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LA STATUE DE LA LIBERTÉ

 

La Statue de la Liberté

La statue de la Liberté est une sculpture monumentale érigée sur Liberty Island, une petite île à l'entrée du port de New-York (NY, Etats-Unis). Son nom officiel est "La liberté éclairant le monde". C'est l'une des sculptures les plus connues au monde, elle a été offerte par la France aux Etats-Unis pour célébrer le centenaire de la déclaration d'indépendance.

La statue de la Liberté appartient au "National Park Service" depuis le 10 juin 1933. Il s'agit d'une agence fédérale américaine en charge de la protection des parcs nationaux, des monuments nationaux, et autres sites historiques d'intérêt national. Elle est classée en 1924 "Monument national" des Etats-Unis, puis elle a été enregistrée en 1966 au registre national des sites historiques, toujours aux Etats-Unis bien sûr. En 1976 elle entre aux sites remarquables de New-York et depuis 1984 elle fait partie du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Introduction
Mesurant plus de 46m de haut, mais paraissant plus parce qu'elle est juchée sur un piédestal de sa propre hauteur, la statue de la Liberté est une sculpture monumentale située sur Liberty Island, une petite île de la baie de New-York. La France l'a offerte aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, pour une inauguration faite le 26 octobre 1886. Depuis ce jour elle a été le symbole d'un grand nombre de thèmes, essentiellement liés à l'espoir, l'imigration ou la liberté.

La conception
La statue de la Liberté est en cuivre repoussé, c'est à dire qu'elle est faite de 300 plaques de cuivre qui ont été martelées jusqu'à ce qu'elles épousent une forme particulière définie à l'avance. Puis elles ont été assemblé sur une structure métallique, une sorte d'échaffaudage fixe située à l'intérieur de la statue qui en assure la stabilité, le maintien et la résistance face aux forts vents marins. Les plaques ont été riveté entre elles de façon très précise pour éviter que les rivets ne soient vus de l'extérieur. La construction a pris 9 ans, de 1875 à 1884, elle a eu lieu à Paris, dans les ateliers Gaget et Gauthier, spécialistes des travaux sur cuivre. La statue a été monté une première fois en plein Paris, pendant près d'un an, pour s'assurer que toutes les pièces pouvaient être assembler sans problème. Puis elle a été démonté, mis à bord d'un navire de guerre pour être acheminé jusqu'à New-York où les ouvriers américains l'on remonté.

Les difficultés rencontrées
Les principales difficultés qui ont été rencontré concernaient essentiellement le financement du monument, car si la statue était à la charge des Français le socle, lui dépendait des Américains. Or, ils n'avaient pas demandé la construction de cette statue, aussi eurent-ils du mal à accepter de payer pour faire son socle. Il a fallu l'intervention de Joseph Pulitzer, rédacteur en chef du journal "The World", pour donner un élan de solidarité envers les promoteurs du projet. A travers des reportages il magnifia la force du monument auprès de la classe moyenne qui accepta de donner pour la construction du piédestal. La classe aisée, surtout celle de la côté Est, plus concernée, n'avait pas réagi aux demandes de financement. A l'époque, il n'était pas courant qu'une personne riche donne son argent pour une telle cause, et ça paraissait normal. Toujours est-il que c'est grace à Joseph Pulitzer que le financement américain a été bouclé. Du côté français, si le financement n'a pas été si simple à trouver, il l'a quand même été relativement rapidement, le peuple français s'enthousiasmant pour la construction de cette statue. On ite de nombreuses collectivités qui donnèrent pour la grandeur de la France, ce sentiment étant très important au milieu du XIXe siècle.

Une autre difficulté s'est présentée aux promoteurs de la statue : Le manque de main d'oeuvre qualifié, pour travailler dans les ateliers. Le milieu du XIXe siècle correspondait au début de la mécanisation, qui se popularisera dans les décennies suivantes. A cette époque l'artisanat était encore le mode de travail le plus classique, mais trouver des ouvriers capables de travailler le cuivre était difficile, alors en trouver plusieurs dizaines, ça a été encore plus difficile. D'où des difficultés pour Auguste Bartholdi, le sculpteur, à faire avancer son projet comme il le souhaitait.

Mais la construction de la statue de la Liberté a aussi été une fantastique réussite dans plusieurs domaines.


Les raisons de la réussite
Technologiquement la statue est un vrai exploit, surtout avec les connaissances de l'époque. Le principe du cuivre repoussé était déjà acquis, mais il n'avait jamais été mis en oeuvre pour un monument d'une telle taille. Le principe d'agrandissement a également été difficile à utiliser. Le sculpteur, Auguste Bartholdi a créé un modèle 1m20, qui lui a servi à la construction d'une statue intermédiaire de 11m50 (qui a servi de modèle à la réplique parisienne du pont de Grenelle, sur l'île aux cygnes). Ce modèle a été découpé en 12 tronçons, tous mesurés en de nombreux points dans les 3 dimensions, puis reporté sur un modèle en plâtre construit d'après l'agrandissement des mesures. Une fois parfaitement au point, ce modèle en platre servait à la construction d'un gabarit en bois, en négatif, sur lequel les ouvriers martelaient les plaques de cuivre. Cette chaîne de construction des pièces, si elle était peu sophistiquée, était pragmatique et s'est révélée d'une redoutable efficacité.

Par ailleurs l'établissement des relations entre la France et les Etats-Unis est aussi un motif de satisfaction. En effet, au début du projet le sculpteur n'avait guère que quelques vagues contacts en Amériques, tous des connaissances d'Edouard de Laboulaye, politicien, juriste et américanophile. C'est lui qui était à l'origine de l'idée de la construction de la statue de la Liberté. Malgré ces faibles contacts, Auguste Bartholdi se rendit sur place et tissa des liens suffisamment forts pour que le projet puisse être lancé, poursuivi et parvenir à son terme. Cette capacité à soulever des montagnes est à mettre au crédit des partisants de la statue.


Les symboles
La statue de la Liberté se veut un symbole de la Liberté, bien sûr. Et pourtant c'est loin d'être ainsi qu'elle a été perçu au fil du temps. Initialement il s'agissait de mettre en avant cette valeur commune à tout être humain, mais la raison est plus pragmatique : Face au gouvernement autoritaire de Napoléon III, un groupe de républicains français décida sa construction pour mettre en avant l'idée de Liberté des peuples... et plus particulier du peuple français, tout en soulignant la Liberté acquise moins de 100 ans avant par le peuple américain. Cette notion n'était déjà pas partagée par les Américains, qui ne voyaient pas d'un bon oeil l'idée de mettre en avant les libertés collectives, eux, déjà les champions des libertés individuelles. Mais c'est surtout dans les années 1880-1900, puis 1920-1930 que la Liberté est devenue le symbole de l'immigration massive aux Etats-Unis. A cette enseigne, elle avait une connotation négative, les Américains voyaient en elle le symbole de l'envahissement de leur pays par les Européens. Cette sensation a disparu avec le renouveau économique du pays, et avec lui la statue est redevenue fréquentable par les New-Yorkais. Lors de son inauguration, en 1886, la statue a été prise en otage par les Américaines, qui se sentaient à juste titre exclue de la société, mais aussi par la communauté noire qui venait tout juste de recevoir la fin de l'esclavage, ce qui n'avait pas encore changé les mentalités. D'ailleurs la ségrégation fut appliquée pendant la plus grande partie du XXe siècle, les noirs américains ne voyant pas forcément en la statue de la Liberté un espoir.

On constate donc que tous ces symboles se croisent au fil du temps, la statue a été utilisé à de nombreuses reprises pour défendre diverses causes, et ça jusqu'à nos jours où elle est, aux yeux de la plupart des Américains, le symbole de la Liberté qu'ils apportent dans le Monde. Un sondage récent montre toutefois que seul 2% des Américains savent que Miss Liberty est française...

Sinon, la statue elle même contient divers éléments symboliques : Les chaînes brisées de l'esclavage, souvent ignorées lorsqu'une réplique de la statue est faite, la tablette qu'elle tient est marquée de la date de l'indépendance américaine, son flambeau éclaire le Monde (Illustrant le nom officiel de la statue : La Liberté éclairant le Monde), et son diadème se compose de 7 rayons correspondant aux 7 mers et Océans et 7 Continents, tels qu'on les comptait à l'époque. Il y en a d'autres.

