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LE NIL

 

le Nil
en arabe al-Nīl


Cet article fait partie du dossier consacré à l'Égypte ancienne.
Principal fleuve d'Afrique, drainant un bassin d'environ 3 millions de km2 et long de 6 700 km (5 600 km depuis le lac Victoria), et qui rejoint la mer Méditerranée par un vaste delta.
Le fleuve a été appelé Hâpî par les Pharaons, Chrysonoas par les Grecs, Bahr (« mer ») par les Arabes.
GÉOGRAPHIE

1. Le cours du Nil

Le NilLe Nil
Le fleuve trouve son origine dans un cours d'eau du Burundi, le Kasumo, qui devient, dans son cours inférieur, la Kagera, tributaire du lac Victoria. Cette mer intérieure (près de 70 000 km2), perchée à 1 133 m, s'écoule vers le Nord par le Nil Victoria, qui traverse le lac Kioga entre deux chutes. Il pénètre ensuite dans le lac Albert, alimenté par la Semliki, et en sort sous le nom de Bahr el-Gebel, « rivière de la Montagne », puis entre dans la plaine du Soudan du Sud. Les inondations, la multiplication des bras, la végétation aquatique et une évaporation intense qui prélève près de la moitié de la masse liquide caractérisent cette immense cuvette marécageuse des « sadd », qui reçoit en outre le Bahr el-Ghazal. Sortant du lac No, le fleuve, qui prend alors le nom de Nil Blanc (Bahr el-Abiad), reçoit le Sobat (rive droite), reprend la direction du nord et entre au Soudan.

KhartoumKhartoum
À Khartoum, il reçoit le Nil Bleu (Bahr el-Azrak) et, dès lors, on lui donne parfois le nom de Grand Nil. Il reçoit encore l'Atbara, toujours sur la rive droite, et travers ensuite 2 700 km de désert, en Nubie, puis continue son cours en Égypte, passe au Caire, à la tête du delta, avant de rejoindre la mer Méditerranée.
2. Le profil du Nil

Chutes MurchisonChutes Murchison
Le profil longitudinal du Nil n'est pas régularisé dans le cours supérieur, mais, à l'entrée des marais des « sadd », la pente devient très faible, jusqu'au-delà de Khartoum (3,5 cm par km). En aval, une série d'accidents séparent des biefs à pente douce : ce sont les fameuses « cataractes » numérotées de 1 à 6 en remontant le cours du fleuve à partir d'Assouan. En fait, ce ne sont que des rapides qui, souvent, n'interdisent la navigation qu'en basses eaux. Peu après la deuxième cataracte, la vallée inférieure constitue la partie habitable de l'Égypte. Le haut-barrage d'Assouan régularise son cours inférieur et créé un vaste lac artificiel, long de 500 km (en partie au Soudan). Passé Le Caire, le Nil entre dans son delta, construction postglaciaire qui a continué de progresser pendant la période historique et dont l'extension est à présent bloquée par la raideur de la pente sous-marine et le fort courant littoral. Le fleuve aboutit à la mer par les branches de Rosette et de Damiette, aux modules respectifs de 1 076 et 508 m3s.
Le bassin du Nil s'étend de l'équateur à la Méditerranée et inclut des parties de dix États : Burundi, Rwanda, Tanzanie, Ouganda, Kenya, République démocratique du Congo, Soudan du Sud, Éthiopie, Soudan, Égypte.
3. Le régime du Nil

Le NilLe Nil
En Égypte, le Nil a un régime simple et plutôt régulier : le débit, minimal au début du mois de juin, augmente jusqu'à la fin de septembre pour décroître ensuite. Ce régime est pourtant le résultat d'une combinaison complexe d'affluents répartis sur 35 degrés de latitude. Le Nil Blanc, malgré un appauvrissement dans les « sadd », a encore beaucoup d'eau en saison sèche et son régime est pondéré. Le Nil Bleu et l'Atbara sont, au contraire, excessifs : au début de septembre, ils apportent au Nil plus de 90 % de son débit moyen de 8 000 m3s mais, en avril, le Nil Bleu est fort réduit (131 m3s) et, pendant cinq mois, de janvier à mai, l'Atbara est à sec. La fameuse crue du fleuve est due à la montée des affluents éthiopiens, dont les eaux violentes érodent les massifs volcaniques auxquels elles arrachent des terres fertiles. Il en résultait jadis l'inondation de la vallée égyptienne, à laquelle échappaient les villages construits sur des buttes. Le sol emmagasinait une réserve naturelle d'eau, tandis que la surface recevait quelques millimètres de limon régénérateur. Dès novembre, le fleuve étant rentré dans son lit mineur, on procédait aux semailles dans la boue. Cependant, si les hautes eaux ont toujours lieu dans la même saison, elles sont parfois faibles et tardives, parfois hautes et dévastatrices. Ainsi le débit moyen annuel du Nil à Assouan a pu varier de 4 341 m3s en 1879 à 1441 m3s en 1913, alors que la moyenne, pour 80 ans, est de 2 922 m3s. Les nilomètres permettaient de noter, dès l'Antiquité, la hauteur de la crue et même de faire des pronostics.
4. Les travaux sur le Nil

Depuis le xixe s., le régime du Nil a été sensiblement transformé par de grands travaux : édification de barrages pour relever le plan d'eau à la tête des canaux (notamment barrages du Delta, d'Assiout, de Nag Hamadi, de Esnèh près de Louqsor) et création de barrages-réservoirs pour améliorer le débit entre février et juillet (barrages d'Assouan, du Djebel Aulia, de Sennar, d'Owen Falls). Enfin, à proximité d'Assouan, le Haut-Barrage, construit de 1960 à 1964 et dont la mise en eau a été achevée en 1972, est l'un des plus imposants du monde. L'intérêt, capital pour l'Égypte, d'un développement de l'irrigation et l'avantage d'une production hydroélectrique dans un pays mal pourvu de sources d'énergie sont à l'origine de cet ouvrage. Le Nil est enfin un fleuve navigable par biefs, entre les rapides ou les chutes, et son cours égyptien est utilisé par une batellerie très active.
4.1. Les premiers barrages

La vallée fut équipée de barrages d'élévation à Assiout (1902), à Esnèh (1909) et à Nag Hamadi (1930). Ces travaux visaient surtout à étendre la culture du coton, pour approvisionner les filatures anglaises. Mais l'extension de l'irrigation pérenne fut handicapée par le manque d'eau pendant l'étiage, alors que la plus grande partie de l'eau de la crue se perdait dans la Méditerranée. Les premiers barrages-réservoirs en Égypte et au Soudan permirent d'augmenter le niveau de l'eau disponible pendant l'étiage : le premier barrage d'Assouan (1898-1902) voit sa capacité passer de 1 à 5 milliards de mètres cubes, grâce à deux surélévations ; le barrage de Sennar (1925), sur le Nil Bleu, sert à irriguer le vaste périmètre cotonnier de la Gezireh – en échange, le Soudan renonce en 1929 à toute ponction entre janvier et juillet ; le barrage du Djebel Aulia (1929-1933) retient les eaux du Nil Blanc durant la crue du Nil Bleu.
4.2. Le haut barrage d'Assouan

Les besoins augmentant plus vite que les disponibilités, la solution proposée est celle d'un nouveau barrage à Assouan, qui retiendrait toute la crue dans un réservoir d'une capacité maximale de 156 milliards de mètres cubes, à cheval sur l'Égypte et le Soudan. L'eau du Nil est partagée, en 1959, sur la base de 55,5 milliards de mètres cubes pour l'Égypte et 18,5 milliards pour le Soudan (les pertes du lac-réservoir représentent 10 milliards de mètres cubes). Le barrage, construit avec l'aide soviétique, est inauguré en 1970, quelques semaines après la mort du président Nasser, qui en avait été l'initiateur. Cent mille villageois nubiens durent quitter leur foyer submergé.
Le haut barrage d'Assouan a permis la régulation pluriannuelle du débit, la production d'électricité, la bonification d'étendues désertiques sur les marges de la vallée et du Delta (400 000 ha), le passage à l'irrigation pérenne des derniers bassins de Haute-Égypte (300 000 ha), l'extension des cultures grosses consommatrices d'eau, comme la canne à sucre et le riz. Mais le haut barrage a aussi pour effet de retenir le limon de la crue, réduisant à néant la pêche côtière, érodant les berges et le littoral, et privant le sol de sa fertilité. Les paysans arrosent trop, provoquant l'élévation de la nappe phréatique et la salinisation des terres. La mise en valeur du désert n'a pas compensé la perte des meilleurs sols devant la croissance urbaine. Enfin, la croissance démographique et l'augmentation constante des besoins ont contraint l'Égypte à consommer plus que sa part, tandis que le Soudan entreprenait de se doter de ses propres aménagements.
4.3. Les nouveaux projets

Sur le Nil Blanc, le percement du canal de Jongleï, long de 380 km et destiné à drainer une partie des sadd, commence en 1978. Cofinancé par l'Égypte et le Soudan, il devait fournir à chacun 3,5 milliards de mètres cubes d'eau supplémentaires par an. Mais la reprise de la guerre civile au Soudan a entraîné l'arrêt des travaux en 1983. C'est cependant le Nil Bleu qui détient le plus grand potentiel inexploité : il dispose de sites hydroélectriques prometteurs et donne à l'Éthiopie, qui en a la maîtrise, les clés du destin du Soudan et surtout de celui de l'Égypte. Devant la pression démographique croissante sur les vieilles terres érodées du plateau, le gouvernement éthiopien a mis en chantier de vastes projets agricoles dans les vallées du Nil Bleu, de la Sobat et de l'Atbara.
En 2013, l'Éthiopie a commencé les travaux de détournement du cours du Nil Bleu en vue de la construction du barrage de la Renaissance, destiné à la production d'hydroélectricité.
5. Les accords de partage des eaux du Nil

Plusieurs accords ont été signés entre les pays riverains pour le partage des eaux du Nil.
5.1. Les accords de 1929 et de 1959

Les accords de 1929 et de 1959 étaient favorables à l'Égypte. Seuls deux pays peuvent disposer du débit du Nil : l'Égypte et le Soudan (qui englobe alors le Soudan du Sud). Les deux tiers reviennent à l'Égypte, 22 % au Soudan, tandis que l'Éthiopie ne reçoit rien. L'Égypte dispose d'un droit de veto sur tout projet sur le fleuve.
5.2. L'accord d'Entebbe, en 2010

L'accord d'Entebbe a été signé en 2010 par six pays de l'amont du fleuve : l'Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda. Il conteste les accords de 1929 et de 1959. L'Égypte a rejeté cet accord.
HISTOIRE

1. Le Nil dans l'Antiquité égyptienne : berceau d’une civilisation

L'agriculture apparaît dans la basse vallée du Nil il y a environ 7 000 ans. Il s'agit tout d'abord de cultures pratiquées dans le limon laissé par la décrue du fleuve ; puis, vers 3400 avant notre ère, on note une organisation supravillageoise qui permet de retenir l'eau dans des bassins.
L'unification du Delta et de la vallée égyptienne est réalisée vers 3300 avant J.-C., et assure la prospérité du pays, grâce au contrôle centralisé de la crue et de l'activité agricole, durant l'Ancien, le Moyen et le Nouvel Empire. En revanche, les périodes de division (première période intermédiaire, fin du Nouvel Empire) ou d'occupation étrangère entraînent désordre et famine.
1.1. La civilisation koushite

Au-delà de la 1ere cataracte sont entreprises de fructueuses expéditions, qui aboutissent parfois à une présence égyptienne permanente. Mais dès le IVe millénaire est apparue au Soudan actuel la civilisation koushite, dont la capitale est Kerma, en Nubie.
Colonisée au Moyen Empire, la Nubie recouvre son indépendance lors de la deuxième période intermédiaire et de l'occupation de l'Égypte par les Hyksos.
1.2. Napata, Méroé, Aksoum

