chacun de ses concitoyens ; le princeps peut légalement convoquer et présider le sénat et les comices (les assemblées du peuple), et leur soumettre des projets de loi. Par cet intermédiaire, Auguste peut accomplir son œuvre législatrice et réformatrice.
Auguste reste consul de 31 à 23 avant J.-C. ; il reçoit aussi du sénat un imperium proconsulaire sur les provinces frontières, ou qui ne sont pas encore pacifiées ; il possède ainsi la haute main sur les armées stationnées dans ces provinces, appelées maintenant « impériales », et qui sont gouvernées par des sénateurs dépendant directement de lui, les légats. Les autres provinces (les plus anciennes) sont dites « sénatoriales », et leurs gouverneurs ne dépendent, théoriquement, que du sénat.
→ consulat.
Le renforcement des pouvoirs du « prince »
En 23 avant J.-C. Auguste rend sa charge de consul mais aussitôt le sénat lui accorde un imperium proconsulaire supérieur à celui de tous les autres magistrats, à vie et en dehors de toute magistrature ; il a désormais le droit de lever des troupes et d'intervenir partout dans l'empire. Et il se fait de nouveau attribuer la puissance tribunicienne, qui lui sera désormais renouvelée tous les ans. Cumulant sur sa personne les pouvoirs exécutifs et le droit de contrôle que possèdent les tribuns, il détient désormais les rouages vitaux de l'État. Après cette date, Auguste refusera toutes les charges républicaines que le sénat ou le peuple veulent lui donner : il n'en a plus besoin.


2.2. La réorganisation de la cité
Auguste a ainsi créé un régime nouveau, mais un régime qui ne s'est pas immédiatement affirmé. Le princeps n'a pas voulu exécuter ses réformes avec brutalité ; il s’est servi des plus vieilles fonctions de la res publica, la république, en leur donnant un aspect nouveau non choquant pour ses contemporains.
Des classes sociales nettement définies
Auguste s'entoure d'un conseil impérial et le sénat, réformé, est dépouillé de la majeure partie de ses pouvoirs politiques. La société est administrée par un corps de fonctionnaires recrutés dans les classes supérieures : ordre sénatorial et ordre équestre. Ces deux ordres n'étaient ouverts qu'aux citoyens romains. Pour Auguste, le droit de cité est une dignité qui ne peut être accordée que comme récompense (ce fut le moyen de rallier à Rome les notables locaux des provinces désireux de montrer leur loyauté). Il rend plus strictes les conditions d'accès à la citoyenneté et limite dans sa portée réelle le très ancien principe selon lequel, sous la République, tout esclave affranchi par un citoyen devenait citoyen.
Cette société est donc hiérarchisée, mais elle est aussi très souple, car n'importe quel citoyen peut, s'il a une certaine fortune personnelle et l'aval du prince, entrer dans l'ordre équestre, y faire une partie de sa carrière, puis accéder aux fonctions de rang sénatorial.


Le retour aux vertus et aux traditions
Dans les tourmentes qui avaient agité Rome, les mœurs avaient connu un relâchement considérable, et l’opinion était lasse des turpitudes d'une société perpétuellement en quête de plaisirs et de richesses. L'équilibre de la cité souhaité par Auguste ne pouvait être fondé que sur une réforme des mœurs, qui repose en fait sur deux points : la restauration des traditions antiques et celle du groupe familial.
Le retour sur le passé est marqué par la critique du luxe, que l'on trouve chez un poète comme Horace. Il conduit aussi à retrouver une juste appréciation des valeurs de la terre, qui avaient fait la puissance de Rome ; le travail de la terre était le réceptacle des anciennes vertus de Rome. Virgile sut utiliser et répandre ce thème. De plus, c’est un moyen pour Auguste de faire admettre les dons de terre, en Italie, à ses vétérans.
Quant à la restauration de la cellule familiale, plusieurs lois initiées par Auguste limitent les héritages des célibataires (les femmes sont même soumises à un impôt spécial) ; les citoyens ont le devoir non seulement de se marier, mais aussi d'avoir des enfants. Auguste combat aussi l'adultère, qui se pratiquait sans gêne dans l'aristocratie (lui-même s’y était livré dans sa jeunesse) ; désormais, les coupables risquent la relégation dans les îles et la confiscation de leurs biens.