Les répliques
Savez-vous que la statue de la Liberté est l'une des oeuvres les plus reproduites au Monde (voir les copies), avec la Joconde ? On la retrouve dans un grand nombre de pays du globe, avec une très grande proportion aux Etats-Unis. La France compte plus d'une trentaine de reproduction, sans compter les copies mineures ou privées. La plus connue est celle de l'île aux Cygnes, à côté du pont de Grenelle, à Paris. C'est un don de remerciement du peuple Américain envers les Français, elle est basée sur le modèle qu'Auguste Bartholdi a fait pour agrandir la statue initiale. Rien qu'à Paris, il y a 5 copies, dont l'originale, au musée des Arts et Métiers. Mais on en trouve aussi à Lunel, Bordeaux, St Cyr sur Mer, Roybon, Narbonne et Perpignan, etc. Le Japon en a au moins 3, l'Argentine 5, la Thaïlande et la Birmanie une, même la Chine en a au moins 3 sur son territoire ! Seul l'Afrique est un peu plus épargné.

Aux Etats-Unis, en 1950, un industriel s'est associé aux boys-scouts de l'époque et a lancé l'opération Renforcement du bras de la Liberté, une opération qui a conduit à l'érection de 200 copies un peu partout sur le territoire des Etats-Unis, y compris dans des îles d'outre-mer. De nos jours il en reste une bonne centaine, la plupart référencée sur ce site.

Les visites
De nos jours les visites sont particulièrement bien faites, mais ça n'a pas toujours été le cas. Il faut dire qu'Auguste Bartholdi n'avait pas prévu qu'on viendrait la visiter, même dès qu'elle a été érigé. L'île a été aménagé deux fois, une première dans les années 30, une seconde de 1984 à 1986. C'est cet aménagement que l'on utilise de nos jours. La visite comprend la promenade sur l'île, l'entrée dans le fort Wood, l'ancien fort militaire au centre duquel a été construit le socle de la statue, la visite du musée, puis la montée des marches jusqu'au sommet du socle d'où l'on a une splendide vue sur la baie de New-York... et sous la robe de la statue ! En effet, les concepteurs du tour on mis un plafond de verre au sommet du piédestal, permettant de voir l'architecture interne de la statue. C'est Gustave Eiffel qui l'a réalisé (initialement, car elle a été complètement refaite en 1986). Enfin pour les plus courageux trois centaines de marches attendent les intrépides qui voudront monter le petit escalier étroit, en colimaçon, qui grimpe dans la tête de la statue, offrant une vue de près de 100 d'altitude sur la Skyline de New-York. Un grand moment pour ceux qui auront l'opportunité de monter là-haut, ce qui n'est pas donné à tout le monde car il faut réserver son ticket des semaines à l'avance.

A noter que les tickets d'accès au monument, que se soit avec ou sans la montée dans la couronne, permettent la visite gratuite du musée de l'immigration, sur l'île voisine d'Ellis island.

 

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LE BLÉ SAUVAGE DES PREMIERS AGRICULTEURS

 


Le blé sauvagedes premiers agriculteurs


archéologie - par George Willcox dans mensuel n°406 daté mars 2007 à la page 58 (2048 mots)
À quelle date certains de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs sont-ils devenus agriculteurs ? Les archéologues associent cultures expérimentales et analyses microscopiques pour reconstituer un processus qui a duré au moins mille ans.

L'adoption de l'agriculture par des villageois du Proche-Orient et sa généralisation sont à l'origine d'une transformation socioculturelle fondamentale dans notre histoire. Elles ont entraîné le développement de civilisations de plus en plus complexes, dont nous sommes les héritiers [1] .

Les raisons pour lesquelles des groupes humains vivant de chasse et de cueillette depuis des dizaines de milliers d'années ont commencé à pratiquer une économie de production font encore aujourd'hui l'objet de débats passionnés. Les hypothèses avancées sont très diverses : révolution symbolique, modifications climatiques, pression démographique...

Mais avant d'espérer déterminer la part de chacune de ces causes il importe de reconstituer les faits avec le plus d'exactitude possible. En particulier, on ne savait pas précisément quand les hommes ont commencé à cultiver les céréales sauvages dans cette région du monde.

Jusqu'à ces dernières années, les archéobotanistes recherchaient sur les plantes les traces de modifications morphologiques sous-tendues par des mutations génétiques témoignant de leur domestication. Le premier changement caractéristique de la domestication des céréales au Proche-Orient s'est produit il y a 10 500 ans * , et concerne l'engrain et l'amidonnier, deux formes de blé. Ces plantes ont perdu la capacité des formes sauvages à disperser leurs grains sur le sol : comme les grains de blé actuels, ils restaient plus fermement attachés aux épis. Or, les plantes porteuses de cette mutation ne pouvaient pas survivre dans la nature sans l'intervention de l'homme.

Domestication rapide
Selon la plupart des spécialistes, cette domestication avait suivi de peu le début de l'agriculture.

De si peu que les techniques de datation archéologiques ne permettaient pas de distinguer ces deux événements. Ils se fondaient généralement sur la supposition que, dans un régime agricole, la pression sélective en faveur de traits domestiques est forte.

Ils faisaient aussi appel à des modèles empruntés à la génétique des populations [2] . Ainsi, d'après Gordon Hillman, de l'université de Londres, lorsque l'homme a commencé à cultiver, la perte de ce mécanisme de dispersion propre aux plantes sauvages a été rapide : il a proposé une fourchette de dix à deux cents ans. Daniel Zohary, de l'université de Jérusalem, a, lui, parlé de seulement quelques générations [3] .

Nous avons entrepris, depuis vingt ans, de tester ces modèles en cultivant de l'engrain sur des parcelles qui entourent notre laboratoire, au pied des Cévennes. Nous nous sommes procuré des semences sauvages au Proche-Orient. Après plusieurs années, notre conclusion est sans appel : l'hypothèse d'une domestication rapide, devenue un consensus, a été bâtie à partir de suppositions hasardeuses concernant les techniques agricoles utilisées par les premiers paysans.

Premièrement, pour que les caractères domestiques s'établissent, l'agriculture aurait dû exercer une pression sélective forte en faveur des plantes qui ne se dispersent pas. Or, nous avons démontré que si la récolte est effectuée juste avant la maturité, donc avant que les grains ne commencent à se détacher, les mutants domestiques dont les grains ne se détachent pas de l'épi ne possèdent pas d'avantage par rapport aux plantes de morphologie sauvage. Dans ces conditions, la sélection d'un mutant rare est peu probable. Cette méthode de récolte précoce, la plus raisonnable lorsque l'on cultive des céréales de morphologie sauvage, n'a d'influence ni sur le rendement ni sur la qualité germinative des grains utilisés en semence l'année suivante.

Deuxièmement, pour que la pression de sélection soit forte en faveur des formes domestiques, il aurait fallu que les plantes cultivées soient isolées par rapport aux populations qui poussaient dans leurs habitats sauvages. Cette condition est difficile à obtenir, du fait que les paysans de l'époque avaient sûrement besoin de se réapprovisionner régulièrement en semences dans la nature. En particulier, ils affrontaient probablement de nombreuses années maigres, causées par des sécheresses ou par des pathologies végétales, à l'issue desquelles tout le grain récolté était consommé. Par ailleurs les céréales sauvages colonisent les champs cultivés comme le font les adventices * , ce qui rend l'isolement encore plus difficile. L'engrain sauvage reste d'ailleurs une adventice aujourd'hui au Proche-Orient.

Vestiges carbonisés
Nos expériences ne constituaient toutefois pas une preuve historique. Nous avons donc, parallèlement, étudié la domestication des céréales à partir des vestiges carbonisés préservés dans les sédiments archéologiques. Avec Kenichi Tanno, aujourd'hui au Research Institute for Humanity and Nature de Kyoto, nous avons rassemblé et examiné des milliers de fragments d'épis provenant de plusieurs sites datés de 12 000 à 8 500 ans [4] .

Ces fragments d'épis sont des unités de dispersion, nommés épillets, qui se détachent avec le grain à maturité chez les plantes sauvages, mais qui restent attachés chez les plantes domestiques. On peut, en principe, distinguer entre les deux formes par l'observation au microscope de la surface de séparation entre les épillets, qu'on appelle la couche d'abscission ci-contre. Des bases d'épillets venant de plantes de morphologie domestique datées d'environ 10 500 ans avaient été signalées par plusieurs archéologues sur plusieurs sites du Proche-Orient, mais il restait à en approfondir l'analyse.