Sous le Nouvel Empire, Thoutmosis III la reconquiert; mais elle s'émancipe à nouveau vers l'an 1000. Ce sera pourtant par elle que l'unité sera rétablie sous la XXVe dynastie, dite éthiopienne, des pharaons noirs de Napata ; vers 700 avant J.-C., ils étendent leur pouvoir jusqu'à la Méditerranée pendant un siècle, puis le royaume de Napata, replié au sud de la 1ere cataracte, transfère sa capitale à Méroé, entre l'Atbara et le Nil Bleu. La civilisation méroïtique, où le respect des traditions égyptiennes s'allie au fonds africain, est maintenue jusqu'au iiie siècle de notre ère, avant de disparaître sous les coups du puissant royaume d'Aksoum, qui contrôle le haut bassin du Nil Bleu.
1.3. Le Nil, bon génie des Égyptiens

Le Nil était vénéré par les Égyptiens comme un bon génie, envoyé par les dieux ; son nom était Hâpî. On localisa d'abord sa retraite dans une grotte située au milieu de la première cataracte ; il s'agit là, en fait, d'une fiction mythologique, les Égyptiens sachant très bien que la Basse-Égypte, plus avancée en civilisation, bénéficiait d'une irrigation régularisée pendant la période de l'inondation annuelle, alors que la Haute-Égypte laissait passer sans l'endiguer un flot dévastateur.
Après que la Haute-Égypte eut été dotée à son tour d'un système d'irrigation, on lui appliqua le même cadre mythologique, une seconde retraite étant assignée au bon génie Nil. Lorsque l'Égypte fut unifiée, on représenta sur les monuments et on vénéra deux Nils, le premier étant censé prendre sa source en amont d'Éléphantine, le second, à Hélouân, en amont d'Héliopolis.
2. L'ère chrétienne et la conquête arabe

Des royaumes chrétiens, berceau d'une civilisation florissante, se fondent en Abyssinie à partir du ive siècle, et en Nubie à partir du vie siècle.
La conquête arabe de l'Égypte, en 641 rend plus difficiles les contacts de ces royaumes avec les centres de la chrétienté. Le royaume d'Aloa, au confluent des deux Nils, subsiste pourtant jusqu'au début du xvie siècle, et le christianisme éthiopien, demeuré monophysite, comme celui d'Égypte, se maintient jusqu'à nos jours. L'islam ne provoque pas l'unification de la vallée du Nil, même si en 1504 le sultanat noir des Fundji s'établit sur les rives du Nil soudanais, avec sa capitale à Sennar.
Dans la région des Grands Lacs, c'est au xiiie-xive siècle que les pasteurs tutsis s'installent au Rwanda, et en soumettent les cultivateurs hutus et les chasseurs pygmées, tandis que l'Ouganda est le siège de quatre royaumes : Bouganda, Toro, Ankolé et Bounyoro, le plus puissant. Mais au XVIe siècle, le Bouganda, en s'alliant aux commerçants arabes de la côte, prend le dessus et continue son expansion jusqu'à l'occupation britannique.
3. La découverte du Nil

Le réseau supérieur du fleuve est demeuré longtemps inconnu. Ce sont les récits des marchands qui permirent l'établissement des premières cartes, où l'on note des « monts de la Lune », vers les sources. Néron envoya deux centurions à la recherche de celles-ci ; ils furent arrêtés par les sadd (ilôts de végétation formant barrage).
Du xiiie au xviiie siècle, l'Éthiopie est parcourue, et le Nil Bleu repéré ; on le considérait comme le fleuve principal.
Au xixe siècle, les expéditions ordonnées par Méhémet-Ali atteignent, en remontant le Nil Blanc, Gondokoro, en amont des sadd. Partant de l'océan Indien, l’explorateur John Hanning Speke, avec sir Richard Francis Burton puis avec James Augustus Grant, atteint le lac Victoria ; Speke le contourne pour toucher à Gondokoro (1863). Un long travail de reconnaissance, de cartographie et d'hydrologie commença alors.
À la suite de l'ouverture du canal de Suez, la Grande-Bretagne impose son protectorat sur l'Égypte (1882), tandis qu'au Soudan le Mahdi s'empare de Khartoum (1885) et fonde un empire qui dure treize ans.
L'Éthiopie est également menacée, mais les troupes italiennes sont écrasées à Adoua en 1890. Les visées françaises et britanniques se heurtent à Fachoda (1898), sur le Nil Blanc : la Grande-Bretagne a décidé de reconquérir le Soudan pour faire la jonction avec ses possessions d'Afrique orientale, alors que la France espère atteindre la mer Rouge (→ affaire de Fachoda).

 

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CHARLES DE GAULLE

 

Charles de Gaulle
Le général de Gaulle


Cet article fait partie du dossier consacré à la Seconde Guerre mondiale et du dossier consacré à la Ve République.
Homme d'État français (Lille 1890-Colombey-les-Deux-Églises 1970).
Le général de GaulleLe général de Gaulle
Homme de l'appel du 18 juin 1940, Charles de Gaulle fut, en 1958, le fondateur du régime de la Ve République, qu'il présida jusqu'en 1969. Audace, grandeur, patriotisme, obstination, indépendance, stabilité, tels sont les traits qui caractérisent le tempérament et le règne de ce soldat rebelle devenu un monarque républicain, qui demeurera, de l'avis de ses compagnons comme de ses adversaires, un géant de l'Histoire.
Formation
Appartenant au milieu de la bourgeoisie catholique lilloise, Charles de Gaulle fait ses études chez les jésuites, avant d'être reçu au concours d'entrée à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, dont il sort 13e en 1912.
À l'école de la guerre
Blessé à trois reprises, porté disparu, il se relève bien vivant mais prisonnier de guerre en Allemagne. Après cinq tentatives d'évasion, il est délivré par l'armistice du 11 novembre 1918. Sur sa demande, il est affecté en Pologne pour aller combattre l'armée rouge (1919-1920).
Entre deux guerres
Après avoir épousé Yvonne Vendroux, fille d'un industriel de Calais qui lui donnera trois enfants, il poursuit sa carrière militaire en entrant à l'École supérieure de guerre (1922). Il est nommé vice-président du Conseil supérieur de la guerre dans le cabinet du maréchal Pétain (1925), avant d'être affecté au secrétariat général de la Défense nationale (1932-1937).
juin 1940
Général de brigade au cours de la campagne de France (mai), sous-secrétaire d'État à la défense nationale dans le gouvernement Reynaud (juin), il refuse l'armistice et lance, de Londres, le 18 juin, un appel à la résistance.
Le libérateur de la France
S'imposant, non sans difficultés, comme le chef de la France libre, il préside à Alger en 1943 le Comité français de libération nationale, devenu en juin 1944 Gouvernement provisoire de la République française, qui s'installe en France après la libération de Paris (août 1944).
La « traversée du désert » (1946-1958)
Décidé à rendre à la France son rang mais hostile aux « jeux des partis », il démissionne en janvier 1946, fonde et préside le Rassemblement du peuple français (1947-1953), se retire ensuite de la vie politique et se consacre à la rédaction de ses Mémoires de guerre (1954-1959).
Le président de Gaulle (1959-1969)
Rappelé au pouvoir à la faveur de la crise algérienne (mai 1958), il fait approuver une nouvelle Constitution, qui fonde la Ve République. Président de la République (1959), il met fin, non sans drames, à la guerre d'Algérie et renforce l'autorité présidentielle par l'élection du président de la République au suffrage universel (1962). Il mène une politique de réconciliation avec l'Allemagne (traité franco-allemand, 1963). Réélu en 1965, il développe une politique étrangère d'indépendance nationale. Un an après les événements de mai 1968, son projet de régionalisation et de réforme du Sénat étant repoussé par référendum, il démissionne (28 avril 1969).
Décès
Isolé dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Églises, aux côtés de sa femme, le général de Gaulle succombe d'une rupture d'anévrisme (9 novembre 1970). Selon sa volonté, il n'aura pas d'obsèques nationales, mais la messe solennelle célébrée à Notre-Dame de Paris réunira tous les grands du monde de l'époque.
1. Introduction

Charles de GaulleCharles de Gaulle
Naître dans une famille de la bourgeoisie patriote à la fin du xixe siècle, choisir la carrière des armes pour la « revanche », traverser malgré les blessures et la captivité la Première Guerre mondiale avant d'aller vingt ans durant d'une unité à un état-major pour se retrouver – à l'approche de la cinquantaine et, déjà, de la retraite – simple colonel. Puis, quatre ans plus tard, surgir en héros national, libérateur du territoire et restaurateur de la république, personnage historique de première grandeur, c'est un singulier destin.
Se retirer dans son village pour écrire ses Mémoires de guerre, fonder un régime à 68 ans, le diriger en maître pendant onze années, puis accepter l'échec et le désaveu.
Survivre à cinq générations de grands de ce monde, s'asseoir à la table de Churchill, de Staline, de Roosevelt, puis voir défiler Attlee, Truman, apparaître Adenauer, traiter avec Macmillan, Eisenhower, Khrouchtchev, avec Harold Wilson, J. F. Kennedy, Brejnev et encore avec Edward Heath, L. B Johnson ou Nixon, Kiesinger ou Brandt, c'est une extraordinaire carrière.
Pourtant, ce furent là le destin et la carrière de Charles de Gaulle. Dans la vie de ce personnage hors série, on pourrait distinguer trois actes ou plutôt trois incarnations successives : de l'enfance à la Seconde Guerre mondiale, l'officier ; du 18 juin 1940 à la retraite de 1953, le résistant et l'homme politique ; et, après l'entracte de la « traversée du désert », de 1958 à 1970, l'homme d'État.
2. L'officier (1915-1940)

De ses origines, de son milieu, Charles de Gaulle a su très vite prendre et laisser. Un patriotisme hautain, ardent, exclusif qui emprunte parfois des accents de passion nationaliste, l'espoir et la volonté de la « revanche », une sorte de prédestination manifestée dès l'enfance, une obstination tendue et une gravité naturelle, tel est son héritage. En revanche, l'étroitesse de vues, le conservatisme, le goût du profit et de l'argent, la xénophobie, voire le racisme, qui sont trop souvent des traits caractéristiques non certes de sa famille, mais de sa classe, lui seront étrangers.
2.1. Un officier d'une grande indépendance d'esprit

Charles de Gaulle n'est ni un écolier modèle ni un saint-cyrien particulièrement appliqué, mais déjà pourtant ses camarades le jugent exceptionnellement brillant, bien que raide. Sa rencontre en 1912 avec son premier chef, le colonel Philippe Pétain, les marque profondément et toute leur vie, par-delà la rupture de 1938 et finalement le drame qui les oppose.
La carrière militaire de Charles de Gaulle à travers la Première Guerre mondiale, qui restera toujours pour lui la « grande » guerre, se déroule sans éclat particulier. Trois blessures, trois citations, la captivité, cinq tentatives d'évasion, puis, la paix revenue, un avancement nullement exceptionnel, des affectations assez classiques allant d'un corps de troupes à un état-major avec toutefois un détour en 1919-1921 par la Pologne, deux crochets par l'armée du Rhin en 1924 et de 1927 à 1929, quelques missions au Proche-Orient (à Beyrouth) en 1929-1931. La protection de Pétain s'étend toujours, où qu'il se trouve, sur l'officier.
Surtout, de Gaulle se signale peu à peu à l'attention, de deux façons très inhabituelles. D'abord, il écrit : des rapports, des notes, des études qui, bien vite, deviennent des articles de revues, des livres de doctrine, de réflexion et même de morale où la stratégie et la politique sont étroitement mêlées, en particulier dans le Fil de l'épée (1932). Ensuite, il fréquente les milieux parlementaires, approche le pouvoir, s'y trouve un « patron » en la personne du député Paul Reynaud, et se fait le héraut d'une arme trop négligée – par l'armée française, non par l'adversaire –, celle des blindés.
2.2. Le choix de la résistance

Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, en 1939, le « Colonel Motor », comme on l'a surnommé, commande un régiment près de la frontière. Il se voit confier coup sur coup des responsabilités plus importantes et, dès que l'armée allemande commence à déferler sur les Pays-Bas, la Belgique, le Nord, le 10 mai 1940, il est placé à la tête de la 4e division cuirassée, qui se battra courageusement autour de Laon et d'Abbeville ; il est alors promu général de brigade à titre temporaire.
Cependant, la politique, qu'il a tant courtisée, l'appelle. Paul Reynaud, succédant à Édouard Daladier comme président du Conseil en mars 1940, nomme de Gaulle sous-secrétaire d'État à la Défense nationale et à la Guerre (5 juin). Charles de Gaulle porte ce titre douze jours : à l'heure où le gouvernement Reynaud s'évanouit, où le régime se disloque devant Pétain et le général Maxime Weygand, où la défense s'effondre, l'officier de tradition choisit la rébellion, l'exil et la résistance. Le 17 juin 1940, il quitte quasi clandestinement Bordeaux, où le gouvernement s'est replié, pour Londres, pour l'action, pour son destin.
Pour en savoir plus, voir les articles campagne de France, Seconde Guerre mondiale.
3. Le résistant et l’homme politique (1940-1953)