2.3. La restauration religieuse
La divinisation post mortem de son père adoptif par l'élan populaire avait fait comprendre à Octave combien le sentiment religieux pouvait servir sa politique. D'ailleurs, sa carrière est jalonnée par son accession aux sacerdoces les plus importants, jusqu’à être élu grand pontife à la mort de Lépide, en 12 avant J.-C.
Auguste, garant des anciens cultes de la cité
Le retour à la religion traditionnelle se traduit par le rétablissement des collèges les plus vénérables et des rites anciens (lupercales), par la construction ou la restauration d'édifices religieux. Auguste a pu se vanter d'avoir restauré quatre-vingts temples dans la ville ; c'était, pour lui, la preuve matérielle éclatante de la place prééminente qu'il donnait aux dieux. Ce côté « traditionaliste » a sa contrepartie dans une tendance antiorientale prononcée, contre les divinités grecques (Cybèle) et égyptiennes notamment (Isis, Sérapis) ; elle est due, en très grande partie, à la lutte contre Antoine, qui avait voulu symboliser le triomphe de l'Orient.
Valorisation sacrée de la personne de l’empereur
L'empereur met en valeur, pour des raisons avant tout dynastiques, les cultes de Mars et de Vénus, invoqués sous les noms de Venus Genitrix (la Mère) et de Mars Ultor (le Vengeur). Un dieu prend la première place ; c'est le protecteur personnel d'Auguste, Apollon, sans doute parce que, du haut du promontoire d'Actium, Apollon avait présidé à la victoire décisive d'Auguste sur Antoine. Le princeps lui fit construire le plus grand temple de Rome, sur le mont Palatin, près de sa demeure. En outre, il rendit publique une partie de sa demeure et y édifia un autel de Vesta. C'est désormais dans son domaine que se trouvait le centre de la religion officielle romaine.
Comme tout homme, Auguste possédait un genius, cette puissance indiscernable qui assurait à chaque être son rayonnement vital. Très vite, les Romains prirent l'habitude de l'invoquer et de prêter serment sur lui. Ce genius fut aussi associé au culte des lares de carrefour qui étaient vénérés par la plèbe. C'était, mystiquement, donner plus de force au génie de l'empereur.


3. Auguste, à la tête d’un vaste empire
3.1. Une administration contrôlée par l’empereur
L'empereur prend seul les décisions, mais il sait s'entourer des hommes les plus compétents dans leur domaine ; c'est ainsi que se forme peu à peu un véritable conseil impérial, mais sans existence légale, ni composition fixe. En outre, le pouvoir de l'empereur est à peu près absolu, puisque celui-ci contrôle l'essentiel des finances et l'ensemble des armées.
Le contrôle des hommes
Auguste réorganise les provinces, qu'il partage en provinces sénatoriales (celles qui sont déjà pacifiées et n'ont donc pas besoin d'armée), gouvernées par des proconsuls, et provinces impériales (celles qui nécessitent la présence de troupes, comme la Syrie, la Gaule, l’Espagne), dont il choisit lui-même les gouverneurs (légats sénateurs ou procurateurs équestres).
Certes, les proconsuls sont désignés par le sénat, mais, en réalité, ils n'échappent pas au contrôle impérial. Quant aux légats et aux procurateurs, ce sont des fonctionnaires que le prince déplace comme il l'entend ; ils reçoivent un traitement fixe et ne peuvent agir qu'avec l'accord de l'empereur. C'est une garantie pour le pouvoir central, mais c'est aussi une assurance pour les provinciaux, qui, en cas de conflit avec leur gouverneur, peuvent toujours faire appel au princeps.
Le contrôle des finances
L'administration financière rend encore plus évident le caractère absolu du pouvoir d'Auguste. Il fait remettre à jour le cadastre général de l'Empire, ce qui permet de faire une grande carte du monde, mais aussi de remanier les impôts ; le contrôle effectué par les fonctionnaires impériaux est de plus en plus strict.
De plus, dans toutes les provinces sénatoriales, l'empereur est présent dans le domaine financier par l'intermédiaire d'un procurateur. La subordination du sénat est presque totale ; d'ailleurs, en 15 avant J.-C., Auguste se réserve la frappe de l'or et de l'argent, et ne laisse au sénat que la frappe des monnaies de bronze.
Le contrôle des armées
Cette puissance de l'empereur est accentuée par le fait qu'il est le maître des armées. À partir d'Auguste, l'armée est permanente, et le service est de longue durée (vingt ans), si bien que, si les citoyens forment toujours les légions, ce sont pour la plupart des volontaires. Les chevaliers fournissent les officiers supérieurs, mais le commandement est donné dans chaque légion à un légat de légion, délégué de l'empereur, et que ce dernier peut nommer ou destituer selon sa volonté. Cette armée, complétée par deux flottes, l'une à Misène, l'autre à Ravenne, est puissante, mais peu nombreuse relativement à l'immensité de l'Empire.