Décorticage au mortier
Notre étude a confirmé que les formes domestiques n'apparaissent pas avant 10 500 ans. Nous n'avons toutefois pu identifier avec certitude comme domestiques ou sauvages qu'environ 10 % des épillets de blé examinés. Beaucoup de spécimens avaient perdu leur couche d'abscission, ce qui empêchait leur classification.

Pourquoi une si grande quantité d'épillets étaient-ils endommagés ? Nous en avons compris la raison en examinant les bases d'épillets modernes qui avaient subi un traitement de décorticage, destiné à libérer les grains. L'engrain n'est en effet pas comestible si l'enveloppe qui entoure le grain n'est pas détachée. Il est probable que les hommes du Néolithique utilisaient la technique connue dans les pays non industrialisés, où le mortier et le pilon servent, par percussion, à décortiquer les blés vêtus * , endommageant ainsi la surface de rupture. En revanche les épillets d'orge que nous avons examinés sont souvent intacts, probablement parce qu'ils n'étaient pas décortiqués. Cette différence de traitement correspond sans doute à un usage différent de celui de blé.

Nous avons été surpris, en outre, par le fait que les formes sauvages persistaient, dans des proportions non négligeables, pendant au moins un millénaire après l'apparition des premiers types domestiques. Selon les modèles établis de la domestication, ces derniers auraient dû rapidement devenir les seuls cultivés. Cette persistance confirmait que le processus avait donc été bien plus lent qu'on ne le croyait.

Nous avons aussi examiné une autre caractéristique des céréales retrouvées sur les sites archéologiques qui pourrait a priori témoigner de la domestication : la taille des grains. Les archéologues font classiquement l'hypothèse que l'agriculture aurait entraîné une sélection en faveur des plantes possédant des grains de plus en plus gros. Nous avons donc mesuré la taille de milliers de grains de céréales carbonisés. Les résultats montrent effectivement une légère augmentation de taille pour l'orge et l'engrain [5] . Cette augmentation ne conduit toutefois pas à des grains plus gros que les plus gros des céréales sauvages actuelles. Cela pourrait donc simplement signifier que le changement soit lié à une amélioration des conditions du milieu.

En définitive, nos observations confirmaient qu'il n'y avait pas le moindre indice de domestication dans les sites de plus de 10 500 ans. Mais, plus important, elles montraient, pour la première fois, que les formes domestiques ne s'imposent que graduellement. Cela renforçait notre hypothèse, fondée sur les cultures expérimentales d'engrain, d'une faible pression sélective en faveur de formes domestiques. En conséquence une longue période d'agriculture avant la domestication devenait plausible.

Organisation villageoise

Forts de ces arguments, nous avons réexaminé la possibilité d'une pratique de l'agriculture sur les sites n'ayant livré que des céréales de morphologie sauvage, particulièrement dans le nord de la Syrie, à Jerf el Ahmar, Dja'de et Mureybet. D'une part, l'architecture de ces sites suggère une organisation sociale complexe, qui pourrait découler de l'adoption de l'agriculture. En particulier, on y trouve de grands bâtiments circulaires semi-enterrés, destinés sans doute à un usage collectif. Ces bâtiments sont surplombés par des constructions domestiques posées autour d'eux. D'autre part, ces villages, situés le long de l'Euphrate, sont loin de la région où se trouvent les habitats naturels de l'engrain et du seigle. Ce problème d'accessibilité aurait été une bonne raison de commencer à cultiver afin de sécuriser une subsistance quotidienne, au lieu de parcourir des distances importantes.

Les études botaniques menées dans ces sites ont permis de mettre en lumière plusieurs arguments qui suggèrent fortement que l'agriculture y était installée il y a 11 300 ans et, peut-être, il y a 12 000 ans. D'abord, nous avons constaté que, dans cette région, c'est d'abord le seigle qui a été utilisé. L'orge, l'engrain et l'amidonnier ont été progressivement introduits ensuite. Dans le même temps, la part des plantes sauvages autres que les ancêtres des plantes domestiques, et provenant de la cueillette, a diminué.

Nous avons aussi constaté une augmentation de la taille des grains tous de morphologie sauvage au cours du temps. Celle-ci est peut-être une conséquence du choix par les agriculteurs de planter leurs champs dans des terres plus riches que les habitats sauvages des céréales. Enfin, les adventices, qui se multiplient avec le travail de la terre tel que le labour, sont très fréquemment associées avec les céréales trouvées dans ces sites.

Plus au sud, en Israël, Ehud Weiss et Mordechai Kislev, de l'université Bar-Ilan, sont arrivés aux mêmes conclusions : l'agriculture y aurait été bien plus précoce que les premières traces de la domestication des céréales [6] . À Gilgal, site de la vallée du Jourdain daté d'entre 11 400 et 11 200 ans, ils ont trouvé des figues carbonisées dont ils pensent qu'elles ont été cultivées, et peut-être même domestiquées. Sur le même site, de grandes quantités d'avoine et d'orge sauvage ont été découvertes, qui seraient, pour ces archéologues, le produit d'une culture.

Ils citent également le cas des légumineuses, en particulier les lentilles, qui sont omniprésentes sur les sites du Proche-Orient. On trouve de plus en plus souvent ces légumineuses à partir d'il y a 12 000 ans. Dès 11 000 ans, on en trouve même des quantités importantes, alors que leurs habitats naturels se réduisent à des petites surfaces très dispersées de quelques mètres carrés. Le manque de disponibilité dans la nature d'une ressource attrayante comme les lentilles serait une bonne raison de la cultiver afin de produire un stock suffisant, au lieu de parcourir la steppe pour en récolter quelques poignées.

Réchauffement climatique
Alors, quand exactement les hommes sont-ils réellement devenus agriculteurs dans cette région du monde ? Il n'y a pas de doute que les céréales sauvages ont été cultivées pendant au moins un millier d'années avant leur domestication, entre 11 500 et 10 500 avant le présent. L'agriculture s'est donc installée vers la fin de la détérioration climatique que l'on nomme le Dryas récent * ce qui correspond à un refroidissement en Europe occidentale, alors que le climat commençait à s'améliorer.

Avant cela, il y a environ 14 500 ans, des villages sédentaires appartenant à la culture natoufienne, s'étaient installés dans le sud du Levant. Pour cette période nous n'avons pas de trace d'agriculture, mais les restes carbonisés sont rares. Les habitants de ces villages connaissaient le pouvoir germinatif des graines, qu'ils avaient observé dans la nature [7] . Il n'est pas exclu qu'ils aient parfois cultivé, à petite échelle, sans que cela ait laissé de trace.

Lorsque les conditions climatiques sont devenues stables et favorables, les sites comme Jerf el Ahmar et Tell 'Abr montrent des signes d'une complexité culturelle jamais vue auparavant. Pour nous, il s'agit de la manifestation d'une transformation sociale et culturelle, alimentée par une économie de production fondée sur la culture des céréales sauvages.

Pour certains confrères, que l'on peut qualifier de « déterministes », c'est l'amélioration et la stabilisation des conditions climatiques qui, augmentant la fiabilité des récoltes, sont à l'origine de cette transformation. Pour d'autres, c'est la transformation socioculturelle qui se trouve à l'origine de l'établissement d'une économie agricole durable. Ils suivent en cela l'hypothèse énoncée par Jacques Cauvin, du CNRS, dans les années 1990. Selon lui les données archéologiques montraient une révolution mentale et une « révolution des symboles », dont l'agriculture serait une conséquence [8] . Il me semble quant à moi plus prudent de considérer que les développements de l'économie agricole sont liés à la fois à des conditions environnementales et socioculturelles indissociables et combinées.