3.1. L'Appel

Charles de Gaulle, le 22 juin 1940
Charles de Gaulle, le 22 juin 1940
Charles de Gaulle, le 22 juin 1940Le général de Gaulle au micro de la BBC à Londres
Le 18 juin, au micro de la BBC, c'est l'appel à poursuivre le combat (→ appel du 18 juin 1940). Après l'armistice du 22 juin signée entre Pétain et l'Allemagne, de Gaulle organise des forces armées qui deviendront les Forces françaises libres (FFL). Lorsque, le 14 juillet suivant, leur chef passe pour la première fois en revue sur le sol anglais ceux qu'on appelle les « Français libres », ils ne sont guère que trois cents. La métropole, écrasée, affolée, occupée, ignore à peu près tout de ce général inconnu qu'un conseil de guerre va condamner à mort par contumace, de son étrange entreprise, qui semble aux uns désespérée, aux autres suspecte. De toute façon, elle ne songe guère à résister.
3.2. Chef de la France libre

Affiche « À tous les Français »Affiche « À tous les Français »
Ce que sera l'extraordinaire aventure de la France libre défie l'imagination et même le bon sens. Tout commence mal : au lieu des ralliements massifs qu'il escomptait, le chef de la « dissidence » ne voit pas arriver ses pairs, mais quelques officiers de réserve, des errants qui rêvent d'en découdre, des hommes de gauche, des pêcheurs de l'île de Sein, etc. Les marins et les soldats français encore présents en Grande-Bretagne après le rembarquement de Dunkerque préfèrent, sauf rares exceptions, être rapatriés ; aucun général, aucun leader politique n'a répondu aux pressants appels de Charles de Gaulle.
L'allié anglais, craignant que la flotte française puisse être utilisée par l'Allemagne, coule froidement des bâtiments à Mers el-Kébir (3 juillet 1940), et, même quand l'Afrique-Équatoriale française a rallié la France libre, le reste de l'« Empire » reste fidèle à Pétain : une expédition navale devant Dakar échoue piteusement ; bientôt, les forces de Vichy et celles de la France libre s'affrontent au Liban et en Syrie.

Giraud, Roosevelt, de Gaulle et ChurchillGiraud, Roosevelt, de Gaulle et Churchill
Il faut à de Gaulle sans cesse défendre l'indépendance, proclamer la représentativité de la France libre devant Winston Churchill, contre Franklin Roosevelt. Lorsque les Alliés débarquent enfin en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, ils s'entendent avec François Darlan, le second de Pétain, installent au pouvoir Henri Giraud et non de Gaulle.
3.3. L'organisateur de la Résistance

Churchill, de Gaulle, Roosevelt et Giraud à Casablanca (janvier 1943)Churchill, de Gaulle, Roosevelt et Giraud à Casablanca (janvier 1943)
En sept mois, Charles de Gaulle néanmoins manœuvre, gagne du terrain, élimine Giraud, fédère sous son autorité la Résistance intérieure. Il charge Jean Moulin d'organiser en France le Conseil national de la résistance (CNR), créé fin mai 1943, dans lequel sont représentées toutes les tendances des partis politiques, des syndicats et des mouvements de résistance, pour coordonner la lutte contre l'occupant et contre Vichy. Il énonce les principes qui seront le fondement de son pouvoir :
– changement des institutions, mais fidélité à la république ;
– condamnation de Vichy, mais liberté d'expression et d'action rendue aux tendances politiques ;
– évolution de l'Empire colonial français vers des formules plus libérales, mais défense et maintien de l'ensemble français outre-mer…
Pour en savoir plus, voir les articles conférence de Brazaville, la Résistance.
3.4. Le libérateur de la France occupée

Libération de Paris
Libération de Paris
Libération de ParisLibération, affiche
Il reste au général de Gaulle, après le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie – opération dont il a été, une fois de plus, tenu soigneusement à l'écart –, à conquérir la légitimité par l'acclamation populaire sur le sol de la patrie libérée. C'est vite et bien fait : deux millions de Parisiens rassemblés sur les Champs-Élysées le 26 août pour l'accueillir ne laissent plus aux Alliés d'autre choix que de reconnaître son Gouvernement provisoire de la République française (GRPF), formé le 3 juin 1944.
Pour en savoir plus, voir les articles Libération de Paris, la Libération.
3.5. Le fondateur d'une « France nouvelle » (1944-1946)

Charles de Gaulle, le 8 mai 1945Charles de Gaulle, le 8 mai 1945
Le général restera dix-sept mois à la tête du pays, présidant à sa rentrée dans la guerre, tenant tête aux Alliés quand ils veulent évacuer Strasbourg reconquise, imposant la présence de la France à l'heure de la capitulation allemande.
Tandis que l'épuration déchaîne mille controverses, la reconstruction s'amorce ; le retour des prisonniers et des déportés va permettre de consulter le corps électoral, pour la première fois par référendum, sur les institutions ; une diplomatie audacieuse se développe avec le traité franco-soviétique de décembre 1944 et la normalisation des relations avec Londres et Washington ; les nationalisations, les lois sociales, le vote des femmes transforment les données du jeu intérieur.
Mais de Gaulle, tranchant, impavide, obstiné, se heurte à la classe politique et soudain rompt et s'éloigne, croyant, à tort, être bientôt rappelé par l'opinion : en désaccord avec l'Assemblée constituante élue en octobre 1945, il remet sa démission sur la question des crédits militaires au président de l'Assemblée nationale, le 20 janvier 1946.
Le discours de Bayeux (16 juin 1946)
Quelques mois après son départ du pouvoir, le général de Gaulle expose à Bayeux, le 16 juin 1946, à l'occasion du second anniversaire de la libération de la ville, un projet constitutionnel où il défend sa conception de l'État : un exécutif fort et une nette séparation des pouvoirs, posant ainsi la base de la Constitution de 1958. En attendant, et pour tenter d'empêcher la ratification de la Constitution de la IVe République, puis pour abattre ce « mauvais régime », le général déclenche son offensive contre les partis, qui seront désormais sa bête noire.
3.6. Du Rassemblement du peuple français…

Affiche du RPFAffiche du RPF
Cette offensive prend d'abord la forme d'avertissements, de menaces, de récusations, puis, à l'adresse du pays, de mises en garde. Comme il n'est pas entendu, de Gaulle fonde le Rassemblement du peuple français (RPF), destiné à jeter bas, escompte-t-il, le « système ». Cet épisode de sa carrière d'homme politique – qu'il préférera plus tard oublier au point qu'on n'osera prononcer devant lui le sigle du mouvement – connaît dans un premier temps un succès certain à travers la conquête de nombreuses municipalités en 1947, de sièges sénatoriaux l'année suivante. Il échoue en 1951 aux législatives devant le barrage que la loi des apparentements dresse contre lui et qu'il refuse de tourner en utilisant pour ses candidats la procédure qu'il dénonce.
À partir de là, le RPF se survit en attendant de se diviser, ce qui se produit en 1952 à l'occasion de l'investiture d'Antoine Pinay. Un an plus tard, Charles de Gaulle tire la leçon des batailles perdues, abandonne le Rassemblement, se retire à Colombey, d'où il ne sortira que pour tonner de loin en loin contre certaines des initiatives du régime et pour visiter divers territoires d'outre-mer. Mais, s'il s'occupe en écrivant ses Mémoires de guerre, qui connaîtront un vif succès, il reste aux aguets tandis que la IVe République s'enlise peu à peu dans l'impuissance et l'incohérence.
3.7. … à la traversée du désert (1953-1958)

L'officier révolté de 1940, qui s'était volontairement coupé, par son acte d'insubordination soigneusement médité, de l'armée, du pouvoir légal et de sa classe sociale, avait pris à Londres figure de symbole. Le seul nom du général de Gaulle évoquait en effet la poursuite de la guerre, la présence de la France au combat, le patriotisme, le courage, la Résistance. Des hommes étaient morts en l'acclamant, d'autres se préparaient à le servir et rêvaient d'une France toute nouvelle qu'ébauchaient déjà l'indépendance farouchement défendue à l'égard des Alliés, une volonté de « grandeur » d'autant plus ombrageuse qu'elle ne reposait sur aucune réalité matérielle. Puissance de suggestion, habileté politique et orgueil national d'un homme qui s'identifiait à la France, qui incarnait la France et s'exprimait en son nom quand il n'était encore suivi que par une poignée de fidèles : tout concourait malgré les vicissitudes et les échecs à imposer ce personnage hors du commun qui parlait de lui-même à la troisième personne, en se nommant avec révérence « le général de Gaulle ».
Paris libéré, bientôt la guerre terminée, la France est d'abord subjuguée par la haute silhouette, par le langage sonore et impérieux, par l'allure souveraine du libérateur. De son côté, Charles de Gaulle développe un rare sens de la stratégie, non exempt toutefois d'erreurs d'appréciation. Il se passionne pour une diplomatie planétaire et ambitieuse, se perfectionne dans la tactique et dans l'art oratoire.
Cependant, la politique reprend ses droits, l'englue, l'exaspère. Alors, il se révolte, en appelle à la foule contre les notables défaillants, et, finalement, le personnage historique, le géant venu du fond de l'histoire de la France cesse d'unir pour diviser et perd la seconde manche. À ses yeux, aux yeux de beaucoup, la partie est terminée.
4. L'homme d'État (1958-1970)

4.1. La reconquête du pouvoir

Le destin lui réserve pourtant une troisième chance, et il saura la saisir. Au début de mai 1958, la fragilité, l'impuissance, l'inadéquation de la IVe République, avec ses institutions précocement usées, engluée dans la guerre d'Algérie et qui gère le bien commun à raison d'un problème par semestre et d'un gouvernement par problème, éclatent à tous les regards. En moins d'un mois, l'armée et les Français d'Algérie étant entrés en rébellion, les leviers de commande échappent un à un au gouvernement ; le travail de sape des gaullistes soudain grossis de renforts inattendus ouvre la route, les politiciens se rallient ; appelé à la présidence du Conseil par le président de la République René Coty, Charles de Gaulle retrouve le pouvoir.
Investi par l'Assemblée, acclamé par l'opinion, salué comme le plus illustre des Français, entouré des caciques du régime défunt, il a même obtenu carte blanche pour préparer et présenter au pays une nouvelle Constitution et fonder une nouvelle République.
Pour en savoir plus, voir les articles crise du 13 mai 1958, IVe République.
4.2. L’artisan de la Ve République