3.2. Une politique fondamentalement pacifique
En politique extérieure, Auguste préfère aux conquêtes la sécurité des frontières, recourant autant à la diplomatie qu'à l'action militaire. Mais l'Empire est loin d'être achevé quand il en devient le seul maître, après sa victoire sur Antoine.
Prudence aux frontières
De nombreuses régions sont encore mal contrôlées par les Romains ; sur les frontières existent un grand nombre de royaumes, ou principautés « protégées ». Auguste les laisse subsister, ne les transformant en provinces romaines que dans les cas de disparition du roi ou de force majeure. C’est le cas de la Judée en 6 après J.-C. En revanche, Auguste refait de la Mauritanie un royaume, qu'il confie à Juba II, homme profondément pénétré de culture gréco-latine.
La fin de la conquête de l’Espagne
L'empereur doit pourtant se résoudre parfois à intervenir pour rétablir le calme à l'intérieur de certains territoires qui, par leur instabilité, risquent de menacer l'équilibre de l'Empire tout entier. C'est le cas de 27 à 25 avant J.-C., où il dirige lui-même les opérations en Espagne ; les combats contre les Astures et les Cantabres durent cependant jusqu'en 19 avant J.-C.
Il en est de même pour la conquête des hautes vallées des Alpes, en 26 avant J.-C., et pour la formation de la province des Alpes-Maritimes, en 14 avant J.-C.
Tentatives et échec en Germanie
Le cas de la Germanie est plus complexe. À cause du danger présenté par des populations belliqueuses, à cause du désir de succès militaires de Drusus et Tibère, parce qu'on croit la Germanie riche pays agricole et qu'Auguste voit dans l'Elbe une meilleure frontière que le Rhin, une expédition offensive est préparée. Tibère parvient à l'Elbe en 5 après J.-C. Mais l'administration maladroite et présomptueuse de P. Quintilius Varus exaspère les Germains. En septembre 9 après J.-C., trois légions sont anéanties dans la forêt de Teutoburg ; Varus y périt. Auguste décide d'abandonner la Germanie ; la frontière est de nouveau fixée au Rhin, bien fortifié. C'est le seul véritable insuccès de l'empereur.


4. Le siècle d’Auguste
4.1. Rome remodelée par Auguste
Auguste avait compris qu'un empire aussi puissant que le sien devait avoir une capitale qui fût la plus belle cité du monde. Tel n'était pas le cas ; la population était trop nombreuse et mal répartie ; elle vivait agglomérée au centre dans un désordre grandissant ; il y avait peu de place pour construire, car beaucoup de terrains étaient occupés par des jardins, par les maisons des grandes familles, par les constructions publiques. La plèbe s'entassait dans des immeubles de plusieurs étages, dans la plus totale anarchie. Rome ne ressemblait pas à ces villes ordonnées que l'Orient offrait aux regards éblouis des Romains, Alexandrie et Pergame.
Une gestion plus efficace
Auguste divise Rome en 14 régions pour en faciliter l'administration et la police. Sous la République, l'administration de la ville dépendait des magistrats traditionnels (édiles, tribuns de la plèbe, consuls), qui n'avaient que des fonctions provisoires. Auguste se garde bien de toucher à leurs prérogatives ; mais, parallèlement et progressivement, il institue de nouveaux fonctionnaires. Un corps de vigiles, avec un préfet à sa tête, est chargé de combattre les incendies et de faire la police. Des curateurs, puis un préfet de l'annone reçoivent le contrôle des opérations de ravitaillement en blé – l'annone (produit de la récolte annuelle) assure à la population de Rome, en fait aux seuls citoyens, des distributions gratuites de produits alimentaires, que l'État se charge de réquisitionner dans les provinces, transporter et répartir entre les allocataires (dont Auguste ramène le nombre à 150 000).
Constructions et monuments
Auguste entreprend aussi de remodeler Rome. Dans cette tâche, son gendre Agrippa joue un rôle fondamental. La construction de deux nouveaux aqueducs, de citernes et de fontaines permet une meilleure alimentation en eau. La transformation monumentale de la ville est importante, avec notamment le forum et le mausolée d'Auguste, le théâtre de Marcellus et les premiers thermes publics (thermes d'Agrippa).
Pour en savoir plus, voir l'article Rome.