Par George Willcox

 

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MARINE - HISTOIRE

 

MARINE


Consulter aussi dans le dictionnaire : marine
Puissance navale d'une nation.
Grèce

Trirème
Les navires grecs ont été représentés fréquemment sur les vases. On a distingué le navire de commerce, lent et trapu, et le navire de guerre, plus long, où la propulsion était obtenue par de nombreux rameurs. Le modèle le plus achevé a été la trière, utilisant 170 rameurs disposés sur trois niveaux. À l'époque classique, la flotte la plus puissante et la mieux entraînée était celle d'Athènes.
Rome

Dès la première guerre punique (264-241), Rome était capable de vaincre, sur mer, la première puissance navale de son temps : Carthage. À la fin de la République et à l'époque impériale, le problème essentiel est de maintenir la sécurité de la Méditerranée contre les pirates et celle des provinces contre les Barbares. Équipée, sur mer, de birèmes et de trirèmes, la flotte romaine fut basée, à partir d'Auguste, à Ravenne et à Misène.
Byzance

Pour maintenir les liaisons et la sécurité de son empire, Byzance a eu de puissantes escadres. Le navire de ligne était le dromon, descendant perfectionné de la trière grecque : combattant avec des armes de jet ou en utilisant le choc des éperons, les navires byzantins ont été redoutés par l'emploi du feu grégeois qui a permis de vaincre les flottes arabes du viie s.
Scandinavie

Les drakkars des Vikings, entièrement en bois, paraissent avoir succédé à des embarcations de cuir recouvrant une membrure. Ils permirent des expéditions lointaines, du Labrador à la Méditerranée.
Moyen Âge et début des temps modernes

GalionGalion
Les bâtiments médiévaux de l'Europe septentrionale étaient lourds et pansus, de dimensions croissantes avec les siècles, mais toujours pourvus d'un mât unique et d'une voile carrée. Au xiiie s., le gouvernail axial remplaça les avirons de queue. Les superstructures se développèrent considérablement sous la forme de ponts et de châteaux hauts et larges, d'avant et d'arrière.
En Méditerranée, les nefs avaient aussi des formes très pleines. Comme dans l'Antiquité, il ne manquait pas de bâtiments de grandes dimensions. Les flottes des croisades furent en général constituées de ces vaisseaux ronds, proches des types du Nord. Leur trafic donna une impulsion au commerce maritime avec l'Orient. Mais les transports lointains se trouvèrent vite monopolisés par les musulmans à partir de la chute de Constantinople (1453).

Caravelle
Les traversées océaniques qui permirent la colonisation du Nouveau Monde ont été rendues praticables par diverses améliorations techniques et par l'accroissement des tonnages. Toutefois, les caravelles des premiers voyages de découvertes étaient encore de dimensions modestes, mais pourvues de trois mâts. Puis les qualités nautiques s'accrurent, les châteaux s'agrandirent, les mâtures se multiplièrent. Différents types s'imposèrent, selon les pays : caraques, galions, hourques, marsillanes. Le commerce de mer s'était déplacé : les Pays-Bas s'assurèrent le contrôle d'une grande partie de la mer du Nord, tandis que la péninsule Ibérique orientait ses opérations vers l'Amérique.
Marine des galères

Les galères de la Méditerranée servirent comme bâtiments marchands aussi bien qu'à la guerre, et elles se risquaient sur l'Atlantique. Les Vénitiens construisirent de grandes galères de 50 m, appelées galées, puis des galéasses, encore plus grandes, mais qui se prêtèrent médiocrement à la propulsion par les avirons.
Marine moderne (xviie-xviiie s.)

Vaisseau de ligne

Avec le xviie s., la galère tendit à disparaître, comme la caraque et le galion, au profit du vaisseau, désormais devenu le bâtiment de ligne par excellence. Sa stabilité était renforcée par la réduction des châteaux. Le gréement était transformé, la voilure était très divisée, ce qui la rendait plus manœuvrable. À cette époque, la prospérité de la marine hollandaise se confirma, jusqu'au temps où, grâce à ses succès militaires, l'Angleterre s'assura, au xviiie s., la maîtrise des mers.
Marine à vapeur. Marine contemporaine

Coupe d'un cargo roulier

Coupe d'un cargo roulierCatamaranCuirasséAéroglisseurHydroptère
Reprenant l'idée émise au début du xviiie s. par Denis Papin, les Français d'Auxiron, Follenay, puis Périer et Jouffroy d'Abbans sont les premiers à installer des machines à vapeur sur des navires (1774-1778). Jouffroy d'Abbans réussit, avec son deuxième bâtiment, à remonter la Saône (1783). En 1803, l'Américain Fulton fait évoluer sur la Seine un bateau à roues ; en 1806, il regagne l'Amérique et met en service sur l'Hudson un navire de 100 t, le Clermont. La navigation à vapeur est née. En 1819, le Savannah, navire de mer équipé de roues, relie l'Amérique à l'Angleterre, en utilisant toutefois aussi sa voilure. Le premier bâtiment militaire à vapeur, l'aviso Sphinx, est lancé en 1829. Les inconvénients de la roue, par mer agitée, sa vulnérabilité entraînent bientôt l'adoption de l'hélice pour la propulsion des navires de haute mer. Le Français Sauvage prend le premier brevet en 1832. Les premiers essais à la mer sont faits par le Suédois Ericsson (1837) et par l'Anglais Smith (1839). Les premiers navires en fer sont construits vers 1820. Vers 1860, l'acier se substitue au fer. L'évolution la plus spectaculaire est celle des paquebots. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, apparaissent la turbine, pour les navires rapides, et le moteur Diesel, au fonctionnement économique. Le mazout remplace peu à peu le charbon comme combustible. La radio est installée sur tous les navires. La composition des flottes marchandes se transforme vers 1965, avec l'apparition de nouveaux navires à haut rendement, rouliers, porte-conteneurs, méthaniers, et une meilleure spécialisation des pétroliers, minéraliers et vraquiers.
Marine de guerre

Croiseur

CroiseurDestroyerDragueur côtierEscorteur d'escadreFrégate britannique BrilliantVedette lance-missiles
C'est en Méditerranée que se manifeste pour la première fois la puissance de la mer avec l'apparition des flottes égyptienne ou phénicienne. Il faut attendre cependant le ve s. avant J.-C. et la deuxième guerre médique pour juger de l'intérêt de la maîtrise de la mer. Le rôle de la mer est encore capital pendant la guerre du Péloponnèse, et Sparte ne peut finalement l'emporter sur Athènes qu'en développant à son tour une flotte de combat.
Lors des croisades, les flottes italiennes (Venise, Gênes) assurent les liaisons et font face au problème de la piraterie musulmane. Les cités marchandes de la Hanse et des Flandres disposent de forces navales pour la protection de leur commerce. Pendant la guerre de Cent Ans, la maîtrise de la mer permet aux Anglais de guerroyer en France. À cette époque, le combat, bord à bord, ressemble à une bataille terrestre.
Corvette
La galère méditerranéenne a son heure de gloire vers le temps de la bataille de Lépante (1571) et décline ensuite. La puissance navale de l'Espagne s'effondre avec l'échec de l'Armada (1588). Il s'ensuit une période de compétition qui aboutit, au xviiie s., à l'établissement de l'hégémonie maritime britannique. Les marines de cet âge classique sont composées de corvettes, frégates, galiotes et surtout vaisseaux de ligne. La multiplication des canons de bord finit par transformer le combat naval, où la canonnade remplace l'abordage. Désormais, les flottes de guerre se distinguent nettement des navires de transport.
Ayant atteint son apogée au milieu du xixe s., la marine à voile ne résistera pas à l'effet de techniques nouvelles : propulsion à vapeur, blindage en fer puis en acier, artillerie rayée et obus explosifs. La lutte entre le canon et la cuirasse se traduit alors par une course au tonnage. À partir de 1906, le dreadnought va donner au navire de ligne son aspect définitif pour près d'un demi-siècle.
La Première Guerre mondiale, marquée par un seul véritable affrontement naval (Jütland, mai 1916), n'en souligne pas moins le rôle déterminant de la mer : blocus des puissances centrales, transport des troupes sur les champs de bataille, lutte contre les sous-marins.

Porte-avions Clemenceau
Avec la Seconde Guerre mondiale, le rôle dévolu aux marines de guerre est l'objet d'un véritable changement d'échelle. La maîtrise de la mer cesse de s'identifier avec la surface ; la menace aérienne et sous-marine pèse sur la liberté des routes de communication et sur la sécurité des convois. Dès 1942, le porte-avions, avec son environnement de navires de protection, détrône le cuirassé. Ce conflit est également marqué par de gigantesques opérations amphibies mettant en jeu de véritables flottes de chalands de débarquement. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les flottes de combat tendent à s'organiser autour du porte-avions et du sous-marin à propulsion nucléaire.
Le porte-avions, soutenu par des bâtiments logistiques, est la pièce maîtresse de forces d'intervention lointaine. L'équipement généralisé des navires en missiles antiaériens et anti-sous-marins bénéficie de systèmes électroniques et informatiques de traitement et d'exploitation des informations tactiques.