Le général de Gaulle entame à la fois trois tâches urgentes, mais, s'il explore les voies de la normalisation en Algérie en offrant aux nationalistes algériens la « paix des braves », s'il avertit les alliés occidentaux par un mémorandum secret de sa volonté de voir réformer l'Alliance atlantique et admettre la France sans restriction parmi les « Grands », c'est à l'élaboration et à l'adoption des institutions nouvelles qu'il donne la priorité absolue.
Approuvée par 80 % des électeurs, la Constitution de 1958 produit aussitôt une Assemblée nationale où le régime, sinon les gaullistes eux-mêmes, détient une nette majorité. Élu président de la République le 21 décembre – moins de 6 mois après avoir été rappelé à la tête du gouvernement – Charles de Gaulle nomme Michel Debré Premier ministre et passe à l'action.
Cette action va s'ordonner autour de quatre idées clefs qui, selon les périodes, prendront tour à tour le pas dans les faits et dans l'esprit du général, avec des fortunes diverses. Ce sont :
– organiser, consolider et compléter le nouveau système institutionnel ;
– résoudre la question algérienne et parachever la décolonisation ;
– déployer une politique extérieure de grandeur et d'indépendance nationale ;
– enfin, procéder à un certain nombre de grandes réformes, sociale, administrative, régionale, etc.
Dans tous les aspects de cette entreprise, un souci constant : l'affirmation de l'autorité présidentielle ; un adversaire sans cesse dénoncé : les partis, la classe politique, dont la IVe République était l'expression ; un moyen essentiel : l'appel direct au peuple souverain par-delà les corps intermédiaires.
L'indépendance de l'Algérie et des anciennes colonies
La guerre d'Algérie se prolonge cependant plus longtemps encore sous la Ve République qu'elle n'avait duré déjà sous le régime précédent. À doses homéopathiques, de Gaulle s'efforce de conduire l'opinion française de l'« autodétermination » à l'« Algérie algérienne », puis à la « République algérienne », enfin à l'idée de l'indépendance. En même temps, à travers trois référendums successifs et des pourparlers tantôt rompus, tantôt repris, il progresse de la négociation vers le cessez-le-feu et le repli sur la métropole. Il se heurtera, sur sa route, aux pieds-noirs révoltés de la « semaine des barricades », aux officiers insurgés du « putsch des généraux » (→ putsch d'Alger, 21-26 avril 1961), au terrorisme désespéré de l'Organisation armée secrète (OAS).
Pour en savoir plus, voir l'article guerre d'Algérie.
Il lui faudra quatre années en tout pour atteindre le but (→ accords d'Évian, 18 mars 1962). Chemin faisant, la Communauté franco-africaine, réunissant les anciens territoires d'outre-mer, est née, puis s'est défaite. En juillet 1962, l'Algérie et toutes les anciennes colonies (à l'exception des quatre « vieux » départements des Antilles, de Guyane et de La Réunion et de quelques territoires lointains tels que Djibouti ou la Polynésie) ont accédé à l'indépendance pleine et entière. Mais la France est en paix, pour la première fois depuis 25 ans.
L'élection du président de la République au suffrage universel
La mise en place des institutions nouvelles n'a pas été réalisée sans heurts. Les étapes mouvementées de la politique algérienne ont conduit à recourir à maintes reprises à des dispositions contraignantes, à la création de successives juridictions et procédures d'exception (→ Haut Tribunal militaire), à la suspension partielle des libertés publiques sous les protestations de l'opposition.
Voici que, la guerre terminée, Charles de Gaulle, pour fonder l'avenir – au-delà de sa personne menacée par les attentats activistes (attentat du Petit-Clamart par l'OAS, le 22 août 1962) – entreprend de transformer de nouveau le régime par l'institution de l'élection directe du président de la République au suffrage universel.
Cette considérable réforme fait l'objet d'une dure bataille référendaire à demi gagnée – à demi seulement puisque, pour la première fois, le général n'a pas entraîné la majorité des électeurs, mais seulement celle des votants. L'Assemblée qui avait renversé le premier gouvernement Pompidou mis en place au lendemain de la paix algérienne ayant été dissoute, les élections de novembre 1962 donnent toutefois aux partisans du régime la majorité absolue au Palais-Bourbon.
Le référendum du 28 octobre 1962 : un tournant
Le général de Gaulle pendant la campagne électorale, décembre 1965.Le général de Gaulle pendant la campagne électorale, décembre 1965.
C'est peut-être au référendum du 28 octobre 1962, peut-être même au début de cette année-là, que commence à apparaître la faille qui ira désormais en s'élargissant dans les relations entre le chef de l'État et le peuple français. Certes, s'il est mis en ballottage à l'élection présidentielle de 1965, première application du nouveau mode de scrutin, Charles de Gaulle n'en connaît pas moins le succès au second tour.
Si les élections législatives de mars 1967 sont médiocres, l'opposition n'ayant qu'un député de moins qu'une majorité dans laquelle les gaullistes ne font plus seuls la loi, la revanche viendra. Elle sera complète, triomphale même, en juin 1968, lorsque les électeurs répondront massivement à l'appel du général, qui a repris le contrôle de la situation au terme d'un mois de mai agité, voire dramatique. Il reste que Charles de Gaulle lui-même (selon André Malraux dans les Chênes qu'on abat) fera un jour remonter à 1962 l'origine du malentendu qui aboutira au « non » du référendum d'avril 1969 et à son départ immédiat, après presque onze ans de pouvoir.
Pour en savoir plus, voir l'article France : vie politique depuis 1958.
4.3. « Une certaine idée de la France »

Pendant ces années, Charles de Gaulle marque profondément de son empreinte la vie publique du pays.
Pour l’indépendance et la grandeur de la France
Sa politique étrangère, faite de refus, de défis et d'affirmations répétées de la grandeur et de l'indépendance, est à la fois cohérente et nouvelle, même aux yeux de ceux qui ne l'approuvent pas. Elle consiste, dans ses lignes directrices, à réorienter et rééquilibrer les alliances du pays. De Gaulle entame ainsi avec l'Union soviétique la recherche de la détente, puis de l'entente, enfin de la coopération, tandis que – sans se séparer de ses alliés occidentaux – la France prend ses distances à leur égard. Elle se retire progressivement du commandement militaire intégré de l'OTAN, tout en poussant activement la mise sur pied de la « force de frappe » nucléaire nationale, et maintient fermée devant la Grande-Bretagne la porte de la Communauté économique européenne (CEE).

Le général de Gaulle et Konrad AdenauerLe général de Gaulle et Konrad Adenauer
Cette Communauté traverse à maintes reprises des jours difficiles et elle se transforme, par la volonté du président français : tournant le dos à l'intégration, à l'institution progressive d'un pouvoir supranational, elle devient l'« Europe des États », dans laquelle chacun des six membres conserve sa pleine souveraineté. Le traité de l'Élysée, signé le 22 janvier 1963 entre le général de Gaulle et le chancelier Adenauer a scellé la réconciliation franco-allemande.
Les crises, les menaces, les ruptures même et les combats d'avant-garde ou d'arrière-garde – contre la politique américaine au Viêt Nam (discours de Phnom-Penh du 1er septembre 1966), contre la politique israélienne au Proche-Orient, contre le système monétaire international, pour « le Québec libre » (juillet 1967) etc. – caractérisent cette diplomatie. À travers elle, de Gaulle exprime une volonté de puissance obstinément tendue à travers un jeu subtil, un dosage savant de conciliation et de chantage, mais ce qu'elle a de profondément légitime souffre de ce qu'elle peut avoir de démesuré.
Une autorité de plus en plus contestée
En politique intérieure, sous l'égide du président de Gaulle, la gestion est moins cohérente et moins spectaculaire que sa diplomatie.

Charles de GaulleCharles de Gaulle
Fin 1958, une dévaluation, une révision complète des bases de la vie économique et bientôt les premiers effets du Marché commun européen avaient assuré un bon départ et permis de rétablir une situation compromise. Peu à peu, cependant, l'inflation sournoisement réapparue sape la réussite ; un plan de stabilisation, trop tardivement mis en œuvre, mal calculé et trop longtemps maintenu en application, vient casser l'expansion. Il faut alors, non sans peine, trouver un second souffle, tandis que les tensions sociales se font d'année en année plus vives jusqu'à la grève généralisée, spontanément apparue en mai 1968 à la suite de la révolte étudiante.
« La réforme, oui, la chienlit, non »« La réforme, oui, la chienlit, non »
Cette révolte et cette grève exprimaient sans doute une crise de civilisation. Elles n'en résultaient pas moins, pour une part, de l'absence de vraies réformes tant universitaires que sociales au cours des dix années précédentes. L'enseignement a bien fait l'objet de fréquentes réorganisations, transformations et retouches – trop fréquentes même à certains égards –, mais presque toujours trop tardives et insuffisantes. La doctrine sociale du régime, issue de l'« association capital-travail » du gaullisme, a bien reçu quelques timides débuts d'application, sans grand succès d'ailleurs. Mais la France est là en retard d'une révolution et même de plusieurs : dans l'enseignement, dans les rapports entre employeurs et salariés, dans l'organisation de son économie, de la distribution, etc.
4.4. Homme d'après-demain et d'avant-hier

Visionnaire en politique étrangère, grand stratège sur l'échiquier international, pour beaucoup persuasif et même séduisant dans sa hauteur souveraine et bonhomme à la fois, audacieux et déterminé dans le jeu institutionnel, autoritaire mais non dictatorial dans sa façon de gouverner, dans ses rapports avec le peuple, de Gaulle était peut-être en avance sur son temps dans sa vision de l'avenir.
Mais il était en retard sur une époque qu'à la fin il ne comprenait plus très bien, dès lors qu'il s'agissait de canaliser les forces neuves et désordonnées parfois de la jeunesse, de devancer et d'organiser les transformations nécessaires, de dépasser la gestion pour entreprendre de grandes réformes. Lorsqu'il tenta de s'y attaquer enfin, après le choc de mai-juin 1968 – il était trop tard. Le pays le lui manifesta sans ambages en lui répondant « non » pour la première fois lors du référendum d'avril 1969 sur la régionalisation et la réforme du Sénat.

Charles de Gaulle, commémoration, 1990Charles de Gaulle, commémoration, 1990
Abandonnant sur-le-champ non seulement le pouvoir mais la politique pour reprendre sa place depuis longtemps inscrite dans l'Histoire, le grand homme se contenta pendant les dix-huit mois qui lui restaient à vivre de quelques gestes et de quelques abstentions symboliques, se gardant avec soin de se prononcer de quelque façon que ce soit sur le choix et sur l'action de ses successeurs.

 


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HONGKONG

 

 

 

 

 

 

HONGKONG
HISTOIRE
1. La Loi fondamentale ou Basic Law
1.1. Un système institutionnel complexe
2. Dans l'attente du suffrage universel direct
2.1. Le temps des désillusions
2.2. Lentes et timides avancées démocratiques
2.3. La mobilisation de la société civile
CINÉMA
Hongkong ou Hong Kong
en chinois Xianggang
Hongkong
HongkongHongkong
Région administrative spéciale de la Chine, au S.-E. de Canton, comprenant, outre la petite île de Hongkong, Kowloon et de petites îles.
Superficie : 1 077 km2
Population : 7 195 000 hab. (estimation pour 2014)
Capitale : Victoria
Hong KongHong Kong
À une latitude tropicale, presque dépourvu de plaines, Hongkong est constitué de pics granitiques (Victoria dans l'île de Hongkong, 550 m ; Lantau dans l'île du même nom, 936 m ; Tai Mo Shan dans la péninsule, 958 m). Il tombe 2 150 mm de pluies en moyenne par an, mais le sous-sol est dépourvu de nappe phréatique. Faisant partie de la Chine méridionale et ouverte sur la mer homonyme, Hongkong doit une part de sa fortune à son rôle d'intermédiaire entre la Chine communiste et le monde industrialisé. À la Chine, dont elle a reçu des émigrés (ou réfugiés) et d'où elle importe des compléments alimentaires, elle sert de port de transit, à la fois importateur et réexportateur. Hongkong exporte 13 % des produits de haute technologie du monde en volume.
Norman Foster, banque de Shanghai et Hongkong, HongkongNorman Foster, banque de Shanghai et Hongkong, Hongkong
Ce rôle commercial est indissociable de l'essor d'une industrie de main-d'œuvre (à l'habillement, aux jouets se sont ajoutées l'horlogerie, l'électronique) stimulée par le poids accru de la place financière. 80 % de la production sont exportés, taux exceptionnel, expliqué naturellement par le volume et la nature d'une production sans rapport avec le marché local, montrant aussi une sensibilité excessive à la conjoncture extérieure, tant économique que politique. Le paysage urbain, admirable, cache mal les problèmes aigus du territoire : manque d'eau (dont une partie vient par pipeline d'un réservoir créé sur Lantau), manque de terrains à bâtir. Un tunnel routier et un métro relient l'île au continent. Sur l'île de Lantau, aéroport Chek Lap Kok (agence N. Forster, 1994-1998) et parc de loisirs Disneyland. La ville a accueilli les épreuves d’équitation des jeux Olympiques d'été en 2008.
HISTOIRE

L'île de Hongkong fut cédée en 1842 à la Grande-Bretagne qui acquit la presqu'île de Kowloon en 1860 et obtint en 1898 un bail de 99 ans sur les Nouveaux Territoires et sur 235 îles au large de Hongkong. Conformément à l'accord sino-britannique de 1984, le territoire a été rétrocédé à la République populaire de Chine le 1er juillet 1997.
1. La Loi fondamentale ou Basic Law