4.2. Le développement d’une civilisation commune
Le règne d'Auguste est une étape décisive dans l'histoire de Rome. Décisive parce que l'empereur a su établir la paix à l'intérieur : infléchir insensiblement, mais sans retour possible en arrière, les vieilles institutions de la république ; rendre leur stabilité à la société et à la religion après les abus des décennies précédentes – il a su créer sans supprimer : un peuple dont le respect pour le passé ne s'était jamais démenti ne pouvait qu'apprécier. Décisive parce que la ville s'est transformée et que l'élan a été donné pour de nouveaux aménagements. Décisive enfin parce que l'Empire a trouvé ses limites naturelles.
Paix, commerce et romanisation
La politique de la diplomatie et de la prudence, qui donne à l'Empire des frontières solides, instaure la paix aussi bien en Occident qu'en Orient, où la guerre régnait depuis des décennies. Cette paix permet aux courants commerciaux de se rétablir, surtout vers Rome, le principal client. Dorénavant, l'unité du monde romain est profondément ressentie par tous les habitants de l'Empire ; elle assure le développement d'une civilisation commune qui s'impose à tous ; la romanisation est rapide. C'est le début d'un âge nouveau.
Renouveau intellectuel
Le principat d'Auguste est fondé sur une idéologie de grandeur. La vie littéraire y contribue : Virgile et Horace, entre autres, s'associent au mouvement de renouveau intellectuel voulu par l'empereur, et Tite-Live écrit sa monumentale Histoire de Rome. En réalité, si Virgile et Tite-Live remettent en honneur la tradition, donnent en exemple les vertus des ancêtres, exaltent Rome et ses fondateurs, si Horace et Ovide participent par leurs œuvres au renouveau religieux, c'est par pure conviction et sans que Mécène, l’ami d’Auguste qui aimait à s'en entourer, ait eu à les pousser dans cette voie. Le prince a su comprendre et saisir les forces complexes et spontanées qui animaient son époque, et dont la réunion fit le « siècle d'Auguste ».
5. Les difficultés de la succession d’Auguste

Seul maître du pouvoir après sa victoire sur son rival Antoine et le suicide de ce dernier (30 avant J.-C.), Auguste a connu un long règne de plus de quarante ans. Pourtant, il ne fut pas un homme heureux. Il avait souffert de n'être qu'un médiocre soldat et de ne devoir ses victoires qu'à ses loyaux compagnons. Il souffrit toute sa vie de graves maux physiques qui le conduisirent parfois au seuil de la mort. Ses dernières années furent empreintes de tristesse, car il vit disparaître pratiquement tous ceux qu'il aimait. Et il eut tout le temps la hantise de ne pouvoir accomplir une œuvre, qu'il ne jugea jamais suffisamment affirmée.


5.1. Un pouvoir difficile à transmettre
Dans un régime qui était censé utiliser les institutions de la république en ce qu'elles avaient de meilleur, il ne pouvait être question pour Auguste de désigner ouvertement un successeur comme dans une simple monarchie. Cependant, le princeps ne voulait pas que sa mort fût la fin de ce qu'il avait réussi à créer, d'une certaine forme efficace du pouvoir.
Auguste ne put aborder franchement le problème ; aussi posa-t-il en principe de désigner, de son vivant, à l'attention du sénat et du peuple, celui qu'il désirait avoir comme successeur. Cette désignation n'était pas directe et, en droit, elle n'engageait personne. Il est vrai que les choses auraient pu être plus simples si l'empereur avait eu un fils.


5.2. La mort d'Auguste
N'ayant pas de fils, Auguste adopte d’abord son neveu (le fils de sa sœur Octavie), qu’il marie à sa fille Julie, mais qui meurt peu après ; puis les petits-fils que Julie lui donne avec Agrippa qu’il lui fait épouser ensuite, mais qui meurent aussi avant lui. Finalement, Auguste choisit son beau-fils Tibère, que sa femme Livie avait eu d’un premier mariage et qui, après avoir dû répudier sa femme, à son tour épouse Julie en prélude à son adoption.
Lors d'un voyage en Campanie durant l'été 14 après J.-C., Auguste ressent de violents maux de ventre et doit s'arrêter à Nola. Il fait alors venir Tibère et s'entretient dans l'intimité avec lui. Il meurt le 19 août, à 77 ans. Sa dépouille mortelle est ramenée à Rome, portée durant la nuit par les notables des cités que le cortège traverse, et exposée pendant le jour dans les temples les plus importants.
À Rome, Tibère et son fils Drusus prononcent l'éloge funèbre de l'empereur, dont le corps est ensuite consumé sur un bûcher. Ses cendres seront déposées dans le mausolée qu'Auguste s'était fait construire sur le champ de Mars. Le sénat se réunit ensuite pour entendre lire son testament, qui désigne Tibère comme son successeur. Auguste peut dès lors être honoré comme un dieu.

 

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