Sous-marin nucléaire lanceur d'enginsSous-marin nucléaire lanceur d'engins
Le sous-marin offre des possibilités comme bâtiment d'attaque ou comme lanceur de missiles balistiques à charges nucléaires. Il reste à ce jour l'atout majeur de la stratégie des grandes puissances en raison des difficultés liées à sa détection.
Les missions actuelles

Chasseur de mines
Aujourd'hui, selon leur importance, les marines militaires peuvent exercer plusieurs missions : la dissuasion nucléaire à partir de sous-marins à propulsion nucléaire ou de l'aviation embarquée, la persuasion grâce à des concentrations à proximité des côtes adverses, la projection de forces par transports de troupes et moyens amphibies, l'attaque mer/sol au moyen de l'aviation embarquée ou du tir de missiles de croisière. Elles protègent les circuits d'approvisionnement (routes du pétrole), notamment par la lutte contre les mines, et surveillent les approches maritimes. Elles participent de plus en plus à des missions de sécurité intérieure (lutte contre les trafics de stupéfiants ou les trafics d'êtres humains). Elles assurent enfin la police de la circulation maritime (par exemple rail d'Ouessant) et luttent contre les pollutions maritimes.

 

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KENYA

 

Kenya


Nom officiel : République du Kenya

État d'Afrique orientale, sur l'océan Indien, le Kenya est entouré par le Soudan du Sud et l'Éthiopie au nord, la Somalie à l'est, l'océan Indien au sud-est, la Tanzanie au sud et le lac Victoria et l'Ouganda à l'ouest.
Le Kenya est membre du Commonwealth.
Superficie : 583 000 km2
Nombre d'habitants : 44 354 000 (estimation pour 2013)
Nom des habitants : Kényans
Capitale : Nairobi
Langue : swahili
Monnaie : shilling du Kenya
Chef de l'État : Uhuru Kenyatta
Chef du gouvernement : Uhuru Kenyatta
Nature de l'État : république
Constitution :
Adoption : avril 2010
Pour en savoir plus : institutions du Kenya
GÉOGRAPHIE

L'Ouest, montagneux et volcanique, est le domaine des cultures du café et du thé et de l'horticulture (produits exportés par Mombasa). Dans l'Est, formé de plaines, se localisent des plantations de canne à sucre, de bananiers et de sisal. L'élevage est développé, mais revêt souvent une plus grande valeur sociale qu'économique. Le tourisme (réserves d'animaux et littoral aux récifs coralliens) comble une partie du déficit de la balance commerciale. La population, rapidement croissante, juxtapose une quarantaine de groupes ethniques (les Kikuyu étant les plus nombreux).
1. Le milieu naturel du Kenya

1.1. Le relief

Mont KenyaMont Kenya
Le relief est très diversifié. À l'est, le long de l'océan Indien, la côte, de 400 km de long, tantôt marécageuse et envahie par la mangrove, tantôt sableuse, est bordée d'îlots et de barrières coralliennes. Là affleurent des terrains sédimentaires allant du quaternaire au Karroo (fin du paléozoïque et début du mésozoïque). Elle se rétrécit du nord au sud. Hauteurs et dépressions, exploitant l'inégale résistance des sédiments crétacés et tertiaires, s'y succèdent. Les régions basses périphériques, au nord et à l'est, monotones, proviennent d'aplanissements du socle (comme dans le pays nyika, entre Nairobi, la capitale et Mombasa) ou d'épanchements volcaniques. Leur désolation est accentuée par la sécheresse, par exemple dans la région du Marsabit. Des hauteurs isolées les accidentent localement : reliefs résiduels dans le socle (Kamba, Taita), alignements de cônes volcaniques (Chluyu). Depuis la région côtière, l'altitude s'élève vers l'intérieur, constitué en majeure partie par des plateaux élevés dans le socle précambrien, qui constitue une pénéplaine monotone parsemée d'inselbergs.

Lac NakuruLac Nakuru
La coupure brutale de la Rift Valley, dépression tectonique de 40 à 80 km de largeur, bombement de l'effondrement du vieux socle cristallin, divise ces plateaux en des hautes terres orientales, où se trouve la capitale, Nairobi (1 600 m), et en des hautes terres occidentales, qui descendent vers le lac Victoria, dont le Kenya est riverain. Elle est dominée par les escarpements vertigineux des monts Aberdare, à l'est, et du Mau Escarpement, à l'ouest. Dans la région de la Rift Valley, le socle disparaît entièrement sous d'énormes épanchements volcaniques. Le fond du Rift, très irrégulier, forme lui-même une zone d'altitude. Il s'élève par paliers du lac Turkana au lac Naivaska, avant de redescendre vers le lac Natron, à la frontière tanzanienne. Il existe dans le fond de la Rift Valley de nombreux volcans récents (Suswa, Longonot, Menengai). Cette zone est parfois hachée d'un dense réseau de failles méridiennes. Sur les hautes terres orientales, le mont Kenya (5 194 m), au nord de Nairobi, est un vieil édifice volcanique disséqué par les glaciers quaternaires et actuels. Le mont Elgon est un autre volcan imposant.
De part et d'autre du Rift, les Hautes Terres orientales et occidentales présentent une morphologie différente. Vers l'est s'étendent des planèzes assez régulières. À l'ouest, en revanche, les épanchements volcaniques sont moins considérables. Le socle, cisaillé de failles, apparaît plus souvent : blocs soulevés (pays nandi et kisii, plateau luhya) ou parties effondrées (fossé du Kavirondo, près du lac Victoria).
Une série de lacs jalonnent le fossé tectonique : au nord, le plus grand, le lac Turkana, long de 250 km et large de 40, puis, vers le sud, les lacs Hannington, Baringo, Nakuru, Elmenteita, Naivasha, Magadi et Natron. À l'extrême sud-ouest, les plateaux plongent vers le lac Victoria qui pénètre dans le Kenya par une profonde échancrure, le golfe du Kavirondo.
1.2. Les pluies et les températures

Savane
Le climat, équatorial, est rythmé par deux saisons de pluies, centrées sur octobre et avril. Les pluies sont très irrégulières. Les régions basses reçoivent moins de 600 mm, précipitations marginales pour l'agriculture mais suffisantes pour garantir des pâturages d'excellente qualité. La géographie des températures est surtout déterminée par l'altitude. Le contraste fondamental entre Hautes Terres et régions basses est un des traits distinctifs de la géographie kényane. S'il fait chaud sur la côte (26 °C), les hautes terres ont un climat équatorial d'altitude (Nairobi : moyenne annuelle, 17 °C, amplitude annuelle, 3,5 °C, février est le mois le plus chaud). La pluviométrie augmente avec l'altitude et en se rapprochant du lac Victoria, passant de 1 000 mm à 2 000 mm, à l'exception de la Rift Valley (500 à 700 mm) et du nord semi-désertique.
1.3. Le réseau hydrographique

Le réseau hydrographique, désorganisé par les bouleversements survenus au tertiaire, est encore inadapté. La Rift Valley est une zone endoréique. Peu de cours d'eau parviennent à l'océan. Les seuls qui soient d'importance sont le Tana et la Galana. Au nord-ouest, la Kerio et la Turkwel sont tributaires du lac Turkana. Les formations végétales les plus répandues sont les formations ouvertes, de la savane-parc aux steppes du Nord en passant par les savanes herbeuses, domaine des herbivores et des carnassiers.
1.4. Les formations végétales

La grande forêt humide équatoriale n'est conservée qu'en lambeaux exigus sur les hautes terres centrales et sur la côte. Les régions basses sont le domaine des grandes étendues de formations sèches – steppes et savanes à acacia, bush rabougri, voire déserts dans le Nord. Les régions hautes (notamment le mont Kenya et les Aberdare) sont caractérisées par une végétation plus riche, véritable mosaïque disposée selon l'altitude et l'orientation des versants. Présentes entre 1 600 et 2 700 m, les forêts, qui ont été réduites par l'activité humaine, sont souvent remplacées par des formations herbeuses à pennisetum (kikuyu grass) et cynodon (star grass). Plus haut s'étendent des zones de bambous, une forêt d'altitude chargée d'épiphytes et des prairies alpines, au-dessus de 3 700 m. Outre une pluviosité relativement favorable, les régions hautes disposent de sols variés le long des versants, plus riches sur les coulées basaltiques bien que fort honorables sur le socle. On peut alors comprendre que l'opposition des densités, la répartition sommaire du territoire entre régions pastorales et agricoles a des fondements essentiellement écologiques.
2. La population du Kenya

Hutte
On distingue trois groupes appartenant à des familles linguistiques différentes. Les Luhyas, les Kambas et les Kikuyus (plus de 4 millions) sont de langue bantoue. Les Masais, les Turkanas, les Suks (peuples pasteurs) et les Nandis, ainsi que les Luos des rives du lac Victoria (environ 2 millions), font partie du groupe nilo-saharien. Dans le Nord-Est, les nomades somalis, boranas et ormas appartiennent au groupe chamito-sémitique (couchitique).
Les étrangers sont près de 200 000, dont une moitié environ d'Asiatiques. Beaucoup de grands propriétaires européens – surtout britanniques – des hauts plateaux kényans (les white highlands, au temps de la colonisation) ont quitté le pays après l'indépendance. Un tiers environ de la population est chrétienne. Les musulmans (dont les ismaéliens, fidèles de l'Aga Khan), peu nombreux, se trouvent surtout sur le littoral. La population se concentre sur les hautes terres du Sud-Ouest, sur la côte et dans la région du lac Victoria.
Les caractéristiques démographiques de la population sont celles des pays d'Arique subsaharienne : très faible taux d'urbanisation (30 %), forte croissance démographique, taux de mortalité infantile élevé (59 ‰) et faible espérance de vie (56 ans à la naissance pour les hommes).