Le 1er juillet 1997 à 0 heure, Hongkong est rattachée à la République populaire de Chine en tant que « région administrative spéciale » (RAS). L'ancienne colonie britannique doit être régie pendant cinquante ans par la Basic Law (1990), texte qui tient lieu de mini-Constitution et qui confirme les accords sino-britanniques signés à Pékin en 1984.
Au nom du principe « Un pays, deux systèmes » formulé par Deng Xiaoping, il est convenu que le système économique et social libéral dont jouit Hongkong soit maintenu durant le régime transitoire prévu jusqu'en 2047 : port franc, respect de la propriété privée, autonomie de la politique monétaire (monnaie officielle : le dollar de Hongkong), liberté des transferts de capitaux. Riche et ouverte, Hongkong conserve ce qui reste refusé à l'écrasante majorité des Chinois : une presse libre, une justice indépendante et la promesse du suffrage universel, acceptée par Pékin avec la Loi fondamentale de 1990.
1.1. Un système institutionnel complexe

D'après la Loi fondamentale, le chef de l’exécutif est élu pour un mandat de 5 ans par un collège de grands électeurs (1200 depuis 2012), composé de représentants des circonscriptions corporatistes (représentant chacune un groupe économique social ou professionnel) et d’organisations religieuses, du Conseil législatif (ou Legco), mais aussi des représentants de Hongkong aux deux assemblées chinoises (l'ANP et la CCPPC [Conférence consultative politique du peuple chinois]). Pour être candidat, il faut, au préalable, réunir le soutien de 150 membres du collège. Celui-ci est ensuite invité à choisir parmi la liste ainsi établie.
Le Conseil législatif, quant à lui, est composé depuis 2012 de 70 députés élus pour quatre ans. Parmi ces derniers, 35 sont élus directement par les résidents hongkongais via cinq circonscriptions géographiques (l'Île de Hong Kong, Kowloon Est, Kowloon Ouest, Nouveaux Territoires Est, Nouveaux Territoires Ouest). 35 députés sont élus par les circonscriptions corporatistes, où dominent les pro-Pékin. L’adoption d’une loi proposée par un membre du Conseil doit obtenir la majorité simple dans chacun des deux groupes. Par ailleurs, tout amendement à la Loi fondamentale nécessite, entre autres, une majorité des deux tiers des représentants de la RAS.
Depuis le début des années 2000, l'introduction du suffrage universel direct constitue une demande récurrente des milieux pro-démocratiques. À l'origine de nombreuses manifestations, elle se révèle le principal enjeu des débats politiques.
2. Dans l'attente du suffrage universel direct

2.1. Le temps des désillusions

Cependant, les cinq années qui suivent la rétrocession sont marquées par un contrecoup tant politique qu'économique. Le climat politique s'assombrit rapidement et les atteintes aux libertés se multiplient, à l'incitation du gouvernement central ou des autorités locales, dirigées par Tung Chee-hwa, le chef de l'exécutif de la RAS. Celui-ci a fait notamment adopter un nouveau système de gouvernement renforçant indirectement l'emprise de la Chine sur Hongkong en affaiblissant le pouvoir de l'administration locale.
Au plan économique et social, le climat paraît également maussade, Hongkong étant très affectée par la crise financière asiatique de 1997, qui provoque l'effondrement du marché boursier puis l'éclatement de la bulle immobilière sur laquelle est adossée la prospérité du territoire. Hongkong subit en outre la concurrence du continent et singulièrement de Shanghaï : elle ne peut renforcer son rôle d'intermédiaire auprès des investisseurs étrangers du fait de la politique d'ouverture entreprise par Pékin, favorisée par son entrée dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001. Cette année-là, tandis que le PIB chinois progressait de 7 %, la croissance de Hongkong n'est que de 0,1 % et le chômage frappe 7,4 % de sa population.
Au printemps 2003, la région est en outre gravement atteinte par l'épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui cause près de 300 décès. Toutefois, reposant sur un système économique solide, Hongkong renoue dès mi-2003 avec une forte croissance qui bénéficie désormais du dynamisme de la Chine.
2.2. Lentes et timides avancées démocratiques

Sur le plan politique, même si les partis favorables à la démocratie, notamment le parti démocrate (DP) de Martin Lee, remportent régulièrement 60 % des voix aux élections législatives de 1998, 2000, 2004 et 2008, ce sont les partis pro-Pékin – notamment l'Alliance démocratique pour l'amélioration de Hongkong (DAB) – qui dominent le Parlement local (le Conseil législatif ou Legco), la moitié seulement de ses sièges étant pourvus au suffrage universel.
Le projet de loi sur « la subversion, la sécession et la trahison » est retiré après voir provoqué en juillet 2003 le plus large rassemblement d'opposition (500 000 personnes) depuis les événements de Tian'anmen en 1989.
En 2005, deux ans avant la fin de son second mandat, affaibli par une impopularité croissante et son incapacité à gérer la crise, Tung Chee-hwa annonce son départ de l'exécutif. C'est le candidat de la Chine, Donald Tsang, qui lui succède. Pour la première fois, même s'il n'a aucune chance d'être élu, un candidat pro-démocratie, Alan Leong, se présente face à Donald Tsang, réélu en mars 2007.
Tandis que le dixième anniversaire de la rétrocession de Hongkong à la Chine en 2007 est une nouvelle occasion pour l'opposition de manifester en faveur de l'élection du chef de l'exécutif au suffrage universel direct, le Comité permanent de l'Assemblée nationale populaire fixe les premières élections totalement démocratiques pour le chef de l'exécutif à 2017, et pour le Conseil législatif à 2020. En 2010, ce dernier adopte un ensemble de « réformes démocratiques » : 10 nouveaux sièges sont ajoutés au Conseil législatif ; le nombre des grands électeurs est porté de 800 à 1 200 pour les élections de 2012.
À l'issue du scrutin du 25 mars 2012, la grande majorité de ces derniers, suivant les consignes de Pékin contraint d'abandonner son favori initial, Henry Tang, un tycoon empêtré dans un scandale, se reporte sur Leung Chun-ying, qui recueille plus de 57 % des suffrages. Surnommé « CY Leung » par les Hongkongais, Leung Chun-ying est membre de la CCPPC. Le 9 septembre 2012, s’il conserve son droit de veto sur les réformes constitutionnelles et vient en tête en nombre de voix, le camp pro-démocrate, divisé, recule aux élections législatives provoquant la démission du président du DP.
2.3. La mobilisation de la société civile

À partir de la fin septembre 2014, le territoire est le théâtre d’un mouvement en faveur de la démocratie sans précédent depuis 1997. Par cette campagne non violente de désobéissance civile déclenchée et dominée par les étudiants, les lycéens et des associations de défense des droits humains, les opposants exigent la levée de l’accréditation préalable par Pékin et les grands électeurs des candidats au poste de chef de l'exécutif, dans la perspective du scrutin au suffrage universel prévu en 2017.
Après plus de trois semaines de manifestations, des discussions s’engagent, mais le pouvoir reste sourd aux revendications parmi lesquelles la démission de Leung Chun-ying. Ayant perdu une part de la sympathie dans la population, ce mouvement « des parapluies » (déployés pour se protéger des gaz lacrymogènes) finit par s’éteindre faute d’unité et de direction politique et les dernières tentes dressées par les manifestants sont démontées au milieu du mois de décembre. Si ce mouvement, censuré en Chine continentale et que Pékin parvient à contrer par l’intermédiaire de ses relais dans l’île, est ainsi défait, il révèle l’existence d’une nouvelle opposition et d’importantes fractures au sein des élites locales.
CINÉMA

Hongkong a d'abord été le refuge des cinéastes chinois fuyant la répression, celle des années 1930, après l'invasion japonaise, comme celle des années 1950 et 1960, sous le régime maoïste. Un cinéaste comme King Hu (1931-1997), se fixe à Hongkong en 1949 et commence sa carrière comme acteur et scénariste pour les frères Shaw, qui viennent d'implanter leurs nouveaux studios à Kowloon (Sons of the Good Earth, 1964). Il se spécialise dans le film historique de style cape et épée à la chinoise comme A Touch of Zen (1972). Il réalise ensuite d'autres films marquants en Corée du Sud (Pluie dans la montagne, 1978) et à Taiwan (Mariage, 1981).
Les principaux genres développés à Hongkong sont, dans un premier temps, le mélodrame de style shanghaïen, la comédie et le film à suspense. Ils sont rapidement dépassés par les films d'arts martiaux, qui connaissent un extraordinaire succès, national puis international, et dans lesquels se spécialise toute une génération d'acteurs. Le plus connu d'entre eux reste Bruce Lee (mort en 1973), dont certains films ont fait le tour du monde (la Fureur du Dragon, 1972 ; le Jeu de la mort, 1978).
Il a été remplacé depuis par Chang Cheh, David Chiang, Michael Hui, et Liu Jia Liang, devenu « superstar ». Bruce Lee avait été engagé par Raymond Chow, patron de l'une des Majors du Sud-Est asiatique, la Golden Harvest. Ces compagnies de production-distribution ont des filières à Singapour, en Malaisie, à Taiwan et aux Philippines. Elles développent de manière intensive les films de kung-fu et produisent des comédies, souvent élaborées et brillantes, qui intègrent des ballets ou des opéras, comme chez King Hu ou Samo Hong (le Fils prodigue, 1981).
En marge de cette production – environ 130 films par an –, des réalisatrices ont signé des œuvres beaucoup plus personnelles : ainsi Shu Shuen (l'Arche, 1968) et Ann Hui (le Secret, 1979 ; Boat people/Passeport pour l'enfer, 1982).

 

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COLONISATION

 

colonisation


Cet article fait partie du dossier consacré aux grandes découvertes.
HISTOIRE

Introduction

L'histoire de la Méditerranée ancienne fait apparaître l'existence de fondations dues aux Crétois, aux Phéniciens ou aux Grecs et répondant, plus ou moins, à la définition suivante qu'on peut donner de la colonisation : constitution, à une assez grande distance d'une métropole, d'un établissement permanent, échappant à l'autorité des populations indigènes et demeurant dans la dépendance de la métropole d'origine ; à bien des égards, l'histoire de Rome est celle d'une remarquable expansion coloniale. Il existe aussi une colonisation médiévale, que certains font commencer aux croisades (phénomène particulier en réalité) et qui s'épanouit aux xive et xve s. avec les comptoirs et les possessions vénitiennes et génoises (→ Gênes et Venise).
Ce sont les « grandes découvertes », cependant, qui ouvrent la véritable époque coloniale. Celle-ci échappe au cadre étroit de la Méditerranée pour intéresser les océans. Elle utilise à une grande échelle des systèmes jusque-là d'application limitée et fait peser la domination du colonisateur sur de vastes territoires et parfois des peuples entiers. Le phénomène, ayant pris une dimension gigantesque, détermine d'âpres polémiques, au cours desquelles s'élaborent pour la première fois des doctrines favorables ou défavorables, qualifiées beaucoup plus tard de colonialistes ou d'anticolonialistes. À partir de la fin du xve s., la colonisation devient un fait majeur de l'histoire mondiale.
L'évolution du phénomène colonial

Introduction

Il s'agit d'évoquer l'expansion coloniale en rapport avec les systèmes qui y ont présidé et les doctrines qui l'ont justifiée ou combattue.
Vue dans ses lignes de force les plus générales, l'expansion coloniale se caractérise par deux grandes phases d'une activité agressive séparées par une période de crise se situant à la fin du xviiie et au début du xixe s. La première de ces phases correspond à la colonisation des temps modernes, et la seconde à l'impérialisme de l'époque contemporaine.
La colonisation des temps modernes

Les premiers empires : Portugal et Espagne

Cortés ordonne que l'on détruise et brûle les idolesBaptême des Indiens par les dominicains
Aux origines de cet ébranlement qui, pendant près de cinq siècles, va faire de la petite Europe le levain du monde, il y a diverses causes : économiques, avec le besoin de trouver l'or et l'argent indispensables à l'économie monétaire, et le désir de se procurer les produits de l'Orient (dont les épices), devenus rares et chers depuis l'installation des Turcs en Méditerranée orientale ; démographiques, avec une population à forte croissance, notamment dans la péninsule ibérique ; sociales, avec une bourgeoisie – portugaise d'abord – recherchant les profits commerciaux et une aristocratie disponible lorsque s'achèvent les guerres de la Reconquista ; religieuses, avec le souci d'évangélisation ; intellectuelles, avec la révolution technique du xve s., et plus particulièrement en matière de navigation.

Vasco de Gama
Les Portugais ont mis au point la caravelle, bateau léger, rapide, solide, qui leur permet de reconnaître les côtes de l'Afrique. Après s'être emparés de Ceuta en 1415, ils créent des comptoirs le long des côtes marocaines. Plus au sud, le continent est encore mal connu, mais l'exploration systématique des côtes permet d'atteindre le cap Vert en 1444, puis l'embouchure du Congo, et le cap de Bonne-Espérance en 1487 avant de gagner l'Inde (Vasco de Gama en 1498), puis les îles de la Sonde (Sumatra au début du xvie s.) ; le contournement du cap de Bonne-Espérance et la découverte de la côte sud-orientale de l'Afrique, entre Sofala et Muqdisho, permettent aux Portugais, en dix ans, de jalonner de points d'appui une route méridionale et orientale des épices. Devant l'attrait des richesses asiatiques, les Portugais oublient l'Afrique. De plus, le continent, « terre de l'or » selon la légende, n'en livre pas plus d'une tonne à une tonne et demie par an, au moment même où l'Amérique offre aux Espagnols les métaux précieux de l'« Eldorado ». Les Portugais vont donc se placer en position de force sur le très profitable marché des épices asiatiques, jusqu'alors monopole des commerçants italiens, qui devaient, pour se les procurer, passer par l'intermédiaire des Ottomans. Ils offriront les épices à un prix inférieur, tout en réalisant de gros bénéfices.

Christophe Colomb
Les Espagnols s'élancent vers l'ouest et, en découvrant l'Amérique (Colomb, 1492), jettent les bases de leur empire, qui, en dehors du nouveau continent, ne comprendra guère que les Philippines. L'Atlantique devenant une source de compétition, Jean II de Portugal et Ferdinand V le Catholique décident de se partager le monde et, au traité de Tordesillas (1494), la ligne de partage est établie à 370 lieues au-delà des Açores, laissant ainsi au Portugal la protubérance nord-est de l'Amérique du Sud, origine du futur Brésil. Le pape ayant accordé sa caution, les autres souverains s'inclinent jusqu'au jour où François Ier non seulement rejettera ce partage, mais déclarera que le fait de traverser un territoire ou de le « découvrir de l'œil » ne suffit pas pour en prendre possession, formulant ainsi, dès 1540, la doctrine de l'occupation effective, qui sera le fondement de la colonisation moderne.
Entre-temps se sont constitués deux empires de caractères différents.
Pour les Portugais, le Brésil mis à part, c'est une suite de comptoirs le long des côtes de l'Afrique et dans l'océan Indien : Arguin (dans l'actuel Sénégal) d'abord, São Jorge da Mina (aujourd'hui Elmina, au Ghana) et São Tomé deviendront les plaques tournantes du trafic négrier. Dans le bassin occidental de l'océan Indien, en dehors des points d'appui de la côte orientale d'Afrique, à la merci d'un retour offensif des musulmans, des bases gardent l'entrée du détroit d'Ormuz, clé du golfe Persique ; mais les comptoirs importants sont en Inde, autour de Goa. Le but n'est pas d'occuper des régions, mais de drainer vers Lisbonne, en vue de les revendre, les épices tant convoitées qu'une politique de la « mer fermée » doit rendre inaccessibles à toutes les autres marines. En réalité, construction fragile, qui succombera bientôt sous les coups des Hollandais, des Anglais et des Français.
Les Espagnols, au contraire, après l'épopée des conquistadores, dominent un vaste ensemble territorial continu dirigé de Madrid par le Conseil des Indes avec, en Amérique (on dit « les Indes »), deux vice-rois, l'un en Nouvelle-Espagne (Mexique) et l'autre au Pérou, disposant d'une importante administration. L'économie repose d'abord sur l'exploitation des mines d'or et d'argent (le Potosí), puis sur certaines cultures tropicales (canne à sucre, cacao, indigo) et le grand élevage. La main-d'œuvre indienne ne pouvant suffire malgré la pratique de l'encomienda, qui remet des centaines d'individus à un seul encomiendero (« seigneur de la terre »), on fera appel à la traite des Noirs, source d'appauvrissement pour l'Afrique et de bouleversement démographique pour le Nouveau Monde.
Ce système de l'encomienda est au centre du grand débat mettant en cause le droit de colonisation et au cours duquel s'affrontent d'illustres théologiens, notamment Juan Ginés de Sepúlveda (vers 1490-1573) et Bartolomé de Las Casas (1474-1566) [en particulier lors des discussions de Valladolid en 1550 et 1551], le premier tendant à prouver la justice des guerres contre les Indiens, tandis que le second dénonce les horreurs dont ils sont victimes et demande la suppression de l'encomienda. Il en résultera (ordonnance générale de juillet 1573) une législation plus favorable aux indigènes : il a fallu soixante années de lutte pour faire reconnaître à l'Indien sa qualité d'homme.


Les concurrents : Pays-Bas, Angleterre, France


Dès le début du xvie s., trois autres puissances maritimes vont prétendre au trafic océanique, puis à la possession de territoires outre-mer.
Les Hollandais, d'abord, commencent par la pratique du grand cabotage et deviennent « les rouliers et les facteurs de l'Europe » ; puis ils s'installent à leur tour en Amérique du Nord, aux Antilles, en Guyane, au Brésil, mais aussi en Afrique et en Asie, s'attaquent aux comptoirs portugais, prenant figure, à leur tour, de gros trafiquants en épices, pour se lancer plus tard, au xviiie s. seulement, dans les cultures tropicales, qui vont faire la richesse des Indes néerlandaises.
Avant même la destruction de l'Invincible Armada (1588), les Anglais s'étaient rués sur les trésors du Nouveau Monde, tandis que des milliers d'émigrants allaient s'installer outre-Atlantique, donnant naissance aux colonies d'Amérique du Nord. Ils créent eux aussi des points d'appui et des comptoirs ; par la contrebande, ils privent les Espagnols et les Portugais d'une part des bénéfices.

La période colonialeLa période coloniale
Les Français suivent l'exemple : ils s'installent au Sénégal, dans les Caraïbes, dans le Pacifique, à Madagascar (Fort-Dauphin, aujourd'hui Taolagnaro) et dans des îles productrices de canne à sucre de l'océan Indien (la Réunion, île Maurice). En Amérique du Nord, comme dans les Indes orientales, les Français, qui, depuis Richelieu et Colbert, avaient une politique coloniale, se dressaient devant l'expansion anglaise, mais le traité de Paris de 1763 réglera le conflit au profit de l'Angleterre.
Pour être rivaux, Hollandais, Anglais et Français n'en pratiquent pas moins le même système de colonisation : les grandes compagnies, dont la Hollande a fourni le modèle. Tandis qu'à Lisbonne et à Madrid le commerce a été monopolisé par l'État, on crée à Amsterdam, à Londres et à Paris des compagnies à charte qui obtiennent le monopole du commerce avec un véritable droit de souveraineté pour une région déterminée (sous un contrôle plus ou moins étroit), à charge pour elles d'alimenter le pays en produits exotiques, d'assurer les liaisons maritimes et parfois d'évangéliser et de peupler. Ce sont les Indes orientales qui verront les compagnies les plus importantes, mais on en trouvera aussi desservant les Indes occidentales (Amérique) et l'Afrique.
L'époque des grandes compagnies correspond à l'âge d'or du « mercantilisme », doctrine selon laquelle la richesse et la puissance d'un pays dépendent de la quantité de numéraire dont il dispose. D'où la nécessité de réduire les importations et d'augmenter les exportations avec, en matière coloniale, l'instauration d'un monopole absolu, désigné sous le nom d'exclusif ou, improprement, de pacte colonial. On ne reconnaît pas aux colonies des intérêts qui leur soient propres. Pour Choiseul, « les colonies ne sont que des établissements de commerce : des nègres et des vivres pour les nègres, voilà toute l'économie coloniale ». Selon l'Encyclopédie, « les colonies sont faites par la métropole et pour la métropole ».
Une colonisation continentale : la colonisation russe
En marge des grandes rivalités maritimes se développe une expansion de type exceptionnel, à propos de laquelle on a pu parler de « colonisation par contiguïté ». La prise de Kazan (1552) marque le début de la marche des Slaves vers l'est ; trente ans plus tard, la Sibérie occidentale est terre russe, et, vers 1645, sur les bords du Pacifique, des détachements de Cosaques fondent Okhotsk. Moins d'un siècle plus tard, en 1741, les Russes prennent possession de l'Alaska, qu'ils vendront aux États-Unis en 1867.
Ainsi, dès la fin du xviiie s., l'Européen tend à être omniprésent à la surface de la Terre, et la création des empires coloniaux semble la marque de sa toute-puissance. Survient alors une longue crise qui paraît mettre en péril cette emprise des métropoles du monde occidental.


La première grande crise des empires coloniaux

Ses origines
Les conditions économiques ont changé. Aucune métropole n'a réussi à respecter le « pacte colonial » en fournissant à ses colonies la totalité des produits nécessaires à leur subsistance et en absorbant toute la production coloniale. Il faut donc abandonner le principe de l'exclusif, et cela a lieu d'abord dans les Antilles, où, successivement, la France (1759), l'Angleterre (1762) et l'Espagne (1765) relâchent les liens de leur contrôle : en France, on parlera d'« exclusif mitigé ». De plus, l'Angleterre, transformée par la révolution industrielle, recherche d'autres débouchés que ceux qui sont offerts par ses seules colonies.
Au point de vue social, l'implantation européenne a fait naître des forces nouvelles distinctes de celles des pays dont elles sont issues. Habitués à un régime de quasi-autonomie, les colons anglais d'Amérique tiennent essentiellement au respect de leurs libertés. En Amérique latine, les créoles prétendent disputer aux Espagnols les nombreuses places que ceux-ci se réservent, et A. von Humboldt rapporte que, dès la fin du xviiie s., il est courant d'entendre dire : « Yo no soy español ; soy americano », paroles qui traduisent une prise de conscience nationale.
Le mouvement des idées va dans le même sens. En Angleterre comme en France, le libéralisme s'accompagne d'une critique virulente de la colonisation. À côté du thème du bon sauvage et des horreurs commises par les Européens (abbé Raynal), on invoque les dangers du dépeuplement (Montesquieu, Voltaire), les bienfaits de la liberté commerciale (Adam Smith, Jeremy Bentham), la précarité des conquêtes coloniales (Turgot). Les « anticolonistes » deviennent une force, appuyés par les mouvements humanitaires d'Angleterre, qui combattent la traite et l'esclavage, et par les héritiers de la Révolution française, qui se rappellent la déclaration fameuse de Robespierre : « Périssent les colonies, si vous les conservez à ce prix » (l'esclavage).


Ses caractères et ses limites
Le caractère le plus apparent de la crise est l'amenuisement des empires coloniaux. Certaines pertes, survenues au cours des guerres au détriment de la France, de l'Espagne ou de la Hollande et au profit de l'Angleterre, ne sont pas significatives dans l'optique de la crise envisagée. Mais deux le sont éminemment.
C'est d'abord l'émancipation des treize colonies anglaises d'Amérique (1774-1783), qui marque la naissance des États-Unis. C'est ensuite le soulèvement des colonies espagnoles (1810-1824), qui aboutit à l'éclatement des anciennes possessions de Madrid en huit républiques (quinze par la suite), tandis que, par des voies différentes, le Brésil s'érige en empire indépendant (1822). En 1823, le président des États-Unis James Monroe (1758-1831) condamne tout nouvel essai de colonisation en Amérique. Politiquement, la face du monde occidental a changé.
L'évolution est moins perceptible dans le domaine économique, où le fait essentiel sera la disparition des grandes compagnies en France et en Hollande, tandis qu'en Angleterre la Compagnie des Indes orientales se maintiendra jusqu'en 1858.
Cependant, cette grande crise ne peut guère être comparée à celle qui emportera la colonisation un siècle et demi plus tard. Outre qu'il ne s'agit pas d'une crise générale, il faut remarquer que les grands voyages en Océanie livrent à l'expansion coloniale de nouveaux espaces (Australie, Nouvelle-Zélande, îles du Pacifique) et que l'Afrique commence à s'entrouvrir (René Caillié à Tombouctou en 1828) : le temps du monde fini n'est pas arrivé. De plus, les populations autochtones n'ont guère été concernées par les problèmes d'émancipation : ce sont des colons qui se sont soulevés contre leur métropole sans condamner le fait colonial dont ils sont les produits et sans penser à modifier leur comportement à l'égard des indigènes lorsqu'il en reste.