NairobiNairobi
Les villes les plus importantes sont la capitale, Nairobi, et Mombasa, premier port de l'Afrique orientale. Après ces deux grandes villes viennent quatre villes moyennes (Nakuru, Kisumu, Eldoret et Thika) et une série de petites villes (les plus importantes étant Nanyuki, Kitale, Malindi, Kericho et Nyeri).
3. L'économie du Kenya

Le Kenya représente la principale économie de l'Afrique de l'Est. L'agriculture reste, de loin, le premier secteur d'activité, mais c'est le tourisme qui est devenu la principale source de devises étrangères, avec notamment les réserves d'animaux, à l'intérieur du pays, et le littoral, avec ses récifs coralliens.
3.1. L'agriculture

L'agriculture occupe près de 70 % de la population active, et la production agricole assure encore environ le quart du produit intérieur brut, bien qu'une très faible partie des terres exploitables soit mise en culture. Plus de la moitié des surfaces cultivées sont consacrées au maïs, aliment de base de la population. Les autres cultures vivrières sont le millet, le sorgho, la manioc, la patate douce. De grandes propriétés (50 % des terres cultivables) et plantations héritées de la colonisation subsistent aux côtés des petites exploitations concédées aux Africains (500 000 réinstallés sur 600 000 ha dès 1970 aux termes d'un vaste programme de rachat des terres financé en partie par la Grande-Bretagne). L'Ouest, montagneux et volcanique, est le domaine des cultures de café et de thé, principaux produits d'exportation. Les sols les plus riches se situent autour d'Eldoret, de Nakuru et de Kitale, où se trouvent les derniers colons (15 % des terres cultivées). Le Kenya est devenu le second exportateur mondial de thé, mais les exportations de café ont décliné. Dans les plaines de l'Est se localisent des plantations de canne à sucre, de fruits tropicaux (bananes), de sisal et de coton. Aux cultures commerciales s'ajoutent les agrumes, le pyrèthre (dont le pays fournit près de 70 % de la production mondiale) et, plus récemment, l'horticulture, à l'ouest, notamment la production et l'exportation de roses vers l'Europe. L'élevage (bovins, ovins, caprins) est important, mais revêt souvent une plus grande valeur sociale qu'économique. Seul le cheptel situé sur les hauts plateaux, en partie propriété des Européens, est rentable. Les terres les plus riches se situent autour d'Eldoret, Nakuru et Kitale.
3.2. L'industrie

Il existe peu de ressources naturelles ou minières, excepté la géothermie et le carbonate de soude du lac Magadi. L'industrie kenyane est une des plus diversifiées d'Afrique orientale. Elle s'est développée dans les secteurs de l'agroalimentaire, de la métallurgie, du textile et de la chimie. Elle se localise surtout à Nairobiet à Mombasa, les deux principales villes. La raffinerie de pétrole de Mombasa fournit les pays voisins, et plusieurs firmes ont monté des usines d'assemblage automobile (dont Volkswagen et Fiat). Cependant, tourné essentiellement vers le marché intérieur, l'industrie n'exporte guère, à l'exception du textile, qui profite de l'ouverture du marché nord-américain.
3.3. Les ressources financières

Le secteur bancaire est en expansion. Le tourisme s'appuie sur l'exceptionnel patrimoine faunistique des grands parcs naturels (Amboseli, Masaï-Mara, Samburu-Shaba, Tsavo) et sur la valorisation du littoral. Les recettes du tourisme international comblent une partie du déficit de la balance commerciale. Les principaux clients et fournisseurs du Kenya sont la Grande-Bretagne, le Japon, l'Allemagne et les États-Unis. La dette extérieure pèse, avec la poussée démographique, sur l'avenir de l'économie. Le pays est en partie dépendant des transferts de fonds de sa diaspora.
3.4. Les sites du Kenya classés à l'Unesco

Plusieurs sites du Kenya sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco :
– parc national et forêt naturelle du mont Kenya ;
– parcs nationaux du lac Turkana ;
– vieille ville de Lamu ;
– forêts sacrées de kayas des Mijikenda ;
– Fort Jésus, Mombasa ;
– réseau des lacs du Kenya dans la vallée du Grand Rift.
HISTOIRE

1. Les origines

Les plus anciens vestiges fossiles des ancêtres de l'homme, appartenant au genre Australopithecus (4 millions-1,5 million d'années), ont été découverts dans la Rift Valley. Des restes datés de 2 millions d'années d'Homo habilis – premier représentant du genre Homo – ont également été mis au jour, ainsi que ceux de leur descendant.
Le territoire de l'actuel Kenya a été peuplé par des vagues d'immigration successives venues d'horizons différents, qui ont progressivement supplanté les premiers habitants, des populations proches des Pygmées et des Bochimans, vivant de chasse et de cueillette. Les peuples couchitiques sont venus du nord-est de l'Afrique et des hauts plateaux éthiopiens, les Bantous – Kikuyus, Kambas, Chaggas et Luhyas – sont partis du sud-ouest de l'Afrique et les peuples nilotiques sont arrivés du Soudan méridional – principalement les Kalenjins, pasteurs et agriculteurs, qui occupent les hautes terres de l'ouest du Kenya. Les Luos, peuple hamite, arrivent sur la côte orientale du lac Victoria au début du xvie siècle, et s'établissent au milieu des Bantous.
À partir du xviie siècle, de grandes vagues de migration quittent le Soudan et le nord-ouest du Kenya voit l'arrivée des Turkanas, et, plus au sud, des Masais, pasteurs et guerriers, souvent restés jusqu'à aujourd'hui fidèles à leurs coutumes ancestrales.
2. La civilisation swahilie et l'intrusion portugaise

Les navigateurs arabes fréquentent très tôt le littoral est-africain, à Mombasa, Malindi, Manda, Paté et Lamu, pour ne parler que des ports kényans, où ils achètent de l'or, de l'ivoire et des esclaves. Ce commerce est particulièrement florissant au xve siècle. Un métissage s'opère avec les populations bantoues du littoral, et donne naissance à une brillante civilisation et à une langue, le swahili, mélange de bantou et d'arabe, qu'illustre une remarquable littérature poétique.
Les Portugais, apparus en 1497 dans l'océan Indien, aident d'abord les cités swahilies à repousser l'invasion d'une tribu cannibale, les Zimbas. Décidés à monopoliser le commerce maritime, ils s'emparent en 1593 de Mombasa (où ils construisent le célèbre Fort Jésus), et occupent les autres ports du littoral de Lamu à Kilwa.
En 1698, Mombasa est conquise par des Arabes d'Oman, qui vont à nouveau contrôler le littoral durant tout le xviiie siècle. Tout en se livrant au commerce, ils développent une agriculture de plantation qui utilise une main-d'œuvre servile importée de l'intérieur. La présence arabe entraîne une islamisation partielle de la population côtière. Les peuples de l'intérieur n'ont pas connu d'organisations monarchiques analogues à celles des sociétés interlacustres de l'Ouganda, et résistent moins bien qu'elles aux vagues d'immigration. Les Masais font régner l'insécurité dans la région des hauts plateaux et rendent impraticables les circuits du commerce de Mombasa avec le royaume du Buganda (en Ouganda), qui doit alors s'effectuer par l'actuelle Tanzanie.
3. La colonisation britannique