L'impérialisme de l'époque contemporaine

La période de transition
La crise des empires coloniaux engendre le doute dans l'avenir de l'expansion coloniale ; d'où hostilité et hésitations au cours d'une période de transition qui s'étend jusque vers 1870-1873 et qui précède les manifestations de l'impérialisme militant.
En Angleterre, les mouvements humanitaires, qui ont fait supprimer la traite dès 1807, obtiennent l'abolition de l'esclavage en 1833. Les doctrinaires de l'école de Manchester, avec Richard Cobden, répandent l'idée que les colonies sont une charge et qu'il faut admettre leur émancipation (ils ne songent, il est vrai, qu'aux colonies « blanches » et non aux peuples de couleur), ce qui acheminera les esprits vers la création du premier dominion, au Canada, en 1867. En France, on trouve aussi des défenseurs des positions humanitaires, comme Tocqueville ou Victor Schoelcher (ce dernier obtiendra l'abolition de l'esclavage en 1848), et des adversaires de la colonisation, comme A. Desjobert, qui combattent les « algéristes », mais leur audience est moins étendue.
Malgré ce fort courant hostile à la colonisation, celle-ci s'est poursuivie, et on a pu parler de « colonisation anticolonialiste » (H. Brunschwig). Cela s'explique, dans tous les cas, par l'impossibilité d'abandonner l'action entreprise : « Nous sommes coincés dans le chêne que nous avons fendu » (G. Smith). S'ajoutent : pour l'Angleterre, les nécessités démographiques, les initiatives commerciales, l'action des philanthropes et des missionnaires ; pour la France, outre les préoccupations religieuses et la détermination de quelques marins et militaires, le souci politique de ne pas s'effacer (la grandeur nationale) et la croyance à la supériorité de notre civilisation (le thème de la « mission civilisatrice »).
Le résultat sera que l'Angleterre entreprendra la colonisation de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, fera pénétrer son influence dans les territoires intérieurs de l'Afrique du Sud, implantera ses missionnaires et ses commerçants en Afrique occidentale, défendra énergiquement l'Inde contre la révolte des cipayes (1857). Par les accords de 1815, elle a déjà obtenu le cap de Bonne-Espérance, l'île de Malte – base précieuse, surtout après l'ouverture du canal de Suez (1869) –, l'île Maurice, les Seychelles, points de surveillance sur la route des Indes, et elle s’est installée à Singapour en 1819, à Hongkong en 1842, en Birmanie en 1852, affirmant ainsi sa volonté de contrôler la plus grande partie des marchés asiatiques. Elle se contente d'une occupation des côtes et des comptoirs, négociant avec les chefs de l'intérieur des traités de protectorat, parfois éphémères. De son côté, la France achèvera la conquête de l'Algérie, poussant son action vers le Sahara, s'établira solidement en Afrique noire (Faidherbe au Sénégal), obtiendra des bases dans l'océan Indien, et surtout en Océanie, occupera par la force la Cochinchine (1867). L'heure de l'impérialisme agressif allait sonner.


L'expansion impérialiste
« Un mouvement irrésistible… »
Colonisation, afficheColonisation, affiche
Les thèmes de l'impérialisme militant ont été longuement développés par des écrivains comme Charles Dilke (1843-1911), John Seeley (1834-1895), Paul Leroy-Beaulieu (1843-1916), Jules Harmand (1845-1921), par les publicistes au service des associations préconisant l'expansion (Royal Colonial Institute, Primrose League, Comité de l'Afrique française, Kolonialverein…) et par les hommes d'État qui dirigèrent le mouvement, tels Disraeli, Joseph Chamberlain, Jules Ferry, Eugène Étienne (1844-1921), Crispi, Léopold II, Théodore Roosevelt. Il s'agit de « civiliser les races inférieures » (J. Ferry) en assumant le « fardeau de l'homme blanc » (R. Kipling), mais aussi d'éviter toute politique de « recueillement » qui serait le chemin de la décadence, de se ménager des points d'appui pour la flotte, de trouver des débouchés et des fournisseurs de matières premières, de placer des capitaux ou de favoriser l'émigration. Jules Ferry a clairement énoncé les nouvelles règles du jeu : « Un mouvement irrésistible emporte les grandes nations européennes à la conquête de terres nouvelles. C'est comme un immense steeple-chase sur la route de l'inconnu. De 1815 à 1850, l'Europe était casanière et ne sortait guère de chez elle. C'était l'époque des annexions modestes et à petits coups, des conquêtes bourgeoises et parcimonieuses. Aujourd'hui ce sont des continents que l'on annexe. La politique coloniale est une manifestation internationale des lois éternelles de la concurrence. »


Diversité des modes d’exploitation
Les méthodes les plus diverses seront employées. Les grandes compagnies réapparaissent sous des formes diverses : sociétés d'exploitation du Congo français, compagnies à charte britanniques (comme la Royal Niger Company ou la British South Africa Chartered), sociétés du Cameroun et du Sud-Ouest africain allemands, l'Association internationale du Congo. La pratique de l'Indirect Rule par les Britanniques implique le concours des chefs indigènes, mais toutes les puissances coloniales rivalisent dans la signature de traités de protectorat, en Afrique noire surtout. Souvent, cependant, dans les colonies françaises en particulier, l'administration directe l'emporte avec un contrôle étroit de l'État, qu'il s'agisse de la politique dite « d'assimilation » (de caractère essentiellement administratif) ou « d'association ». Dans certains cas, néanmoins, l'impérialisme ne s'accompagne pas d'une prise de possession, mais d'une domination indirecte (Chine, Iran, Amérique du Sud).


La conférence de Berlin : le partage
Entre 1850 et 1870, l'Afrique centrale et méridionale est parcourue, d'un océan à l'autre, par de nombreuses expéditions. Le fleuve Congo retient particulièrement l'attention. De 1874 à 1877, Stanley en identifie le cours pour le compte du roi des Belges, Léopold II ; il va poursuivre son exploration dans le bassin du fleuve jusqu'en 1890. La France, de son côté, envoie Savorgnan de Brazza, entre 1875 et 1880, reconnaître les cours de l'Ogooué et du bas Congo. En Afrique comme en Asie, la tension internationale devient si forte que Bismarck, tard venu dans la course aux colonies, convoque à Berlin, en 1884-1885, une conférence internationale chargée de définir les principes juridiques de la colonisation nouvelle.
Berlin donne une existence légale à l'État indépendant du Congo, propriété privée du roi des Belges; la conférence établit aussi le principe de la libre circulation des personnes et des biens sur les grands fleuves d'Afrique : cette clause ne sera jamais respectée. Mais, décision la plus lourde de conséquences, aucun pays ne peut désormais revendiquer la possession d'un territoire en se contentant d'en occuper la côte : il va falloir conquérir les pays convoités. Les guerres coloniales et le partage de l'Asie et de l'Afrique vont résulter, pendant les trente années qui suivent, de l'application de cette décision. Les heurts entre pays européens sont violents ; ils les opposent loin de l'Europe, qui connaît, de ce fait, une paix relative. Les principaux adversaires, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, s'affrontent sur tous les terrains; l'Allemagne, l'Italie, le Portugal jouent aussi leur rôle. La conclusion d'accords de partage permet la réconciliation des adversaires: Britanniques et Français se rapprochent en 1904, Russes et Britanniques en 1907 ; la voie est ouverte pour la Triple-Entente, qui va opposer ces trois pays au bloc des empires centraux (Autriche, Allemagne, Hongrie, Italie).


Résistances africaines et asiatiques
L'Asie et l'Afrique ont été pendant ces trente années théoriquement partagées et des frontières séparent les domaines coloniaux : si on peut représenter l'étendue des empires dans les atlas, l'essentiel reste à faire pour contrôler réellement les terres conquises. En fait, les Asiatiques et les Africains résistent à ce partage. Leurs révoltes sont parfois violentes mais de courte durée et désespérées, à cause de l'inégalité d'armement : c'est le cas pour les Ashantis, en 1900 ; pour les Boxers, en Chine, en 1899-1900 ; pour les Maji-Maji contre la dureté de l'occupation allemande au Tanganyika, de 1905 à 1907. Ces révoltes, encore mal étudiées, démentent l'idée que des peuples passifs ont subi la colonisation dans des continents voués à la dépendance. Les résistances sont parfois difficiles à vaincre : celles de Samori en Afrique occidentale (1884-1898) ; de Madagascar (1898-1904) ; des Pavillons-Noirs en Indochine (1873-1913) ; des Senousis, confrérie islamique de Libye en lutte contre l'Italie (1912-1931).
Dans les pays musulmans un élément nouveau apparaît avec la renaissance de l'islam, si visible déjà en Afrique occidentale au xviiie s., comme pôle de résistance à l'Europe: au Soudan – où un mahdi crée un véritable État islamique qui résiste aux assauts de 1881 à 1898 ; en Tunisie ; dans les Indes néerlandaises, où une guerre sainte est conduite de 1881 à 1908 ; bien plus encore en Afrique occidentale et au cœur de l'Asie, où des révoltes se produisent simultanément en 1916. Tous ces événements, auxquels on a prêté peu d'attention, marquent des jalons de cette renaissance. De même, l'hindouisme et le confucianisme constituent en Asie des remparts anti-occidentaux. Parfois les résistances se veulent modernes, empruntant les modèles politiques et militaires aux Européens. C'est le cas de Samori – mais il a échoué – ou de l'Indian National Congress, né dès 1885. Ces mouvements « modernes » jettent les bases des nationalismes qui vont remettre en cause la présence européenne, surtout après 1945.