3.1. Partage de l'Afrique de l'Est entre l'Allemagne et le Royaume-Uni

La pénétration missionnaire précède de peu la colonisation et le partage de l'Afrique entre les puissances occidentales à la conférence de Berlin (1885). En 1886, le Premier ministre britannique, lord Salisbury, signe un accord avec le chancelier allemand Bismarck pour délimiter les zones d'influence en Afrique de l'Est : les revendications du Royaume-Uni sur le Kenya sont reconnues, en même temps que celles de l'Allemagne sur l'actuelle Tanzanie continentale. En 1888, la British East Africa Company, qui avait obtenu du sultan de Zanzibar la concession de la majeure partie du pays et loué à bail la zone côtière, cède ses droits à la Couronne britannique.
3.2. Du protectorat à la colonie britannique

En 1895, l'ensemble du pays est placé sous protectorat britannique, avant de devenir une colonie en 1920. Le chemin de fer de Mombasa atteint Kisumu, sur le lac Victoria, en 1901. Des colons britanniques arrivent dès 1896, souvent des aristocrates, comme lord Delamere, qui veut faire du Kenya une colonie de peuplement. Ils emploient une nombreuse main-d'œuvre africaine sur de vastes plantations situées sur les « hautes terres », bientôt surnommées, à Londres, « le jardin de la Chambre des lords ». Les Indiens, introduits en grand nombre pour la construction du chemin de fer Mombasa-Kisumu, réclament une place dans l'administration du pays. Entre les deux guerres, l'explosion démographique des Kikuyus accélère la création d'un prolétariat à Nairobi. En 1925, Joseph Kangethe et Jomo Kenyatta créent la Kikuyu Central Association (KCA), qui réclame la restitution des « hautes terres » à son peuple.
3.3. La révolte Mau-Mau et l'ascension de Jomo Kenyatta

Après 1945, le Royaume-Uni accorde progressivement une place aux Indiens puis aux Africains dans le Conseil législatif local, surtout après la révolte des Kikuyus, connue sous le nom de « Mau-Mau », qui, de 1952 à 1956, ébranle le système colonial, malgré une très dure répression : pour une trentaine de Blancs assassinés, les forces de l'ordre abattent 11 000 Noirs et en internent 90 000, tandis que J. Kenyatta, accusé d'être l'instigateur du mouvement Mau-Mau, est arrêté et condamné à sept ans de prison.
La rébellion terminée, deux partis politiques africains se forment sur une base régionale, créant une coupure entre Kikuyus et Luos d'une part, Kalenjins et populations bantoues de la côte d'autre part. Le premier, la Kenya African National Union (KANU), se réclame de J. Kenyatta, et le second, la Kenya African Democratic Union (KADU), plus modéré et fédéraliste, a pour chef Ronald Ngala.
4. Depuis l'indépendance (1963-)

4.1. Jomo Kenyatta (1963-1978)

Jomo KenyattaJomo Kenyatta
Après la libération anticipée de J. Kenyatta en 1961 et la reconnaissance du droit à l'autonomie interne, la KANU l'emporte aux élections de mai 1963 sur la KADU (respectivement 75 et 49 sièges). L'indépendance est proclamée le 12 décembre 1963. J. Kenyatta est le premier chef de gouvernement. Un an plus tard, la république est proclamée, et celui-ci devient le premier président du Kenya, qui reste membre du Commonwealth. La centralisation est renforcée par divers amendements à la Constitution ; la KADU est intégrée au sein de la KANU, préparant ainsi l'instauration du monopartisme. La contestation vient de l'aile gauche et marxisante de la KANU, animée par un Luo, Oginga Odinga, qui forme en 1966 un nouveau parti, la Kenya People's Union (KPU).
Une certaine agitation est entretenue par un mouvement qui se réclame des Mau-Mau, tandis que les populations somalies du Nord réclament leur rattachement à la Somalie, qui a toujours revendiqué une partie de cette région. En 1968, une vague xénophobe aboutit à l'expulsion de milliers de commerçants indiens, moins toutefois que dans l'Ouganda voisin. De 180 000, le nombre des Indiens au Kenya tombe alors à 120 000. En juillet 1969, le jeune ministre (luo) Tom Mboya, pro-occidental et considéré comme le dauphin de J. Kenyatta, est assassiné à Nairobi. J. Kenyatta fait alors arrêter O. Odinga et interdit la KPU. Kenyatta est réélu à la présidence en novembre, et, aux législatives de décembre, seule la KANU est autorisée à présenter des candidats.
En septembre 1974, J. Kenyatta, qui vient de décréter le swahili langue nationale, est réélu pour cinq ans, tandis que divers scandales éclaboussent sa famille, dont sa fille, maire de Nairobi. Entre 1975 et 1977, le régime procède à une série d'arrestations, dont celle du grand écrivain kényan, Ngugi Wa Thiongo.
4.2. La présidence de Daniel Arap Moi (1978-2002)

J. Kenyatta meurt le 22 août 1978, et le vice-président, Daniel Arap Moi, un Kalenjin, lui succède. Le régime se durcit et le monopartisme est officiellement instauré en juin 1982. La stabilité du régime est sérieusement troublée, en août de la même année, par une tentative de coup d'État, fomentée par des éléments de l'armée de l'air. Des émeutes éclatent à Nairobi, qui font 150 morts, mais les unités militaires et la police restées fidèles au gouvernement forcent les rebelles à se rendre. Le président Moi dissout l'armée de l'air et ordonne 8 000 arrestations.
L'apparition en 1986 du mouvement Mwakenya (gauche révolutionnaire) inquiète le gouvernement, qui fait procéder à de nombreuses arrestations. Deux vieux alliés politiques du président Moi sont mis à l'écart (le ministre de la Justice, Charles Njonjo, en 1983 ; le vice-président, Mwai Kibaki, un Kikuyu, en 1988), et plusieurs journaux sont interdits. Une réforme des procédures électorales, en 1986, qui oblige les électeurs à s'aligner en file derrière leur candidat, est fortement critiquée, notamment par les Églises. Cette mesure sera maintenue en 1990, tandis que l'assassinat inexpliqué du ministre des Affaires étrangères, Robert Ouko, provoque une vive émotion.
L'intolérance du régime pousse les États-Unis à lier désormais leur aide au respect des droits de l'homme, et le gouvernement rétablit le multipartisme en décembre 1991. Mais, aux élections pluralistes de décembre 1992 (marquées par des irrégularités), l'opposition divisée est battue par le président Moi, qui est reconduit dans ses fonctions, et la KANU obtient la majorité au Parlement. Le gouvernement formé en janvier 1993 est composé exclusivement de membres de l'ancien parti unique. Dans la Rift Valley, les Kikuyus sont l'objet de brimades de la part des Kalenjins et des Masais, qui veulent s'approprier leurs terres, provoquant des troubles graves (1 500 victimes).
L'opposition relève la tête avec la création de nouveaux partis, dont le Forum for the Restoration of Democracy (FORD), que préside Oginga Odinga (ce dernier meurt en 1994). Un parti islamique fondé par Cheikh Balala s'implante à Mombasa. Le FORD se scinde en deux organisations rivales, le FORD-Kenya et le FORD-Asili, que dirige un ancien ministre, Kenneth Matiba. En 1995, une autre formation de l'opposition, Safina (« l'arche de Noé », en swahili), porte à sa tête un Blanc de nationalité kényane, Richard Leakey (fils du célèbre paléo-anthropologue Louis Leakey).
Les divisions de l'opposition permettent cependant au président Moi de remporter les élections présidentielle et législatives de 1997. Il est réélu en devançant M. Kibaki et Raila Odinga (le fils de Oginga Oginga Odinga), tandis que la KANU obtient 107 des sièges de l'Assemblée nationale contre 103 à l'opposition, éclatée en une dizaine de formations.
En politique étrangère, le Kenya avait, en 1980, accordé des facilités militaires aux États-Unis, mais avait renouvelé, en 1987, son traité de défense avec l'Éthiopie, alors marxiste, pour disposer d'un allié en cas de conflit avec la Somalie. Les relations souvent tendues avec l'Ouganda et la Tanzanie avaient provoqué, en 1977, la dissolution de la Communauté économique est-africaine mise sur pied par les Britanniques. Cette communauté a été restaurée en 1994 par un traité entre les chefs d'État de l'Ouganda, de la Tanzanie et du Kenya. Par ailleurs, en 1996 et 1998, Nairobi a abrité, sans résultat probant, des conférences de réconciliation entre les factions armées de Somalie. Depuis l'attentat perpétré, le 7 août 1998, contre l'ambassade américaine à Nairobi, le Kenya opère un rapprochement avec États-Unis face au terrorisme, confirmé par la visite du secrétaire d'État Colin Powell, en 2001 puis en 2005.
4.3. Alternance démocratique sur fond de crise post-électorale