1914 : le monde colonisé par l’Europe
En 1914, la grande expansion territoriale est pratiquement achevée. Elle a affecté très différemment les continents. L'Amérique du Nord est tout à fait indépendante (les États-Unis), ou largement autonome (le Canada). L'Amérique centrale et du Sud, les Caraïbes ont été profondément marquées par les contrecoups des révolutions et des guerres en Europe. Indépendante dès 1804, Haïti préfigure la situation, faite d'indépendance formelle, de dépendance économique et de profonde inégalité sociale, que connaît aussi tout le sud du continent à partir du Mexique. Séparé du Portugal dès 1822, le Brésil est devenu pour longtemps une véritable colonie économique de la Grande-Bretagne. Sur le continent ne subsistent comme colonies réelles que les Guyanes.
Dans la zone caraïbe, la situation est beaucoup plus complexe : des restes d'empires y appartiennent encore à la France, à la Grande-Bretagne, au Danemark, aux Pays-Bas ; certains ont subsisté jusqu'à nos jours sous des statuts nouveaux. L'influence américaine y est de plus en plus forte. À l'occasion des conflits entre l'Espagne et certaines parties de l'ancien Empire espagnol, les États-Unis ont pris Porto Rico, puis imposé une totale dépendance économique à Cuba (1903), libérée de sa métropole en 1898 par la guerre. Les Américains ont même provoqué la sécession du Panamá, qui se sépare en 1903 de la Colombie, et prend ainsi le contrôle de toute la zone du canal. Dans toute la région de protection de leur façade méridionale, les Américains imposent avec des arguments toujours renouvelés, tirés de la doctrine de Monroe (1823), leur droit permanent d'intervention.
La zone Pacifique, parsemée d'îles, a été partagée sans beaucoup de peine. Les États-Unis, qui voient déjà dans la Chine leur « nouvelle frontière » occidentale, se sont assuré des positions ; après l'achat de l'Alaska à la Russie en 1867, ils annexent l'archipel des Midway la même année, celui d'Hawaii et l'île de Wake en 1898. Dans la guerre de libération qui opposait les Philippins aux Espagnols, les États-Unis imposent leur arbitrage et occupent l'archipel en 1898 ; cette annexion, interrompue de 1941 à 1945, cesse officiellement en 1946.
L’Asie, du moins dans sa partie septentrionale, est moins touchée. La massive Chine ne cède des concessions aux Européens que sur les seules côtes méridionales: en 1557, Macao est aux mains des Portugais, et Hongkong est cédée en 1842, par contrat, au profit des Britanniques. Le Japon, au prix de quelques concessions économiques et d'une modernisation très rapide de ses infrastructures, fait mieux que résister ; il commence une expansion sur le continent : il impose le partage de la Mandchourie aux Russes après les avoir vaincus à la bataille navale de Tsushima en 1905. En revanche, le sud du continent n'échappe pas au partage. La Grande-Bretagne, la France – qui garde quelques comptoirs en Inde, et qui occupe la péninsule indochinoise – en sont les principaux acteurs ; les Néerlandais conservent un empire indonésien où le système d'exploitation des plantations est particulièrement dur. L'océan Indien est lui aussi partagé : points d'appui, les îles à sucre reviennent principalement aux Britanniques et aux Français.
L’Afrique est la principale victime du partage colonial ; n'y ont échappé que le Liberia, sorte de protectorat américain, et le vieil empire d'Éthiopie. Le continent n'est plus, comme un siècle plus tôt, fournisseur d'esclaves. Si la traite est partout en voie d'extinction, l'emploi local de la main-d'œuvre est souvent brutal (la construction du chemin de fer Congo-Océan, demeurée tristement célèbre, a fait de nombreuses victimes). Plus rentable, ce système devait permettre d'obtenir un bon rendement des colonies africaines. Cependant, l'occupation effective du continent est loin d'être achevée en 1914 ; les réactions violentes ne vont cesser, pour un temps, qu'après 1920.
Si l'on s'en tient aux seules taches de couleur sur une mappemonde, l'Europe de 1914 domine le monde. Le soleil ne se couche pas sur l'Empire britannique. L'Empire français est moins vaste, surtout en Afrique ; il est fait de colonies, de terres dans l'océan Indien, dans la mer des Caraïbes, de protectorats comme le Maroc ou la Tunisie, de points d'appui comme Djibouti ou les Comores, et d'une terre dont on va penser longtemps qu'elle est devenue partie du territoire national parce que beaucoup de Français s'y sont installés : l'Algérie. La Belgique doit à un don de son roi (1908) de posséder une part importante et riche de l'Afrique centrale, très difficile à encadrer. L'Allemagne, tard venue dans la course, doit se contenter de terres au Togo, au Cameroun, dans le Sud-Ouest africain, en Afrique orientale, en Nouvelle-Guinée et dans le Pacifique. Après de nombreuses tentatives sans suite, l'Italie n'impose son autorité qu'en Libye, en Érythrée et dans le nord de la Somalie.
L'apogée entre les deux guerres mondiales

Leur victoire de 1918 semble, dans un premier temps, consolider encore les positions de la France et de la Grande-Bretagne, très affaiblies cependant en hommes et en richesses. Au Proche-Orient, d'où les Turcs sont évincés, la France reçoit mandat de la Société des Nations (S.D.N.) sur la Syrie et le Liban, la Grande-Bretagne sur l'Iraq, la Palestine – où très vite va commencer une agitation sioniste qui durera jusqu'à la création de l'État d'Israël (1948) – la Transjordanie ; les côtes méridionales de l'Arabie sont étroitement surveillées, en particulier par la Grande-Bretagne. À l'issue de la guerre, l'Allemagne est dépossédée de ses colonies ; la S.D.N. en remet la gestion, sous mandat, aux pays victorieux. La France reçoit le Togo et le Cameroun oriental ; la Grande-Bretagne, le Cameroun occidental, le Sud-Ouest et le Sud-Est africains allemands ; la Belgique, les territoires du Ruanda-Urundi, qui deviennent une véritable sous-colonie du Congo belge ; les Australiens, les Néo-Zélandais et les Japonais se partagent les terres allemandes du Pacifique.
À vrai dire, entre 1920 et 1930, « le problème colonial […] semble se conclure en apothéose » (J. Tramond) : tous les empires paraissent des constructions solides, bien que d'importance et d'ancienneté très différentes.
Parmi ceux dont l'origine remonte à l'époque moderne, certains ne comprennent que des vestiges et d'autres forment d'immenses ensembles. Le Portugal et l'Espagne sont dans le premier cas. Le Portugal ne possède plus que quelques épaves en Asie (Diu et Goa, la moitié de Timor, Macao) et un domaine africain encore notable avec les îles du Cap-Vert, la Guinée et surtout l'Angola et le Mozambique ; de son ancienne splendeur, l'Espagne conserve le Rio de Oro, les îles de Fernando Poo et d'Annobón, la Guinée, auxquels elle a ajouté le protectorat du nord du Maroc. On mettra à part le Danemark, qui, outre les îles Féroé, dispose, depuis le début du xviiie s., des immensités du Groenland et maintient des liens avec l'Islande.
Trois empires d'origine ancienne en imposent par leur étendue et leur population.
Avec les Indes néerlandaises, qui couvrent 1 900 000 km2 et comptent près de 60 millions d'habitants, les Pays-Bas (qui possèdent aussi la Guyane hollandaise et quelques petites Antilles) sont la troisième puissance coloniale du monde. Le second rang appartient à l'Empire français (12,5 millions de kilomètres carrés et 65 millions d'habitants), dont les cinq sixièmes de la superficie sont en Afrique, mais les deux cinquièmes de la population en Indochine. Quant à l'Empire britannique, partout présent à la surface de la Terre, il vient largement en tête avec 35 millions de kilomètres carrés et plus de 400 millions d'habitants.
Les empires de formation récente sont très disparates. Ainsi de la Belgique avec le Congo et le Ruanda-Urundi (2 500 000 km2 et plus de 15 millions d'habitants). L’Italie, dépassant les limites de son empire médiocre, brave, en 1935, l’interdit de la S.D.N., et s’empare de l'Éthiopie. Le Japon, réveillé par l'impérialisme occidental et devenu à son tour impérialiste, dispose d'un empire insulaire (la moitié de Sakhaline, les Kouriles, Ryu kyu, Formose [Taïwan], une partie de la Micronésie) et continental (Corée, Mandchourie) ; ses ambitions se portent maintenant sur la Chine elle-même. Compte tenu de leur énorme puissance, les États-Unis possèdent un nombre limité de territoires coloniaux mais la plupart des États de l'Amérique latine sont pour eux des semi-colonies.


Ayant accompli une œuvre considérable, que montre en partie l'Exposition coloniale de Vincennes en 1931, les puissances impériales ont bonne conscience et, malgré quelques craquements sous forme d'agitations nationalistes (par exemple en Égypte, en Inde ou en Indochine française), elles ne doutent pas de la pérennité des édifices qu'elles ont élevés. Un excellent spécialiste français des questions d'outre-mer écrit, en 1937, qu'« il ne ressort nullement des faits acquis que la colonisation contemporaine, dans les possessions où domine le peuplement indigène, sente le sol se dérober sous ses pas » (Georges Hardy). Pendant la guerre, W. Churchill refuse d'envisager une éventuelle liquidation de l'Empire britannique, et, en 1944, la conférence de Brazzaville proclamera que « la constitution éventuelle, même lointaine, de self-governments dans les colonies est à écarter ». Ainsi, les contemporains n'avaient pas apprécié à sa juste importance la révolution coloniale, qui, en bouleversant toutes les structures, rendait inévitables des transformations fondamentales.
La révolution coloniale

Introduction
En réalité, la révolution coloniale est double, car, si l'Europe a bouleversé les sociétés colonisées, elle-même a subi le contrecoup de son action colonisatrice ; ici, il ne s'agira que du premier phénomène, d'ailleurs le plus important.


Les facteurs de la transformation
Le facteur initial, c'est évidemment l'Européen en tant qu'homme, agent économique. Du début du xvie à la fin du xviiie s., 4 à 5 millions d'individus sont allés s'établir en Amérique et ont suffi pour y ébranler et parfois y détruire les fondements de la vie indigène. Le mouvement d'émigration s'amplifie par la suite, et on estime que, de 1800 à 1930, environ 40 millions d'Européens ont quitté le vieux continent pour se déverser sur le monde entier, les Britanniques intervenant à eux seuls pour plus de 17 millions de personnes. C'est peu à l'échelle de la population du globe (1 600 millions d'habitants en 1900), mais il s'agit d'un levain puissant susceptible d'engendrer une fermentation révolutionnaire.
Outre son dynamisme, l'Européen dispose d'un levier efficace qui lui est propre : le capitalisme. L'argent sera le moteur de la transformation, même quand les Blancs seront peu nombreux. Une statistique anglaise fait apparaître qu'au 1er janvier 1916, sur un total de 3 836 104 000 livres de capitaux britanniques placés hors de Grande-Bretagne, 1 935 740 000, soit la moitié, l'étaient dans les colonies, dont 570 millions au Canada, 443 en Australasie, 390 dans l'Inde, 455 en Afrique. À cause de la méfiance de ses capitalistes, la part de la France est beaucoup plus modeste : 4 milliards de francs-or en 1914 sur les 41 placés hors de France. À son empire, longtemps déficitaire, le gouvernement allemand accorde d'importantes subventions : 114 millions de Marks pour la seule année 1906 (le Mark vaut alors 1,25 FF et la livre sterling 25 FF). À cela s'ajoutent les investissements d'origine locale, qui feront qu'en Algérie, par exemple, les spoliations subies par les Français seront estimées, en valeur, à la moitié des biens publics laissés par la France.
Mais, pour agir, l'Européen ne dispose pas seulement de la force matérielle, il a aussi la force spirituelle, le Dieu des chrétiens introduit par les missionnaires catholiques ou protestants. En supplantant les anciennes religions, le christianisme va imposer de nouveaux modes de pensée, tout en devenant une source de contestation au nom de la fraternité prêchée par ses prêtres, considérant comme égaux tous les fidèles, hommes blancs et hommes de couleur.


Le bouleversement du monde indigène
La révolution la plus profonde, celle qui, en grande partie, conditionne les autres, se produit dans la démographie. Par suite des guerres de conquête, de l'exploitation économique et de l'introduction de maladies inconnues (influenza, rougeole, tuberculose), le contact avec les Européens est en général, dans un premier temps, absolument destructeur : des populations entières disparaissent en Amérique ou en Océanie, tandis que l'Afrique est ravagée par la traite des Noirs. Mais, partout où la population indigène s'est maintenue, une seconde phase suit, caractérisée par un renversement complet du sens de l'évolution. Avec la fin des guerres intestines, l'assainissement des régions contaminées, l'œuvre des médecins, la progression démographique, d'abord lente, va s'accélérant, les taux de croissance annuelle atteignant de 20 à 30 p. 1 000, ce qui pose avec acuité le problème de l'emploi et celui du niveau de vie.
Dans le domaine économique, la colonisation introduit partout une économie nouvelle, dont les traits majeurs sont la facilité des échanges, l'augmentation de la productivité, la recherche du profit. Parfois, l'économie précoloniale se maintient presque inchangée – sur de vastes territoires d'Afrique noire par exemple –, mais, le plus souvent, elle est transformée, notamment par l'introduction de la monnaie, et on voit des indigènes se livrer aux cultures d'exportation en sacrifiant les cultures vivrières. Surtout, l'Européen est créateur de villes dont l'économie apparaît comme calquée sur celle des campagnes traditionnelles. Toujours, la métropole essaie de s'assurer des avantages, empêchant, par exemple, l'industrialisation des colonies.
La transformation sociale est l'aboutissement de cette évolution. Avec les lois foncières, qui mobilisent la propriété, avec l'œuvre d'enseignement et l'évangélisation, qui introduisent les valeurs mentales d'une autre civilisation, avec l'appel de la ville et parfois le service militaire, qui enlèvent l'individu à son groupe, la société communautaire recule devant une société se constituant peu à peu. Cette société nouvelle est formée d'une bourgeoisie d'« évolués », devant laquelle s'effacent de plus en plus les chefs traditionnels, et d'une masse de salariés ou de sous-prolétaires, qui s'accumulent dans les villes. Ce sont là les deux éléments qui deviendront l'aile marchante des partis nationalistes qui porteront eux-mêmes pour une bonne part la revendication d’indépendance et donc, de décolonisation.

 

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