Le président Moi accepte les termes de la Constitution qui lui interdisent de solliciter un nouveau mandat, mais, désireux de garder la haute main sur sa succession, il impose à la KANU la candidature du jeune Uhuru Kenyatta, fils du « père de l'indépendance », Jomo Kenyatta. Ce choix d'un homme sans expérience politique se heurte à l'hostilité des prétendants de longue date et de nombreux membres du parti au pouvoir, dont plusieurs rejoignent les rangs de l'opposition.
Cette dernière, rassemblée au sein de la National Rainbow Coalition (NARC, ou Coalition nationale Arc-en-ciel), remporte très largement les élections générales du 27 décembre 2002, dont les observateurs locaux et internationaux soulignent la fiabilité et la transparence. Son candidat, Mwai Kibaki, un Kikuyu, remporte l'élection présidentielle avec 62,2 % des suffrages devant U. Kenyatta (31,3 %). À l'Assemblée, la NARC obtient la majorité absolue en gagnant 125 sièges contre 64 à la KANU.
M. Kibaki échoue à mettre en œuvre la plupart de réformes promises pendant la campagne électorale. En dépit de la création d'une commission indépendante (chargée notamment de réexaminer l’affaire Goldenberg, qui plombe l'économie kényane depuis 1992) la lutte contre la corruption – « un mode de vie au Kenya » – s'avère rapidement inopérante, si bien que les pays donateurs interrompent leur aide dès 2005. Malgré l'essor du tourisme, le délabrement des infrastructures n'est pas enrayé, la croissance reste modeste et les inégalités sociales demeurent fortes.
Annoncée « dans les cents jours », la réforme de la Constitution divise profondément la coalition gouvernementale. La modification de la Loi fondamentale faisait partie des engagements qui avaient permis à la NARC d'être élue triomphalement lors des élections de 2002. Le poste de Premier ministre faisait également partie du pacte préélectoral scellé avec R. Odinga, l'opposant historique, qui avait permis la victoire de la NARC. En échange des votes de son fief de l'ouest du pays, celui-ci devait obtenir, en cas de victoire, ce poste créé sur mesure. Le 21 novembre 2005, les Kenyans rejettent par 58,3 % de « non » le projet de réforme constitutionnelle soumis à référendum. Prenant acte de cet échec, le président Kibaki annonce un remaniement ministériel : limogé, R. Odinga et le PLD forment avec la KANU une alliance appelée Orange Democratic Movement (ODM), dont une faction dissidente, dirigée par Kalonzo Musyoka, deviendra en août 2007 l'ODM-Kenya.
Après une campagne électorale d'une grande violence (près de 80 morts), les élections générales du 27 décembre 2007 se déroulent dans le calme. L'ODM remporte très largement les législatives avec 99 sièges devant le camp présidentiel restructuré autour du Party of National Unity (PNU, 43 sièges), sans toutefois obtenir la majorité absolue. Le 30 décembre, la commission électorale annonce la victoire – avec une avance de quelque 230 000 voix devant R. Odinga (ODM) – du président sortant, M. Kibaki, qui prête aussitôt serment. Dénonçant une fraude massive dans le décompte des votes, R. Odinga appelle ses partisans à manifester contre la « victoire volée ». S'ouvre alors un cycle de violences, prenant parfois, notamment dans la vallée du Rift, l'allure de conflits interethniques, mais également nourries par d'anciennes rivalités foncières. Au terme de deux mois d'affrontements, le bilan sera de 1 200 morts et de 600 000 personnes déplacées.
Après l'annonce, le 8 janvier 2008, par le président sortant de la composition partielle d'un gouvernement de « large ouverture », l'ODM exige une médiation internationale. Celle-ci, après l'échec d'une tentative lancée par le président ghanéen John Kufuor, est poursuivie par l'ex-secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, qui parvient à arracher un accord de partage du pouvoir entre M. Kibaki et R. Odinga le 28 février. Le 13 avril, le premier nomme R. Odinga à la tête d'un gouvernement de coalition composé de 41 membres et au sein duquel Musalia Mudavadi, le numéro deux de l'ODM, et U. Kenyatta, sont tous deux nommés vice-Premiers ministres.
En avril et août 2010, une nouvelle Constitution est finalement adoptée et largement approuvée par référendum. Promulguée le 27 août, elle prévoit un plus grand équilibre entre pouvoirs et d’importantes limitations des prérogatives présidentielles : institution d’un Sénat représentant les comtés et d’une Cour suprême ; procédure de destitution (impeachment) par les deux assemblées du président qui ne peut plus dissoudre le Parlement ; garantie des libertés civiles dans une Déclaration des droits (Bill of Rights) ; décentralisation… Par ailleurs, une politique foncière visant une répartition plus équitable des terres y est explicitement inscrite. Tandis qu’un calendrier est fixé pour l’application de la nouvelle loi fondamentale, le poste actuel de Premier ministre est provisoirement maintenu jusqu’aux prochaines élections générales, date à laquelle le texte devrait entrer pleinement en vigueur.
Présent dans de nombreuses opérations de maintien de la paix, le Kenya s'implique dans la coopération contre le terrorisme et renforce ses liens avec Israël après l'attentat du 28 novembre 2002 visant un hôtel de Mombasa où séjournaient des Israéliens. Sur le plan régional, il mène une intense politique de médiation. Il accueille les pourparlers de paix sur la Somalie, ouverts en octobre 2002 sous l'égide de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) mais s’engage aussi militairement dans la lutte contre les milices islamistes chabab en les délogeant notamment de leur bastion de Kismaayo en 2012. Le Kenya est également le principal médiateur dans le conflit intersoudanais, auquel met un terme la signature, le 9 janvier 2005 à Nairobi, d'un accord global par le gouvernement et le chef du SPLM/SPLA, John Garang.
4.4. Les élections de 2013 et la victoire d’Uhuru Kenyatta

En mars 2013, Uhuru Kenyatta, candidat de l’alliance nationale (TNA issue du PNU) mais inculpé par la Cour pénale internationale (CPI) de crimes contre l'humanité pour sa responsabilité dans les violences postélectorales de 2007, est élu de justesse à la présidence de la République avec 50,07 % des voix. Alors que le taux de participation atteint un niveau sans précédent (86 %), son principal adversaire R. Odinga (ODM) finit par accepter sa défaite, soucieux d’éviter de nouvelles violences.
U. Kenyatta a dû s’assurer du soutien non seulement des Kikuyus, dont il est lui-même issu et dont il parle et utilise la langue, mais aussi d’autres ethnies – aucune n’étant majoritaire – dont celle des Kalenjin (la troisième du pays) représentée par son vice-président William Ruto (parti républicain uni, URP). Ce dernier (qui avait soutenu R. Odinga en 2007) est également poursuivi par la CPI pour les mêmes motifs que le président. Au lieu de les desservir, ces inculpations semblent bien avoir joué en faveur du fils du père de la nation et de son allié. Cet accord au sommet se traduit au niveau parlementaire par la Jubilee Alliance coalition, formée principalement par l’alliance nationale et l’URP qui vient en tête des élections législatives et s’assure, avec ses alliés extérieurs dont le Forum démocratique uni de Musalia Mudavadi, d’une majorité au parlement. Le Mouvement démocratique orange (ODM), qui reste le premier parti, prend la tête de l’opposition.
Les craintes d’une réédition des troubles post-électoraux de 2007 dissipées, le nouveau président entre en fonctions le 9 avril après l’annonce d’un programme axé notamment sur une redistribution des richesses et un juste accès à la terre, le développement économique, la lutte contre l’insécurité et la préservation de l’unité nationale par delà les clivages ethniques.
S’il est soutenu par l’Union africaine et l’Afrique du Sud dans son affrontement avec la justice internationale, il doit aussi faire face au défi du terrorisme à la suite de l’attaque meurtrière dans un centre commercial au cœur de Nairobi commis par un commando les 21-24 septembre en représailles à l’intervention du Kenya contre les milices chabab en Somalie.

 

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